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Clara DIANE

L'écriture, ne serait-elle pas en définitif, la preuve réelle du passage de l'Homme sur terre...

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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Clara DIANE

" Viens, ma chérie, viens un peu plus près de moi et de l'âtre ; rapproche-toi pour te nourrir du feu" murmura Tara, si tendrement qu'elle était à peine audible à travers les crépitements des flammes rougeâtres et denses.
Tara était vieille, beaucoup trop vieille pour toutes ces jérémiades et Swan, à son âge, tout comme au sien à la même époque râlait à tort et à travers. Elles avaient tant de similitudes, toutes deux, que Tara en ressentait une émotion bouleversante dans tout son émoi et son vécu ne la confortait que davantage à penser combien cette petite fille qu'elle aimait lui ressemblait en tout point.
Elle râlait pour le pot de confiture vissé fortement, pour l'oiseau trop chantant, pour le mascara capricieux ou plutôt sa main pas toujours précise, pour l'amoureux trop empressé ou la gaucherie détaché d'un autre, du chocolat chaud trop chaud, du thé glacé jugé trop froid, elle râlait autant que pouvait l'aimer Tara, et pourtant il était temps de se relancer les dés... La coquille de coton devait se fendre.
Swan tentait de dompter sa chevelure hirsute, une crinière en somme, sans réellement y parvenir, elle était pourtant attendue pour 21h précises. Redoutant d'avance de créer un retard auprès de ses amis; le manque de ponctualité dénotait, pour elle, un certain laxisme de caractère qu'elle rejetait depuis son plus jeune âge, aussi elle tenta de se hâter en se mirant, une fois de plus, devant le beau miroir vénitien, ce sublissime miroir vénitien détenait à lui tout seul tant de souvenirs.
Au tout début de l'automne, elle avait basculé dans l'univers des grandes personnes avec pour présent ses dix-huit printemps. Pour elle, l'entrée dans cette saison signait une ère nouvelle, cela signifiait qu'enfin et légalement, déambuler dans les établissements de nuit lui était permis sans avoir la hantise de devoir justifier de son âge. Jjeune à de nombreuses occasions et non autorisées, elle avait flirté avec le diable mais, depuis quelques temps ça ne la distrayait plus du tout. Cet aspect quelque peu excitant à une époque avait perdu tout son attrait.
Les imprévus, c'était bien le seul indicateur de la vie qui l'incommodait, Swan ne supportait pas d'être prise de court. Tel, un major commandant son armée, elle aspirait à orchestrer sa vie à la seconde près, mécaniquement, précisément, avec succès la plupart du temps; et aussi ridicule que cela puisse paraître aux yeux de ses camarades qui ne manquaient jamais une occasion de le lui rappeler, mais qui n'ébranlait en rien la jeune femme, qui continuait toujours sa partition de vie.
Pourtant, ce soir-là serait distinct des autres, elle ne le savait pas encore; pour Tara cela ne pouvait en être autrement, la coquille de ouate devait se fissurer, inévitablement, il était temps de rentrer en scène.
Pour l'heure et en ce soir, une question se dessinait clairement: comment ?
Et dans l'esprit de la vieille dame, la réponse ne présentait pas la même limpidité.
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Défi
Clara DIANE

C'était perpétuellement, la même ritournelle, cette attirance presque addictive de tirer le manche du réfrigérateur d'en sortir la dernière part de cheesecake pour s'en délecter. Cette recherche de sucre comme le retour à un temps passé, révolu, et enterré, ce temps infini de l'enfance où la gourmandise nous enrubanne en son sein. Elle était comme apaisée aussitôt la satiété se faisant sentir bien que les papilles en ébullition ne retiraient pas pour autant ce père qu'elle avait à l'esprit, son père.
Celui à qui elle n'avait pu dire "au revoir", "adieu" celui qui avait quitté le sol terrestre, la vie de notre monde pour effleurer à présent, des doigts, des cieux... Ses cieux qu'elle les souhaitait doux pour lui ces cieux. Il ne serait pas trop compliqué de les espèrer, de les prier d'être plus doux que fut sa tragique destinée.
Elle voulait lui dire une multitude de paroles, lui prodiguer milles attentions, lui demander qui il avait été, et surtout, pourquoi avait-il emprunté de telles routes et pas d'autres, les raisons pour lesquelles il était resté chrysalide de ce monde où la mutation est omniprésente.
Tara savait que lorsque le jour se mourait, laissant place à la nuit, les sentiments dans tout son moi-profond se multipliaient, son esprit s'emballait, sa respiration pouvant même, parfois, se faire difficile, quelque haletante.
Sa petite tête d'enfant, candide et innocente, dans cette vieille enveloppe charnelle qui l'emprisonnait, n'était, en fait, qu'un vulgaire déguisement. Une sorte de costume dont on se pare pour se rendre au bal masqué, un leurre, un fard...une chimère.
Elle rejetait tous ces parements dont la société vous affuble à bien des moments sous prétexte qu'il faille se ranger à certains encodages protocolaires par on ne sait trop qui ou quoi, du reste.
Cette nuit, était une de celles où son esprit vagabondait et voulait s'asseoir tout près de l'Homme, sans le juger, mais juste l'écouter, sentir une toute dernière fois la douceur de sa main, son haleine buccale odorante de café et de tabac mais qui la rassurait tant petite fille, et qui la révulse au plus haut point en tant que femme d'âge mûr. Sa vie écoulée et les épreuves rencontrées lui avaient apppris à se taire, à décortiquer pour par la suite et parler éventuellement, développer son sens de la tolérance lui était apparu nécessaire pour grandir, à 84 ans on grandit encore dans l'âme; même si la biologie, elle, a cessé de croître depuis que la croissance a été sectionnée dans la fleur de la vingtaine. La vieille dame, usée, repue de ce que le destin lui avait témoigné tout le long de ses années de vie n'avait plus qu'une seule et unique doléance, que les tasses de thé s'entrechoquent dénouent les langues et qu'elle puisse dire tout ce qu'elle n'avait pu dire à ce père perdu alors qu'elle était jeune femme. Elle l'avait perdu dans sa vie d'adolescente, elle ne le perdrait que définitivement bien plus tard dans sa vie de femme, la faucheuse ne prenant jamais la peine de vous envoyer un carton bristol.
Cette période charnière qu'est la vie de femme l'a marquera au fer chaud, elle savait qu'elle était libérée par le fait qu'il soit parti mais le chagrin n'en serait pas non plus inexistant et à l'aube de sa mort, il lui manquait un élément: cette discussion tant iréelle et souhaitée, Tara savait d'emblée que c'était pure folie de penser qu'il reviendrait sur terre pour l'écouter ou lui parler, ce père. L'impensable, pourtant, habitait sa pensée et se déssaisir de cette utopie aurait été pour elle un poison qui l'aurait consumé dans son for intérieur.
Contre toute attente, allant au bout de sa logique de pensée, elle saisit la théière avec le thé encore bouillonnant, se servit une contenance du breuvage convoité, qu'elle jugea convenable, reposa délicatement sur le plan de travail prenant garde à la chaleur qu'il se dégageait de cette dernière, s'installa près de l'âtre et entama une longue tirade en ne quittant les flammes des yeux comme si une quelconque âme pouvait s'y nicher à l'intérieur.
Ce long monologue résonne encore dans ma tête, je l'ai entendu, fillette, alors que j'étais en vacances chez ma grand-mère Tara, c'était la veille de sa mort. Les mots vivront à tout jamais dans ma mémoire et je vais tenter d'en prendre un soin tout particulier à vous les retransmettre pour ne pas dénaturer le coeur et les tripes qu'avaient mis ma mère-grand en les avouant aux flammes, comme un lourd fardeau qu'elle devait poser avant de tirer elle aussi sa révérence:
"Cher papa,
Je suis navrée de ne pas t'avoir compris,
Je comprends mieux à présent, comme je suis soulagée de comprendre, de te comprendre,
En partant, aussi triste que fut le dénouement, tu m'as fait grandir, m'élever sur des terrains que je n'aurai même pas imaginé et rien que pour cela jusque dans l'au-delà je t'en suis reconnaissante à tout jamais,
Je déplore comment tu as pu régir ta vie mais j'ai en tête des éléments qui m'étaient inconnus et je te donne mon pardon, ce pardon largement mérité, arrête définitivement de te juger, le jugement est beaucoup trop simple, au lieu de cela je privilégie plutôt l'analyse et la compréhension, une grande sagesse que j'ai tenté finalement de faire évoluer en moi pour me conduire pas à pas sur mon chemin de vie,
Ma vie a définitivement pris un tournant que je sais différent dès lors que j'ai compris celui que tu étais, celui que tu as été, mathématiquement, fais celle que je suis en partie, et que j'ai pu être par la suite,
Etrangement, c'est quand tu m'as laissé que j'ai pu imbriquer nos similitudes telles des pièces de puzzle,
Par conséquent, tu détiens, en plus, du ticket pour la terre que tu m'as offert, une parcelle également de mon bonheur de vie, ta pédagogie a en quelque sorte perpétué même après ton départ, tu étais décidément bien atypique, cher père,
Je t'en suis éternellement reconnaissante, où que tu sois tu n'as peut-être pas toujours brillé dans ta vie mais tu as ta place dans mon coeur et sièges dans le ciel, quelque part, sur l'étoile la plus brillante de la galaxie, notre galaxie".
A tout jamais....
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Défi
Clara DIANE
La souffrance de l'enfant occultée par les adultes et leurs choix
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Pour essayer d'ordonner différentes idées se bousculant dans mon esprit depuis fort longtemps, il est juste temps de jeter l'encre sur la toile.... Ou plutôt le calepin/écran.... De baisser les armes, de poser sa cuirasse et révéler le dessous.

Listes

Avec Ce flim n'est pas un flim sur le cyclisme, Muselé, Reflet (Défi froid dans le dos)...
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