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Caiuspupus

Belgique.

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Œuvres

Caiuspupus
Ceci est un recueil d'histoires très courtes, voire très très courtes, pour faire rire et parfois réflechir.
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Caiuspupus


Certains individus ne sourient jamais.
D’autres n’étirent leurs lèvres qu’en présence des autres, par convention sociale.
D'autres, plus rares ne sourient que pour eux-mêmes. Sans personne autour pour les observer et les juger. Juste parce qu’ils sont heureux et qu’ils sourient à la vie.
Solenn appartenait à cette catégorie.
Ce matin-là, la jeune joggeuse sortait du petit bois de Tréminou, souriante et un sac à dos bien rempli à la main. Elle prit son téléphone, enclencha la fonction photo et mitrailla les arbres, puis retourna cette arme inoffensive contre elle. Elle pressa l’écran et prit un égoportrait mettant en valeur ses yeux clairs, sa chevelure blonde et ses dents aussi blanches que du lait pasteurisé. Satisfaite, elle remisa l’appareil dans sa poche et plaça son sac sur le dos, avant de se rendre compte que ses lacets étaient défaits. Elle se plia en deux pour les nouer, se releva, inspira une bouffée d’air salé. Les embruns de la mer toute proche parvenaient jusqu’ici, au coeur du bocage bigouden.
Solenn s’engagea au petit trot dans le sentier, cette journée commençait sous les meilleurs auspices. Pourtant, c'était sa dernière. Il ne lui restait plus qu'une minute à vivre.
Des écureuils ondulaient sur les hautes branches, figurants bénévoles de ce drame en préparation. Un mince rayon de lumière perçait les feuillages et suivait l'héroïne comme un projecteur de cinéma.
Solenn n’avait plus que trente secondes à vivre. Elle allongea la foulée et régula son souffle. C’est important de bien respirer quand on court, tant qu'on est encore vivant. Coup d’oeil à sa montre connectée, quatre-vingts pulsations par minute et bientôt beaucoup moins.
Plus que quinze secondes avant la tragédie… une tourterelle innocente bruissa dans les feuillages. Solenn leva la tête et admira le volatile tout en poursuivant sa course.
Cinq secondes, le temps filait comme le vent. La joggeuse ne prêta pas attention au buisson de fougères qui s’agitait à une dizaine de mètres devant elle.
Quatre secondes. Lorsqu’elle passa à côté, un bâton surgit du fourré et frappa violemment son tibia en pleine course. Craquement d’os. Cri étouffé.
Trois secondes. Le haut de son corps se projeta en vol plané, tandis que sa jambe brisée demeurait en arrière, disloquée et pendante.
Deux secondes. Ses bras moulinèrent dans le vide, l’air n’offrait aucune prise. Solenn ne hurla pas, trop occupée à apprivoiser sa chute. Son téléphone s’envola de sa poche comme en apesanteur et atterrit quelques mètres plus loin, affichant sur son écran deux visages figés et souriants, la photo datait de quelques semaines seulement.
Une seconde, maintenant, le temps s’étirait au ralenti, comme du fromage fondu, parfait exemple de relativité temporelle.
La tête de Solenn percuta une pierre saillante avec un bruit sec. Crac. Son crâne s’ouvrit en deux comme une noix. Un geyser de sang jaillit hors de la boîte crânienne et éclaboussa les alentours. Après de longues minutes, le flot de liquide pourpre se tarit, un filet coula le long de sa tempe, serpenta devant son oeil ouvert et acheva son périple sur la terre du chemin, en gouttant. Ploc, ploc.
L’assassin sortit du buisson, s’approcha d’elle à petits pas et la recouvrit de son ombre difforme.
La victime eut le temps de le pointer du doigt et poussa son dernier soupir, le bras en l’air et le visage tordu par l’incompréhension.
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Caiuspupus

Dans la vaste salle carrelée du sol au plafond, Kim-Soon s’affaire, courbé sur sa paillasse en grès blanc.
Vêtu d’une blouse immaculée trop grande pour lui et muni d’un masque et de lunettes de protection qui lui grossissent les yeux, le scientifique manipule avec précaution des éprouvettes marquées du Symbole International du Danger Biologique. D’un geste sûr et précis, il mélange des solutés et des réactifs phosphorescents, chauffe des tubes au bec bunsen, observe.
Parfois, il s'arrête brusquement, griffonne des notes sur un cahier d’écolier, puis reprend ses complexes et solitaires opérations. De temps à autre, il se déplace sur sa chaise à roulettes jusqu’à un microscope électronique à balayage, analyse le contenu des lamelles puis revient à sa paillasse en jetant un coup d'œil sur une écran où des données défilent en continu.
Depuis le matin, un chant populaire à la gloire du Commandeur Suprême tourne en boucle, diffusé par trois haut-parleurs placés au plafond, à côté des néons blafards.
Kim-Soon sifflote gaiement en travaillant.
Soudain, un grincement sourd déchire le fragile voile de son insouciance. La petite porte blindée, s’ouvre derrière lui sur un nain en livrée et perruque poudrée. Le mini-domestique déroule sur le sol un tapis rouge jusqu’au milieu du laboratoire. Derrière ses lunettes grossissantes, Kim-Soon ouvre des yeux aussi surpris que démesurés, mais sa stupeur laisse vite place à une réaction bien plus conforme au règlement : sans un mot, il se lève de son siège, retire ses gants en latex, son masque de protection, ses lunettes, se recoiffe, époussette sa blouse. Puis il coupe la musique et file se placer au centre de la pièce, au garde-à-vous, le majeur sur la couture de son vêtement et les pieds à 10 h 10, tandis que le serviteur court se poster dans un coin, à petites enjambées comiques.
Deux violonistes entrent en jouant le fameux air “Gloire au Commandeur Suprême ”, suivis par un accordéoniste coiffé d’un béret, ainsi que d’une jolie femme en vêtement traditionnel rouge et blanc orné d’un gros nœud sur la poitrine. Elle chante, de sa voix très haut perchée, les paroles de la chanson populaire écrite par le Commandeur Suprême en personne.


Gloire au Commandeur Suprême
Tout le peuple l’aime !
Ses pets sentent le jasmin
Ils nous guident sur le chemin !
Son fondement expulse des lingots d’or
Oh, tout le peuple l’adore !
Le soleil s’incline devant lui
Dans la nuit son visage luit
Les arbres se courbent jusqu’au sol
Pour admirer sa coupe au bol !
Gloire au Commandeur Suprême !

Enfin, un homme ventripotent tout de noir vêtu pénètre dans le laboratoire, encadré de deux généraux bardés de médailles bariolées. Une jeune demoiselle au visage poupin ferme la marche en agitant un grand éventail en plumes d’autruche.
L’homme en noir fait un bref signe de la main ; la musique s’arrête, tous se figent. Même les mouches cessent de voler devant l’injonction du Commandeur Suprême, qui au bout de quelques minutes d’un silence pesant, s’écrie, à l’adresse de Kim-Soon :
« Alors, mon ami ! Où en es-tu du développement de nos armes biologiques révolutionnaires ? »
Le visage du scientifique prend la couleur du tapis. Kim Soon effectue une courbette rigide, se redresse puis répond, en fixant un point imaginaire au niveau du front du chef Suprême (il est interdit de le regarder dans les yeux sous peine de mort). Ô Divinité Absolue. Mes recherches avancent… Tu n’as donc rien à me proposer maintenant ? grince l’homme en noir. Eh bien, euh… pour le moment… euh… Il me faut encore un peu de temps pour finaliser les protoc...
La Divinité Absolue coupe le scientifique d’un geste autoritaire et se met à hurler de sa voix nasillarde. Du temps ! Je t’en ai donné, du temps ! Mais tu le gaspilles ! Tu gaspilles le temps de la Patrie ! Tu gaspilles mon propre temps ! Vous gaspillez tous mon propre temps ! N’oublions pas qu’avec du temps, l’herbe devient du lait, ô Maître Inaltérable, tente Kim-Soon timidement. Et à trop attendre, le lait devient du fromage et le fromage devient de la crotte ! hurle le Maître Inaltérable en tapant du pied. Commandeur Suprême, je suis impardonnable, je mérite le châtiment, accepte Kim-Soon, les yeux baissés.

Le silence dépose à nouveau son lourd couvercle sur les épaules de la petite assemblée.
Le scientifique baisse les yeux et regarde ses souliers vernis qui lui semblent soudain bien trop petits pour lui. Une goutte de sueur perle le long de sa tempe et roule jusqu’à son cou. Il tressaille, se prépare dignement à accueillir une condamnation à mort qu’il a bien méritée car il n’est pas permis d’échouer face au Commandeur Suprême. Il pense au déshonneur qui touchera sa femme et son enfant. Qu'il finisse dans les camps passe encore, il s'est préparé à cette éventualité depuis l'école, comme tous ses petits camarades. Mais que sa famille trinque à cause de son incompétence, cela lui serre le cœur. Il a envie de pleurer, mais retient son sanglot. On ne pleure pas devant le Commandeur Suprême.
Les généraux sont liquéfiés, même leurs médailles ressemblent à des montres molles.
Les musiciens observent leurs instruments avec inquiétude, craignant qu’un geste d’humeur de la part du Commandeur Suprême ne les détruise en petits morceaux (le Commandeur Suprême passe souvent sa colère sur les objets, juste avant de s’en prendre aux hommes).
Le nain s’est tellement rapproché du coin qu’il semble avoir fusionné avec le mur. On le distingue à peine, il s'est fait encore plus petit qu'il ne l'est déjà.
La fille à l’éventail s’est figée et se retient d’éternuer, elle est allergique aux plumes (on n'éternue pas en présence du Commandeur Suprême).
La chanteuse quant à elle, reste stoïque dans ses vêtements inconfortables. Ses sandales en bois pleines d’échardes lui meurtrissent les pieds.
Dans les yeux à facettes des mouches figées au plafond, cette scène se reflète à l’infini, kaléidoscope tragique.
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Avec Maquina Ex Deis (M.E.D.), Nanofictions, Un Nouvel Horizon, Muscat, Dentelle et Crucifix, Luce [Bradbury semaine 2], la rédemption des ombres, La vieille et le monstre - semaine 13/52", L'éveil, Hélène et les aliens, Le Cri, La faim justifie les moyens, Réflexions Passées [Terminé], 5 minutes de calme, Le Vieux qui ne voulait pas oublier - Voyage en Nostalgie, Les proverbes et expressions que me disait ma grand-mère....
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