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Je ne suis qu'un jeune écrivain qui rêve de vivre de sa passion. Ça peut te sembler exagéré mais j'écris en moyenne trois à quatre heures par jour. Ce serait cool que tu jettes un coup d'oeil sur mon premier roman... !

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Œuvres

Spinter
Prologue
 
    Le grincement de la porte se répercuta à travers tous les buildings de New-York. L’opacité du firmament plongeait la ville dans une atmosphère plombante. Le bruit, d’ordinaire omniprésent, avait laissé place à une quiétude malsaine. Les véhicules en activité se faisaient rares sur la chaussée et les piétons avaient disparu. Quand les échos provoqués par l’issue de secours cessèrent, un homme se précipita vers son unique espoir. En temps normal, il utilisait l’ascenseur pour se rendre au parking souterrain et récupérer sa voiture.
    Mais cette nuit, c’était différent… L’ascenseur n’était pas sûr…
    Derrière lui, la porte qu’il avait empruntée s’ouvrit à la volée. L’homme fit volte-face et laissant échapper un cri de surprise. Il s’accorda une fraction de seconde pour essayer de distinguer quelque chose dans la pénombre, sans succès. Il se remit à courir et parvint enfin à atteindre sa destination. Son 4x4 noir était garé près de l’entrée éclairée par un long néon.
    Lorsque celui-ci s’éteignit subitement, l’homme lâcha ses clefs de voiture qui heurtèrent le sol avec un fracas assourdissant. Il se laissa choir avec la ferme intention de les retrouver en un temps record. Ses mains tremblaient comme s’il avait la mort aux trousses.
-          Allez !... Putain !... grogna l’homme en sentant la terreur l’envahir.
    Ses doigts s’emparèrent enfin de ses précieuses reliques au moment où quelqu’un cria son nom dans les ténèbres :
-          Larry !? Je sais que t’es là… quelque part…
    A en juger la portée de sa voix, son interlocuteur devait se trouver à au moins vingt mètres de lui. Le parking était tellement plongé dans l’obscurité qu’il était difficile de discerner le contour de ses mains en face de ses yeux. Larry craignait qu’en ouvrant sa voiture, les phares et le son ne trahissent sa position. Cependant, il ne pouvait se permettre de rester ici et risquer sa peau. Il déverrouilla les portières de son 4x4 à distance et se précipita à l’intérieur. Le moteur gronda plusieurs fois et les pneus crissèrent sur le sol dallé.
    Larry rassembla tout son courage pour sortir du parking sans encombre. Malgré l’éclairage de ses feux de route, il ne trouva pas son poursuivant.
    Son véhicule se retrouva enfin sur le trajet coutumier qu’il arpentait chaque jour pour rentrer chez lui. Mais cette fois, Larry savait qu’il devait se contenter de rassembler ses affaires et de partir le plus loin possible... Il n’avait pas de famille à embrasser une dernière fois, pas d’amis qu’il allait décevoir… Sa vie était synonyme de « solitude » ; et ça lui allait très bien comme ça.
-          Je pourrais peut-être prendre un peu de repos à Bali, songea le conducteur en pensant à la chaleur accablante du soleil indonésien sur les plages paradisiaques de l’île.
    Prendre du recul sur son quotidien lui ferait du bien, mais il regrettait déjà de s’éloigner de l’immense projet sur lequel il avait travaillé d’arrache-pied pendant un an. Il était censé changer le monde… créer un immense consensus à travers la planète… peut-être même changer les mentalités des individus, allant jusqu’à privilégier l’entraide au détriment de l’individualisme…
    Une larme coula le long de sa joue et s’écrasa sur son poignet qui tenait le volant. Larry se trouvait ridicule, mais savait que tout ceci ne serait pas vain. En fuyant, il sauvait des millions de personnes dans l’ombre. Un sourire se dessinait finalement sur ses lèvres ; et s’il devenait un héros reconnu mondialement ? Et s’il devenait « Larry Boscova » : le héros geek ? Cette simple pensée lui redonna un peu de courage et de sérénité.
    Larry haussa les épaules en expirant bruyamment pour se détendre. C’est à ce moment-là que quelque chose heurta brusquement le flanc gauche de sa voiture. L’impact fut si brutal que son véhicule se retourna quasi-instantanément pour glisser jusque sur le trottoir. La tête de l’homme se cogna violemment contre la vitre et il faillit perdre connaissance. Ses yeux clignèrent plusieurs fois et il mit du temps à comprendre qu’il était à présent à l’envers. Sa vision flouté lui vrillait le crâne. Il posa ses mains sur le sol – au-dessus de sa tête – mais se coupa contre les nombreuses particules de vitres qui avaient explosé sous la puissance de l’impact.
    Les battements du cœur de la victime accélérèrent à nouveau lorsqu’il vit la voiture de son agresseur garée près de la sienne. La portière du conducteur s’ouvrit lentement et Larry put distinguer ses chaussures de costume lorsque ce dernier descendit du véhicule. Il s’approcha sans précipitation et s’accroupit face à lui. Larry put enfin distinguer les traits hargneux de son visage carré dissimulé derrière de larges lunettes de soleil.
-          Larry, dit-il d’une voix caverneuse, comme on se retrouve.
    L’homme alluma un cigare et le plaça entre ses incisives sans tirer pour autant ; on aurait dit que c’était plus pour se donner un style qu’autre chose.
-          Tu sais pourquoi je suis là ?
    Larry fit la grimace pour essayer de contenir sa douleur. Moins il en montrerait, mieux il se porterait.
-          Bien sûr que tu sais, reprit son agresseur, sinon, tu ne te serais pas enfui comme un enfant qui a fait une bêtise en me voyant.
    Le fumeur pencha la tête sur le côté puis se releva, Larry ne pouvait voir que le bas de son corps, malgré ça, il put ressentir son agacement.
-          Je ne vais pas y aller par quatre chemins, reprit son mystérieux interlocuteur, je veux les données. (Larry faillit hurler de terreur en voyant la pointe d’un revolver descendre vers lui). Alors tu vas me les donner.
    Tout se passa très vite à partir de ce moment-là. Larry devait trouver une alternative pour rester en vie tout en sauvant ces millions de personnes qui comptaient sur lui sans même le savoir. Examinant chacune des possibilités qui s’offraient à lui, il se rendit également compte que la main de son potentiel meurtrier ne tremblait pas. Elle était étrangement calme.
-          Je… Je les ai laissés au bureau…
-          Mensonge… Ça va te coûter une cervelle ! cria l’homme au cigare.
-          D’accord ! D’accord ! Je les ai perdues sur le parking… Quand les lumières se sont éteintes d’un coup, j’ai sursauté et j’ai lâché…
    Larry essayait de terminer sa phrase mais la panique l’avait déjà envahi et le sang lui montait à la tête. En face de lui, l’homme semblait prendre du plaisir à le regarder dans ce piètre état. Il fit tournoyer le pistolet devant son visage et montra ses canines jaunies par l’accumulation de tabac.
-          Tu sais Larry, je ne voulais pas en arriver là… Mais plus les jours passaient, plus je voyais que tu te défilais… Quel dommage… Il semble que nous ne serons pas si nombreux que ça à contrôler les ficelles de ce monde que nous avons créé pendant plus d’un an…
-          Que… Qu’est-ce que tu veux dire ?...
-          Tu ne me sers plus à rien, abruti, mais tu peux encore faire échouer mes plans. Je suis vraiment désolé.
    Pour la dernière fois, l’homme dirigea son arme à feu vers le front de sa proie et appuya sur la détente. Un bruit sourd lui vrilla les tympans avant que le calme redevienne le maître des lieux. Un chien aboya au loin et quelques lumières s’allumèrent dans les bâtiments alentours. Mais l’assassin n’y prêtait aucune attention, trop obnubilé par quelque chose qui dépassait de la poche de chemise du mort. Appuyé contre son torse sans vie, l’objet était sur le point de tomber.
     Ecrasant son cigare sur le goudron de la chaussée, l’homme s’empara du disque dur qui contenait toutes les données dont il avait besoin pour changer la vie de millions de personnes. Il éclata d’un rire sardonique avant de remonter dans son 4x4 et de quitter la ville sans avoir l’intention d’en revenir. 
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            …
            Je me sens vide…
            Quelque chose en moi a disparu…
            J’ignore ce à quoi vous vous attendez en lisant ce livre : une histoire d’amour… non, ça commence à être trop cliché. Surtout les histoires d’amour sur les jeunes ; y en a tellement ces derniers temps. Qu’est-ce qu’ils savent de l’amour au fond ? Ils n’ont aucune expérience dans ce domaine. Ils croient tout connaître… est-ce pour autant qu’ils n’ont pas le droit de dire qu’ils sont incapables de ressentir la passion. Est-ce pour cette raison que nous adorons découvrir leurs aventures ?
            Bref… J’ai le ventre vide et le cœur lourd… Nous avons tous déjà été éloignés de l’être qui nous est le plus cher… Pour moi, c’est la chose la plus difficile et la plus douloureuse… Laissez-moi essayer de vous raconter mon expérience...


 
 
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—     Tu vas pleurnicher encore longtemps comme ça ?
    André. Dix-neuf ans. Célibataire. Très excité par ce voyage, donc aucun regret.
—     Pense à autre chose, me conseilla-t-il alors que je l’ignorais, tu fais que des écarts depuis tout à l’heure.
    Il avait raison. Cela faisait presque cinq heures que je conduisais. J’étais triste et fatigué. La seule chose qui me remontait le moral était le paysage idyllique qui s’étendait sur notre droite, en contrebas. La mer Méditerranée et ses somptueuses vagues qui léchaient la côte ligurienne…
—     Allez… on va s’amuser…
    Il avait tout faux.
    Laissez-moi vous expliquer le contexte. Celui qui parle depuis tout à l’heure est mon ami André. Il essaie vivement de me remonter le moral parce que nous avons quitté le pays pour faire une année d’étude à l’étranger. Vous saurez pourquoi bien assez vite. Pour le moment, la seule chose que vous devez retenir, c’est que je n’arrête pas de penser à Léna… ma copine…
    Oui, je sais ce que vous devez penser : « Encore un jeune qui se plaint alors qu’il ne sait pas ce qu’est l’amour… ». Je peux vous assurer que vous vous trompez. Les adolescents ne vivent pas les mêmes expériences, quand bien même, ils les perçoivent autrement ! Léna est tout pour moi… ! Son regard, son sourire, ses yeux…
—     Merde ! s’écria André à côté de moi en me tirant de mes pensées. J’ai oublié mes capotes !
    Je jetai un rapide coup d’œil dans sa direction pour m’apercevoir que ce n’était pas une plaisanterie… il était vraiment déçu. Qu’il est niais…
—     Tss, tu râles à cause de ça ? je marmonnai. Es-tu certain que tu vas là-bas pour tes études ?
—     Mais oui enfin… Mais il peut très bien y avoir de la poulette aussi !...
—     Pas faux, je conclus sans grande conviction.
    Autrefois, j’aimais parler de filles avec des potes. Partager son expérience sexuelle, sa vision des choses, ses goûts… Tout cela fait partie de la normalité, entretient des relations et procure un sentiment de bien-être envers les individus qui échangent conseils et idées. Aujourd’hui, cette partie coutumière de ma vie me semble déjà si loin et si frustrant. Je n’avais plus du tout envie d’en faire allusion. Et au fond, j’espérais que Léna garde le même avis que moi. Je n’aime pas m’imaginer qu’une de ses amies lui conseille d’aller voir ailleurs en attendant.
—     Allez, Ethan, rappelle-toi… continuait André quand il se rendit compte que j’étais encore mélancolique. Au début, tu voulais y aller, non ?   
    J’écoutais son vain monologue tout en doublant les innombrables camions qui monopolisaient la voie de droite. Paradoxalement, prendre le risque de les doubler accentuait ma concentration. J’étais pressé d’arriver à destination. Là-bas au moins, je pourrais me reposer et me lamenter en patientant jusqu’à la date de mon retour en France.
    Je savais qu’André n’avait pas tout à fait tort… Il est vrai que, passé un temps, j’étais très excité à l’idée de vivre cette aventure. Et si vous le permettez, je peux vous raconter cette anecdote en attendant d’atteindre la prochaine aire de repos…
 
***
 
            Le véritable point de départ de cette aventure se situe en octobre… j’étais en cours de paléographie et de diplomatique lorsqu’un professeur est venu pour vanter les mérites du programme d’Erasmus. Savez-vous en quoi consiste ce procédé ? Pour faire simple : faire ses études à l’étranger tout en validant une année. A côté de moi, mes amis de l’université n’étaient pas intéressés mais reconnaissaient que ce curieux personnage savait enjoliver les choses. Je me souviens même de chacun de ses arguments chocs.
—     Tous les élèves se plaisent là-bas… Il y a 100 % de réussite… C’est une occasion que vous n’aurez qu’une fois dans votre vie…
    Et c’est précisément à ce moment-là qu’André avait raison. Dans un tout premier temps, j’étais excité. Comprenez-moi, imaginez-vous dans un pays que vous affectionnez particulièrement ; où vous avez la possibilité de participer à des voyages une fois là-bas ; où tout n’est pas très cher… et le must : vous obtenez un diplôme avec une facilité déconcertante… Tout le monde aurait la même vision des choses car, lorsqu’on vous apprend une nouvelle choc comme celle-ci, vous tirez toujours les avantages avant les inconvénients.
    Je fais des études d’histoire, ça vous l’avez compris. Mais au fond… j’avais trouvé mieux ailleurs pendant mes longues recherches passées à la bibliothèque. J’étais écrivain dans ma tête… et scénariste… Mon but dans la vie n’était pas d’apprendre l’histoire universelle des êtres humains ; mais de raconter mes propres histoires. Je devais donc me réorienter… mais comment l’expliquer à mes parents… Imaginez deux ans jetées à la poubelle… J’étais résigné à travailler jusqu’à obtenir ma licence, mais pour cela, il me restait la troisième année… la plus difficile… mais à ce moment-là, cette année d’Erasmus me semblait être la meilleure solution !
    C’est donc ainsi que je m’étais rendu dans le bureau de mon responsable Erasmus : monsieur Robert Denoël. Grand, le sommet du crâne similaire à celui de Kad Merad, très prétentieux. J’étais assis sur un fauteuil en cuir en face de lui pendant qu’il pianotait n’importe quoi sur son clavier. Il me posait un tas de questions inutiles mais je répondais en souriant à chacune d’entre elles. Non je n’étais pas un faux-cul, j’étais juste bien élevé.
—     Et donc, vous désirez rester six mois, ou toute une année ?
    C’est cette question qui m’a véritablement sorti de ma torpeur. Je n’étais pas encore décidé à y aller que ce mec me demandait déjà combien de temps… bref, je ne veux même pas finir cette phrase car il était évident que tout cela n’avait pas lieu d’être.
-          Je ne sais même pas encore si je vais vraiment y aller vous savez, avais-je dit simplement en me redressant sur le siège de luxe. Je stresse déjà quand je pense à cette année alors imaginez ce que ce sera le jour où je serais sur place.
-          Vous voulez que je vous dise, commença-t-il en me fixant avec ses yeux de squale et son sourire miteux, si vous stressez, c’est que vous êtes prêt à partir.
    Argument de merde validé.
    Je stresse à la simple idée d’envoyer mon roman à un éditeur, est-ce pour autant que je suis prêt à l’envoyer ? Je stresse à la simple idée d’avoir un enfant, devrais-je en avoir un à seulement dix-neuf ans ?... Non, non, je ne suis pas de mauvaise foi, j’ai véritablement une peur bleue de partir dans un pays étranger, à la merci d’une langue que je maîtrise plutôt bien dans une salle de classe… mais qu’est-ce que cela va donner dans une potentielle vie quotidienne ?
    Mais si je raisonne comme ça, alors qu’est-ce que je fiche ici, dans son bureau, à parler de mon année en Italie… ? Je le savais au fond, j’ai donc décidé d’arrêter de tourner autour du pot.
—     Vous avez dit en classe qu’il y avait 100 % de réussite ?
    Monsieur Denoël a naturellement souri en entendant cette réflexion.
—     A vrai dire, parmi les deux-cents étudiants qui ont déjà utilisé ce programme d’études à l’étranger, seul un jeune homme a raté son année. Mais je tiens à préciser que c’est entièrement sa faute ; il n’allait jamais en cours et ne s’était même pas présenté aux examens.
—     Forcément…
    J’étais perdu dans mes pensées… Mon responsable savait trouver les mots pour me convaincre. Mais je devais rester serein et bien réfléchir avant de me jeter dans la gueule du loup. Ce que je m’apprêtais à faire dépassait tout ce que j’avais vécu jusqu’ici…
    J’expliquai donc à monsieur Denoël que ma décision n’était pas définitive et il me donna un délai de plusieurs mois – jusqu’au nouvel an. Ce furent les moments les plus longs de toute ma vie.
 
***
 
—     Y a même pas de Macdo sur cette aire de repos, pleurnicha mon ami sur le siège passager.
—     Mâte-moi plutôt cette vue…
    J’admirais à nouveau le paysage tout en effectuant un rangement en épi près d’une station-service. Derrière nous, une imposante barrière en fer nous séparait d’une magnifique ville en contrebas. J’ignorais totalement quel était son nom, j’espérais seulement que cette vision resterait à jamais gravée dans ma mémoire. A côté de moi, André semblait aussi ébloui par cette vue.
—     Alors ? demanda-t-il fièrement.
—     J’ai faim, répondis-je agacé.
    Je me dirigeai vers le coffre de ma voiture et en sortis un grand sac-congélation où mon pique-nique m’attendait. André en fit autant et nous prîmes place sur des rochers en contemplant le chef-d’œuvre de Dame Nature.
    Autour de nous, tout était calme. A mon grand étonnement, nous n’entendions plus les voitures passer sur l’autoroute derrière nous. Seuls les chants des mouettes qui transperçaient le ciel nous chatouillaient les tympans. Leurs mélodies angéliques me rappelaient un passage d’une chanson que ma copine aimait particulièrement.
—     C’est si difficile que ça ? demanda mon ami comme s’il avait lu dans mes pensées.
    Je fis la sourde oreille en avalant une énième bouchée de mon sandwich. J’essayais vraiment de relativiser mais le sourire de ma tendre Léna restait profondément ancré dans mon esprit. J’avais beau essayer de penser à autre chose… rien à faire… Son sourire était là, ses yeux me fixaient à travers les vagues méditerranéennes…
—     Mes parents ont essayé de m’appeler…
    Je me tournai instinctivement vers André. Il tenait son téléphone dans une main, un croque-monsieur dans l’autre. Son air mélancolique prouvait qu’il n’était pas dépourvu de sentiments négatifs. De plus, son élégant costume lui donnait un air d’acteur. C’était assez intrigant parce que depuis notre première rencontre, André m’avait toujours dit qu’il rêvait de devenir acteur et réalisateur. Le cinéma était sa passion… et je dois avouer que j’imagine que cela a un temps soit peu influencé mes convictions concernant mes études.
    Malgré ses airs cyniques, André avait un grand cœur et une détermination sans égale. Il était plutôt beau gosse et était souvent vêtu de chics vêtements. Chaque jour, il complétait son ensemble avec un béret-casquette. Mais mon ami avait un complexe : sa taille. Ne le dîtes à personne mais André a beau être assis sur un rocher de la taille d’une table de chevet, ses pieds ne touchent pas le sol.
—     Ils ne sont plus les mêmes depuis le jour où ils ont appris la grande nouvelle, enchaîna-t-il en se rendant compte que j’attendais la suite de son explication.
    Pas la peine de réfléchir longtemps pour comprendre qu’elle était la « grande nouvelle » en question. André faisait très certainement référence au moment où il a annoncé à ses parents qu’il partait en Italie. Ce jour-là, sa vie avait clairement pris une mauvaise tournure.
    D’après mes souvenirs, cela s’était passé un soir, alors qu’il s’engueulait encore avec son insupportable grande sœur. Ses parents étaient déjà très énervés à cause des problèmes familiaux et financiers et cette dispute était en quelque sorte la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Selon mon point de vue, ses géniteurs refusaient catégoriquement de voir leurs enfants grandir et étaient déjà bouleversés par d’importants problèmes personnels à ce moment-là. Ils n’avaient pas dû prendre ça au sérieux à la base.
    Plusieurs jours après, les choses avaient changé. Ses parents comprenaient, mais restaient froids et distants avec lui. Puis peu à peu, tout était rentré dans l’ordre… enfin à peu près…
    Cet événement me rappelle des souvenirs. Cela n’a pas été facile de mon côté non plus…
 
***


    Pour mieux comprendre, il faut revenir au moment où monsieur Denoël m’a laissé en plan avec mes trois mois pour me décider. Je ne voulais aucun avis extérieur pour prendre ma décision. Je devais me débrouiller tout seul ; réfléchir à ce qui serait le mieux pour moi.
    Léna… Ma tendre moitié…
    Mes pensées étaient inexorablement tournées vers elle à cet instant précis. Je me rendais compte qu’accepter cette aventure reviendrait à mettre en pause la nôtre. Personnellement, j’étais capable de relativiser, mais au fond, elle ne méritait pas ça… Quant à mes parents… C’était plus compliqué mais je vais essayer de faire bref.
    Quand je rentrais chez moi après les cours, mon stress s’intensifiait, j’ai commencé à avoir des plaques d’eczéma sur mon coude gauche alors que je n’avais jamais été affecté par cette inflammation de la peau auparavant. Mes parents ont mis du temps – trop de temps – avant de comprendre que ça n’allait pas chez moi. Ma mère était une femme rongée par la tension et la culpabilité. Dès que quelqu’un pétait de travers, elle se mettait dans une intense colère et criait sur tout le monde. Quant à mon père, il travaillait de nuit et ne disait pas grand-chose. Il était cependant d’un grand recours quand lorsque ma mère n’arrivait pas à avoir le dessus sur ses enfants.
    Chaque soir, nous mangions sur notre petite table de salon de manière à pouvoir regarder le journal de vingt heures avant que mon père ne parte au boulot. Souvent, c’était pâtes au menu… Ah oui ! J’ai oublié de préciser : j’ai un petit frère qui fait des études de commerce dans une grande ville située à deux heures de chez nous et dont les frais sont très conséquents ! Ceci est une des principales raisons qui expliquent la colique de ma mère !
—     Alors ? L’école, tout se passe bien ?
    Cette phrase… Je l’ai entendu et réentendu pendant de longues années. Il n’y a pas plus stupide comme phrase d’approche. Mais bon, comme d’habitude, mon second petit-frère répondait que tout allait bien tandis que moi, je me contentais d’avaler une énième fourchette remplie de pâtes. Mes yeux étaient rivés sur l’écran mais mon esprit était complètement ailleurs à chaque dîner passé avec ma famille. Et à ce moment précis, il était dirigé vers une seule chose : mon année à l’étranger.
    En face de moi, ma mère attendait impatiemment une réaction de ma part. La lumière projetée par notre faible lampe éclairait les rides de son front. Non, ma maman n’était pas vieille ; elle était même plus jeune que les trois-quarts de celles de mes amis. Elle était seulement exténuée par le travail et la pression qu’elle subissait chaque jour au bureau avec son supérieur. Ce qui était trompeur, c’étaient ses cheveux emmêlés relevés en chignon ainsi que sa chemise de nuit délavée.
—     Aujourd’hui je suis allé dans le bureau de monsieur Denoël pour parler de mon parcours universitaire dans un autre pays, avais-je été contraint de dire sous la pression de ses pupilles hostiles.
    Ma mère a littéralement laissé tomber ses couverts dans son assiette. Même mon deuxième frère avait sursauté en entendant cette soudaine source d’agitation.
—     C’est vrai ? avait-elle dit.
—     Oui, il m’a proposé de me rendre en Italie l’an prochain pour obtenir mon diplôme là-bas. Il paraît que c’est plus facile en licence plutôt qu’en master, voilà pourquoi il propose l’an prochain.
—     Mais c’est… génial, fils ! Et qu’est-ce que tu lui as répondu ?
    Je regardais Adam – mon petit frère - sans grande conviction. Il mettait tellement de pâtes dans sa bouche que j’ignorais la manière dont il s’y prenait pour parvenir à mâcher les ingrédients. Il avait beau avoir onze, il mangeait comme un porc ; et ça avait tendance à m’agacer.
—     Je lui ai dis que l’idée est très excitante mais que je dois réfléchir avant de prendre ma décision.
—     Et les frais ?
    Ah ! J’attendais cette question ! Ma mère qui garde les yeux rivés sur l’argent ! Je n’ai aucune idée de la véritable raison de cette avarice. Toutes les mères sont-elles aussi cupides ? Dans un bon sens je veux dire… Avoir assez de sous pour le foyer, la famille… Ma mère gérait toutes ces choses ; toute la paperasse et l’administratif. Les choses chiantes et complexes quoi. Néanmoins, à chaque fois que je dépensais de l’argent – que ce soit pour la nourriture à l’école, les cinémas avec les amis, les cadeaux pour ma copine… - elle avait toujours cette phrase qui m’horripilait : « Fais attention avec ton argent Ethan… ».
—     Il y a une bourse pour tous les étudiants qui partent, je promis en faisant des cercles avec ma fourchette pour saisir le plus de pâtes possible.
—     Mais c’est génial ! s’exclama-t-elle, derechef. Tu vas voir plein de choses là-bas ! Je suis fière de toi.
—     Je te signale que je n’ai pas encore pris ma décision, je rappelai.
      Ma mère parut déçue mais se ravisa en tentant de trouver les bons mots. Elle aussi aimait l’Italie. Elle avait même des origines italiennes du côté de son père mais n’en parlait pas souvent. Tout en regardant la télé, elle essayait de trouver des arguments.
    J’étais très intrigué. Depuis toujours, ma chère mère refuse de voir ses enfants grandir. Elle craignait de les voir s’en aller et de se retrouver seule. Son mari qui travaille, ses deux plus grands enfants partis pour les études, et le plus jeune qui passe son temps chez son meilleur ami… C’est vrai que cela ne doit pas être facile pour elle ; alors pourquoi se démener autant pour me voir m’en aller ?
—     Honnêtement Ethan, je crois que tu as tout à gagner en y allant. Tu imagines… Un an dans un autre pays… Tu seras bilingue ! Tu vas rencontrer des gens merveilleux ! T’imprégner de la culture italienne ! Ça va t’ouvrir pleins de portes et si tu n’y vas pas tu le regretteras plus tard.
—     Hum…
—     Donne-moi une seule bonne raison pour ne pas y aller. 
    Là, elle marquait un point. A bien y réfléchir, il y avait énormément d’avantages au niveau études et professionnels mais il y avait un insupportable inconvénient… Et au moment où ma mère me foudroya du regard, je sus qu’elle avait parfaitement compris les raisons de mon tracas.
—     Que les choses soient claires Ethan, il est hors de question que tu refuses cette expérience à cause de Léna.
 
***
 
    Naturellement, il s’était ensuivi une grosse dispute et j’avais fini par monter sans terminer mon assiette. Je savais que ma mère avait indubitablement raison. J’essayais de relativiser en me disant : « Qu’est-ce qu’un an dans une vie sinon un court moment ? ». Mais plus je réfléchissais et plus je me disais : « Un court moment mais un très long instant… ». Et j’avais vu juste sur ce point !
    Nous avions passé la frontière franco-italienne il n’y a même pas cinq heures, et j’avais déjà l’impression d’y être depuis une éternité. Mon regard perdu dans le vide, dans cette gigantesque étendue d’eau, je ne cessais de ressasser les derniers événements avant mon départ. Oui, avec un regard extérieur on peut penser que je suis pitoyable mais je peux vous garantir que je souffre…
—     Bientôt, tout cela ne sera qu’un lointain souvenir…
    A ma gauche, André soupira longuement puis se leva en grommelant.
—     Oh je t’en prie, j’ai pas de violon sur moi alors arrête un peu de te lamenter. De toute façon, faut qu’on reprenne la route !
    Je secouai la tête en me redressant et pénétrai dans ma voiture. J’étais fatigué mais mon maigre repas m’avait requinqué. Je pouvais conduire encore quelques heures. J’enfonçai la clé dans la fente et mis le contact. Le véhicule sembla cracher mais finit par fonctionner.
—     On est parti, dit André sur le siège passager.
    Je fis volte-face pour vérifier que je pouvais faire ma marche arrière en toute sécurité. Malheureusement, nous étions tellement chargés que je n’avais accès qu’à une infime partie de la vitre arrière. J’avais carrément été contraint de retirer ma banquette pour agrandir le coffre. Il y avait des valises, des cartons, des sacs, des coussins… Je vais être franc avec vous, durant tout le voyage, je craignais vraiment que ma voiture lâche en cours de route. Néanmoins, je ne devais pas extérioriser mon stress avec mon passager. J’empruntai la voie rapide et accélérai tout en regagnant l’autoroute.
    Première remarque concernant les autoroutes italiennes proches de la frontière : c’est magnifique. Non, je suis sincère. Toutes les voies sont situées en hauteur par rapport aux villes, sur des ponts situés parfois à plus de trente mètres de haut. Ce procédé nous permet d’avoir une vue idyllique sur les côtes méditerranéennes. Cependant, je ne pouvais me permettre de jouer les curieux au volant. Seconde remarque : il y a un nombre incalculable de tunnels. Les italiens avaient creusé d’innombrables trous dans les montagnes alpines pour permettre une meilleure circulation. A force, je commençais à avoir mal aux oreilles à cause de la pression.
—     On en est où par rapport à la destination ? demandai-je sans détourner les yeux du transporteur italien qui roulait en plein milieu à une quarantaine de mètres.
—     J’en sais rien, y a pas de panneaux qui t’indique le nombre de kilomètres avant les prochaines grandes villes dans ce pays de merde !
—     Ne t’énerve pas, marmonnai-je, je croyais que tu adorais ce pays.
—     Oui, c’est vrai excuse-moi…
    Je ne pouvais pas lui en vouloir. André devait s’ennuyer à en mourir à côté de moi. En plus, son siège avait été avancé au maximum et un carton de tasses était posé à ses pieds, limitant ainsi son confort. Je devais trouver le moyen de rendre les choses moins pénibles pour lui comme pour moi.
—     Et si on faisait un peu plus connaissances en se racontant des anecdotes ? proposai-je.
    A bien y réfléchir, je ne connaissais André que depuis un an. Lui et moi nous étions rencontrés en cours d’italien – comme c’est étrange ! Nous avions vite sympathisé mais il n’empêche que cela ne faisait qu’un an que nous nous connaissions et j’étais persuadé qu’il avait des tas d’histoires à raconter.
—     Si tu veux, qu’est-ce que tu veux savoir ?
—     Ta dernière copine, je balançai, elle date de quand et qu’est-ce qui a provoqué votre rupture ?
    Je me prétendais être assez proche de mon ami pour me permettre de poser une telle question avec ces mots. J’essayais de doubler ce satané camion pendant qu’André cherchait ses mots pour mieux m’expliquer.
—     Elle s’appelait Laura et je suis sorti avec elle il y a trois ans, pendant mon année de terminale. Nous sommes restés ensemble une dizaine de mois mais nous avons rompu parce que nous avions tous deux des cursus scolaires différents. Elle partait faire ses études à Paris alors que moi je restais dans le sud de la France.
    Ouais, c’est donc la distance qui les a séparé quoi. Super Ethan, t’as vraiment le chic pour poser des questions débiles.
—     Et toi ? répliqua soudainement mon ami. Pourquoi tu as rompu avec ton ancienne copine ?
    Je mis quelques secondes avant de comprendre qu’il parlait de celle qui a partagé ma vie avant Léna. De nature réservée, je n’ai pas eu beaucoup de copines en dix-neuf ans mais je me souviens très bien des dernières.
—     Elle s’appelait Anna, et je l’ai quitté parce que je me suis rendu compte que j’en aimais une autre.
—     Je suppose que c’était Léna.
    Je hochais lentement la tête et serrais plus fort mon volant.
—     Elle te manque…
    Je le fusillai du regard.
—     Quel a été le moment le plus dur ?
    Je n’avais aucune envie de répondre à cette question mais je dois reconnaître qu’elle donnait à réfléchir. J’imagine ma tendre Léna pleurer à cause de tout ce que j’ai pu lui faire. Le moment où je suis parti, où je lui ai offert un cadeau merveilleux… Non, tout ça, ce ne sont que des broutilles. Je crois que le plus douloureux reste le moment où je lui ai appris que je devais partir en Italie…
    J’aurais aimé vous présenter l’amour de ma vie en commençant par un instant magique mais je crois que ça n’en vaut plus la peine à ce stade de l’histoire. Autant entrer dans le vif du sujet…
 
***
 
            Ma vie. Mon amour.
   Oui, oui, la plupart d’entre vous pensent vraisemblablement qu’un adolescent ne peut ressentir autant de choses, à moins d’exagérer ses propos. Ah ces jeunes qui se scarifient… qui fument à bas-âge… L’âge con ! Des crasses sur les ados, j’en ai entendu.
            Léna.
      Combien de personnes s’en sont pris à notre couple. Verbalement, physiquement… De toute façon, les réseaux sociaux sont la cause principale des disputes dans un couple. Enfin, pour les jeunes insouciants je veux dire. Oui, je crois que vous avez compris que j’ai une grande haine pour les jeunes, mais encore plus pour les clichés et autres stéréotypes.
    Quoi qu’en disent les autres, Léna est l’amour de ma vie. Un mois avant mon départ en Italie, nous fêtions nos trois ans dans un restaurant. Un jour, vous saurez comment nous nous sommes rencontrés.

     Mais d’abord, rappelez-vous l’importance de ce flashback… Un soir, chez ma douce, nous étions sur son lit, blottis l’un contre l’autre, à ressasser le passé. Léna adorait me parler de sa collection de peluches, pendant que moi je tentais vainement de retirer ses innombrables cheveux qui me chatouillaient le nez. Je bataillais également contre ses pieds froids qui frottaient mes jambes dans l’espoir d’obtenir un maximum de chaleur.
—     Je t’aime… me disait-elle à chaque fois en attrapant mes bras et en les passant par-dessus ses épaules.
    J’avais la tête ailleurs à ce moment-là. Je m’étais levé et je m’étais placé devant le pied de son lit. Léna était incroyablement petite et je peux vous affirmer que même debout sur sa couchette, elle n’était pas plus grande que moi qui ne m’aidait que du sol.
—     Qu’est-ce qui t’arrives ?
    Chaque fois qu’elle se trouvait en face de moi et qu’elle me fixait avec ses yeux… je perdais mes mots. Elle avait un visage à tomber par terre. Ses yeux étaient à la fois imposants et pétillants… son sourire…
    Excusez-moi, j’ai vraiment du mal à décrire les anges. Je n’ai pas envie de vous la détailler en répétant sans cesse des phrases gravées dans le marbre comme : « Quand je suis avec elle, j’oublie mes problèmes ; je me sens bien ; c’est comme si j’étais sur un nuage… ». Oui, oui, tout cela est beau… mais là, on parle de Léna… Une fille qui m’accepte malgré tous mes défauts et les saletés que j’ai commise pendant ma jeunesse. Peut-être qu’un jour vous saurez ce que j’ai fait… mais pour le moment, gardez les yeux rivés sur l’amour de ma vie…
    … parce que je m’apprêtais à lui briser le cœur encore une fois…
—     Je… Je dois te parler de quelque chose, Doudou.
    Bon ok, je l’avoue. Léna et moi avons cette fameuse habitude de nous donner des surnoms comme tous les couples banals. Je l’appelle essentiellement « Doudou », quant à moi je suis son « bébé », « trésor »… blablabla. Mais je n’aime pas trop qu’elle m’appelle « amour »… parce que c’est également le surnom de son chien. Et c’est très déplaisant… Non, je ne suis pas jaloux d’un simple yorkshire de quinze ans, je trouve juste normal de ne pas apprécier avoir le même surnom que lui.
—     Rien de grave ? s’inquiéta immédiatement ma princesse en m’enlaçant.
—     Ça dépend à vrai dire, avouai-je en faisant la grimace.
    J’utilisai souvent l’humour comme mécanisme de défense face à des situations incommodantes comme celle-ci. Nous étions en novembre, je devais donner ma réponse définitive à monsieur Denoël avant janvier… j’avais tout fait pour retarder ce moment mais j’étais obligé de ne pas trop tarder avec ma copine sinon elle pourrait prendre cela comme une trahison. A la base, je m’étais dit que tant que ma réponse n’était pas définitive, nul besoin d’en discuter et de créer des disputes… mais plus le temps passait et plus j’étais résigné à y aller.
—     Je…
    Léna me faisait des bisous dans le cou et descendait sur mon torse. Elle prenait plaisir à voir apparaître les nombreuses couches d’air isolantes qui faisaient dresser mes poils sur la totalité de mon corps. Ses lèvres pulpeuses frôlèrent enfin mon épaule. Je pris mon courage à deux mains et attrapai ses joues pour les mettre en face des miennes.
—     Arrête de me déconcentrer, c’est important.
—     Ce n’est pas moi, ce sont mes lèvres, répliqua-t-elle en fermant les yeux et en penchant la tête en arrière de manière sensuelle.
    Léna connaissait mes points faibles. Elle savait ce qui m’attirait chez elle et comment faire en sorte d’obtenir ce qu’elle veut. Bien évidemment, elle n’utilisait pas ces atouts pour de mauvaises intentions. Elle était d’ailleurs trop gentille avec les gens ; et c’était parfois source de sérieuses disputes.
    Je réfléchissais à la manière dont je pourrais lui exposer mes inquiétudes. J’étais désespéré…
—     Léna, je… l’an prochain…
    Prenant soudain conscience que quelque chose n’allait vraiment pas, ma copine me dévisagea avec une légère pointe d’appréhension.
—     Qu’est-ce qui t’arrive ? Dis-moi…
—     Je… je dois partir en Italie l’an prochain…
    Ce jour-là, je vous jure que j’aurais préféré me faire poignarder plutôt que de la voir s’effondrer comme elle l’a fait. Léna était restée pétrifiée sur place, ses yeux s’étaient mis à pétiller, puis des larmes ont coulé sur ses joues. Elle a enfoncé son visage dans ses mains et s’est laissé tomber sur le lit. Cette vision était bien plus douloureuse que tout ce que j’avais pu imaginer jusque-là.
    Léna s’était cachée sous les draps et il me fallut quelques secondes avant d’agir enfin. Je me couchai derrière elle et attrapai ses épaules pour la tourner face à moi. Son nez plongea dans mon cou et ses flots inondèrent ma nuque. Elle essayait de parler mais je voyais bien qu’aucun son ne voulait sortir. On aurait dit que quelqu’un l’étranglait. Je la laissais donc reprendre son souffle en tentant vainement de renflouer l’immense culpabilité qui me terrassait.
—     C’est… C’est vrai ?... demanda-t-elle enfin.
—     Oui, c’est la vérité, dis-je simplement en n’osant pas croiser son regard. Pour le moment, c’est un projet mais l’idée est bien là. Je dois faire les démarches avec un ami.
—     Mais… Et nous ?...
    Cette phrase me vrilla le cœur. Je n’avais aucune envie de mettre fin à notre irrésistible relation ; et j’espérais qu’elle non plus. Je l’aimais tellement…

Nous nous aimions tellement…
    Et nous pleurâmes tout l’après-midi…
 
***
 
    Non, j’étais déterminé à faire en sorte que mon couple résiste. Alors nous résisterons.
    Parce que nous nous aimons.
    Il faut que ça dure…
    Léna, pense à moi comme je pense à toi…
    Je suis certain que nous pourrons nous en sortir…

    Je t’aime… mon amour…
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Ecrire est la raison pour laquelle je suis né. J'ai toujours aimé cela. Quand j'écris, j'oublie les difficultés de la vie quotidienne, je me perds dans mon univers tout en étant en sécurité car je sais où j'amène mes personnages...
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