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Tanuki

Produit des années 80 comprenant un subtil mélange de Pop Culture, de nature, de sensibilité, d'humour, d’art, d’observation et de curiosité.

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œuvres
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"J'aime" reçus

Œuvres

Tanuki


C’est triste, triste de contempler ce monde qui s’affaiblit et se dire que je prends part à sa chute.
Tu me dis souvent de positiver, et je m’efforce à le faire, crois-moi. Je vois de belles choses pourtant : le coucher de soleil qui rougit les pierres et prend congé de sa journée, le bruissement de l’eau qui caresse la roche en suivant le courant, les oiseaux qui chantent à tue-tête au petit printemps.
Et les nuages formant d’innombrables dessins à travers le ciel, blancs et légers comme des mouettes se laissant guider par le vent. La lune, si belle, si lointaine qui nous baigne et nous berce de sa lumière douce et diffuse. Les couleurs de l’arc-en-ciel, le parfum des fleurs, de la terre humide, de l’herbe fraîche. Et le règne animal au milieu de cette idylle. Bousculé, bouleversé par la monarchie humaine.
Alors oui, je pourrais te parler des yeux d’un enfant découvrant ses paquets emballés le matin de Noël, de l’innocence, de la naïveté, de la beauté, de la bonté que nous sommes tous capables d’engendrer. Pardonne-moi. Si dans mon regard, j’observe ces canettes entourées de cigarettes consumées au milieu de la forêt, ces bouteilles flottantes comme des bouées, de ces bâtiments érigés au détriment d’arbres majestueux si impressionnants, et pourtant si impuissants, impassibles, qui examinent leur territoire s’amoindrir en silence, inexorablement. De cette araignée que l’on écrase par peur. De la violence, souffrance et torture que notre espèce s’inflige à elle-même.
De nos préjugés, de notre productivité insatiable, de cette spirale sociétale, infernale, dans laquelle nous sommes plongés, bon gré mal gré, nous sommes tous responsables. De notre expansion nait l’extinction.
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Tanuki


Année 2001, c’est l’été, il fleure bon les vacances méritées pour cette bande d’amis parisiens, c’était un trio inséparable depuis le début du lycée et aujourd’hui le bac est derrière eux. Soulagés, libérés d’un fardeau aussi pesant que l’anneau de Frodon Sacquet, ils comptaient bien fêter ça dans la maison de campagne au Portugal de l’un d’entre eux.
C’était celle de Bruno. Originaire de là-bas, il y allait une fois par an pour se ressourcer avec ses parents, il aidait à désherber le terrain, réparer des bricoles comme toute maison a besoin. C’était un chic type, le cœur sur la main, c’était le plus grand de la bande avec son mètre quatre-vingt passé, le plus discret aussi et sérieux. Viny, lui, lunettes vissées sur le nez, bouille sympathique et boute-en-train aguerrit, ne ratait pas une occasion de faire rire ses compères. Enfin, Christophe, le beau gosse du groupe, petits yeux ronds et bleus et cheveux dans le vent, se montrait plein d’assurance mais était doté d’une gaucherie plutôt touchante.
C’est ainsi que cette joyeuse jeunesse alla passer un mois entier dans un petit village reculé situé dans le district de Viana do Castelo, au nord du Portugal. Peu d’habitants, pas très loquaces, des maisons éloignées les unes des autres, et la nature foisonnante englobant ce landerneau.
Les parents de Bruno faisaient confiances à leur fils et lui laissèrent la maison pour le mois de juillet, ils ne viendraient que le mois d’après pour profiter à leur tour de leurs vacances.
Les journées des trois amis étaient rythmées de détente à traîner dans la grande maison de pierre, lézarder dans le jardin en se délectant de quelques bières locales tout en jouant aux cartes, dormir jusqu’à pas d’heure, regarder la télé, se balader dans les environs et se créer des aventures. C’était le paradis. Ils s’amusaient pleinement. Bien entendu, Viny et Christophe donnèrent un coup de main à Bruno pour ce qui était de remettre en état le jardin, faucher les hautes herbes, couper du bois avec la grande hache, ce qui leur a valu des séances photo inoubliables.
Un soir, alors que la nuit était déjà tombée depuis longtemps, les trois copains discutaient et rigolaient autour de la table basse en désordre, un paquet de gâteau entamé, un cendrier plein et des verres à porto vides. Ils avaient mis la télévision en fond sonore et étaient plus ou moins avachis sur le large canapé qui offrait une vue sur une grande fenêtre. Bruno tira une latte d’un joint qui le fit tousser et le passa délicatement à Viny comme on offrirait une fleur à quelqu’un qui nous est cher. Christophe lui, était mort de rire sur l’histoire qu’il était en train de leur conter et attendait son tour pour tirer sur le précieux joyau.
Subitement, quelque chose passa derrière la fenêtre et coupa net l’euphorie ambiante. C’était une sorte de voile blanc lumineux qui ne resta pas plus d’une seconde, mais il semblait que cette seconde avait duré des heures vu leurs visages figés, devenus blancs d’effroi. Ils ne bougèrent d’abord pas, aucun son ne sortit de leur bouche. Seule la télévision continuait encore de s’animer comme si de rien n’était. Puis ils reprirent leur esprit :
- « Merde, c’était quoi ça ! » s’écria Christophe
Viny bondit du canapé et essaya de s’approcher de la fenêtre avec beaucoup de retenu tout en s’exclamant :
- « Bruno ! Bruno ! Eteins la télé ! Les gars, « chut », ne faîtes pas de bruit »
Bruno toujours bouche bée s’empara de la télécommande et mit en sourdine la télévision puis bafouilla :
- « Vous avez vu un truc aussi hein ? hein ? On est d’accord ? »
- « Oui, il y a un truc blanc qui est passé devant la fenêtre ! » dit Christophe en se levant à son tour cherchant directement de quoi se défendre à proximité ; c’est la bouteille de porto vide qui fera office de gourdin.
- « Mais c’était quoi ce truc ?! » enchaîna Viny, le cœur emballé et la gorge sèche. Il appréhendait d’approcher de la fenêtre, mais son désir de voir quelque chose était plus fort que tout. Il espérait apporter une solution rationnelle et soulager les deux autres, mais quand il mit ses mains autour de ses tempes pour y voir quelque chose, la face collée à la vitre, il ne vit rien bouger. Un coup d’œil à gauche, un coup d’œil à droite : rien.
Bruno dans un subit élan de lucidité, invita ses deux amis à monter à l’étage pour regarder par toutes les fenêtres afin de couvrir un champ de vison plus grand.
- « Attendez ! Avant qu’on monte, la porte d’entrée est bien fermée ? » s’inquiéta Viny. Ils se regardèrent tout trois gravement dans les yeux, et voyant que Christophe avait une bouteille à la main, les deux autres se hâtèrent de s’équiper du mieux qu’ils pouvaient, avec un manche à balai pour l’un, une casserole avec les restes de quelques spaghettis collées au fond pour l’autre. Après s’être assuré que la porte était bien fermée, et non sans panique, ils montèrent à l’étage toujours inquiet par la vision de cette forme blanche et fugace.
Ils contemplèrent et scrutèrent la moindre anomalie avec la visibilité dont ils disposaient à travers les carreaux. Viny balbutia : « je vois le ballon de foot mais… il n’y a plus la hache… on l’avait plantée dans le sol je me souviens mais vous l’avez rangé après ?... » . Christophe rétorqua « mais j’sais plus ! Bruno, tu l’as rangée toi ? » Un rire nerveux et compulsif sorti de la bouche de Bruno « mais oui je crois bien ». Après ce soulagement et voyant que rien ne se passait durant la nuit, Ils finirent par se détendre et finalement s’endormir.
Que cela pouvait-il être ? Un spectre ? La dame blanche ? Un voleur ? Un animal ? Ou peut-être tout simplement un effet de lumière extérieur ayant d’étrange réverbération sur la fenêtre. Cela restera un mystère. On voit ce que l’on veut bien croire, après tout.
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Tanuki


Le silence de soi semblable à son trépas
Se calfeutrer, l’abandon s’accroît
panser ses plaies en son for
pour y éclore, encore
Chrysalide de l’âme
Frissonnante et calme

Le réveil subit, sens en éveil
l’oubli de se lever, remords nonpareil
Evite le vide, et vite
Et vis d’envie, avide

Sortir de la terre s’élancer au dehors
oser, s’exposer, chasse au trésor
A la féerie, l’alchimie sonne les carillons
en perfusion dans mes veines
Profusion, front contre front,
que nos coeurs sèment, se souviennent

Que nos yeux s’assument que nos bouches s’assomment
la faim du monde, de tout, de ton cou, de tes formes
L’appétit pour la vie qui revient, croire en toi en l’amour en la terre
c’est ta main que je prends ta main que je serre, c’est mon regard, fier
et mon coeur ouvert, offert couvert d’un drap de soie de toi
mon essence mon étoile hisser les voiles ici et au-delà

Point culminant du firmament
jusqu’à se brûler les ailes, ahan
je manque d’énergie, écarlate, je me blesse je m’emporte
et bientôt les tourments se répandent à ma porte
Alors elle me rappelle, me somme de revenir
Fragile nymphe en devenir

Refuge d’esprit en perdition
L’Inéluctable conclusion
frêle mise en veille
jusqu’au prochain bleu du ciel.
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