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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
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Premièrement, laissez-moi vous situer le contexte. 
Tout est une question de contexte, pas vrai ? 
Alors allons-y : bar branché en centre-ville, un vendredi soir. Le genre de bar où les cadres épuisés viennent éponger leur semaine de travail à rallonge. Ou les rêves de torture lente et douloureuse de patrons pervers narcissiques côtoient les amourettes et fantasmes d’un soir et où –parfois-, l’alliance quitte l’annulaire pour la poche interne d’un costume bien coupé.
En fond sonore, la dernière playlist à la mode. Rihanna s’extasie d’avoir trouvé l’amour dans un endroit désespéré, au grand enthousiasme de vos collègues éméchés qui scandent le refrain –plus ou moins- en rythme.  Pour votre part, vous vous êtes toujours demandé si les gens avaient conscience que « l’endroit désespéré » en question n’était ni plus ni moins qu’un probable labo de crack bourré de toxicos. Ben ouais, il suffit de voir son clip deux secondes avec les gros plans de pupilles en train de se dilater pour retirer tout le romantisme projeté et voir la vérité : elle se fait des fixs, la petite. S’il faut ça pour découvrir l’Amour, ça présage un sombre futur pour votre vie amoureuse… 
Bref, votre cynisme habituel est de sortie ce soir. Un petit rictus en coin accueille les demandes plaintives de vos collègues nanas qui vous mandatent pour aller quémander au bar de quoi hydrater tout ce petit monde. S’ensuit alors de leur part une plaidoirie féministe enflammée contre les remarques et les avances de plus en plus osées des barmans (qualifiés dans le feu du discours de « gros cons lubriques ») lorsque l’une d’entre elles a le malheur de vouloir se siffler un mojito. (« Vas-y mec ! Plus elle est bourrée, plus t’as de chances de serrer ! » avez-vous d’ailleurs cru entendre entre deux d’entre eux il y a dix minutes.) Le simple fait que vous considériez un minimum –un centième de seconde intersidérale- cette technique pour faire sortir votre vie affective du rythme plat reflète un peu votre désespoir…. 
Donc, au milieu de tout ce petit monde, il y a d’une part : 
- Vos supérieurs hiérarchiques, se prétendant collègues lorsqu’ils veulent vous faire apprécier la subtilité de leur humour délicieux, mais s’auto-proclamant Zeus au sommet de l’Olympe lorsqu’ils vous foudroient de leur divin courroux pour une approximation de votre part lors de la Visite Professorale.
- vos compagnons d’infortune (nous y reviendrons), 
- et vous. 
En tout, une grosse vingtaine de personnes constitue votre environnement social immédiat ce soir. 
Les discussions vont bon train, les mojitos et autres déclinaisons alcoolisées aidant. S’ensuivent alors les éternelles histoires de chasse et autres hauts faits d’armes de vos supérieurs. Ainsi, en deux secondes, l’assemblée est suspendue aux lèvres du doyen du service –que vous appelez Père Fouras avec vos compagnons d’infortune- racontant comment il avait sauvé la vie d’un malchanceux blessé par balle. Comment ? « Mais en comprimant l’aorte bien sûr ! J’ai tenu la position jusqu’au bloc mon garçon ! » Et, de là, Papa Fouras part d’un éclat de rire tout Professoral.  C’est maintenant moult contes similaires qui fusent de droite et de gauche : d’intubation oro-trachéale dans un contexte de coupure de courant, de massage cardiaque sur une plage en vacances à Bali… Une voix s’élève en vous : toutes ces discussions entre hommes d’un certain âge sur des tuyaux, leur circonférence et la puissance du jet n’est pas sans vous rappeler un concours de qui pisse le plus loin… Enfin, avant les problèmes de prostate. Néanmoins, formuler ceci tout de go à l’assemble ne constituerait pas l’initiative professionnelle la plus intelligente de votre carrière. En fait, soyons clairs : vous espérez juste que personne ne vous a entendu faire votre attaque de panique dans les toilettes du service quand les paramedics ont déposé le patient de trente ans en arrêt cardiaque à qui il fallait poser les cathéters pour passer la noradrénaline. Ah, ça, c’est sûr, ils montrent pas l’interne en train de suffoquer dans les WC dans Urgences ou Grey’s Anatomy ! Damn you, John Carter, damn you ! 
C’est bon pour le contexte ? 
OK. 
Et, donc, passons à Toi. 
Toi, tu n’es pas encore arrivé. Tu es encore dans ton bureau, relisant une énième fois les résultats d’une énième étude « demandée » par Le Trou du Cul. (Le surnom Père Fouras a visiblement du plomb dans l’aile) Pour l’instant, ces résultats ne sont pas grand-chose de plus que des cellules Excel remplies de 1 et de 0 mais tu ne peux t’empêcher d’espérer que sous ta plume ils deviendront un article d’une revue qui envoie du lourd, comme le New England ou le Lancet. (Colmater des aortes avec le doigt, c’est has been de toute façon.) Il faut dire que pour obtenir un poste de titulaire sénior à Fort Boyard, ça se la joue un peu à la Game of Thrones : les têtes roulent. Tu réfléchis un moment : à moins que ça soit en mode 24 heures chrono : trust no one, and America for all. La pluie froide de Janvier claque contre la vitre. Ton regard erre sur le toit du clocher de l’église de la rue d’en face, visible depuis ta fenêtre. Mettre l’hosto à côté de la Maison du Seigneur, tu te dis parfois que Dieu a un sens de l’humour un peu tordu. Tu n’en as été que trop de fois témoin, à passer des nuits blanches à essayer de détourner des moribonds de la Lumière Blanche au bout du Tunnel. Tes yeux verts retombent sur l’écran et ses chiffres binaires en furie. Au bout d’un moment, même l’excellent U2 que tu mets en fond sonore ne permet plus de t’apaiser. (« Je leur en ferai bouffer, du Beautiful Day… ») Tu saisis ta sacoche usée à la corde que tu as traîné dans différents congrès autour du monde. La porte claque. Tu entends faiblement le bruit des alarmes des moniteurs s’en donnant à cœur joie en salle. Tu souhaites bonne chance au malheureux de garde ce soir. Tu descends les escaliers de ton donjon quatre à quatre, vers la « vraie vie ». Si tu sais encore ce que c’est…
Retour au bar. 
Adossé au zinc (les barmans n’en ont visiblement pas après moi…), je guette du coin de l’œil les échanges des uns et des autres. C’est fou, vu de loin et avec juste la bonne alcoolémie, on se croirait dans les Sims ! Faut dire qu’après un malheureux concours de circonstances, je me retrouve à descendre les mojitos initialement destinés à ma co-interne. Ah ouais, aucun doute possible, le barman vicieux nourrit visiblement de sombres desseins pour ma pauvre compagne de galère…. Et là, je les remarque : tous les regards compatissants et aidants. Celui de l’infirmière qui m’a limite tenu la main et fait en sorte au final que le cathéter jugulaire finisse bien dans une veine, et pas dans la carotide… Ça aurait fait brouillon ! Celui de ma co-interne, en bien mauvaise posture, plaquée contre un mur par le fils prodigue de Père Fouras, visiblement d’humeur très libérée ce soir ! Si j’espère secrètement que personne ne m’ait entendu paniquer, je sais que, moi, je l’ai entendu, elle, sangloter. Je ne sais pas si elle m’a aperçu. Parce que, peut-être, tout au fond, je ne suis pas aussi cynique que cela, je ne dis rien et lui rends son regard. Mais c’est vrai, quoi, qu’est-ce qu’ils ont tous, dans ce service à afficher cette assurance sans faille ? A croire que la qualité médicale d’un clampin est liée de façon proportionnelle aux taux d’hormones sexuelles qu’il dégage ! En replongeant le nez dans mon verre, je me promets de leur faire bouffer leurs scripts à Benton, Ross et toute la clique. Non mais c’est vrai qu….
Mon portable vibre. Je sors difficilement la Pomme du fond de la poche de mon jean. Ton nom s’affiche. Et là, c’est un peu le concept de la vie qui se déroule avant la mort. Sauf qu’au lieu des anniversaires chez ma meilleure amie et les super maisons en brownie, je revois toute ma journée dans le service passer. Quoi ? Qu’est-ce que j’ai oublié ? La visite, la contre-visite, la visite- qui-n’en-est-pas-une-mais-quand-même, la contre-contre-visite ? Seringue de potassium ? Ampoule de curares ? Quoi ? Quoi ? Quoi ?
Je décroche, en essayant de ne pas montrer que j’ai un peu le béguin pour Toi. Ça fait un peu de temps que ça dure, faut dire que les expériences vécues en garde sont parfois un peu dures. Ça doit forcément être ça, une réaction on-ne-peut-plus-normale à un quotidien qui ne l’est pas toujours. En mode, béguin du soldat pour N+1, qui le sort de la tranchée pour le mener au front. (« ….. se faire exploser par un obus », rajoute le Cynisme, toujours tapi.) Bon, il faut dire que tes attitudes et paroles sont parfois un peu bizarres, un peu déplacées, mais c’est moi qui dois me faire des films… C’est ça, c’est forcément ça me dis-je, en chassant cette pensée comme on chasse, un peu énervé, de la main un moustique et son bourdonnement un peu insistant... (« Insistant, mais entêtant » me souffle le Cynisme qui me zyeute d’une façon bizarre qui ne me plaît pas beaucoup…)
Bref, une fois les monologues de schizophrène passés, j’entends ta voix.
« J’ai du retard, tu es où ? »
Un peu pris de court, je me demande pourquoi tu m’appelles. On est une bonne vingtaine : à choisir, composes le numéro de l’Autre en Mini-Jupe ou de Félindra Tête de Tigre, pas celui de ton interne qui passe la moitié de son temps en cataplexie ! 
Bon, la dame a toujours dit : « Quand on te pose une question, réponds, petit insolent ! »
Je m’exécute, avec style : 
- Baaaaah, au fond………..
- OK, j’arrive !


Et là, il arrive. Pas lui, lui. Enfin oui, lui aussi. 
Quoi ? Je ne suis pas clair ? 
Lui, l’Inattendu. 
On m’aurait dit quand je suis arrivé il y a un mois que ça serait toi, j’aurais explosé de rire à la figure de la personne me sortant ce non-sens, tout en questionnant sa santé mentale.
Tu entres, balaye la pièce d’un regard circulaire, ignorant superbement Père Fouras et les autres . 
Le chaos à lui tout seul.
Une fois.
Parce que c’est un non-sens : la moitié de l’amphi des bébés docteurs se met à hyperventiler quand tu apparais pour faire cours sur des principes obscurs de physiopathologie.
Deux fois.
Alors que moi, les mots me manquent dès que je dois prendre la parole en public. 
Tes yeux trouvent les miens.
L’imprévisible, l’alchimie, l’inconnu des équations à entrées multiples. 
Tu t’approches.
C’est so cliché !
Tu te rapproches.
Le quelque chose qui fait que tous les plans volent en éclats.
Le Cynisme, qui observait calmement la scène, pour une fois me surprend : ce n’est pas un rictus cette fois-ci mais bien un sourire plein de bienveillance qu’il m’adresse, tout en posant sa main sur mon épaule.
Attends, c’est dingue : on ne va pas se rejouer Meredith Grey et Dr Mamour….
Sauf que cette main n’a rien d’irréel, c’est bel et bien la Tienne. Elle s’attarde, longtemps, avant de s’égarer dans le bas de mon dos.
Ce n’est pas le chaos.
C’est le Début.
……………………………….
… Finalement, elle est pas si conne Rihanna. 
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Baby Come Back
Mains sur le cœur, battant en rythme.
Won’t you please come back
Main tendue, doigt en crochet, en cadence.
Stay tonight
Jeté du bras gauche,
Hold me tight
Jeté du bras droit,
Forever,
Arcs de cercles des deux côtés,
And Ever.
Petits mouvements de hanche, comme Madonna, cette star que Papa aime bien. (…ce qui a l’air d’énerver un peu Maman d’ailleurs)
Je continue à danser, en regardant un peu autour de moi. Les garçons, qui râlaient un peu au début (qu’est-ce qu’ils sont lourds parfois !) nous ont rejoint. Et, en fait, ils ont l’air de bien s’amuser. Nathalie La Truie est un peu sur la gauche : je suis contente de voir que je danse mieux qu’elle. Non mais qu’est-ce qu’elle croit elle !
Back Back Baby Come Back
Back Back Baby Come Back
Ça me fait bizarre de penser qu’avec les vacances qui arrivent bientôt, on ne sera bientôt plus tous ensemble. Non mais c’est vrai quoi, on se connaît depuis TOUJOURS quoi ! En allant au collège cette semaine, j’avais parfois envie de pleurer. Mais comme je voulais pas me taper l’affiche, je me suis retenue.
Romain me regarde depuis tout à l’heure. Je fais comme si je l’avais pas vu, mais je sais bien ce qu’il pense. Il est TROP amoureux de moi. Mais moi, c’est Thomas, son grand frère, qui me fait TROP craquer : attends, il est TROP mignon ! J’aime bien Romain, mais comme un ami quoi ! C’est pour ça que je suis venue à son anniversaire ! D’ailleurs, il est où Thomas ? Je l’ai vu tout à l’heure, trop beau avec son nouveau polo Schott ET ses nouvelles baskets Reebok, mais depuis le début de la chanson, plus rien ! J’ai bien remarqué aussi que Nathalie La Truie l’avait vu : qu’est ce que je peux la détester, elle !
Et là, le père de Romain et Thomas baisse le son de la chanson, et enchaîne avec une autre.
 
Le son envahit ma chambre.
Comme toujours, je commence par fermer les yeux un peu plus fort, comme si je pouvais faire disparaître cette sonnerie honnie par la seule force de ma volonté. Et, comme toujours, on ne peut pas dire que le résultat de l’opération soit un franc succès.
FUCKING téléphone de garde de MERDE.
Quatre fois depuis minuit, non mais sérieux !
Tout en cherchant à tâtons le dect, je me prépare à prendre ma voix de « Non, vous n’appelez pas un quelconque médecin endormi à trois heures du mat’, vous composez le numéro d’une déesse qui même en pleine nuit, a une voix punchy, fraîche et dispose lorsqu’elle décroche »
…. Ouais, sauf que le Déesse, elle était en train de pioncer comme une souche il y a dix secondes, les cheveux emmêlés épars sur l’oreiller, avec un fin filet de bave qui coulait sur le côté ! … Bon ça, « whoever’s calling » n’est pas sensé le savoir. Il n’y a que l’Elu qui, à la limite, a le droit de me voir comme ça : difficile de cacher quand on vit ensemble que je ne suis pas une Princesse… Et avec notre mariage qui approche, le voile est condamné à tomber.
Je décroche : voix punchy, fraîche et dispose (j’espère) et non pas voix rauque de routier tabagique (je le crains malheureusement) 
« Allô ? »
« Allô ? Le médecin de garde ? »
Non, je suis le pape et j’attends ma sœur ! Non mais qu’est-ce qu’il croit ?
« Oui c’est moi. »
…. Et c’est toi, à l’autre bout du fil, qui compose le même numéro depuis des lustres …. Et qui demande toujours s’il parle au médecin en décrochant ! Non mais sérieux !
Je me calme. L’infirmier n’y est pour rien si je m’enquille ma cinquième garde du mois. C’est juste que je suis crevée. Tellement crevée.
J’essaye de mettre un peu de miel dans ma voix de routière mal dégrossie (j’ai revu mes standards à la baisse : adieu la voix de diva !)
« On a un constat de décès : les papiers sont sortis, on vous attend. »
- Ok, j’arrive.
Je raccroche, et reste quelques secondes dans le noir. Je me redresse, allume la lumière et profite des quelques secondes où j’enfile mon pyjama de garde pour apprécier les efforts picturaux des anciennes générations sur les murs de la chambre. Efforts picturaux difficiles à manquer en fait, puisque représentés par un énorme vagin avec moult détails anatomiques, situé au-dessus du lit de garde. Avec ça, pas étonnant que mon sommeil soit parfois agité. A ces expérimentations graphiques (toujours du meilleur goût), s’ajoutent de nombreux petits mots écrits avec un stylo usé par un interne qui l’est tout autant à la fin d’une garde surchargée, et qui recherche un peu de chaleur humaine.
Je ferme la porte, descend les escaliers en bois vermoulu de l’internat et me dirige vers le bâtiment central de l’hôpital. Il fait froid, je resserre ma blouse contre moi. Mon regard erre sur les différents pavillons de l’hosto quand je passe à côté. Les chambres des patients sont pour la plupart éteintes mais ça et là des télévisions encore allumées diffusent leur halo dans la pièce d’un pauvre insomniaque. Rien de tel qu’une bonne rediffusion tardive de New York Unité Spéciale pour relativiser le diagnostic récent d’une infection-rénale-de-derrière-les-fagots-tu-m’en-diras-des-nouvelles… Non ?
Je ne peux m’empêcher de sentir un sourire cynique sur mon visage. Qui s’efface aussitôt. Je n’ai pas toujours été comme ça. C’est juste que je suis crevée, tellement crevée.
Je prends une porte dérobée de l’un des bâtiments, jugeant sur le coup le risque de pneumonie sur une longue marche nocturne en Décembre plus important que le risque de me faire malmener par un toxico (appréciez l’euphémisme…) dans les sous-sols de l’hôpital. (C’est rare, mais ça arrive… Quand j’ai évoqué ça sur le ton de la rigolade avec l’Elu, j’ai eu toutes les peines du monde à le convaincre que l’achat d’une bombe lacrymogène au poivre serait peut-être faire preuve d’un soupçon de paranoïa.) J’arrive devant l’ascenseur, qui par chance est là. Mon doigt enfonce l’étage du service de médecine, frénétiquement. Plus vite j’arrive, plus vite c’est fait, plus vite je pionce.
 
J’aime j’aime tes yeux,
Je fais mon regard de belle gosse pour Thomas
J’aime ton odeur,
Ma main part de sous mon nez, vers lui
Tous tes gestes en douceur
Avec mon autre main, je la fais glisser comme un serpent
Lentement dirigés
Sensualité
Petits coups de hanche, comme Madonna. (encore)
Je vois que mes amies le font aussi bien que moi. On s’arrête en même temps, on se regarde, et on éclate de rire. A part Nathalie, qu’est-ce qu’elles vont me manquer ! On ne va pas toutes dans la même classe l’année prochaine. Mais je sais qu’on continuera à se voir…
Tout en continuant de servir le gâteau d’anniversaire de Romain, ses parents nous regardent en souriant. Je les aime bien, ses parents. Tellement PLUS cool que les miens ! J’aime bien le tatouage d’ancre sur le bras de son père, ça et son crâne rasé. Ça m’impressionne un peu, je le trouve très fort. Et sa mère, je la connais bien, ça a été ma prof en CP. C’est un peu grâce à elle que j’ai appris à écrire. En plus, je trouve tellement jolie : elle danse avec sa jolie robe qui tourne. Ses cheveux blonds plus longs que les miens. Sa poitrine plus grosse que moi, planche à pain. Je me demande si Thomas me trouverait plus jolie avec plus de nichons.
Les garçons sont de leur côté depuis que Romain a ouvert ses cadeaux. Je crois qu’il en a été très content : un ballon de foot, des cassettes de Michael Jackson et un super Discman. J’avoue que j’aimerais bien avoir le même.
Les parents de Romain ont sorti les albums de toutes nos classes de mer et de neige. Vu qu’on est tous de la même année, on est toujours partis ensemble, près de la mer ou à la montagne. Ca me fait bizarre, de nous voir sur les photos : qu’est-ce que je pouvais ressembler à une gamine ! Heureusement que j’ai changé ! Je regarde alors mon haut Jennyfer avec fierté : j’ai dû économiser sur mon argent de poche, mais ça valait le coup ! Thomas ne pourra pas résister…
Là, je sens Sophie qui me donne un coup de coude : « Hey, regardes, y a Nathalie qui embrasse Thomas ! » Non, j’ai dû mal comprendre.
Et là, je les vois.
Et là, mon cœur se brise. Comme dans les films. Comme dans les chansons.
 
Je franchis les portes du service.
Toujours la même ambiance de nuit. Les couloirs sombres, illuminés ça et là par les veilleuses et les signes de sorties de secours. Chariots de dossiers et de soins rangés dans un coin. J’avance sans bruit, en longeant les chambres. Parfois, j’ai un peu l’impression d’être l’Ange de la Mort, qui rôde. Ce soir, c’est plus qu’une impression.
Là où les mourants cherchent la lumière blanche au bout du tunnel, le médecin de garde, lui, recherche la lumière blanche au bout du couloir : là où l’équipe de nuit prend son café et où s’échange, au choix : les dernières vacances/l’hôpital nous exploite : plus de travail avec moins d’effectifs/la dernière gaffe de Charlotte, cette nulle en Réa.
Je passe la tête par l’entrebâillement de la porte : « Bonjour. Je suis le médecin de garde. Il est où, le décès ? » On me regarde à peine : « Chambre 218, la famille est là, le décès était attendu, c’était une palliative. Les papiers sont sortis, sur la paillasse. »
La famille ? Great. où comment expliquer à des personnes que tu n’as jamais rencontrés que leur femme/mari/enfant/voisin est décédé. Et non, non, bien sûr, il n’a pas souffert. (Ca, en fait, vous n’en savez rien, mais vous vous gardez bien de leur dire…)
Je frappe doucement à la porte de la 218. J’entre doucement. La patiente est sur le lit. Le mari est là, silencieux, en train de se recueillir. Je m’approche : « Bonjour, je suis le médecin de garde. Je peux vous demander de sortir un petit instant s’il vous plaît ? »
 
I’m a big big girl,
Je m’étais promis de ne pas pleurer.
I’m in a big big world,
Au debut, je pleurais pour Thomas.
It’s not a big big thing,
J’entends la musique qui joue, depuis la salle à mager.
If you leave me,
Je suis sûre qu’il danse avec elle.
But I do do feel
Je pleure pour Thomas, oui, mais aussi parce que c’est la fin de l’année.
That I do do will
Et que je ne vous verrai plus mes amis
Miss you much
Là, Audrey, la maman de Romain et l’Autre, arrive.
Miss you much
Elle s’assoit à côté de moi. Tout doucement, elle passe son bras autour de mon épaule.
« Ca ne vas pas, Julie ? »
Je ne réponds rien, je regarde le sol de la salle de bains. Je ne dis rien.
Elle non plus.
Je finis par parler : « Ça me fait de la peine que tout se termine bientôt. J’aurais aimé que ça dure plus. »
Elle me regarde en souriant : elle a un beau sourire, et des yeux bleus. J’aimerais bien lui ressembler, plus tard.
-Tu sais, oui c’est la fin. Mais c’est aussi le début de quelque chose d’autre. Tu vas voir, la quatrième c’est différent.
- J’ai peur que tout le monde me manque.
- Oui, ils te manqueront au début. Mais après, tu verras, sans que tu ne te rendes compte de rien, tu rencontreras d’autres personnes : d’autres amis …. Et un peut-être un petit copain ! ajoute-t-elle, avec un clin d’œil.
Je ne peux pas m’empêcher de rigoler.
- Je suis contente d’arriver à te faire rire, dit-elle en me caressant le visage. Ça me fait de la peine de te voir comme ça, je te connais depuis des années après tout, petite Julie.
Petite Julie ? C’est vrai que tout le monde m’appelait comme ça, au début de la primaire. Je suis contente qu’elle s’en rappelle.
- Et tu sais, certaines choses te semblent énormes aujourd’hui, mais elles ne dureront pas.
Je cligne des yeux : elle ne veut pas parler de l’Autr…enfin de Thomas ? Non, mais attends, c’était un SECRET ! Elle ne dit rien, et continue de me regarder avec son air mystérieux.
-Tu verras, petite Julie, plein de belles choses t’attendent. Les vacances, puis les dernières années de collège, puis la vie. Tu sais ce que tu veux faire, plus tard ?
J’hésite un peu avant de répondre.
- Je ne sais pas, peut-être docteur.
-          Ah, c’est un beau projet, ça ! répond-elle en sifflant.  Et pourquoi ?
- Parce que je veux aider les autres.
Ok, parce que je veux aider les autres. Mais aussi, et ça je n’ose pas le dire à mon ancienne maîtresse, parce que j’ai envie d’être comme Docteur Quinn, femme médecin. C’est vrai quoi, elle vit des aventures, elle soigne tout le monde, quelqu’il soit ……………….. et elle est mariée à Sully. Aaaaahhhh, Sully…..
Audrey se lève doucement : « Tu sais, petite Julie, dans la vie tu peux être ce que tu veux. Je te connais, je t’ai appris à lire et à écrire. Si tu veux, tu peux. Tu verras, tu changeras d’avis dix fois avant ta terminale. Si tu décides vraiment d’être docteur, je suis sûre que tu seras un médecin merveilleux, et que tu aideras beaucoup de monde… Allez, viens, retournes danser, tout le monde est encore là ! »
Gentiment, elle m’entraîne hors la pièce en me tenant la main.
 
Je soulève le drap, en découvrant la patiente.
Y a pas à dire, elle a le look : amaigrie, la tête chauve (ayant sans doute connu des cheveux meilleurs). Pupilles en mydriase aréflective : elle est partie la bonne femme. Ce signe clinique, ces pupilles dilatées m’ont toujours impressionnée : comme si, en mourant, les gens voyaient quelque chose qui n’était pas encore accessible à ceux qui restent. Et apparemment, ça leur procure un sacré good trip…
Je sors de la chambre, me dirige vers le mari. Je lui débite les formules consacrées pendant qu’il me regarde bizarrement.
Je me dirige vers la paillasse pour remplir toute cette foutue paperasse. Dans Urgences, quand Benton déclare un décès, il regarde l’horloge, prend un air dramatique en débitant : « Heure du décès, 23 h 57 » et hop emballé c’est pesé ! Mais dans la vraie vie, c’est autrement plus chiant. Formulaire bleu, formulaire rouge, formulaire arc en ciel : double feuillet, double tampon. Mais quoi, la Maison qui rend fou est passée par là ou quoi ?
Sans que je dise puisse dire pourquoi, quelque chose me turlupine pendant que je remplis les lignes des 247 certificats de mon stylo bic 4 couleurs (le seul instrument indispensable à tout médecin de garde : là ou le chirurgien a son bistouri, le médecin a son….. bic ! ) Non, quelque chose cloche vraiment. Une vague sensation désagréable me tord le ventre.
Non, mais c’est pas possible…..
Et si ?
Je me lève à nouveau me dirige vers « le salon des familles », là où toute famille endeuillée peut surmonter son désarroi grâce à du bon café, et des bons gâteaux bretons laissés par l’équipe paramédicale… Non mais quelle connerie !
Le mari est là.
On se regarde. Longtemps.
La torsion devient un broiement.
« On se connaît, non ? »
…………
C’est lui qui a prononcé ces paroles, d’une voix blanche. Ces paroles me heurtent de plein fouet, pendant que mes yeux tombent sur son bras.
Son bras, avec un tatouage d’ancre.
Le sol se dérobe sous moi.
 
C’est bientôt la fin. Mes parents vont venir me chercher.
Tout le monde commence à être un peu fatigué, mais continue à danser quand même. Je suis assise sur le côté, à côté de la table avec les restes du gâteau et les verres vides.
Je vois bien qu’Audrey me regarde du coin de l’œil. Je lui souris.
Parfois, tout ça, ça me donne le vertige. C’est vrai qu’après le collège, quand je serai vieille (au moins 20 ans), il faudra que je choisisse un travail. Un mari. Puis avoir des enfants. Etre un docteur ET une femme ET une maman. Je ne suis pas prête de m’ennuyer, dis donc.
Mais pour l’instant, je suis là.
Don’t wanna close my eyes
Oh non, c’est pas vrai ! Pas ENCORE des slows.
I don’t wanna fall asleep cause I’d miss you babe
Tout doucement, je vois Romain s’approcher de moi avec un tout petit sourire.
And I don’t wanna miss a thing
« Dis Ju, Ju… Julie, tu voudrais danser avec moi ? » dit-il en bégayant un peu.
‘Cause even when I dream of you
En fait, il est un peu timide.
The sweetest dream will never do, I’d still miss you babe
C’est mignon. Pas mignon mignon, mais mignon quand même. Je lui tends la main. Ah là, il sourit vraiment.
And I don’t wanna miss a thing
En fait, il est pas si mal Romain.
Quand je danse avec lui, je vois mon ancienne prof, qui me regarde avec ses yeux qui pétillent. Elle me lève son verre, comme quand je fais tchin avec les parents.
Je l’aime vraiment bien Audrey.
 
Je suis retournée dans la chambre. Je regarde Audrey.
Baby come back
Amaigrie. Elle danse bien, avec sa robe qui tourne.
Won’t you please come back
Sans que je sache pourquoi, je sens les larmes me monter aux yeux.
Son visage. Ses cheveux blonds, plus longs que les miens.
Stay tonight
Elle m’a appris à écrire. Elle a appris à écrire à la connasse qui vient de signer les papiers de son décès.
Je pleure vraiment maintenant. Elle pleure à chaudes larmes, celle que l’Elu trouve parfois sèche.
Hold me tight
Pupilles dilatées. Elle, et ses yeux bleus. J’aimerais bien lui ressembler plus tard.
Son mari m’a dit avant de rentrer que si j’avais été appelée quelques heures plus tôt, quand elle était moins confortable, Romain et Thomas auraient toujours été là.
Forever
Mon dect sonne : c’est l’étage de chirurgie. En n’essayant même pas de contrôler ma voix cette fois-ci, je décroche. « Allô, je suis bien avec le médecin de garde ? C’est la chirurgie. J’ai un patient de 47 ans à J2 d’un Bricker qui est pas bien là. Il est fébrile à 39.2, et a 80/50 de tension….. » Je le coupe.
- C’est bon, j’arrive de suite.
Merde, merde, merde. Ça n’en finira donc jamais.
Je sors en claquant la porte dans mon empressement.
And ever
A l’intérieur, elle est restée à côté d’elle. Elle, avec son haut Jennyfer.
Et elle continue à pleurer.
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Défi
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Je suis en retard.
Shit, shit, shit.
Je m’étais pourtant promis de finir le dossier « inondations, vagounettes, vagues et tsunamis » pour 18h. Mais, comme d’habitude, le temps s’écoule de façon différentielle selon le moment de la journée. Normalement le matin, étonnamment vite l’après-midi, pour finir à la vitesse de la lumière en fin d’après-midi.
Une petite voix en moi me dit que je fais exprès d’arriver en retard, que c’est tout à fait mon style de commencer d’emblée avec un mauvais point. Je donne parfois dans la prophétie auto-réalisatrice : ben oui, pour dire après coup : « J’ai essayé, hein les amis, j’ai des rencards, mais elles veulent jamais ». Sans que je sache dire pourquoi, je sens que cette fois pourrait être différente : c’est sans doute pour cela que j’ai envie de me cacher dans le placard à balais et de souffler dans un sac en papier.
Pour un mec qui passe sa journée à modéliser les risques de catastrophes naturelles dans une société d’assurance, j’en prends étonnement peu dans ma vie. Mais je crois que ça me va bien comme ça. Je suis plus à l’aise avec les chiffres, les équations et tout ça. Là où mes potes de fac angoissaient à l’approche des examens, moi ça me calmait. Les chiffres peuvent avoir leur petit caractère, mais ils ne te feront jamais de coup de pute. Je parle d’expérience.
La modélisation des risques, c’est mon cocon. Rien de tel qu’une régression logistique ou qu’une bonne modélisation en multivarié pour m’apaiser.
Alors, certes je bosse beaucoup. Mais heureusement, je ne fais que ça. Après un certain nombre de rendez-vous foireux (où comment votre potentielle dulcinée vous apprend qu’elle a un casier judiciaire, ou qu’elle voit un psychiatre …. Ou les deux…), j’ai vite compris que j’étais bien mieux chez moi à me refaire l’intégrale de The West Wing ou dans ma salle de sport à soulever de la fonte entourés de Narcisse et ses potes.
Faut dire aussi que le temps passe, et à la trentaine bien passée (et dépassée), je commence à percevoir autour des moi des signes qui ne trompent pas : mes proches espèrent – et désespèrent- que je macque :
- Mes amis me prévoient des blind-dates : « Mais non, mec, c’est pas du tout pour les loosers… »
- D’autres de mes amis essaient de trouver des raisons pour lesquelles je ne trouve personne : « Mais attends t’es trop timide/Tu t’habilles comme un sac/Tu es trop absorbé par ton travail ». ………. Génial pour la confiance en soi !
- Ma sœur m’offre un abonnement pour Meetic : « Mais non, frérot, t’inquiètes… »
- Mes parents, eux, me tendent des perches de la largeur d’un gratte-ciel, en espérant à chaque déjeuner ou dîner que je leur fasse une grande annonce. Chaque silence de ma part est vécu comme un silence préparatoire à une révélation choc. La dernière fois, ils se sont surpassés : « Tu sais, si tu veux nous présenter une amie….. ou un ami, on est là… »
Au début, ça me froissait, mais maintenant je crois que j’en ai pris mon parti. Le non-risque est ma zone de confort, mon cocon où la chenille que je suis se larve. Certains rencontrent, d’autres pas. Pas de quoi se mettre la rate au court bouillon d’appartenir à la deuxième catégorie.
Jusqu’à ce que je te rencontre.
C’était à une énième pendaison de crémaillère organisée par des amis, du style de ceux qui aiment te projeter leur amour et leur bonheur à la gueule comme une voiture qui roule à fond dans une flaque d’eau boueuse pendant que tu fais du stop à côté.
Comme moi, tu étais venue seule, cherchant à te donner une contenance en t’agrippant à ton mojito comme à une bouée de sauvetage en plein naufrage.
Clic.
Je ne comprends pas toujours très bien comment on est passés de cet instantané-là à celui où on discute des dernières séries et films à la mode.
Clic.
On se retrouve à rigoler sur nos anecdotes de voyages d’ici et ailleurs. En fait, c’est drôle, on a vu un peu les mêmes choses.
Clic.
Tu me fais rire.
Clic.
Je n’ose pas te demander ton numéro, ça fait cliché de séries américaines. On se perd de vue. Je fais moins le malin quand je me rends compte que je ne te vois plus.
Clic.
Tout en essayant de ne pas passer pour un psychopathe en puissance, j’essaye de glaner ton nom et ton prénom auprès de mes amis-projeteurs-d’eau-boueuse. (avec l’air détaché de circonstance, bien sûr) Manque de bol, je me fais griller : je crois que voir mes amis effectuer un gigantesque haka-fais-confiance-à-ta-virilité constitue un échec de discrétion cuisant.
Clic.
Laissant mes opinions politiques sur ce monde conformiste et liberticide de côté, j’ouvre Facebook.
Mode Stalker : On.
Photo de profil : seule.
Moi : 1 – Solitude : 0.
Photos de profil de tes amis : tu n’apparais sur aucune photo de tes amis mecs.
Moi : 2 – Solitude : 0.
Ah, shit, sur tes photos –que tu n’as pas rendues privées…- je vois que tu laisses le rugbyman tagué « Tom Bo Goss » t’enlacer. Il a une carrure d’armoire à glace, l’enflure. Je savais que j’aurais dû soulever plus de fonte en salle de sport.
Moi : -45 – Solitude : 754.
Attendez, attendez, on me dit dans l’oreillette que « Tom Bo Goss » le rugbyman ne serait autre que le frère de Sophie. Correction : le frère GAY de Sophie, en couple avec son coach, à deux doigts de se marier. Tous mes vœux de bonheur, mec.
Moi : 754 – Solitude : six pieds sous terre.
Tout d’un coup, je vois mon icône de messagerie clignoter.
C’est Toi.
Pendant que certains pensent, d’autres agissent. Après avoir pesé –et soupesé- les 247 563 réponses possibles, activé 754 fois le correcteur d’orthographe, je te réponds.
 
Et voilà comment je me retrouve à marcher par cette soirée de Novembre, vers notre lieu de rendez-vous. Je traîne un peu la patte, à cause de toutes les casseroles que je traîne derrière moi, qui auraient tendance à me ramener chez moi devant la dernière saison Game of Thrones. A quoi bon espérer, c’est juste prendre le risque d’être déçu. On se rencontre à côté de mon ancienne fac. Ça me fait une drôle d’impression, de voir ces étudiants aller et venir, dans un espèce de bouillonnement à ne plus finir : là où les espoirs d’être le prochain Will Hunting et de résoudre le dernier théorème de Fermat vivotent côte à côte de l’agenda surbooké avec les soirées et la vie associative.
J’attends à côté du réverbère qui diffuse sa lumière « vieux Paris » sur la place déserte. C’est quand je commence à me dire que cet objet de mobilier urbain a plus d’allure que moi que je m’admets que je suis peut-être un peu nerveux…
Je récapitule rapidement, les sujets à ne absolument pas aborder lors des premiers repas décontractés et dénués de tout enjeu sous peine de ne plus avoir d’enjeu ….. du tout :
- Les sujets politiques du moment.
- Les ex.
- Tes amies.
Et là, tu apparais.
Ta silhouette élancée s’avance vers moi : tes cheveux roux au vent, une écharpe de soie pour te protéger du froid, un jean casual …. Et ton sourire.
Et là, mes amis, c’est l’histoire qui prend son envol.
C’est bizarre, on se retrouve dans ce restaurant italien, je n’ai pas vu comment on est arrivés là. J’avais prévu plein de vannes : sur comment mon esprit scientifique a accepté ce rendez-vous (ou plutôt, ce repas décontracté et dénué de tout enjeu) pour savoir si oui ou non les rousses avaient vraiment une âme ou si l’Inquisition au Moyen-Age avait raison, ou comment son métier de prof pouvait ressembler au…
Enfin, je ne me rappelle plus très bien mes vannes : quoique peut-être juste le fait qu’elles sont pourries.
C’est étrange, la lumière est tamisée, et pourtant quand tu me parles, j’ai l’impression d’être sous les projecteurs. Mais pas les projos d’un interrogatoire policier à la sauce des Experts, mais plutôt ceux d’un festival de cinéma avec un grand tapis rouge. Ou encore un soleil de printemps qui éclaire une chrysalide.
J’ai l’impression d’être visible, tout simplement.
Mon ventre se noue, bien que je n’aie pas mangé grand-chose.
Je pourrais t’écouter me parler des heures. Tu saurais rendre n’importe quel sujet intéressant. Que ce soit le cycle des papillons, ou des enjeux économiques de la dette de la Grèce. (Je me rappelle d’une vague règle concernant les sujets politiques du moment…)
Tiens, en parlant de papillons, je les sens, là, au creux de mon estomac.
Au décours d’un échange anodin, nos regards se croisent et une décharge électrique me parcourt de part en part. Y a pas à dire, je décide d’abandonner mon paratonnerre, mes casseroles, toute cette fonte qui m’encombre et qui au final ne me sert pas à grand-chose.
Les papillons virevoltent, et essaient de me dire quelque chose que j’ai peur de comprendre.
Je retiens la décharge, je m’élève au-dessus du sol pour ne lui laisser aucun point de sortie. Exit la Terre.
Vu comment les papillons réagissent, je me dis que je suis sur la bonne voie.
Je m’approche de toi par-dessus la table.          
Les papillons prennent tous la pose : exactement quelle pose, je ne comprends pas vraiment. Une musique intérieure rythmée retentit.
Mes lèvres s’approchent des tiennes. Tu me souris.
Cet air me dit définitivement quelque chose.
Nos lèvres se touchent.
Je mets un moment, incrédule, à reconnaître le tempo. Un autre moment, encore plus long, à déchiffrer la chorégraphie des papillons qui se trémoussent en rythme.
Nos lèvres se touchent, encore. S’explorent.
Oui, c’est ça, c’est bien ça.
Les papillons dansent sur Gnam Gnam Style.
Les feux d’artifice, c’est has been. 
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Parce que les voix dans ma tête me disent de le faire. .... C'est la seule façon de les réduire au silence. ..... ........ ............. C'est bon maintenant, vous allez vous taire ?
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