Médecin, un métier pas toujours simple !

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C’est toujours dur pour un médecin d’annoncer un lourd diagnostic à son patient. Beaucoup de gens pensent que nous y sommes habitués et que cela ne nous fait plus grand-chose. Mais c’est faux. C’est toujours aussi difficile, même après en avoir annoncé dix, quinze ou vingt en une journée. Et c’est d’autant plus difficile quand on est médecin en pédiatrie.

 

Nous nous devons, en temps que spécialiste, de rester neutre pour ne pas inquiéter d’avantage le malade et son entourage. Mais nous nous devons aussi de leur dire la vérité sur leur état, même si celui-ci peut être horrible à entendre. Nous devons tenter d’apaiser chacun avec des mots adaptés pour la situation.

 

Mais aujourd’hui je ne vais pas l’annoncer à une jeune personne que je connais depuis quelques jours. Je ne pourrais pas me dire que j’ai tout fait pour la sauver mais que cela n’a tout simplement pas suffit à cause du destin.

Non, je ne pourrais me dire ça. Je ne le pourrais pas car cette personne je la connais depuis des années. Depuis dix ans. C’est une jeune fille de treize ans, atteinte d’un cancer des deux poumons, dont les dons sont rares et  la greffe se terminant le plus souvent par un échec. Noéline, treize ans, n’ est autres que la meilleure amie de ma fille.

 

Je me prépare à le lui annoncer. Mon cœur bat la chamade. Mes mains sont moites et tremblante. La gorge nouée, je frappe  à la porte.

 

Une petite voix frêle me dit d’entrer. Je vois Noéline, le visage pâle, les yeux cernés, reliée à un nombre exorbitant de machine par un nombre incalculable de fils. Jamais une annonce comme celle-ci ne m’avait parut aussi impossible à réaliser. Pourtant, il le fallait bien.

« Bonjour docteur Moreno. » Dit-elle avec son beau sourire.

J’essaie de le lui rendre mais aujourd’hui je n’y arrive pas. Aujourd’hui mon faux sourire ne veut pas prendre l’illusion d’un vrai. Parce qu’aujourd’hui il s’adresse à une enfant que je connais et que j’aime, bien plus que les autres malades.

 

Je viens m’asseoir au bord du lit de la jeune fille et la regarde, la contemple. Ses yeux sont encore pleins de vie quand on sait les regarder attentivement. J’ai sut le voir et cela me donne du courage pour lui annoncer, car je vois en elle la force nécessaire pour réussir la greffe. Je me lance du mieux que je peux :

« Noéline, comme tu le sais tes poumons ne fonctionne plus très bien depuis quelques temps. »

Elle acquiesçe lentement. Je sens qu’elle attend la suite avec angoisse, ce qui me déstabilise. Mais je dois continuer, elle à le droit de savoir.

« Nous sommes obligés de t’en greffer de tous neuf... » Je me coupe dans mon élan. Les larmes montent en moi. Je me sens incapable de continuer. J’aipeur : quelle va-t-être sa réaction ?

« Sinon ? » Enchaîna-t-elle doucement.

Je sers un peu plus fort ces mains.

« Nous devons t’opérer pour te donner une nouvelle chance.

-          Sinon je vais mourir, c’est ça. » Dit-elle la voix tremblante.

 

J’avais essayé de choisir  au mieux mes mots, dans l’espoir de ne pas la faire souffrir. Mais en voyant ces jolies prunelles vertes s’embrumer, j’eu la terrible impression de m’être raté.

Je me mordis les lèvres. Mon cœur bat très vite. Si ça continue, il va finir par bondir de ma poitrine et c’est moi qu’on va devoir opérer en urgence.

Comme réponse je ne trouve nul autre moyen de ne lui répondre que par un signe de tête.

Une larme roule sur sa joue. Quel con ! J’aurais dut lui parler, les mots sont toujours plus rassurant dans ce genre de situation quand on sait les employer. Si ça avait été un autre enfant, un inconnu, j’y serais parvenu, j’aurais trouvé les mots, je le sais, mais là c’était Noéline et je la connaissais trop bien pour pouvoir prendre le recul qu’il doit avoir dans ce genre de révélation douloureuse, entre un médecin et son patient.

« Tu sais Noéline les dons d’organes sont très rares en général. Et dans ton malheur, tu as la chance qu’on est put te trouver deux poumons très vite. Car il y a des centaines de gens qui attendent sans jamais  en recevoir, ce qui n’est pas ton cas et tu dois être heureuse de ça. La chance n’est pas donnée à tous mais à toi oui. Tu dois t'en souvenir avant tout le reste, tu comprends ?

« Oui. » Dit-elle en s’essuyant une autre larme du revers de sa main.

« Noéline, tu es une fille très courageuse, ne l’oublie jamais. Je sais que tu arriveras à combattre ce que tu as. Cette opération ne doit pas t’inquiéter, tu es entre de bonne main et je sais que tu vas réussir. Je n’en ai jamais douté. » Lui dis-je avec un sourire qui se voulait le plus rassurant possible.

 

Apparemment j’avais réussi puisqu’elle me le rendit. Je revis une lueur d’espoir dans ces prunelles.

« J’ai confiance en vous. Pourriez-vous dire à Nora ce qui m’attend, car ça je ne m’en sens pas capable. »

 

J’aiacquiescé, comprenant ses angoisses. Je sors de sa chambre. Maintenant que je l’ai annoncé à ma patiente il me faut l’annoncer à ses parents. Puis ensuite, prévenir Nora, ma fille, ce qui n’allait pas non plus être chose facile.

 

Je n’avais pas menti en disant que Noéline était courageuse, je le pensais du plus profond de mon âme. Mais je sais que la greffe de poumons est parmi les plus périeuses. Celle-ci pouvait changer à jamais la vie de ma patiente, comme l’arrêter net ici, à treize ans.

 

Ma gorge est encore nouée par le stress et l’émotion quand j’aperçois les parents de Noéline dans le couloir, le visage pâle. Je vis une lueur de joie dans leurs yeux  quand nos regards se croisèrent. Ils ont  l’espoir de la bonne nouvelle que je vais rapidement chasser malgré moi en leur avouant le terrible parcours qu’allait devoir emprunté leur fille.

 

 

 

révélation opératiion poumons
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En réponse au défi

J'ai quelque chose à te dire

Lancé par Aurore
Voilà, il/elle est là, devant vous. Le moment est arrivé, vous allez tout lui avouer. Ce que vous avez à révéler bouleversera sa vie: vous le/la rendrez le/la plus heureuse, ou vous le/la détruirez. Comment allez-vous vous y prendre pour annoncer la nouvelle ?

Au delà des genres de l'amour et de la tragédie, vous pouvez tout tenter: humour, SF... Mais les deux premières options ne sont pas interdites, évidemment.
A vos claviers !

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