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Vali Vrette

6
œuvres
4
défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Vali Vrette





"Lia, Lia, réveille toi !! Mais Réveille toi bordel ! La voix est brutale, rocailleuse, je la connais bien. Sortir de cette léthargie est toujours compliqué, certainement l'effet des produits chimiques qu'il nous injecte et que mon corps rejette en bloc. Comme après chaque séance, j'ai froid, mon corps est endolori, il ne m'appartient plus, il me faut plusieurs minutes pour rassembler mon énergie, reprendre le contrôle. Maé le sait bien, même s'il s'agace de cela.
Partout dans la pièce les lumières rouges me clignotent au visage, encore ensommeillée je m'entends grogner à plusieurs reprises, jusqu'à pouvoir articuler :
"Oui, merci Maé, je m'active "
Mon ton est plus enjoué qu'il ne le devrait, je surjoue en permanence avec Maé, j'ai toujours peur de le contrarier et un Maé contrarié c'est pas joli joli, j'en ai déjà fait l'expérience.
La relation qui nous uni est singulière, Maé est mon guide. Il m'accompagne depuis longtemps , 5 longues années pour être précise, dans mon rôle de substitut au travers des épisodes que Many Lives nous obligent à vivre.
Chacune ici s'accorde à dire que je suis chanceuse d'avoir le plus sexy des guides, alors que moi je ne vois en lui que l'homme torturé et complexe, bel homme, c'est indéniable, il possède un charisme qui me fait frémir, mais sa colère envers le monde viendrait à bout du peu d'espoir qu'il me reste.
Mes yeux peinent à s'ouvrir, je peux les comprendre, se réveiller tous les jours dans un laboratoire de torture mentale m'amène parfois à croire qu'il vaudrait mieux que je ne me réveille pas.
"Tu es vraiment la pire substitut avec laquelle je suis amené à travailler" si sa phrase me blesse son regard est malicieux et je perçois qu'il n'en pense pas un mot, je m'apprête à lui répondre sur ce ton qui anime nos échanges lorsque mon élan est interrompu par la violente alarme du laboratoire.
J'adresse un sourire poli à Maé en rassemblant mes affaires sans trop m'attader sur ce décor sinistre, je l'admire d'être volontairement entré dans cet univers, moi j'y ai été contrainte. Toutes ces machines, ces médicaments, ces seringues, ses gestes minutieux, il est le seul garant de notre sécurité.
En quittant le laboratoire, nous échangeons un "A demain" lourd de sens. Dans chacun des couloirs qui me mènent à la sortie je croise le logo de Many Lives, un Phénix renaissant de ses cendres, des slogans qui vantent la société et ce procédé révolutionnaire qu'ils ont mis au point. Tout ici est fait pour vendre du rêve, il est vrai que la partie visible de Many lives vend du rêve, en revanche il faut taire tout le reste, à grande clause de confidentialité la société nous musèle.
Tous les substituts dont je fais partie "travaillons" pour la société Many-lives, pour être plus juste, nous vivons Many-lives, nous mangeons Many-lives, nous travaillons, dormons, respirons Many-lives. Si cela peut paraître extrême de s'investir autant dans son travail il convient de clarifier un point essentiel, il ne s'agit pas d'un travail mais d'une peine à purger. Maé quant à lui a vraiment été embauché, il a fait le choix d'entrer dans cette aventure, et ça je ne le comprends pas. De ce que je sais de lui il a fait de longues études scientifiques et a accepté de participer à cette expérience qui devait révolutionner le monde dés son diplôme obtenu. Certaines rumeurs persistantes laissent à croire que parmi tous les postes qu'on lui a proposé, il n'a accepté que le poste de guide dans la section féminine des longues peines.
J'arrive dans le grand hall d'entrée, le vigile me souhaite une agréable et douce soirée, auquel je réponds par un "Je vais essayer, Merci", tout en moi n'est que tristesse aujourd'hui, il faut que je me reprenne, ma vie n'est pas ici, ma vie reprendra son chemin quand je serai dehors.
Il fait déjà nuit, il pleut, j'enfile ma capuche, fourre mes mains dans mes poches, j'avance déterminée, me concentrant à ma tâche. Car le chemin de retour à mon domicile est toujours le moment ou je ressasse , tous les jours, durant cette heure ou j'arpente cette cité glauque je repense à événement qui m'a mise dans cette situation. L'histoire est longue et courte à la fois, le dérapage d'une jeune fille modèle, qui en l'espace d'une soirée voit sa vie basculer dans l'horreur. Je revis tous les événements, je revois tous les détails, repense à tous les protagonistes, et m'oblige à ne pas oublier. De ma peine viendra mon salut, je le sais.
Le klaxon d'un véhicule me sort de mes pensées, et je me rends compte que je suis devant mon bâtiment, le bâtiment V. Avec son allure de prison il s'agit pourtant de l'un des plus récent et mieux équipé de toute la cité. La bâtisse est d'une couleur grise béton aux innombrables fenêtres à barreaux, tout est fait ici pour ne pas que l'on oublie notre condition de détenu. Après avoir badgé pour y pénétrer, je me presse de monter les escaliers pour rejoindre le 12 ème étage, l'ascenseur ne fonctionne plus depuis bien longtemps. L'odeur d'urine me monte aux narines, je me presse d'autant plus, au détour d'un couloir je salue mon voisin Owen, un brave gars Owen toujours serviable, il est là pour un sacré bout de temps lui aussi, je poursuis mon chemin et m’arrête devant la chambre 40, ça y est je suis chez moi. Dans ma malchance mes parents, ayant une certaine aisance financière, m'ont permis d'obtenir une chambre individuelle, un petit 20 m² avec sanitaires, un vrai luxe ici.
J'ouvre la porte, allume la lumière, la décoration est sommaire, elle nous est imposé, pas de photo aux murs, rien qui puisse personnaliser l'espace, malgré ça, au fil des années j'ai fini par m'y sentir pas trop mal. Je m'installe sur le canapé lit au centre de la pièce et allume la télé, sur la chaîne info, je ne regarde que la chaîne info, j'ai le sentiment qu'elle me permet de garder le lien avec l'extérieur.
Déjà 21h00, je rêvasse depuis trop longtemps, je file prendre une douche bien chaude, l'un de mes nombreux rituels qui rythme mon quotidien et qui me semble t'il, me permet de me purifier. Demain j'ai une grosse journée, je suis chargée de former les nouveaux substituts qui rejoignent l'académie après leur jugement. il faudrait que je relise mes notes, je vais devoir leur expliquer pourquoi ils sont là, quelle est la mission de Many Lives, et en fonction de leur condamnation combien d'heures ou d'années ils vont devoir passer dans le corps d'un autre. J'espère ne pas avoir de lourds condamnés dans le groupe, il est toujours difficile de voir leur regard quand ils comprennent ce qui les attend.
Ma douche terminée, je reprends ma place sur le canapé en picorant quelques chips ramollis qui traînaient au fond de mon placard. Les infos défilent toujours, attentat, meurtre, incendie criminel, conflit de politique étrangère, pandémie, les journalistes se succèdent arborant des mines de plus en plus graves...Il me semble que rien n'a changé dehors ou du moins rien ne s'est arrangé, quel monde vais-je retrouver en sortant d'ici ? Les battements de mon coeur s'accélèrent, je suis au purgatoire depuis 5 ans déjà, c'est terrifiant, d'autant qu'il me reste encore quelques années à faire.
Progressivement mon attention baisse, mon rythme ralenti, mes pensées se font plus légères et je songe à ma famille, 5 ans que je ne les ai pas vu, Ava ma petite soeurette doit être une belle jeune femme ,elle doit avoir 18 ans à présent. Si j'en crois les dernières lettres reçues, elle vient d'entamer des études pour devenir enseignante. D'aussi loin que je me souvienne elle a toujours voulu être enseignante, j'ai quitté une jeune fille de 13 ans et quand je sortirai elle en aura 22.. Oui j'ai été condamné à 9 ans de travaux forcés. Many Lives l'esclavage des temps modernes....
Suite à mon "incident" mes parents ont divorcé, mon père qui est toujours avocat est reparti exercer son métier dans son pays natal. Il a toujours dit qu'il retournerait vivre en Ecosse, mais je pense qu'il n'avait pas imaginé y retourner dans de telles circonstances, il a été blacklisté de tous les tribunaux, à cette époque personne ne voulait être représenté par le père de la délinquante. Cela alimente ma culpabilité, mais combien de vies ai-je détruites ? Il m'envoie quelques lettres, auxquelles je ne réponds pas, par honte j'imagine.
Du coté de ma mère c'est guère mieux, elle a refait sa vie, avec, comme le dit Ava, un abruti fini, agent immobilier plein de succès bla bla bla, sa vie et ses interminables lettres tournent autour de lui. Ils ont déménagé en banlieue, pas très loin de la cité d'ailleurs. Elle et moi avons convenu qu'ensemble, ou que nous soyons, nous regarderions dans la direction de la lune tous les soirs à 22h00, l'idée est de se retrouver connecter l'espace d'un instant. Encore aujourd'hui je continue à lui laisser croire que je continue ce petit rituel quotidien.
Je me sens d'humeur à encore m'apitoyer, c'est définitivement un jour sans, je replonge à présent dans mes années lycée, la jeune fille insouciante et sautillante que j'étais. Une "petite bouclette d'énergie pure" comme me surnommait ma mère, à cause de mes long cheveux noirs, bouclés. Elle a toujours était fière de ces longues boucles, mon teint pâle et mes yeux verts, pour elle je possède les critères de beauté essentiels pour trouver un bon et riche mari, hormis mon petit 1m55 qui lui faisait honte. D'aussi loin que je me souvienne elle nous a toujours parlé de mariage de princesse, de country club, de manucure. Quand à l'âge de 12 ans je lui ai annoncé au détour d'une conversation que je rêvais de devenir avocate comme papa, sa réaction a été de me dire "mais pourquoi ?". Finalement, elle doit être heureuse avec l'abruti.
C'était de belles années, avec leur lot de fourberie et d'amis sans valeur, s'ils me voyaient aujourd'hui, certains s'en satisferaient, d'autre s'apitoieraient, l'avantage quand on vit de tels événements c'est qu'un tri naturel s'effectue. Pour résumer les seuls contacts qu'il me reste à l'extérieur sont ma famille proche et Sofia la soeur cadette de ma victime.
Tout en elle me rappelle sa soeur aînée, dont je n'arrive toujours pas à prononcer le prénom, et par conséquent le jour de l'accident. Ce soir là, à la sortie d'une soirée d'anniversaire, j'ai pris la route grandement alcoolisée, bizarrement j'ai reconstruit la scène de l'accident, j'ai mentalisé chaque détail à tel point que je ne sais distinguer le vrai du faux. Je me la repasse de manière perpétuelle, au ralenti, et y ajoute des détails. Je me suis réveillée 17 jours plus tard, deux fractures au bassin, une plaie béante au crâne et le poignet menotté à mon lit d'hôpital. Voilà comment ma vie, et pas que la mienne, a basculé le soir de mes 19 ans.
La suite s'est enchainée, après l'hospitalisation est venue l'incarcération dans la prison du comté puis la préparation du procès, les témoignages, les circonstances aggravantes, la vitesse, l'alcool... et au final la condamnation.
Le juge m'a alors proposée deux possibilités, la première, une peine d'incarcération en prison durant 14 ans. La seconde, 9 ans de travail pour la société Many Lives avec toutes les dérives que ce boulot comporte mais une semi liberté et la possibilité de valider mon diplôme.
Evidemment avec le recul je me rends compte que tout était fait pour orienter le choix, d'un côté l'enfermement et de l'autre une vie certe altérée mais au moins un semblant de vie. Aujourd'hui après 5 années à jouer les substituts pour Many Lives, je sais pourquoi l'offre paraissait si alléchante.
Le fond sonore de la télé me berce doucement, sans crier garde le sommeil me happe pour m'amener dans une nuit de répit.
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Défi
Vali Vrette

Cours, cours et ne te retourne pas. Cours et ne te retourne pas. Il ne faut pas que mon esprit faiblisse, cours et ne te retourne pas.
Je ne peux pas me permettre de ralentir, il faut que je sorte du périmètre du crime au plus vite.
Après de longues minutes, à me concentrer sur mon rythme cardiaque, je pense pouvoir faire une pause pour reprendre mon souffle.
Malgré moi, mon regard scrute le moindre brin d'herbe. Ce silence dans les bois me rassure, personne dans les environs. Quoi qu'il se soit passé ici aujourd'hui, personne n'en a été témoin. J'en suis sûr, je m'en convaincs, je m'accorde trente secondes pour reprendre mon souffle, pas plus.
Si je commence à réfléchir, je vais perdre un temps précieux, et il n'est pas l'heure de penser aux détails, l'ADN, les empreintes, les traces de pas, tout est sous contrôle. Je sais qu'il va falloir que je revienne ce soir, pas plus tard, et que je finalise, fignole, comme un dernier regard sur mon oeuvre, c'est à mon avis la seule faille du plan, mais je n'ai su comment faire autrement.
Cet aspect technique ne me fait pas peur, je le connais par coeur et j'ai déjà tout prévu depuis tant de temps. Là où il est, le corps ne peut pas être découvert, et si mon plan fonctionne tel que je l’ai pensé, il ne sera jamais retrouvé.
Pour l'heure, il faut que je sorte d'ici, et que je retourne en ville. Il faut qu'on me voit, qu'on ne me soupçonne pas. Plus tard, quand la disparition sera annoncée, je vais m'investir à fond dans les recherches, à coup de grand discours dans les médias, ça je sais faire aussi.
En réalité, il me semble avoir fait le plus dur, à cet instant je suis convaincu d'avoir commis le crime parfait.
Arrivé en lisière de forêt, je ralentis et m'assure d'être seul. Je vais devoir longer la grand route pendant une centaine de mètres avant de pouvoir prendre le raccourci de la Fontaine del Gat. Je reste prudent, cette portion est en ligne droite, je suis visible de très loin. Tous mes sens s'aiguisent, et j'avance sans courir mais d'un pas pressé.
Je ne suis qu'à quelques mètres de la bifurcation, quand un bruit au loin m'interpelle, certainement un tracteur. Je m'engage à la hâte dans ce chemin boueux, je n'avais pas forcément prévu cela, la fontaine déborde régulièrement. Chacun de mes pas s'enfoncent dans la boue, laissant des preuves plus que flagrantes de mon passage. Mon pantalon, mes chaussures se couvrent de boue. Après une seconde de réflexion, je colmate les traces, puis me résigne, il est vraiment trop risqué de passer pas là...
Mon cerveau s'emballe, je regarde ma montre, déjà 30 minutes que j'ai commis l'acte, et plus d'une heure que j'ai quitté le village avec lui. Ok, ok j'ai pas vraiment de choix, soit je rebrousse chemin j'emprunte la route principale et ferai mon entrée en plein coeur du village à la vue de tous, soit je trouve une astuce pour m'engager sur ce chemin.
L'entrée est boueuse sur environ une dizaine de mètres, plus loin tout semble sec, je décide de le contourner en passant dans les fourrés. Au détour d'un arbuste j'accroche la manche de ma chemise et me griffe le bras, il faudra que je soigne ça avant que quiconque ne s'en aperçoive.
Ma progression est rapide, et je me retrouve vite tiré d'affaire.
Progressivement le bruit de l'eau de la source se fait plus bruyant, il va falloir que je me nettoie un peu, bras, chaussures, bas de pantalon. J'essaye de me présenter de la meilleure des manières vu les circonstances.
Encore 45 minutes de marche et je serai plus serein, dans ma tête j'effectue une check list, tout n'est pas terminé, il faut que je reste concentré jusqu'au grand ménage de ce soir.
Au loin, les premières maisons pointent leur cheminée, ma maison se situe à peine à une centaine de mètres, j'y suis presque. Je vais entrer par la porte arrière, ça limitera le nombre de personnes que je suis susceptible de croiser.
Je regarde l'heure, il est vraiment temps que je me montre. Un petit tour chez moi, pour me changer en vitesse et j'y vais.
Mes affaires souillées planquées dans la buanderie, un pansement sur ma petite plaie, je m'apprête à ouvrir la porte principale de chez moi.
Me voilà sur la grande place du village, tout le monde est là, où presque, ce soir c'est un jour spécial pour les 132 habitants du village.
Pour être plus précis, je devrais dire 131 habitants du village, pour l’instant c’est mon secret, personne ne soupçonne le pire, la disparition de mon fidèle bras droit, mon meilleur ami depuis toujours, l’homme grâce auquel j’alimente ma haine.
Pendant que lui commence à refroidir, nous, nous allons nous échauffer et faire la fête en ce 14 Juillet.
Pourtant un rapide coup d'oeil sur cette petite place bondée et l'ambiance au village me surprend, les mots sont étouffés, les mines sont graves. Je salue quelques habitants sans obtenir de réponse. Lorsque un voisin m'interpelle:
- Monsieur le Maire, quelle surprise de vous voir ici, vous n'êtes pas dans les bois ?
- Euh, bonjour, comment allez vous?
- On vous cherche partout depuis une heure, c'est affreux! C'est terrible la pauvre petite !
- Ah, je viens de sortir de mon domicile, de quoi me parlez vous ?
- Le corps de la petite Martin vient d'être découvert à l'orée de la forêt par un chasseur.
- Quoi !? La chasse n'est pas ouverte.
- Euh oui, bref, l'officier vous cherche, il a fait passer le message que vous le retrouviez à la fontaine del Gat.
- Oui bien sûr, à la fontaine del Gat, j y vais immédiatement.
A peine monté dans mon véhicule, mon cerveau fait mille tours, c'est pas possible, la petite Martin une gamine de 15 ans, mais comment, qui, quand, c'est ignoble.
Je n'y comprends rien, une vague d'angoisse me prend le ventre, je repense à mon cadavre à peine planqué à quelques centaines de mètres de là. Putain, qu'est ce que c'est ce merdier.
Très vite je fais face à un premier barrage de police, je me présente et suis amené à l'officier en charge.
Il parle, il parle beaucoup, il me donne tellement d'info que j 'ai envie de vomir:
Nous pensons que la jeune fille a été lavée et habillée post mortem, il est clair qu'elle a été tuée ailleurs et le corps aurait été amené après coup, des traces de pas ont été trouvé dans la boue et de l'adn à proximité de la fontaine, ainsi que du tissus taché de sang frais, accroché à un buisson...Nous avons bon espoir de retrouver le coupable.
L'officier m'indique qu'il va demander un prélèvement ADN de chacun des habitants et procéder à des interrogatoires afin de savoir ou chacun a passé son après midi. Evidemment il compte sur moi pour convaincre les habitants du bien fondé de la démarche.
Évidemment, évidemment...







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Défi
Vali Vrette



La galerie, n'a jamais été aussi calme, pas un seul client depuis plusieurs jours. Je commence à trouver le temps long, alors je m'investis à fond dans la création, par chance mon inspiration est intacte et les idées se bousculent dans ma tête.
Satisfait de mon dernier tableau presque achevé, je m'accorde une pause et me dirige vers ma kitchenette pour me servir une tasse de café, la énième de la journée.
J'ai besoin de ces petites pauses, elles me permettent de nettoyer mon regard. Après des heures le nez posé sur mes toiles, mes yeux ont besoin d'un "reset" de quelques minutes, me permettant de mieux revenir au cœur de mon œuvre.
Mon café chaud en main, je m'installe de manière rituelle devant la vitrine et observe la foule bruyante sur Bourbon Street. J'ai entrouvert les fenêtres pour mieux m'imprégner de l'ambiance, ça chante, ça crie, cette rue est un concentré de bonne humeur. J'esquisse un sourire au moment même où je la vois.
La démarche féline, elle approche doucement sa main de la poignée et pousse la porte. Sans mot dire, ni même un salut, elle pénètre dans mon univers, s'attarde sur chacun de mes tableaux pendant de longues minutes. Cette scène est érotique, je la vis au ralenti, tous ses gestes sont sensuels et jamais, je n'ai ressenti un tel désir.
Après plusieurs minutes elle finit par venir à moi et me sollicite de la plus belle des manières avec son accent Français d'une douceur inouïe.
- Andrew ? Bonjour, je recherche un artiste pour une œuvre un peu particulière. Je voudrais offrir un nu à mon mari pour notre anniversaire. Le prix n'est pas un souci mais les délais sont très courts, je souhaiterais qu'il soit réalisé sous dix jours.
Elle parle vite, sa requête est tellement directe, que j'en reste sans voix. Après un long silence de contemplation je réussis à aller droit à l'essentiel :
- Excusez-moi Madame, donc vous souhaitez que je vous peigne nue. Euh, j'ai suffisamment de temps actuellement pour que ce soit réalisable mais pour le prix je...
- Si je vous donne deux mille dollars, pensez-vous que cela suffirait ? Je connais votre travail, je me suis renseignée sur votre sérieux, je ne suis pas là par hasard.
- Très bien, quelles sont vos disponibilités ?
- Je souhaiterais commencer au plus vite si possible.
- Demain, dix heures ici même .
- Parfait, je vous laisse ma carte. N'hésitez pas à me contacter si nécessaire.
Je regarde la carte, et m'attarde sur son prénom écrit en lettre d'or, Lys.


C'est à partir de là que je perds le contrôle.
Après d'interminables heures à regarder dans le moindre détail son corps sans faille, le tableau est terminé. Je n'ai jamais ressenti une telle fierté devant le travail accompli, les couleurs sont vives et éclatantes, son regard est profond, j'ai la prétention de croire que j'ai sublimé l'original.
Malgré mon travail terminé, nous continuons à nous voir régulièrement, nous vivons une relation charnelle, sans ombre au tableau. Je connais la contrainte, et m'en accommode car à ce moment-là j'ai le sentiment qu'elle est ma muse. Nous nous couvrons de mots d'amour et de promesses d'éternité, tout est si beau. Notre relation nous a dépassés, très vite nous sommes devenus amants, faisant l'amour de manière exaltée plusieurs fois par jour. Chacun de ces moments restera à jamais gravé dans mes sens.
Mais les mois passant, la pureté de notre relation laisse place à la soumission. Je m'enfonce dans la dépendance, un coin d'œil toujours posé sur mon téléphone pour ne jamais louper un de ses appels, me rendre dispo à toute heure pour la voir. Je fantasme la vie que nous pourrions avoir tout en sachant que nous ne l'aurons pas.

Je ne dors plus, ne mange plus, et ne respire que quand elle est près de moi. Ses visites s'espacent, prétextant les doutes de son mari, les appels se sont transformés en SMS ou elle m'envoie uniquement l'heure à laquelle elle veut qu’ on se voit.
Elle ne me parle plus, écourte ses visites à ses simples orgasmes. Et moi je cours après une relation passée essayant de retrouver les moments de complicité.
Comment une relation peut me nuire tant, je n'arrive plus à vivre pour moi, tout tourne autour d'elle. Malheureusement l'inverse n'est pas vrai.
Je m'enfonce profondément dans un quotidien centré sur elle, un quotidien rythmé par l'anxiété, ou la peur de la perdre devient mon élément moteur. Un quotidien de merde, ou je n'existe qu'à travers elle.
Naturellement, vient le tour d'autres dépendances, des addictions qui me tirent vers le bas, c'est l'engrenage, je peins de moins en moins, bois de plus en plus. Lys est de plus en plus impérieuse et je suis totalement perdu.
Parfois c'est très bizarre, mais le simple fait de la voir me donne envie de vomir, je n'arrive pas à me l'expliquer, mon corps réagit à la douleur que j'éprouve quand je suis près d'elle, mais mon cerveau et mon cœur n'en n'ont cure.
Je m'engage volontairement dans une relation vouée à ma souffrance, conscient des conséquences.

C'est à partir de là que ma vie bascule.
Les mois passent, les années passent, et nous en sommes toujours au même point, à un détail prés:
Je vais quitter Lys.
Ma lente destruction arrive à son terme, pour mieux reconstruire ma nouvelle vie.
Dans toute cette lente dérive, mes nombreuses addictions m'ont mené en cure, j'ai eu de la chance de tomber sur un juge compréhensif. Là-bas, j'ai entrepris un travail sur moi avec l'aide de psychothérapeutes, j'ai mis des mots sur cette relation toxique. Je n'en veux pas à Lys car je suis peut-être le plus fautif de nous deux.
Il s'est passé 2 ans depuis le jour où elle a franchi la porte de ma galerie, de mon ancienne galerie devrais-je dire. J'ai tout perdu, je ne peins plus, je repense avec nostalgie à mon rêve de pouvoir vivre de mon art. Je loge toujours dans mon atelier attenant à ma galerie et ce soir il est prévu qu'elle m'y rejoigne.
Je ne l'ai pas vu depuis 3 mois, mais elle m' a promis de m'attendre, quelle ironie n'est-ce pas ? Elle qui dort avec un autre homme.
Je suis très détaché, il en va de ma survie.
Aujourd'hui, j'ai réussi à peindre, cela faisait tellement longtemps que je n'avais pas touché un pinceau. Un paysage, peut être mon futur lieu de vie qui sait ? le symbole de ma renaissance. J'apporte quelques petits coups de pinceaux sur le tableau inachevé, quand le carillon m'annonce son arrivée. D'un geste rapide, je jette mes pinceaux dans mon pot de white spirit, et couvre mon œuvre, je ne veux pas qu'elle la voit.
Je me retourne avec lenteur, elle est si belle.
Je la regarde dénouer la ceinture de son manteau et la sais nue dessous. Je devrais l'interrompre.
- Lys, je ne veux plus qu'on se voit. Jamais.
- Tu es à moi Andrew.
- Je vais partir, recommencer ailleurs, me reconstruire. Je suis détruit Lys, et notre relation ne nous mènera jamais nulle part, je suis tombé si bas qu'il me faudra des années avant de reprendre un vie normale. Je t'ai tellement aimé d'une manière absolue, mais je ne souhaite plus continuer.
Je n'obtiendrai aucun mot supplémentaire, elle me fixe le regard noir, je crois y voir de la colère.
D'un geste lent, elle saisit le pot où trempent mes pinceaux, et me le jette au visage. Le liquide qu'il contient me brûle les yeux puis ruissèle sur mon tee-shirt . Je ne vois plus rien, m'écroule sur le tapis. J'entends le bruit familier de mon briquet Zippo qui traîne toujours sur l'atelier, et sens une vague d'intense chaleur parcourir mon dos.
Je n'ai pas mal, bizarrement j'ai froid alors que je suis littéralement en feu. Au loin, je distingue une simple et unique phrase d'adieu:
" Tu es à moi Andrew".


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