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Annick

Le Havre.
Annick
Tzvetan Todorov définit ainsi le fantastique : Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel.

1886. L'Ermitage Saint Benoit. (Les Alpes). Emma vient de perdre ses parents dans un tragique accident. Elle part pour un séjour à l'hôtel, dans un ancien ermitage, situé sur un piton rocheux. Elle a besoin de s'isoler pour dépasser ce cap douloureux qu'est la période de deuil. Son seul lien avec l'extérIeur sont les lettres qu'elle reçoit de son ami Lorenzo et celles qu'elle lui envoie où elle épanche sa peine. Après ce séjour qui lui est bénéfique, elle s'apprête à repartir pour Paris. Mais les événements vont en décider autrement... La forteresse aurait-elle un secret à lui confier ?
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Annick


Elle a déposé sur ses lèvres closes
Un pétale de rose parfumé,
Comme un timide baiser que l'on n'ose
Savourer, une attente murmurée...

Il avait quinze ans, et elle, dix sept,
Platon s'invitait à leurs rendez-vous,
En chemin, il lui cueillait des noisettes,
Le vent de septembre semblait si doux.

Ils s'asseyaient au bord de la rivière
Tout en agitant leurs pieds nus dans l'eau,
Les roseaux caressants et les fougères
Dessinaient des feuillages sur leur peau.

Ils s'inventaient des aurores florales,
Des arcs-en-ciel, des avenirs parfaits,
Dans le froid d'un cimetière, spectrales,
Leurs ombres délicates se mêlaient.

Ces tendres soupirs cachaient des serments :
Ils s'aimaient sans se l'avouer vraiment
Comme un chagrin qui ne se livre pas,
Une voix chère qui pleure tout bas.

Ainsi la vie, imperceptiblement,
Les a séparés pendant cinquante ans.
L'étreinte glacée a été rangée
Dans le tiroir d'une armoire, oubliée...

Un jour, leurs routes se sont rapprochées,
Le destin les a fait se retrouver.
Hier et maintenant se superposent,
Le temps déconcerté fait une pause.

Cupidon, par ses flèches enflammées,
A ranimé les braises mal éteintes.
Aujourd'hui, par la grâce d'un baiser,
Flotte un air très doux, comme une complainte.

De sa bouche close, elle a détaché
Le pétale de rose parfumé...
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Défi
Annick

1795

La calèche que tiraient deux chevaux, fit un tour sur elle-même, avant de s'immobiliser dans la cour du château. Les graviers firent tressauter la voiture.

Cela faisait plus de quatre mois que Julien était parti de sa province natale pour rejoindre son groupe de musiciens, (des harpistes, des violistes, des luthistes). Ils allaient de ville en ville, de salle en salle, offrir aux spectateurs leur art : un soir ici, un autre là. Julien avait du quitter pour un temps sa bien-aimée, celle qu'il venait d'épouser. Certaines missives que lui envoyait Eléonore se perdaient, pourtant, le courrier était régulièrement acheminé mais il suffisait qu'il y ait des intempéries pour que la malle-poste prenne du retard. Malgré les répétitions et les concerts qui s'enchaînaient, il avait pris le temps d'envoyer à son épouse des petites cartes remplies d'amour et de baisers.

2030

L'Hyperloop* arrive presqu'au terme de son trajet. Alexis n'a ressenti aucune secousse au point de se demander si la capsule, dans laquelle il se trouve confortablement assis, s'est véritablement déplacée.

Ce train à très grande vitesse est une sorte de bouchon fuselé, propulsé dans un tube dépressurisé. En moins dune demi-heure, il a parcouru 500 kms. Alexis a juste eu le temps de lire un chapitre de son livre : "les moyens de transport futuristes" offert par la compagnie pour l'inauguration du train.

Son portable émet une petite vibration. Le jeune homme n'a pas envie de répondre au téléphone tant il se sent bien avec lui-même dans cette bulle de douceur. Un sms, deux sms... C'est Juliette qui se fait insistante :

- Tu arrives bientôt ? Dis-moi quelque chose ! Je t'ai appelé mais tu ne réponds pas comme d'habitude.

Il écrit rapidement quelques mots pour la rassurer. "Pourquoi faut-il toujours qu'elle me harcèle avec ses je t'aime" se dit-il. "Je lui ai dit une bonne fois pour toutes que je tenais à elle. Ça devrait lui suffire ! On s'est vus, il a deux jours, et déjà elle est perdue. On s'écrit trop souvent. J'ai besoin d'air. Je n'en peux plus !"

1795

Eléonore, sortit en courant vers son bien aimé, puis l'enserrant tendrement de ses bras, elle s'inquiéta de savoir si son voyage s'était bien passé, si ses affaires prospéraient comme il l'entendait. Tant de semaines l'avait éloignée de lui.

- Tu m'as manqué lui dit Julien en la serrant tout contre lui. Parfois, je hais la musique qui me tient éloigné de toi. Tu es toute ma vie, tu sais !

- Sans toi, je ne vis plus, je ne respire plus. De ma fenêtre, tous les jours, je scrute l'allée, je guette le moindre nuage de poussière, un galop, une roue qui crisse qui pourraient annoncer ton arrivée murmura Eléonore en caressant doucement le menton de son mari.

Ils se dirigèrent vers la lourde porte en chêne qui donnait sur l'entrée de la demeure.

- Viens, lui dit-elle. Tu as sans doute besoin de silence et de repos.

- Le seul silence dont je rêve, c'est celui qui me parle de toi.

Elle l'embrassa tendrement et lui demanda :

- Alors, peux-tu me raconter ce que tu as vécu durant ces longs mois ?

- Ho ! dit Julien. J'ai bien cru ne jamais te revoir ! La calèche a versé dans le fossé. Il a tant plu ces jours derniers. Il nous a fallu un jour entier pour la remettre sur ses roues. Le cocher a dû partir chercher de l'aide, à pied, à plusieurs kilomètres de là. Un fermier a bien voulu nous tirer de ce mauvais pas. Son cheval de trait, fort comme Hercule, a permis de désembourber les roues du véhicule.

2030

Juliette attend Alexis sur le quai de la gare. Lorsque son compagnon arrive près d'elle, celui-ci effleure distraitement sa joue. Elle reçoit un reliquat de baiser, c'est-à-dire ce qu'il en reste quand celui ci, dépourvu de toute affectivité, ne signifie plus rien.

Elle n'ose répondre à cette marque de tendresse glacée. Il ne lui accorde aucune attention. Elle, désespérément, cherche dans son regard une complicité qu'elle ne trouve pas. Le visage inexpressif du jeune homme traduit une certaine langueur, celle d'une existence trop facile, où il suffit de vouloir pour tout obtenir, sans effort, sans mérite.

A la sortie de la gare, il hèle un taxi qui les mènera en deux minutes à leur appartement douillet, rue des Tramways.

-Tu n'as rien à me dire ? demande-t-elle, l'air résigné en ouvrant la portière arrière de la voiture.

Le jeune homme s'assied près du chauffeur, encore tout absorbé par le trajet inaugural de l'Hyperloop. Il sort de sa torpeur et fait part à sa compagne de ses impressions.

- C'est rapide. Presque trop, dit-il en scrutant la route. En dix minutes, on n'a pas le temps d'apprécier les petits fours et le verre de champagne que l'on nous a offerts, pour l'inauguration. Aucun frémissement, aucune micro secousse perceptible n'est venue troubler la surface du liquide. Le confort du fauteuil, la stabilité parfaite de la capsule m'ont donné envie de dormir. Il n'y a aucune fenêtre si ce n'est ces écrans qui diffusent des images représentant les régions que l'on traverse. Mais on oublie le brouhaha de la ville pour un temps."

1795

Eléonore se serra contre lui. Le regard éperdu, il chercha dans la chaleur de l'étreinte, l'amour qui lui avait manqué. Tant de semaines sans se caresser du regard !

Puis elle alla chercher un mouchoir qu'elle imbiba d'un peu d'eau pour essuyer la grande éraflure qui barrait le visage de son mari.

Elle le dévêtit pour le débarrasser de ses vêtements recouverts de boue et de sang coagulé.

- Comme tu es maigre, s'inquiéta-t-elle. Prends cette couverture, viens te sécher et te réchauffer près de la cheminée.

2030

D'un geste, il chasse une poussière sur la manche de son nouveau costume "Hubo Goss". Julien est coquet. Il aime passer du temps à choisir ses vêtements. Il lui faut la meilleure coupe, la plus belle matière, la couleur à la mode. Rien n'est trop beau pour cet homme d'affaires qui est toujours en représentation. Business oblige ! Il doit être impeccable. Et pas question de tacher le bas de son pantalon. Il ne se déplace qu'en taxi, en voiture, en train, ou en avion.

1795

- Je me sens mal, murmura-t-il dans un souffle. Puis, il s'affaissa comme un pantin désarticulé sur le tapis du salon. Il s'alita pendant trois jours, terrassé par la fièvre.

Eléonore, le veillait, prenant à peine le temps de manger et de se reposer, épongeant sans relâche la sueur glacée de son front avec une serviette.

Comme l'état du malade ne s'améliorait pas, elle demanda au palefrenier d'atteler son cheval afin d'aller chercher un médecin mais quand il revint après plusieurs heures, Julien avait cessé de vivre. Le praticien ne put que constater le décès avec amertume.

La jeune femme, se coucha alors sur le corps sans vie de son bien aimé comme pour le protéger et resta, là, longtemps, dans le silence de la chambre. Elle ne se remit jamais de la mort de son amour, et succomba quelques mois plus tard.

2030

Il toussote, se tourne vers Juliette et lui dit :

- J'ai dû prendre un peu froid à cause de la climatisation. J'ai mal à la tête. Je vais aller chez mon médecin. Je dois être en forme pour mes prochaines réunions.

Soudain, Juliette l'interpelle et déverse son amertume :

- Hé ! Je me moque bien de cet Hyperloop et de ta petite toux ! Tout à l'heure, quand je t'ai demandé si tu avais quelque chose à me dire, je pensais que tu me parlerais de nous, de nos projets en cours. Tu sais que j'espère une réponse à propos du prêt pour financer notre future maison. Et puis, j'attendais aussi....J'attendais que tu me dises : "Tu m'as manqué" !

Le chauffeur se fait tout petit sur son siège, l'air gêné par cet afflux de paroles intimes qui ne le concernent pas.

- Je te quitte lui dit-elle, dans l'énergie du désespoir. Je pars vivre à la campagne, auprès des vaches et des moutons. Cette vie urbaine trop facile, aseptisée, formatée, je ne l'accepte tout simplement pas. Je ne supporte plus ton air blasé, ton indifférence. Un jour, tu fusionneras avec ton fauteuil "nuage" de l'Hyperloop, avec celui de ton bureau... ergonomique, massant, de ta méridienne convertible, relax, en cuir de cerf sauvage, de ton lit à eau, relevable ! Moi, je retourne au XVIIIe siècle, dans la paille et la boue ! J'y trouverai sûrement l'amour, ce sentiment oublié qui se nourrit de manque, d'inquiétude, d'épreuves, de distance, de séparation, de retrouvailles exaltantes. Exaltantes ! Sais-tu seulement ce que veut dire ce mot ?

Elle reste un instant songeuse, les larmes au bord des yeux. Le silence est pesant. Puis elle rajoute :

- Moi, je suis une romantique, je fais partie d'une espèce en voie de disparition peu à peu décimée par un modernisme forcené qui ne laisse plus de place aux sentiments.

Alexis ne dit mot. Peut-être a-t-il déjà fui dans ses réflexions de businessman. Peut-être ne l'entend-il pas ?

Juliette s'adresse au chauffeur, le visage blême de chagrin et de colère contenue.

- S'il vous plaît. Je voudrais descendre au prochain stop.

Bientôt, la voiture s'arrête. Juliette paie et part rapidement. Elle s'éloigne sans se retourner et se perd dans la foule. Son écharpe blanche et ses longs cheveux blonds volent dans le vent.

Alexis consulte sa montre connectée et se dit :

"Je dois prendre l'avion pour Lyon dans deux heures. J'ai rendez vous avec un client super important ! Certainement l'affaire de ma vie ! Et puis, ce soir, je reprendrai l'Hyperloop. je serai de retour à Paris très vite ! Demain, je dois assister à une conférence au Centre Pompidou, sur l'art de vivre au XXIe siècle. Très intéressant à mon avis ! Quand j'y repense, ce train, il est génial !"

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*L'Hyperloop, le train à super grande vitesse de demain ?

Ce système de transport devrait pouvoir atteindre une vitesse de 1220 km/h et serait économiquement viable pour toute liaison inférieure à 1500 km.

L'idée d'un transport à 1500 km/h par tube est apparue au XIXe siècle dans un roman d'anticipation de Jules Verne.

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Défi
Annick

Dans ce petit bistrot d'un Paris alangui,
Une fille est assise entre deux luminaires
Qui versent sur son front une clarté lunaire.
Son teint semble de nacre et ses lèvres rougies.

La tête un peu penchée, les coudes sur la table,
Le regard égaré dans son sirop d'érable,

Elle buvote, absente, happée par ses désirs :
"Et s'il ne venait pas" ? semble-t-elle se dire...


Il lui avait pourtant promis de revenir,
Écrivant mots d'amour et mille poésies,
Sur une lettre ardente envoyée d'Agadir.
Les coudes sur la table, elle se fond en lui.


Il lui avait juré qu'elle était la première
A glisser ses doigts fins dans ses cheveux et lire
Dans ses yeux une flamme impossible à ternir...
Les clients sont partis, elle est bien la dernière.


Envolés le doux rêve à Venise et gondoles,

Ne reste qu'à noyer son chagrin dans l'alcool !
D'un geste de la main, elle appelle un serveur :
"Apportez-moi du vin ainsi que des liqueurs !"





















Konstantin Razumov : Impressionnisme Glamour.
La photo : (peinture)
http://www.maxitendance.com/wp-content/uploads/2012/02/Peinture-Konstantin-Razumov-5.jpg
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Annick

À la passion, il n'y a de remède que la passion. George Sand.

La passion est un lierre....

Es-tu la dune blonde aux courbes sans pareilles,
Ou la forêt ombreuse abondant de merveilles
Sous sa robe d'agate embaumée de safran ?

Tu danses sous la lune, enveloppée de brume,
Pieds nus, cheveux flottants ; un blanc rayon allume
Des étincelles d'or sur les ailes du vent...

Souvent tu me séduis et me fais mille grâces,
Quelquefois tu me fuis et je tombe en disgrâce.
Tu joues avec mon coeur comme on aime en riant.

Tes douceurs, mes baisers se mouillent de mes larmes,
Une tendre ferveur m'étreint et me désarme,
Tel un fleuve déborde et coule doucement.

Ton céleste sourire et ton regard lunaire
Sont de charmants appas que le soleil éclaire.
Ô ma blonde Circé ! Ton poison se répand !

Qu'il est long le chemin qui me mène à ta couche
Tapissée du velours de ta peau, de ta bouche !
Je suis un doux rimeur et marche en soupirant.

Cent fois je veux trancher ce lien qui me dévore,
Déchirer à jamais le portrait que j'adore.
Comment me délivrer de cet affreux tourment ?

Si je ne puis guérir de ce mal, cette ivresse,
Si je ne sais mourir de chagrin, de tristesse,
Passerai-je mes jours à souffrir en pleurant ?

Je rime ma douleur en fébriles poèmes
Et cherche sous ma plume un langage suprême
Afin de soulager mon coeur en écrivant.

Las ! Je ne peux trouver ni répit ni remède.
Je rêve d'un tombeau telle une couche tiède
Où nous reposerons jusqu'à la fin des temps...

La passion est un lierre à l'envoûtant feuillage,
Il chemine en secret le long des grands herbages
Pour enlacer les fleurs tout en les étouffant.
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Annick

Je suis auteur ! Fier de l'être, c'est certain. Je m'empresse de le dire à ma boulangère, ma fruitière, mon cordonnier... Tous, sans exception, me rétorquent, l'air retors :

- Ah, c'est vous l'auteur du crime de Manouilly-les-Prévenche !

- J'ai lu un entrefilet à ce sujet dans le canard d'aujourd'hui, me lance mon boucher, l'air menaçant, essuyant machinalement son couteau effilé sur son tablier taché de sang.

- Non, non, balbutié-je, le regard fou...

Enfin j'imagine très bien mon regard apeuré à ce moment là car je me sens incompris, je me sais accusé. J'essaie de lui expliquer que c'est une erreur. Je m'empêtre dans des explications confuses :

- Voyez-vous, je suis un romancier, enfin pas encore. Si j'ai tué quelqu'un, ce n'est que par procuration. L'un de mes personnages s'en est chargé pour moi.

- Ah, dit le facteur qui passait par là, tout en cherchant dans sa besace une lettre qui me serait adressée, une preuve, une missive accusatrice envoyée par le procureur, peut-être... vous voyez bien, vous avouez !

Un policier qui avait tout entendu me prend par le collet et m'amène manu militari au poste de police.

- Votre compte est bon, dit-il en roulant affreusement les r !

A la gendarmerie, les poulets me cuisinent. Je dois d'abord décliner mon identité. D'un regard suspicieux, le brigadier-chef me toise à travers ses grosses lunettes de myope pendant qu'un planton me serre de près.

- Nom, prénom ? interroge-t-il.

- Landru, Fabien Landru.

L'homme, perplexe, le sourcil en accent circonflexe, s'arrête de tapoter sur son clavier d'ordinateur.

- C'est bien ce que je pensais, se parlant à lui-même ! Criminels de père en fils !

- Non ! lui dis-je timidement. Vous vous méprenez ! Fabien Landru est mon pseudonyme. En fait mon vrai nom est...

Il m'interrompt en pointant son index vers moi :

- Fausse identité ! Ça peut vous mener loin, mon gars !

Entre deux questions, j'essaie maladroitement de lui expliquer ce qu'est un auteur, un narrateur, dans un récit.

- Un narrateur, grommelle-t-il ! Vous avez un complice pour commettre vos forfaits ?

De guerre lasse, je me tais et je pleure.

- Je ne barlerai qu'en brésence de mon abocat, hoqueté-je à travers mes larmes...

Dans ma cellule, je me remémore un à un les événements de la journée. Ce matin, quand je me suis inscrit sur Oniris, j'ai pris conscience tout à coup que je devenais auteur ! Pas romancier bien sûr, pas encore, quoiqu'un romancier est un auteur... comme moi ! J'étais si heureux de me sentir différent du commun des mortels... Mon bonheur a été de courte durée ! Comment leur expliquer, aux Manouillais, que je ne suis pas l'assassin, car voyez-vous, à Manouilly-les-Prévenche, aucun des habitants ne lit de livre, à part la Gazette du matin dont ils se repaissent avec délectation : accidents malheureux, crimes odieux, incendies volontaires, tout est bon pour accompagner leur petit déjeuner-café-croissants et papotages dans les chaumières ou au bar "Les Perroquets". Ces mots qui me sont familiers comme "roman", "autobiographie", "poésie", leur sont tout à fait étrangers. C'est sûr, on va m'emprisonner, peut-être à perpétuité, afin que je purge ma peine, pour des crimes tout droit sortis de mon imagination. Il ne me reste plus qu'à écrire, dans ma cellule de sept mètres carrés, un vrai livre d'auteur pour les habitants de Manouilly-les-Prévenche. Peut-être comprendront-ils leur méprise ! Si jamais, ils veulent bien le lire...

Soudain, de ma cellule, j'entends des cris vengeurs. Il semble que tout un peuple, venu en représailles, se presse autour de la prison :

- Haut et court ! Qu'on le pende haut et court !

Je me réveille dégoulinant de sueur... chez moi, dans ma chambre aux rideaux bleu pervenche. A travers la fenêtre, le noisetier de mon jardin étire ses branches sous la bise du petit matin frileux. Un rayon de soleil espiègle me fait un clin d’œil. Je happe l'air comme une carpe jetée au bord d'une rive. Ce n'était qu'un rêve ? Un cauchemar plutôt ! Dans ma pauvre tête se mêlent confusément les quolibets des Manouillais aux commentaires des Oniriens en EL qui me soufflent à l'oreille :

- C'est court, ce récit est bien trop court...




























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Annick
Un hommage aux élèves harcelés, menacés, insultés, persécutés…
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Annick

Qui es-tu toi, qui viens te frotter
Et sauter et jouer sur mon pied,
Tirant entre tes dents ma chaussette ?

Le regard pétillant de malice,
A la manière d'une exploratrice,
Tu prends ma liquette pour une cachette.

Aussitôt que je m'assois par-terre,
C'est comme une déclaration de guerre,
Entre toi et moi et les nounours.

Les canards, les renards en peluche
Les pouics et les ballons de baudruche
Volent en tout sens et se font la course.

Moi je ris, et toi tu pousses des cris,
Des petits gloussements réjouis,
Au creux de mon épaule attendrie.

Tu fais en sorte de placer ta tête,
Là, un peu en dessous de ma main
Pour profiter d'un petit câlin.

Et lorsqu'arrive l'heure de la dînette
Ton caressant regard m'interroge :
Dis maman, tu me donnes mes croquettes ?


J'ai faim, j'ai faim, mon ventre gargouille,
Sembles-tu dire de ton air fripouille...
Et de tournicoter de la tête.

Je m'incline et te serre dans mes bras,
Mon amour de petit Chihuahua !
Qui es-tu, toi, qui me rends fada ?


A Lily-Rose.






















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Défi
Annick

Chat pitre 1. 
Un cochon charcutier vendait des chanterelles, des châtaignes, en chantonnant. Quel chantier dans sa charcuterie ! Des chapelets d'oignons, des chapons saupoudrés de chapelure, nichaient dans la cheminée, prêts à être réchauffés pour le souper. Un chat brigadier-chef, à la fine moustache, chassant la chauve-souris, se présenta à la charcuterie. 

- C'est louche, chez vous, dit le pacha ! Vous ne vendez que des choses très chères ! Je ne suis pas riche. Je ne pourrai pas m'acheter le steak de cheval au chambertin, le pâté de chevreuil au chablis que j'aurais bien voulu choisir ! 
Chagriné, il se mit à pleurnicher !
Le cochon charcutier, pas chicaneur pour deux sous, lui donna sans chipoter, des chips, des chipolatas, du fromage de chèvre, et d'autres choses encore. Le chat chouchouté  remercia chaleureusement le cochon charcutier ! "Ouf", pensa le chat ! "S'il ne m'avait rien donné, je n'aurais eu d'autre choix que de chaparder" !


Moralité ! 
Ami, si tu es fauché, 
Rien ne sert de chaparder !
Il faut savoir pleurnicher,
Dans la blouse d'un charcutier !

(Interprétation du défi sur l'allitération avec le texte : "Chat alors !").
 







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Annick

(Défi sur les homophones et sons identiques)

Les mets de Mémé.


- Entre dans mon antre, à pas de loup, corbeau ! J'ai des appas et un corps beau pour toi sous mon toit !

- Hou ! Je ne suis pas appâté par toi dit le piaf qui piaffe s'empiffrant de pâté.
- Mais si ! Je suis le Messie ! Malgré ma chique, je reste chic !
Toc ! Toc ! Entre un chef, sa toque en guise de couvre-chef ! 
- Qui es-tu, dit Mémé le policier à la peau lisse ! Moi, je suis de la police. Viens que je te cuisine !
- Pas de panique. T'es toqué paltoquet ! T'as pas vu ma toque ? Je cuisine des légumes ! Je suis végétarien.
- A ta guise ! Légume ! Qui végète a rien !
- Je mange cru. Qui l'eut cru ! L'eusses-tu cru ?
- Oui. J'aime les pâtes Lustucru . 
- Alors, serre-moi la patte !
- Et toi, sers-moi les pâtes.
- Hum ! Le thon de ton tonton est bon.
Vingt bouteilles de vin sont cherchées en vain. La recherche est vaine, pas de veine !
Dans la cour, court une laie. Elle s'arrête, croque une arête, boit du lait dans la boîte à pain en pin puis meurt. Un croque-mort lui mord la patte.

Un python piteux sur son piton repère son repaire. Un animal malin voit le serpent qui serpente sur les pentes :
- J'ai faim. Pour lui, c'est la fin. Je vais l'avaler dans la vallée.
- C'est un mal pour un bien, dit Mémé. Ce mauvais mâle ne mettra plus à mal mes mets, comme la laie dans l'allée.





 
 
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Annick

Emportée par le vent...
Quand Anne eut quinze ans, elle se regarda beaucoup plus longuement dans le miroir, une psyché qui lui permettait de se voir de pied en cap. Elle ne se trouva pas assez jolie. Certes, les traits de son visage étaient délicats mais les formes naissantes de son corps d'adolescente lui paraissaient déjà trop affirmées. Elle aurait aimé être très mince, diaphane, presque transparente, comme une idée de jeune fille. Hélas, elle avait un corps bien visible et celui ci l'encombrait. Anne palpa à regret le gras de ses bras, effleura l'arrondi de son ventre, sa main descendit jusqu'à ses petites cuisses de grenouilles qu'elle voyait comme des cuisseaux de chevreuil ! Ses vêtements amples masquaient ses formes qu'elle croyait généreuses. L'image que lui renvoyait son miroir l'indisposait. Pourtant son corps de jeune nymphe en faisait déjà rêver plus d'un.
- Je suis laide, murmurait-elle souvent en détournant le regard de ses formes qu'elle détestait.
Aussi décida-t-elle de ne presque plus se nourrir. Le lundi, quelques graines de tournesol picorées de temps à autre suffisaient à calmer son appétit. Le mardi, une vieille pomme ridée emplissait son estomac jusqu'au soir. Le mercredi, trois petits verres d'eau citronnée suffisaient à l'hydrater et la rafraîchir et ainsi de suite jusqu'au dimanche...
Chaque matin, avant d'aller à l'école, un rituel s'imposait. Anne prenait un mètre de couturière et mesurait son tour de poitrine, sa taille, ses hanches en notant scrupuleusement, sur un carnet, les progrès constatés. Quand elle perdait un centimètre de tour de taille, elle inscrivait, en face des résultats, une note qu'elle évaluait en fonction des efforts consentis. Bientôt, elle n'eut plus faim et se trouva comme allégée d'un poids. Elle aurait rêvé ne plus avoir besoin de boire, non plus. Toutes ces contraintes lui pesaient et elle s'attardait souvent devant la statue de la Vierge, face à la mer, si belle, aux proportions parfaites, sculptée dans le marbre par un artiste de génie.
Après quelques semaines de privations, son miroir lui renvoya une image conforme à ce qu'elle désirait. Sa mère la disait filiforme, voire squelettique. Son père, pour la taquiner lui avait donné le surnom de Narcisse car, depuis qu'elle avait maigri, elle aimait passer du temps à s'observer dans la psyché pour surveiller sa ligne ou s'adresser un sourire complice.
Cependant, le fait de se nourrir de manière restrictive lui causait de violentes brûlures d'estomac. Parfois des douleurs lancinantes comme des piqûres d'aiguilles la tourmentaient jour et nuit. Son corps demandant grâce, elle consentait alors à manger un peu plus. Ainsi, ses souffrances s'apaisaient. Mais le petit démon qui la poussait à adopter des comportements extrêmes veillait. Et les privations reprenaient toujours plus agressives, son désir d'idéal l'absorbant toute entière.
Sa mère s'aperçut qu'elle semblait s'effacer un peu plus chaque jour. Son corps se réduisait à la portion congrue et pliait comme un roseau à la moindre brise. En maman avisée et inquiète, elle décida donc de l'emmener chez un de ces praticiens, spécialiste du corps et de l'âme :
-Ton indice de masse corporelle a dépassé le seuil critique. Il est de 14.5 et équivaut à une dénutrition. Je te dis les choses telles qu'elle doivent être dites, sans détour. Car en ne mangeant pas suffisamment, tu mets ta vie en danger, déclara le médecin d'un air sombre, à l'adolescente.
- Elle ne veut pas m'écouter quand je la mets en garde dit la mère. Elle continue obstinément à se priver de nourriture pour ressembler aux mannequins désincarnés que l'on voit à la télévision dans les défilés de mode.
Recroquevillée sur sa chaise, Anne fit pivoter son corps du côté de la porte comme pour échapper aux paroles accusatrices. Puis elle entortilla sa queue de cheval autour de ses doigts en signe de reddition. Le duvet mousseux de ses cheveux frissonna sur sa nuque.
- Elle mange réellement comme un moineau, renchérit sa mère. Rien que des graines de tournesol, de lin, de pavot, et de sésame.
Comme pour la conforter dans ses dires, Anne sortit de sa poche quelques graines de tournesol qu'elle commenca à grignoter consciencieusement, avec l'air effarouché et tranquille à la fois d'un écureuil.
Le silence était à peine égratigné par le bruit sec de la mastication.
- Qu'en penses-tu, Anne ? questionna le docteur, en la regardant fixement.
La jeune fille baissa les yeux en silence. Le diagnostic ne l'affectait pas, elle était déjà ailleurs. Elle ne trouvait d'intérêt à la vie que dans la mesure où elle suivait à la lettre les règles qu'elle s'était fixées. Cela la rendait tellement heureuse. Ils ne pouvait pas comprendre... Pourtant, elle décida de se ranger à l'avis du praticien et de sa mère :
- Je vais faire un effort pour manger davantage, dit-elle d'une voix atone.
- Ha ! Ma petite fille, lui dit le médecin en souriant, me voilà rassuré ! Je te prescris des vitamines pour remédier aux carences.
Puis comme une boutade qu'on lance pour mettre un terme à une conversation pesante, il poursuivit :
- Si tu ne manges pas plus, un jour, tu finiras par t'envoler!
La jeune fille le regarda d'un air doux, à la dérobée. L'homme ne perçut pas son cillement de paupières, à peine un léger battement d'ailes... Anne fut la seule à remarquer, à travers la fenêtre, les nuages plumeux et délicats qui filaient vers l'horizon comme aspirés par les courants d'altitude.
Le lendemain, lorsqu'une tempête se leva, Anne se souvint de ce que lui avait dit le médecin, à la fin de la consultation. Cette idée de ne plus sentir son corps la séduisait. S'envoler et n'être qu'une âme parmi les reflets mauves d'un coucher de soleil, voilà ce qu'elle espérait. Se défaire de son enveloppe comme un papillon sort de sa chrysalide, c'est tout ce qu'elle désirait. Etre belle ne lui suffisait plus. Elle voulait se fondre dans la beauté des choses...
Elle se remémora ses privations, ses douleurs, son corps qui souffre et se cabre. Tout ce contrôle sur elle-même, n'avait-il pas pour but d'échapper à leur contrôle, à eux : sa mère, son père, le médecin ? Se libérer de leur regard, de celui des autres, de tous les autres, se délivrer du carcan de leur autorité pour pouvoir enfin s'épanouir et voler de ses propres ailes... Et respirer à pleins poumons le vent dur de décembre, celui qui coupe le souffle d'une délicieuse blessure...
Elle s'enveloppa dans un châle et partit à pied en direction de la falaise, s'agrippant aux réverbères, aux garde-fous, aux arbres, tant les rafales étaient violentes. Le vent hurlait et bourdonnait contre ses tempes, l'attirant à lui, impérieux, exigeant, puis la repoussant aussitôt. Quand elle parvint jusqu'aux vagues mugissantes, elle leva les yeux au ciel, écartant ses membres frêles pour prendre à pleines brassées les bourrasques. A ses pieds, tout en bas de l'à-pic, l'océan roulait sa colère. Elle resta là, un moment, offerte aux éléments déchaînés. Puis elle s'envola, petit pantin de chiffon désarticulé, balloté par les tourbillons impétueux du vent...
Dans le cimetière de Saint Benoît, une tombe est fraîchement creusée, avec une stèle en forme de cœur, portant les inscriptions suivantes : Anne Orexie - 2004 - 2019 - Emportée par le vent.

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Annick

On dit souvent que tout palais ou toute masure possède une âme. La maison dans laquelle vivaient Claire et Charles était de ces demeures qui ne révélaient rien de l'esprit de leurs habitants. Un de ces pavillons communs dans un lotissement où chaque maison est la copie conforme de l'autre. Se ressembler pour mieux se confondre, se dissoudre, disparaître... se cacher peut-être, chaque occupant fonctionnant de manière identique, comme un pantin mu par des fils invisibles. Une vie bien réglée somme toute, sans accroc, sans grand bonheur non plus. 
Quand Charles rentra du travail, il ouvrit la porte sans frapper, alors que d'habitude, il prenait soin de ne pas la surprendre. 
- Ho! Tu m'as fait peur, lui dit-elle ! J'ai bien cru qu'il y avait quelqu'un dans le hall d'entrée.
- Tu sembles bien inquiète pour peu de chose, ma chérie ! Tu n'as pas reconnu mon pas ? lui dit-il en posant un baiser sur son front. J'ai passé une journée éprouvante. Mon patron a des exigences de plus en plus grandes.
Il se dirigea vers la chambre à coucher, montant les marches d'un pas pesant.
- J'ai oublié mon portefeuille dans l'une des poches de mes vestes qui se trouvent dans le placard, murmura-t-il.
Elle sembla le retenir d'un geste vague :
- Si tu es épuisé, laisse-moi te l'apporter. Dans quelle veste se trouve-t-il ?
- Dans celle à carreaux, mais je n'en suis pas certain. Je préfère le chercher moi-même !
Elle le suivit, réglant son pas sur le sien, comme une épouse modèle, presque soumise. Il ouvrit la porte du placard en la faisant glisser doucement sur ses rails. Le roulis grinçant fit frissonner la jeune femme.  - Incroyable, bougonna-t-il, tâtonnant à l'aveugle sur les étagères. Je n'arrive pas à mettre la main dessus.
- Veux-tu que je t'aide, Charles, suggéra-t-elle, empressée, presque fébrile.
Il poussa un petit cri de surprise :
- Ho! Je jurerais que la valise a remué toute seule. Tu es certaine que la chatte n'est pas enfermée ici ?
- Non, dit-elle, fermement. Je viens de la voir à travers la fenêtre de la chambre. Elle est perchée sur l'une des branches du noisetier. Ne la cherche pas ! Elle n'est pas là. Si la valise est bancale, je rangerai demain cette partie du placard.
Tout à coup, elle porta la main à son front puis prit appui sur les bois du lit. Son visage cependant ne laissait paraître aucune émotion. Il semblait lisse de tout vécu. Son teint pâle rendait cette impression encore plus prégnante. 

Elle l'avait vu, son amour, comme un personnage d'une pièce de Feydeau, caché là, au fond du placard de la chambre, derrière le costume de cérémonie de son époux ! Ses boucles brunes attestaient de sa présence dans ce lieu incongru et le mari trompé n'avait rien vu !
Charles venait juste d'arriver quand les amants avaient failli être surpris, enlacés. Par une porte dérobée, Luidji avait eu juste le temps de filer dans la chambre. 
- Ah ! S'exclama Charles. Je me souviens ! Je sais où est mon portefeuille. Il se trouve dans le tiroir de mon bureau. Il poussa un soupir de soulagement. Elle soupira aussi en détournant le regard. 
Elle descendit l'escalier derrière lui en s'agrippant à la rampe, les jambes flageolantes, le regard perdu. Mais avant, elle avait pris la précaution d'ouvrir la fenêtre pour permettre à Luidji, son prince, de s'échapper par le balcon du premier étage. De là, l'amoureux pourrait tout à son aise sauter sur la pelouse du parc et disparaître dans la nature. 
- Tu sais, lui dit Charles, en fourrageant dans le tiroir de son bureau, mon rêve, ce serait de partir loin, très loin pour oublier les contingences de la vie matérielle : mon portefeuille, ma carte bleue, mes factures, mes impôts, mon travail. Ah ! Vivre sans argent sur une île déserte, rien qu'avec toi, satisfaire seulement mes besoins primaires ! J'espérerais presque être un globe-trotter, un va-nu pied, un chômeur !
Il se retourna vers elle, brandissant l'objet tant convoité !
- Pourquoi dis-tu ça ? murmura-t-elle en le regardant par en dessous comme le ferait un enfant qui pose une question à un adulte et dont il sait qu'il n'obtiendra jamais de réponse.
Elle avait l'impression qu'il n'était pas allé au bout de sa pensée, qu'il l'avait laissée là, en suspens, comme il la laissait, elle, balançant entre deux vies, celle espérée et celle qu'elle exécrait quand elle restait seule à attendre qu'il veuille bien se décider à rentrer. Elle releva ses cheveux blonds en un chignon savamment décoiffé qu'elle piqua d'une petite épingle rose. Elle était de ces femmes-enfants, à la bouche mutine, au regard perdu, attendant comme un juste retour des choses, l'attention de son homme, la vraie, celle qui console, qui valorise, qui lui donne enfin une raison d'exister. Elle avait espéré, en vain ! Et ce n'était pas le baiser furtif qu'il consentait à lui donner chaque soir en rentrant du travail, comme par inadvertance, qui pouvait compenser ce manque, cette solitude. Alors, elle avait pris un amant, comme un exutoire.
Il lui sourit en grimaçant. 
"Comment lui avouer"  se dit-il, le regard coupable, "que je viens d'être licencié, viré par mon patron" ?
A elle, sa tendre épouse ! Comment lui dire que cette aventure avec cette drôlesse n'était qu'une passade, juste une explosion d'hormones mal contenue ! La femme de son boss en plus !
"Comment ai-je pu être aussi immature", pensa-t-il !
Un adolescent n'aurait pas fait pire. Au chômage ! Il était au chômage, mais ce qu'il regrettait le plus, c'était d'avoir trahi sa petite fée intègre. Demain, il lui avouerait tout, avec l'espoir chevillé au corps, au coeur, qu'elle lui pardonnerait. Car il en était certain, elle l'aimait comme au premier jour ! 
Charles était un homme amoureux. Du moins, il pensait chérir sa femme. Certes, il l'honorait, tactile, fougueux, il jouait avec elle comme on joue avec une poupée. Elle était sa chose, elle lui appartenait. Rien de plus. Il l'aimait à sa manière, celle d'un homme rude, sans grande finesse. Il la désirait sans lui donner la place qu'elle méritait. Elle était là pour lui, elle faisait partie de sa vie mais n'était pas sa vie. 
Claire se détourna. La porte du  bureau se referma derrière elle. Le silence se fit pesant.
Toutes les portes et fenêtres étaient déjà closes depuis longtemps car la nuit tombait. Exceptée la fenêtre de la chambre, béante, offerte au petit vent frisquet d'un automne précoce qui engourdissait l'atmosphère. La jeune femme vaquait dans la cuisine, occupée à préparer le repas, quand elle vit sa chatte se diriger vers elle. Le félin lissa longuement ses moustaches contre les jambes fines de sa maîtresse.
"Tiens", pensa-t-elle en souriant. "Câline est passée par la fenêtre de la chambre !"












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