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L'Arbre

France.

Bonjour, je suis un arbre. Mais pas n'importe quel arbre : je suis un arbre-monde.

Comme mon lointain cousin, Yggdrasil, je porte dans mes branches et dans mes racines divers mondes et univers. Certains ressemblent au vôtre, d'autres non. Passionné de littérature, j'écris sur mes branches, dans un langage facile à comprendre pour tous les êtres de tous les mondes, les meilleures histoires que je trouve dans les mondes que je porte, afin de partager avec tous ce que je trouve de meilleur dans la littérature.

Je partage ici une petite partie des écrits de mes branches, que je traduis en français, pour vous, amis lecteurs. C'est un moyen pour moi de partager avec d'autres mondes que les miens, et peut-être, au passage, d'entretenir en partie mon existence.

Vous pouvez aussi me trouver sur mon blog d'auteur, à cette adresse :

http://lepollen.scheindorf.info/

Où se trouvent peut-être des oeuvres que je n'ai pas posté ici. J'ai été absent de Scribay pendant bien deux ans, alors j'en ai peut-être oublié dans le long et harassant copier/coller de chaque oeuvre.

Je vous souhaite bonne lecture et à bientôt, quelque part sur une branche d'Arbre.

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œuvres
25
défis réussis
86
"J'aime" reçus

Œuvres

L'Arbre

Ceux qui me connaissent le savent déjà : je suis transhumaniste, antispéciste, et transbiologiste. Mais j'ai ou j'aurai certainement des lecteurs qui ne savent pas ce que c'est, aussi je vais dès maintenant vous en faire une définition succincte. Je rajouterai toutefois que, comme pour n'importe quelle idéologie, les partisans de ces trois mots ne sont pas d'accord sur tout, et n'aurons parfois pas la même définition que moi. Aussi, ce qui suit m'engage moi et seulement ceux qui déclarent être d'accord avec ce que je vais dire.

TRANSHUMANISME

Le transhumanisme est l'espoir que dans un avenir plus ou moins proche, les nouvelles technologies permettront à l'homme de s'affranchir de limites et de souffrances qui ont jusque là accablé l'humanité. Cela passe notamment par l'amélioration de l'organisme humain par la cybernétique ou la bioingénierie. Les limites et souffrances données généralement en exemple sont  l'amélioration des capacités cognitives (par des puces cérébrales par exemple), la suppression des maladies et du vieillissement (par la médecine de pointe), la diminution du temps de travail par l'automatisation des tâches désagréables, ou le téléchargement de l'esprit dans des machines.
Un avenir transhumaniste prendrait en considération d'autres domaines que celui de l'amélioration de l'homme. Ainsi, il est généralemenet favorable aux libertés individuelles (ce qui comprend la liberté de chacun de s'améliorer technologiquement ou non, et de quelle manière), au libre partage de la culture et des connaissances, et se soucie de l'environnement par le développement des énergies renouvelables, du recyclage, de machines non polluantes, et l'utilisation rationnelle des ressources, ce qui comprend un rejet de la consommation de masse et la promotion du partage des biens matériels.

ANTISPECISME

L'antispécisme est la conviction que rien ne rend l'homme fondamentalement supérieur aux autres animaux, et que ces derniers devraient donc être traités à égalité avec l'homme. Cette notion d'égalité est toutefois à tempérer : il n'est bien évidemment pas question de donner le droit de vote aux chiens, puisqu'ils ne sont pas en mesure d'utiliser ce droit. Cette notion d'égalité se pose principalement sur le droit à la vie, à la liberté et au bonheur, et les antispécistes militent pour que ces droits soient accordés aux animaux et respectés. Cela passe principalement par une vive critique de l'élevage agricole, n'accordant aucun confort ni aucune liberté au bétail, vivant enfermé pour produire ou être engraissé puis tué. Critique qui passe par l'adoption d'un mode de vie vegan, entre autre. Cela passe aussi par la critique de l'utilisation d'animaux en laboratoire, des conditions de vie des animaux de cirque ou de compagnie, de la chasse, etc..

TRANSBIOLOGISME

Le transbiologisme est un mouvement idéologique fusionnant le transhumanisme et l'antispécisme. Il considère que, si l'homme a le droit de s'améliorer technologiquement, les animaux ont aussi ce droit, pour parvenir à une égalité avec l'espèce humaine, notamment par l'acquisition de la parole humaine et de ses capacités cognitives. L'idéal transbiologique est un monde où tous les animaux, humains compris, vivraient en frères égaux, et où chacun à droit à la liberté et au bonheur, où plus personne n'aurait à manger autrui pour pouvoir survivre.
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Personne n'est d'accord sur ce que serait un monde parfait. Sur ce point là, tout le monde est d'accord. Mon avis, c'est qu'un monde parfait est un monde dans lequel tout le monde est satisfait du monde dans lequel il vit. Comment obtenir ce monde, si personne n'est d'accord sur ce que serait un monde parfait ?


Un autre point sur lequel personne n'est d'accord, c'est sur comment notre monde fonctionne. Tout le monde est persuadé de savoir comment le monde fonctionne, mais est frustré de ne pas parvenir à convaincre les autres. Pour certains, les juifs contrôlent le monde, pour d'autres ce sont les illuminatis, ou encore ces salauds de riches. L'ennemi à combattre pour que le monde fonctionne mieux est tantôt le communiste, tantôt le capitaliste, parfois l'infidèle.


Mais le point commun de tout ce petit monde, qui se bat sur comment le monde fonctionne, c'est que chacun est persuadé de savoir mieux que l'autre, chacun est persuadé d'être suffisamment intelligent pour comprendre, alors que l'autre, l'idiot, ne comprend rien à rien.


Les Nations Unies reconnaissent l'existence de 197 pays. Cela fait presque 200 régimes politiques différents, chacun ayant son fonctionnement spécifique, sa mentalité qui lui est propre, et ses ambitions qui diffèrent de celles des autres. Et d'autres listes de pays existent, non reconnues par les Nations Unies. On rajoute à cela les influences des lobbys, qui ont chacun leurs intérêts spécifiques qui ne sont pas forcément conciliables, dirigés par des actionnaires qui ne sont pas forcément amis, même dans un même lobby. Celles des populations qui ne suivent pas forcément aveuglément les directives de leurs pays, et qui se subdivisent en une myriades d'opinions, de convictions, de croyances et de sous-cultures. Et encore d'autres influences qui ne me viennent pas à l'esprit, voire dont j'ignore totalement l'existence, et qui existent peut-être. Pour nous maintenir informé de tout cela, on a que les médias, qui même s'ils étaient parfaitement honnêtes et n'avaient pour unique but que celui de nous apprendre la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité, ne pourraient pas nous informer de tout ce qui se passe sur la Terre, très loin de là.


Je crois que le véritable signe d'intelligence et d'honnêteté intellectuelle, quand il s'agit de parler de notre monde, n'est pas de chercher à démontrer qu'on sait comment le monde tourne, mais d'admettre qu'on ne sait tout simplement pas. Qu'on a que des bribes éparses et non-objectives.


J'en viens donc à mon monde idéal : ce serait un monde où tout le monde saurait précisément comment le monde fonctionne. Ce n'est pas un monde parfait, mais cela serait mieux que rien.
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Note : Dans l'univers qui suit, des animaux anthropomorphiques côtoient des animaux ordinaires. Pour simplifier la compréhension, le nom d'une espèce sera parfois précédé du terme "anthro" pour désigner un animal anthropomorphique, ou du terme "zoo" pour désigner un animal ordinaire.

**********

Après avoir longuement hésité, soupesé le pour et le contre, il avait finalement décidé de revoir la lapine qu'il avait sauvé. Le loup était donc ce soir-là au bas de son immeuble, à l'appeler à l'interphone.
- C'est qui ?
- Bonsoir ! Euh... C'est le loup qui, l'autre soir... Au bar... Les médicaments... Je voulais savoir si ça allait...
Il y eut un silence de quelques secondes, puis elle reprit :
- Monte, c'est au troisième, appart' 34.
Un bip venant de la porte, et il put l'ouvrir. Il monta au troisième étage, par des escaliers grinçant, puis emprunta un couloir blanc jusqu'au numéro 34. Il frappa à la porte. La lapine ouvrit.
- Entre, dit-elle.
Il entra, elle referma la porte derrière lui.

Le salon était aussi gothique que la locataire. Outre les murs pourpres, il y avait des meubles noirs : télé, canapés, table, étagères à livres. Une épée était suspendue face à l'entrée, pointe vers le sol. Il se demanda si l'arme était aiguisée.
- Je suis désolé, je n'ai pas de viande pour t'accueillir.
- Ce n'est pas grave.
Le loup vit alors l'anthro-castor, sortant du couloir, à côté de l'épée. Vêtu de vêtements confortables, ordinaires, il grignotait un morceau d'écorce.
- Désolé, je dérange, dit le loup.
- Non, reste ! Lui intima la lapine. Installe-toi.
Le canidé s'assit donc sur le canapé, face à la corbeille de fruit, sur la table basse. La lagomorphe s'assit à côté de lui, tandis que le castor resta debout.
- Déjà, moi, c'est Mélida. Et lui, c'est Gord.
Le castor lui fit un salut de la main.
- Tanhill, répondit le loup. Gord, ça vient de l'Antor, non ?
- Du Lantran, pour être exact, fit Gord avec un léger accent.
- Il est là pour ses études, compléta Mélida. Je lui ai dis ce que tu m'as fait au bar des Deux Gouttes, la dernière fois.
- Je vois. J'aurais préféré rester discret là dessus.
- C'est raté.
Tanhill prit une pomme dans la corbeille et croqua dedans.
- Donc, tu t'es décidé à me dire ce que tu m'as fait exactement ?
- Ben en fait, je ne sais pas comment aborder cela...
- Tu peux commencer en me disant pourquoi tu l'as fait.
- Ben, parce que tu avais besoin d'aide. J'allais pas laisser mourir quelqu'un alors que j'ai le pouvoir de le sauver.
- Le pouvoir ?
- Oui, enfin...
Un silence.

- Et tu sauves souvent des gens, comme ça ?
- Ca m'arrive, régulièrement.
- Tu es une sorte de guérisseur, c'est ça ?
- On peut dire ça comme ça.
- Tu sais, je crois que je ne t'ai pas remercié. Depuis, ma dépression a disparu, comme si elle n'avait jamais existé !
- Normal, je l'ai détruite.
- Ça aussi, ça fait partie de ton pouvoir ?
- Oui...
Un autre silence.

- Et... Il y en a beaucoup qui ont ce pouvoir ?
- Pas à ma connaissance...
- Il n'y a pas un moyen de savoir, du genre par Internet ?
- J'utilise Internet. Je suis sur un forum qui réunit les gens comme moi. Comme...
- Comme ?
Encore un silence. Mélida prit une courgette dans la corbeille de fruit et de légumes, et commença à la grignoter.

- En fait, tu es un métamorphe. Dit Gord.
- Que... Comment ?... Répondit Tanhill en se relevant à moitié de surprise.
- Simple. Vous êtes assez nombreux pour créer un forum à votre sujet, mais il n'y en a peu qui ont les mêmes pouvoirs que toi. Ca m'a fait penser aux métamorphes, qui selon les légendes, ont le pouvoir de se donner des facultés psy en modifiant leur propre cerveau par métamorphose. Comme les métamorphes sont réputés pour être maléfiques, il devait y en avoir peu qui choisissent d'avoir des pouvoirs de guérison.
Tanhill hésita. Il avait peur de révéler son secret, d'autant plus avec la présence d'un castor dont il ne savait rien du tout. Il fit un instant de silence, puis se dit que, de toute façon, il s'était déjà trahi par sa réaction. Il l'a dit sans le dire, qu'il était effectivement un métamorphe. Donc, après un temps, il répondit simplement :
- Je vois.
- Attend, reprit Mélida, t'es un métamorphe ? Genre... Tu peux te transformer en n'importe qui ?
Un moment d'hésitation. Puis, de toute façon, autant tout dire, maintenant qu'il avait commencé.
- En n'importe qui, non. C'est difficile de copier parfaitement l'apparence et la voix de quelqu'un. Mais en n'importe quoi, oui.
- En n'importe quoi ? Demanda Gord. En arbre, en pierre ?
- Non, seulement en n'importe quoi de zoo ou d'anthro. Quoi que je n'ai jamais réussi à faire plus petit que le rat, ou plus gros que l'éléphant.
- Je le crois pas ! Les métamorphes, ça fait partie de ces religions de merde ! Répliqua Mélida.
- Justement, répliqua Gord, ça fait partie de « toutes » les religions de merde. En tout cas, toutes à ma connaissance. Il est difficile de croire qu'un tel point commun ne soit fondé sur rien.
- C'est ça ! Et puis quoi après ? Des dragons ? Des chimères ? Un dieu omniscient et omnipotent ?
- Je te trouve injuste, Mélida. Tu as facilement accepté que Tanhill était une sorte de guérisseur, mais tu refuses que ce soit un métamorphe, parce que les religions en parle.
- Mais enfin, cela va à l'encontre des lois physiques, des lois de l'atome ! On ne peut pas changer un objet du tout au tout aussi facilement !
- On ne peut pas non plus soigner aussi facilement une dépression par imposition des mains, et c'est pourtant ce que Tanhill a fait. Et ça, à nouveau, tu l'acceptes plus facilement. De toute façon, il y a un moyen d'être fixé. Il suffit que Tanhill se métamorphose devant nous.

A ces mots, le loup déglutit. Il avait peur. C'était une chose d'avouer qu'il était un métamorphe, mais s'en était une autre de le démontrer. Il avait peur de leur réaction. Surtout étant donné la réputation des métamorphes.
- Je ne sais pas... Dit-il.
- Tu vois, rétorqua Mélida, ce n'est pas un métamorphe. C'est juste impossible.
- Change-toi, Tanhill, dit Gord. Métamorphose-toi, et prouve-le nous.
- Oui, mais...
- Tu t'es déjà trahi avec ta réaction il y a cinq minutes. Soit tu es un métamorphe, soit tu crois en être un. Et le meilleur moyen d'être fixé, c'est de faire preuve de tes pouvoirs.
- N'importe quoi... Souffla Mélida.
- Oui, mais... Dit le loup. Comment vous allez réagir si je me métamorphose devant vous ?
- Bien, répondit le castor. Bien je pense. On sait déjà que tu n'es pas quelqu'un de méchant, donc tu n'as rien à voir avec les légendes parlant de métamorphes meurtriers et manipulateurs.
Tanhill se tourna vers la lapine, pour lui poser silencieusement la question.
- Quoi ? Demanda Mélida. Je n'y crois pas, que tu puisses te métamorphoser, ne me regarde pas comme ça.
- Allez, insista Gord. Change-toi, s'il te plait. Essaie de te changer.
Tanhill hésita. Ce n'était pas rien que de montrer ses pouvoirs à deux personnes. Surtout quand l'une d'entre elle n'y croyait pas. Mais il se dit, qu'après tout, il était venu là pour ça. Pour montrer ce qu'il pouvait faire. Pour avoir une amie, capable de le comprendre, qui connaitrait ses secrets et qui lui permettrait de parler de sa solitude. Il était venu pour avoir une amie, et il obtiendrait, peut-être, ce soir là, non pas un mais deux amis auprès de qui il pourrait se confesser. Donc il prit une inspiration pour le courage, et déclara :
- D'accord.

Le loup se leva, et montra sa main à Mélida. Lentement, celle-ci se zébra de traits noirs, et le reste de la fourrure prit une teinte orangée. Les griffes rentrèrent dans les doigts, en laissant une fente sur leur passage. Peu à peu, la métamorphose monta le bras, modifia les vêtements de Tanhill. Son museau rétrécit, ses oreilles s'arrondirent. En une demi-minute environ, il devint un anthro-tigre.
Pendant la transformation, Gord se mit à rire. La lapine, quant à elle, était figée, les yeux grands ouverts, la bouche bée.
- Je le crois pas ! Conclut Mélida à la fin de la transformation.
- Bienvenue dans l'univers de la fantasy, Mélida, plaisanta Gord.
- Mais... Mais enfin ! Les métamorphes sont des monstres maléfiques, selon les légendes ! Dit Mélida en se relevant.
- Les légendes ne disent pas que du faux, répondit le castor, mais ne disent certainement pas non plus que du vrai.
- Non. Non je le crois pas ! Dit Mélida. Non !
Et la lapine partit dans sa chambre, presque en courant. La porte claqua. Le tigre se demanda s'il devait la suivre.

- Ne t'inquiètes pas, lui dit le castor comme s'il devinait ses pensées. Mélida a l'esprit assez ouvert. Il lui faut juste un peu de temps pour encaisser.
- D'accord.
- Sinon, j'ai remarqué que tes vêtements ont changé durant ta métamorphose. Tu peux modifier les objets aussi ?
- Non. En fait, mes vêtements font partie de moi. C'est une seconde peau que je crée pour paraître habillé tout en pouvant changer de vêtements durant mes métamorphoses.
- Ingénieux, commenta Gord. Et donc, tu peux imiter tous les matériaux, du genre te transformer en pierre ?
- Non, je sais juste faire du textile, pour les vêtements.
- Je vois, répondit le castor en constatant que les « vêtements » du loup n'avaient rien en métal ni en plastique. Et comment tu as fait pour obtenir tes autres pouvoirs ? Ceux de guérison ?
- En modifiant mon propre cerveau, les connections neuronales, en tâtonnant on finit par obtenir des résultats. Comme dans la légende. Comme pour ma peau de vêtements.
- Mais donc, tu peux modifier tout ce que tu désires ? Ton intelligence, ta personnalité ?
- Oui.
- Tu as choisi d'être ce que tu es aujourd'hui ?
- En quelque sorte.
- C'est difficile à croire, répliqua Gord. Si tu as choisi d'être bon, c'est bien qu'il y avait déjà de la bonté en toi au moment de le choisir.
- Peut-être...
Un silence. On entendit la porte de la chambre de Mélida se rouvrir, et la lapine revint dans le salon.

- Donc, dit-elle, tu es un métamorphe ?
- Oui.
Elle s'assit sur le canapé.
- Je ne sais plus quoi penser...
- C'est normal, rassura Gord.
- Est-ce que je dois me convertir à la religion maintenant ?
- Pas nécessairement. C'est juste un métamorphe, pas Naïmo.
- Tu veux que je t'insuffle de la sérénité ? Demanda Tanhill.
Un moment d'hésitation.
- Je veux bien, décida finalement Mélida. Merci.
Le tigre s'assit à côté de la lapine, et lui prit délicatement la tête entre ses mains pour faire ce qu'il lui a dit. En quelques dizaines de secondes, Mélida alla déjà un peu mieux.
- Merci, dit-elle.
Puis Tanhill lâcha sa tête.

- En attendant, reprit Gord, il reste un mystère.
- Lequel ? Demanda Mélida.
- Comment as-tu su qui appeler à l'interphone ?
- Ah euh... Fit Tanhill.
- Mais c'est vrai ça ! Compléta la lapine.
Et deux paires d'yeux sondèrent le tigre. Il était pris au piège.
- Tu m'as suivi ? Demanda Mélida.
- Ben euh...
- Répond !
- Ben... Oui.
Mélida se rassit sur le canapé, digérant mal l'information.
- Tu t'es transformé en un petit zoo et tu l'as suivi jusqu'à sa porte pour connaître son adresse exacte, c'est ça ? Demanda Gord. Puis il t'a suffit de chercher le nom qui correspondait.
- Oui... C'est ça.
- Dehors, dit Mélida.
- Mais...
- Dehors !
Elle se leva, ouvrit la porte d'entrée, et pointa l'extérieur du doigt.
- Mais...
Et Tanhill abandonna. Il ne pourrait pas la convaincre qu'il ne lui voulait rien de mal. Pas ce soir-là. Le tigre reprit sa forme de loup et sortit par la porte. Celle-ci claqua fortement, laissant Tanhill dans l'obscurité, et la solitude. Il resta quelques secondes sur le palier, puis commença à s'en aller.

Une fois qu'il fut au bout du couloir, la porte se rouvrit néanmoins, et Mélida en sortit.
- C'est bon, tu peux revenir, dit-elle.
- Mais ?
- Mais quoi ? Je t'ai foutu à la porte, c'est bon. Maintenant, tu peux revenir.
Tanhill revint donc sur ses pas, et rentra à nouveau dans le salon.
- Installe-toi, intima à nouveau Mélida.
Le loup se rassit à nouveau sur le canapé. Gord n'avait pas bougé, il ne faisait que sourire, amusé par la scène qui se jouait devant lui.
- Mais donc, dit Mélida en se rasseyant elle aussi, si les métamorphes existent, les autres créatures légendaires aussi ? Les dragons, les chimères ?
- Pas à ma connaissance. Je crois que non.
- Pourquoi une créature existerait et pas les autres ?
- Je ne sais pas. La Tichara ne dit pas que la vérité. Je ne pense pas que Naïmo existe non plus.
- C'est pas l'avis de tout le monde, fit remarquer Gord en roulant une cigarette. Les temples ne sont pas encore tout à fait abandonnés.
- Les religieux, on les emmerde, répondit Mélida.
Le castor ne répondit qu'en souriant tout en allumant son briquet.
- Mais donc, continua la lapine, qu'est-ce qui est vrai, dans le mythe des métamorphes, et qu'est-ce qui est faux ?
- Je ne sais pas, admit Tanhill. Je ne suis pas aussi vieux que le monde. En fait, pour un métamorphe, je suis plutôt jeune.
- Combien ?
- Oh, quelques siècles à peine.
- Combien ? Insista Mélida.
Tanhill hésita, amusé.
- Allez, dis nous.
- Seulement quatre.
- Seulement, répondit Gord.
- Et tu es né comment ?
- Comme n'importe qui. Je n'ai découvert mes dons qu'à l'âge adulte. J'avais 30 ou 35 ans je crois.
- Comment tu les as découvert ?
- C'est un autre métamorphe qui m'a découvert. C'est lui qui me l'a dit et qui m'a appris. Ça se passe comme ça à chaque fois. On se reconnaît, entre nous.
- Et depuis, tu joues au bienfaiteur ?
- Pas vraiment. Mes pouvoirs de guérison, je n'ai réussi à les produire que récemment. A peine plus de 40 ans maintenant.
- Tu faisais quoi alors, avant ?
- Oh, je vadrouillais. Je profitais de mes dons pour découvrir. J'ai voyagé.
Un silence. Gord vint s'asseoir en face des deux autres pour se servir du cendrier, posé sur la table basse.

- Dis, Mélida, fit remarquer le castor, on allait faire à manger quand il a sonné.
- Oui, et ?
- Et il fait faim.
- Bon, d'accord... Tan, reste pour manger.
C'était plus un ordre qu'une proposition, ce qui fit sourire le loup.
- D'accord.
- Bon, je vais faire ça vite fait. Des pâtes, ça convient à tout le monde ?
Les deux intéressés acquiescèrent, et Mélida partit dans la cuisine. Il y eut à nouveau un silence.
- Sinon, demanda Tanhill, tu fais des études de quoi ? D'architecture ?
- Hé, répondit Gord, je suis un anthro, pas un zoo.
- Désolé. Cliché spéciste.
- Bah, j'ai bien fait un peu de bricolage, une maison dans les arbres quand j'étais gamin, des barrages dans des petits ruisseaux, mais j'ai pas eu envie de pousser plus loin. Ca m'a vite lassé. Alors je suis parti dans des études de philosophie et de théologie. Pas que je sois croyant, c'est juste que... Ben on sais pas. En ce moment, on étudie Rakew Glondo.
- Ah, Rakew. Je l'ai connu.
Et Tanhill se maudit aussitôt.
- Quoi ?! Tu as connu Glondo ?!
- Un peu, mentit le loup. Je l'ai croisé deux ou trois fois dans des bals.
- Il était comment ?
- Mal en point, quand je l'ai rencontré. Il était déjà mal en point.
- Ah. C'est triste ce qui lui est arrivé.
- Oui, c'est triste. Je ne l'ai appris qu'après sa mort. Les journaux de l'époque avaient relayés l'enquête, j'ai découvert ça en même temps que tout le monde. Il ne méritait pas ça.
- Non, il ne méritait pas ça le pauvre.
Un silence. Le castor fit tomber ses cendres dans le cendrier.

- C'est qui ce Rakew Glondo ? Demanda Mélida en revenant de la cuisine.
- Un philosophe et un théologien du siècle dernier, répondit Gord.
- Le XIVème siècle a été riche en philosophes, ajouta Tanhill, mais celui-ci est un peu particulier.
- En gros, juste après que son amante ait été retrouvée pendue, son seul disciple a séduit sa femme, et ils sont parti à l'étranger après que ce salopard ait tué les enfants de Rakew, comme c'était encore de coutume chez les lions à l'époque. Après ça, Rakew s'est suicidé à son tour.
- Gore, commenta la lapine.
- Il y en a partout des histoires tragiques comme celle-ci, dit le loup.
- C'est vrai, conclut le castor.
Un silence, gênant, étant donné l'histoire.

- Bon, sinon, on a pas parlé de toi, dit Tanhill à Mélida. Tu fais quoi toi ?
- Moi ? Je suis dans l'informatique. Je finis mes études, et je me lance en freelance.
- Une gothique informaticienne ?
- Bah ouais, c'est possible. En mélangeant, ça donne des Black Screens of Death.
- Des quoi ?
- Des Blacks Screens of Death. L'écran noir, quand ton pc plante.
- Ah...
- C'était pas drôle, ok.
- Je pense, fit remarquer Gord, que ton histoire est plus intéressante que la nôtre. Tiens, par exemple, comment ton « tuteur », qui t'a appris l'art de se métamorphoser, t'as découvert ? Il était comment ?
- Pour la première question, j'y ai déjà répondu. Entre métamorphes, on se reconnaît. Il m'a tout simplement abordé, et a vite compris que je n'étais pas conscient de mes pouvoirs.
- Et nous, demanda Mélida, on est des métamorphes ou pas ?
- Non. Aucun de vous deux.
- Dommage...
- Désolé. Pour ta deuxième question Gord, il était comme la plupart des métamorphes : arrogant, se considérant comme supérieur aux figés...
- Aux figés ?
- C'est comme ça qu'on appelle les non-métamorphes entre nous. Bref, ce n'était pas quelqu'un de très recommandable, et on a fini par se perdre de vue.
- Il t'a entrainé dans ses histoires ?
- Oui. Je ne suis pas fier de certaines d'entre elles... J'ai fait quelques bêtises, il m'a influencé.
- Quel genre de bêtises ?
- Divers genres. Du genre voler aux riches et aux banquiers et tout garder pour nous.
- Ca va, commenta Mélida, si c'est aux riches que tu volais, ça ne leur manquait pas trop.
- C'est vrai.
- Les pâtes, rappela Gord.
- Ah oui, les pâtes ! Venez dans la cuisine mettre la table, je vais m'occuper des pâtes et de la sauce tomate.

Et ils firent ainsi. Rapidement, ils se mirent à manger. En même temps, Tanhill continua de leur parler de son passé. La manière dont il a escroqué quelques gens aisés, autrefois. Ses vaines tentatives pour apprendre à voler, qui lui ont valu quelques membres cassés. Ce n'était pas grave, rassura-t-il aussitôt, car les métamorphes, en changeant leurs tissus organiques, pouvaient soigner sans difficulté de graves blessures.
Il leur parla de ses voyages autour du monde, en bateau, puis en avion, des diverses identités qu'il a endossé au cours de sa longue vie. Mélida et Gord l'écoutaient, attentifs, passionnés, curieux envers la créature qu'ils avaient invité à table.
Puis, quand la nuit fut bien entamé, on décida d'enfin aller se coucher. Ils s'échangèrent leurs numéros de téléphone, et se promirent de se revoir. Tanhill leur dit au revoir, et il repartit en direction de chez lui.

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A suivre...
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