Accident sur la ligne Madras-Bombay

de Image de profil de Valerie  MUSSETValerie MUSSET

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Lundi 7 juin 1909, Londres. À la Une des grands quotidiens locaux : Catastrophe ferroviaire sans précédent en Inde ! En raison des fortes pluies de ces dernières semaines, un grave accident s'est produit sur la ligne de chemin de fer Madras-Bombay. Une locomotive à vapeur, qui roulait à grande vitesse, a déraillé alors qu'elle traversait un pont, terminant sa course folle dans la rivière. Sept des neufs voitures seraient touchées. Il y aurait des centaines de morts. 


Quelques jours auparavant dans ce fameux train, sur cette fameuse ligne, quelques heures après l'accident, deux rescapés en wagon première classe. 


Mr Bisbop froid et méthodique 

— Quant aux voyageurs, nous les abandonnerons, d’ailleurs ils ne sont plus nulle part, ils roulent, ils sont suspendus et transitoires.


Sir Stuart tout rouge et passablement outré

— Mais comment pouvez-vous... Comment osez-vous... vous n'avez pas le droit de parler ainsi ! Mon Dieu, mais pour qui me prenez-vous ? Vous pensez vraiment que je vais partir en les abandonnant à leur triste sort ? Comment faites-vous pour ne serait-ce que l'envisager ? N'avez-vous donc aucune considération pour votre prochain ?


Mr Bisbop toujours aussi glacial

— Écoutez cher ami, on ne fait pas de business avec de bons sentiments. Je dois impérativement envoyer un télégramme, prévenir mon bureau et mes actionnaires ! Lorsque cette catastrophe fera les gros titres à Londres, ils vont tous s'affoler et les marchés risquent de dégringoler et d'accuser de lourdes pertes ! Vous avez seulement une idée des sommes qui sont en jeu ? Mais comment pourriez-vous comprendre... Vous n'êtes qu'un parfait gentleman, un digne représentant de votre espèce, un inutile !


Sir Stuart manquant de s'étrangler

— Comment osez-vous me traiter d'inutile ! Je fais partie d'une des plus anciennes familles d'Angleterre qui a commencé à régner sur l'Ecosse au XIV ème siècle quand la vôtre n'existait pas encore ! Mon cousin Jacques 1er a été couronné roi d'Angleterre au XVII ème siècle et ma cousine Mary...


Mr Bishop s'impatientant 

— Écoutez mon vieux, j'adorerais écouter vos histoires de famille, mais là je crois qu'il y a plus urgent, vous ne trouvez pas ?


Sir Stuart tout penaud

— Si, si, bien sûr... Mais vous n'allez quand même pas abandonner ces pauvres malheureux de deuxième et troisième classe... Il leur faut des soins, sinon ils vont mourir ! 


Mr Bishop agacé

— Écoutez Stuart, vous permettez que je vous appelle Stuart, je n'ai pas la grandeur d'âme de vos ancêtres. Moi, je pense à sauver ma peau, vous comprenez ? Et puis je ne suis pas médecin, je suis financier ! Quelle aide voulez-vous que je leur apporte, nom de Dieu !


Sir Stuart choqué et apeuré

— Ne blasphémez pas, surtout maintenant... On pourrait vous entendre. 


Mr Bishop ahuri

— Mais qui pourrait bien nous entendre ? Nous n'avons toujours été que deux dans ce wagon et l'autre me semble vide ! 


Sir Stuart pâle et déglutissant avec peine

— Lui.. De là-haut...


Mr Bishop inquiet

— Hé bien, vous m'avez l'air d'avoir pris un sacré coup sur la tête. Tenez, prenez quelques rasades de ce bon vieux whisky, je ne pense pas que cela puisse vous faire du mal, vu votre état... 


Il sort sa fiole et la tend à Stuart qui s'en saisit avidement, s'empresse d'en vider la moitié avant de la lui rendre. 


Mr Bishop rassuré

— Vous reprenez des couleurs, c'est une bonne chose. 


Sir Stuart requinqué presque guilleret 

— Je vais beaucoup mieux merci. Il faut dire que votre whisky réveillerait un mort et pourtant je m'y connais !


Mr Bishop

— Vous devriez le reconnaître en effet, ce scotch écossais est un Bruichladdich. Il est si fort qu'il parait qu'une surconsommation de cette boisson peut vous faire perdre la vue... Cela m'aide à tenir le cap lorsque j'ai un petit coup de mou. Car il faut avoir des nerfs d'acier dans ce métier si l'on veut durer, c'est primordial !


Sir Stuart un brin étourdi

— Vous ne pensez pas qu'une bonne vue peut l'être tout autant ? 


Mr Bishop ignorant l'allusion 

— Bon, assez palabré, il nous faut en premier lieu descendre de cette voiture. Visiblement les deux seules encore sur les rails, sont celles des premières classes. Après cela, parlez-moi de justice en ce bas monde...


Sir Stuart ne comprenant visiblement pas

— Excusez-moi, je n'ai pas bien saisi, de quelle justice parlez-vous ? 


Mr Bishop le sourire aux lèvres

— J'aurais pourtant cru que vous me comprendriez mieux que personne. Je parlais de justice sociale bien évidemment. Vous et les vôtres avez toujours eu un réel attachement pour ce principe politique et moral, luttant sans relâchement pour l'égalité des droits et une distribution juste et équitable des richesses... À moins que dans ce cas précis vous n'attribuiez à votre seule chance la possibilité d'avoir pu vous payer un billet en première classe...


Sir Stuart vexé

— Que voulez-vous insinuer ? Vous vous égarez mon ami. Pensez-vous que le moment soit bien choisi pour tenir de pareils propos ? Vous êtes complètement ridicule. Nous avons eu de la chance, voilà tout. D'ailleurs, il me semble que vous en avez bien profité vous aussi ! 


Mr Bishop désolé

— Oui, vous avez raison... je m'égare, c'est absurde. Veuillez ne pas tenir compte de mes propos désobligeants, ce doit être l'émotion de nous savoir encore en vie. 


Sir Stuart complaisant et précautionneux 

— Ça ne fait rien, je comprends. Moi-même je me sens tout chose. Voulez-vous que nous partagions votre reste de whisky ? Non après réflexion, je vous le laisse, vous semblez en avoir plus besoin que moi...


Mr Bishop vidant sa fiole, reconnaissant 

— Vous êtes quelqu'un de bien finalement !


Sir Stuart embarrassé et curieux 

— Merci mon bon ami, merci. D'ailleurs, qu'alliez-vous faire à Bombay ? Si je peux me permettre de vous poser cette question.   


Bishop sérieux

—  Et bien, vous n'êtes pas sans savoir que depuis quelques années Bombay est en train de connaître sa plus forte croissance économique. C'est quand même le premier port de l'Asie et le premier marché cotonnier au monde ! Je suis donc venu, tout naturellement, y installer un nouvel établissement financier. Je me doute que votre présence en Inde ne soit pas le fruit de telles intentions bassement matérielles. D'ailleurs avez-vous seulement jamais travaillé pour vivre ! 


Sir Stuart hautain

— En effet, je suis en villégiature. Ma femme quant à elle se repose en notre domaine sur la Riviéra car l'air y est très sain, comme chacun sait. Je ne travaille peut-être pas, comme vous dites mais je connais des gens qui pratiquent ce genre d'activité. J'ai même un bon ami, planteur, qui s'est lancé il y a plusieurs années maintenant dans la culture du thé et du café, dont nos concitoyens sont très friands. Je vais d'ailleurs lui rendre visite, enfin je m'y rendais... avant ce malencontreux accident. 


Mr Bishop sarcastique et pressé

— Je comprends, votre vie me semble bien compliquée, en effet. Alors vous êtes prêt ? Allons-nous enfin pouvoir décamper de ce fichu train !


Sir Stuart ignorant le sarcasme et pris soudain d'un grand courage

—  Peut-être devrions nous attendre les secours, vous ne croyez pas ? Après tout quelqu'un a dû entendre le bruit de la collision et prévenir les autorités... 


Mr Bishop menaçant 

—  Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, nous ne sommes pas en Angleterre ici ! Nous sommes en pleine jungle, au milieu de nulle part, vous avez oublié ? Vous pouvez peut-être vous permettre de perdre votre temps, mais pour moi le temps c'est de l'argent ! Et là je suis en train d'en perdre, pas d'en gagner ! Alors, vous me suivez ?


Sir Stuart abattu et craintif

— Puisqu'il le faut...  Mais vous êtes sûr que cela n'est pas trop dangereux ? Après tout, la moitié du train pendouille dans les airs ! 












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En réponse au défi

Lignes de fuite

Lancé par Alphonsine
Retour de l'atelier d'écriture sur le blog La Bibliothèque d'Alphonsine !

Pour ce nouveau défi, je vous propose une consigne toute simple. Ecrivez à partir de la phrase suivante, signée Félix Vallotton :

« Quant aux voyageurs, nous les abandonnerons, d’ailleurs il ne sont plus nulle part, ils roulent, ils sont suspendus et transitoires. »

La phrase pourra ou non figurer dans le texte fini.

Rendez-vous le 25 mai pour la remise des textes, et quelques jours plus tard pour le commentaire croisé de toutes les participations sur le blog.

En vous souhaitant un agréable voyage !

Commentaires & Discussions

Accident sur la ligne Madras-BombayChapitre10 messages | 2 ans

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