Prophétie

de Image de profil de Mel ReillecMel Reillec

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  Un hurlement terrible retentit dans tout le palais. Les murs de pierre vibrèrent, les gens se figèrent et le temps sembla s’arrêter. Le cri se prolongea longuement et prit fin dans un souffle étranglé. De longues minutes passèrent. Dans le palais de Nébule, personne n’osait plus bouger. Puis, enfin, retentit un second cri : celui d’un nouveau-né. Le monde reprit vit, les gens soupirèrent, rassurés. La petite princesse était née.  

  Dans l’une des ailes de l’immense palais, un domestique ouvrit une porte et se glissa discrètement dans la pièce où l’attendait une ombre. Un homme, tourné vers la fenêtre, vêtu d’une longue cape noire et longiligne qui ne laissait deviner que l’impressionnante carrure de ses larges épaules. L’homme, très grand, menaçant à faire frémir, ne bougea pas d’un cil lorsque le domestique fit grincer le bâtant de la porte. Il l’attendait. Bien qu’il fût de dos et que son visage ne fût pas visible, le jeune serviteur sentit instinctivement la tension qui l’entourait. Et il craignit pour sa vie. Car la nou­velle qu’il venait lui annoncer n’allait pas arranger son humeur. Le domestique se racla la gorge, ses mains tremblaient.

-C’est... une fille, mon Maître.

  Il vit distinctement les épaules se raidirent. Et l’homme à la fenêtre prit une grande inspiration. Jusqu’au dernier instant, jusqu’au moment où le cri de la reine s’était répercuté sur tous les murs du palais, il avait espéré. Mais les déesses en avaient décidé autrement.

  Lorsque l’homme en noir retrouva l’usage de la parole, sa voix grave et rude s’éleva :

-Bien... capturez-la. Et ramenez-la-moi.  

  Le domestique frissonna. Tuez la princesse, tel était l’ordre qu’il avait craint de recevoir. Si ce n’était lui, alors l’ombre se salirait lui-même les mains. Il préférait qu’il en soit ainsi. De sa vie, il ne se serait jamais pardonné d’avoir un jour ôté la vie d’une enfant. Il baissa la tête, dissimulant derrière ses cheveux l’inévitable larme qui roulait sur sa joue.

-Bien, Maître.

  Le domestique sortit en refermant la porte. Alors qu’il déambulait dans les longs couloirs, à la recherche des sbires de l’homme en noir, il réalisa que l’ordre qu’on lui demandait d’exécuter signait l’arrêt de mort de la planète entière. Il ne put retenir ses larmes, qui s’écoulaient maintenant comme un torrent. Il dut même s’arrêter quelques minutes, s’appuyer contre un mur tant la douleur de sa trahison lui poi­gnardait la poitrine. C’est à ce moment-là qu’il décida d’aider la reine plutôt que de la renier. Quitte à y perdre la vie.

  Le plus discrètement du monde, il envoya l’un de ses amis prévenir la souveraine. Aussi fatiguée fût-elle après son accouchement, elle ferait l’impossible pour sauver la princesse. Puis il fit ce qu’on lui avait demandé. Et il envoya le feu vert pour la chasse à l’homme.

 

  Dans ses appartements, la reine tenait au creux de ses bras le petit être aux yeux verts qui la contem­plait lorsqu’un domestique entra, le front couvert de sueur et la panique dans le regard. Il s’inclina bien bas devant elle :

-Pardonnez mon intrusion, ma reine. Mais... il la veut. Il va achever la princesse.

  Le cœur de la reine rata un battement. Et la terreur emplit son être lorsqu’elle posa de nouveau les yeux sur le petit être. Si fragile.

  Elle ne perdit pas une seconde de plus. Aidée par ses nombreuses suivantes, la reine s’enveloppa dans une longue cape noire à capuchon qui recouvrait presque l’intégralité de son visage. Elle saisit son enfant à peine né, le serra contre son cœur. Et elle sortit en courant. Sa suite lui emboita le pas. Elle passa comme un coup de vent dans le dédale des couloirs qu’elle connaissait si bien, sachant parfaitement que ce serait la dernière fois. Elle ne reverrait jamais son palais, encore moins sa belle capitale.

  Elle s’arrêta brusquement devant une porte sombre et un frisson glacé parcourut son échine. Ce que cachait cette porte était le trésor de l’homme en noir. Elle leva une main majestueuse et la poignée tourna d’elle-même. Elle ne perdit pas de temps, sachant exactement ce dont elle avait besoin. Elle se saisit d’une épée, d’un poignard et d’une étrange médaille incrustée de pierre précieuse. Elle sourit en imaginant sa réaction. Puis elle quitta le château, fit ses adieux à ses suivantes, remercia le domestique et sauta sur son destrier. Le bébé contre sa poitrine gazouilla.

-Qu’Alëssa m’en soit témoin, lui murmura-t-elle, tu vivras. Je t’en fais le serment.

  Elle quittait les jardins du palais de Nébule lorsqu’elle entendit le hurlement de rage de l’homme. La magie explosa. Tout devint noir.

 

* * *

 

De nos jours, quelque part dans l’univers :

  Le roi souriait mais personne d’autre que lui ne le savait. Son visage dissimulé ne laissait jamais rien paraître, pas la plus petite émotion. Ses doigts s’agitaient dans un agaçant staccato et percutaient dans un enchainement des plus menaçants l’accoudoir du trône brillant de mille feux sur lequel il était assis. Il se pencha de toute sa hauteur, sûr d’effrayer celui qui lui faisait face.  

-En êtes-vous certains ? répéta-t-il pour la énième fois, sa voix langoureuse roulant dans un gronde­ment sourd du plus bel effet.

-Absolument Seigneur, répondit l’homme armé dont les genoux tremblaient, et on sentait la majuscule dans sa voix.

-Sur Terre, n’est-ce pas ? J’aurais dû m’en douter. Nyalie et ses idées démentielles… Comment a-t-elle pu penser un seul instant que je ne retrouverai jamais cette enfant ? Pour la protéger de moi, elle l’a dissimulé dans le seul endroit de l’univers où nulle magie ne subsiste. Pas si malin...  

  Et le roi éclata d’un rire fou avant de poursuivre solennellement :

-Notre chère ancienne reine a voulu nous duper, nous voler. Nous trahir. Elle fut idiote de croire qu’une simple aura de dissimulation m’empêcherait de retrouver l’enfant, moi, le roi suprême de cette planète ! Mais aujourd’hui, nous nous vengerons mes amis. La petite ne m’intéressait guère aupara­vant, mais à présent elle atteindra bientôt la maturité. La chasse est ouverte...

  Les soldats du roi se déchainèrent, hurlant à la gloire de leur seigneur et maître. L’agitation emporta la salle du trône dans un brouhaha inhumain et le bruit des armures qui s’entrechoquaient faisait trembler les murs du palais. Le roi se leva et les hommes se turent instantanément, le visage tourné vers celui qu’ils craignaient par-dessus tout.

-Brandissez vos armes, voyagez jusqu’à la Terre… Et ramenez-moi sa tête !

 

* * *

 

De nos jours, sur Terre :

  Elle était allongée dans l’herbe. Le vent soufflait légèrement et ses longs cheveux bruns voletaient autour de ses joues rosies par la fraîcheur de l’automne qui s’en allait déjà. Mais ça ne la gênait pas le moins du monde. Au contraire, elle aimait le vent. Elle aimait sentir sa caresse sur sa peau. Elle ferma les yeux, se concentrant sur le murmure de la brise. Elle était le vent. Elle était libre. Tout son être paraissait s’envoler. Tout, jusqu’à son prénom.

  Alizée.

  Avant, elle le détestait. Trop original, elle qui aimait tant rester discrète. Maintenant, elle comprenait qu’aucun autre patronyme ne lui aurait mieux siée. Elle s’appelait Alizée. Elle avait seize ans. Du moins, elle les aurait le lendemain. Elle soupira en pensant à son enfance qui s’effaçait progressivement. Aujourd’hui, elle ressemblait à une jeune femme. Elle ouvrit ses grands yeux verts étincelants. Ses lèvres rouges et pulpeuses se tordirent d’une moue de dépit.

  Sa vie n’avait rien de passionnant. Rien d’enivrant. Elle était solitaire, n’avait pas d’ami. N’était ni bonne à l’école, ni sportive. Ne s’intéressait pas à grand-chose, mis à part les tonnes de livres qu’elle dévorait. Elle n’était ni riche, ni pauvre, n’avait ni frère ni sœur. Pas le moindre cousin. Elle vivait seule avec son père dans une petite maison toute simple, près d’une forêt qu’elle craignait trop pour y avoir un jour mis les pieds. Alors elle se contentait de flâner dans le petit jardin, à peine assez grand pour un pommier, une chaise et quelques fleurs.

  Elle repoussa le livre qu’elle tenait négligemment dans sa main. Elle l’avait fini depuis des heures mais ne parvenait pas à s’en détacher. Un roman d’aventures bourré d’inepties du genre sorciers, baguettes magiques, sirènes et autres créatures invraisemblables. Ne manquaient plus que les petits bonhommes verts… Elle eut un rire moqueur. Elle comprenait le besoin qu’avaient les autres de s’inventer un monde différent. Mais son côté si terre à terre s’offusquait contre ce genre d’inventions. Pourtant, elle aurait tout donné pour être à la place du héros de ce livre. L’ennui était devenu son seul compagnon depuis des années. Elle aurait tant aimé un peu d’aventures, elle aussi. Rien qu’un soupçon de mouvement dans sa vie fade. Son père était probablement la seule personne capable de lui soutirer un sourire.

  Elle caressa la couverture bariolée pendant de longues minutes avant d’entreprendre de le relire. 

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