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Caiuspupus

Belgique.

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œuvres
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"J'aime" reçus

Œuvres

Caiuspupus
Ceci est un recueil d'histoires très courtes, voire très très courtes, pour faire rire et parfois réflechir.
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Défi
Caiuspupus

22 h 30. La nuit venait de tomber sur le port de Concarneau. Il faisait doux, et dans l’atmosphère flottait un air de fin de vacances. D’ailleurs, beaucoup de touristes avaient déjà déserté la région pour revenir à leur quotidien.

Sous une lune parfaitement ronde et blanche, le haut Pont du Moros surplombait le chantier naval désert. Un peu plus bas, des chalutiers, mastodontes immobiles et placides, attendaient d’être carénés.

Quelques oiseaux marins passèrent sans prêter attention à la femme qui venait d’arriver sur le pont, la démarche hésitante et le regard vide. Elle était ivre. Sa main tenait nerveusement un bout de papier griffonné à la hâte, avec ces quelques mots :
« Je n’en peux plus. La vie m’est devenue impossible. Te savoir avec une autre femme, c’est trop pour moi. Je t’aime, et je te pardonne. Ta Marie, pour toujours. »
Elle était convaincue que ce texte, associé à l’acte qu’elle allait commettre, bouleverserait de façon définitive la vie de son époux, le rendrait inconsolable, et détruirait à petit feu ce couple illégitime dans lequel il avait eu le culot de s’engager. En réalité, contrairement à ce qu’elle avait écrit, elle ne l’aimait plus, elle ne lui pardonnait pas ce qu’il avait fait. Pire, elle le haïssait profondément. Mais grâce à ces mots, elle se donnait le beau rôle, celui de la femme trahie mais compréhensive et indulgente, tandis que lui endosserait le costume du véritable salaud. Grâce à ces mots, elle allait instiller en lui un sentiment de culpabilité qui ne le quitterait jamais. Elle était particulièrement fière d’avoir fini son message par “Pour toujours”, ces deux mots qu’ils s’étaient tatoués au poignet, tous les deux, lorsqu’ils croyaient leur amour  indestructible. C’était vicieux, mais ça valait le coup. Il allait souffrir ! Elle imagina la tête que ferait son époux face à son corps désarticulé, puis lorsqu’il lirait en silence ce petit bout de papier qui n’était adressé rien qu’à lui, pour son plus grand malheur. Bien sûr, il n’oserait partager ce billet avec personne, il le garderait pour lui, il pleurerait, seul dans le noir, ne parviendrait plus à dormir la nuit, rongé par la culpabilité. Et puis au bout de quelques semaines, quelques mois peut-être, il quitterait son amante, et en fin de compte se suiciderait lui aussi. Décidément, elle avait trouvé une très jolie façon de se venger, même si c’était au prix de sa propre vie.

Elle grimpa difficilement sur le parapet, s’égratigna le genou, et parvint à se mettre debout, sur le rebord. Ses jambes flageolaient.

Le vide se trouvait sous elle à présent. Elle regarda ses pieds et les avança petit à petit. Elle avait le vertige. Une grosse larme coula sur sa joue puis tomba dans le vide, comme si une toute petite partie d’elle-même voulait faire le chemin de la chute mortelle avant que le corps tout entier ne plonge. Une ombre passa derrière elle, lui planta une lame de couteau dans le dos, puis poursuivit son chemin sans se retourner, tandis que le corps de la jeune femme chutait jusqu’à s’écraser sur le sol avec un bruit sec.
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Caiuspupus

Dans la vaste salle carrelée du sol au plafond, Kim-Soon s’affaire, courbé sur sa paillasse en grès blanc.
Vêtu d’une blouse immaculée trop grande pour lui et muni d’un masque et de lunettes de protection qui lui grossissent les yeux, le scientifique manipule avec précaution des éprouvettes marquées du Symbole International du Danger Biologique. D’un geste sûr et précis, il mélange des solutés et des réactifs phosphorescents, chauffe des tubes au bec bunsen, observe.
Parfois, il s'arrête brusquement, griffonne des notes sur un cahier d’écolier, puis reprend ses complexes et solitaires opérations. De temps à autre, il se déplace sur sa chaise à roulettes jusqu’à un microscope électronique à balayage, analyse le contenu des lamelles puis revient à sa paillasse en jetant un coup d'œil sur une écran où des données défilent en continu.
Depuis le matin, un chant populaire à la gloire du Commandeur Suprême tourne en boucle, diffusé par trois haut-parleurs placés au plafond, à côté des néons blafards.
Kim-Soon sifflote gaiement en travaillant.
Soudain, un grincement sourd déchire le fragile voile de son insouciance. La petite porte blindée, s’ouvre derrière lui sur un nain en livrée et perruque poudrée. Le mini-domestique déroule sur le sol un tapis rouge jusqu’au milieu du laboratoire. Derrière ses lunettes grossissantes, Kim-Soon ouvre des yeux aussi surpris que démesurés, mais sa stupeur laisse vite place à une réaction bien plus conforme au règlement : sans un mot, il se lève de son siège, retire ses gants en latex, son masque de protection, ses lunettes, se recoiffe, époussette sa blouse. Puis il coupe la musique et file se placer au centre de la pièce, au garde-à-vous, le majeur sur la couture de son vêtement et les pieds à 10 h 10, tandis que le serviteur court se poster dans un coin, à petites enjambées comiques.
Deux violonistes entrent en jouant le fameux air “Gloire au Commandeur Suprême ”, suivis par un accordéoniste coiffé d’un béret, ainsi que d’une jolie femme en vêtement traditionnel rouge et blanc orné d’un gros nœud sur la poitrine. Elle chante, de sa voix très haut perchée, les paroles de la chanson populaire écrite par le Commandeur Suprême en personne.


Gloire au Commandeur Suprême
Tout le peuple l’aime !
Ses pets sentent le jasmin
Ils nous guident sur le chemin !
Son fondement expulse des lingots d’or
Oh, tout le peuple l’adore !
Le soleil s’incline devant lui
Dans la nuit son visage luit
Les arbres se courbent jusqu’au sol
Pour admirer sa coupe au bol !
Gloire au Commandeur Suprême !

Enfin, un homme ventripotent tout de noir vêtu pénètre dans le laboratoire, encadré de deux généraux bardés de médailles bariolées. Une jeune demoiselle au visage poupin ferme la marche en agitant un grand éventail en plumes d’autruche.
L’homme en noir fait un bref signe de la main ; la musique s’arrête, tous se figent. Même les mouches cessent de voler devant l’injonction du Commandeur Suprême, qui au bout de quelques minutes d’un silence pesant, s’écrie, à l’adresse de Kim-Soon :
« Alors, mon ami ! Où en es-tu du développement de nos armes biologiques révolutionnaires ? »
Le visage du scientifique prend la couleur du tapis. Kim Soon effectue une courbette rigide, se redresse puis répond, en fixant un point imaginaire au niveau du front du chef Suprême (il est interdit de le regarder dans les yeux sous peine de mort). Ô Divinité Absolue. Mes recherches avancent… Tu n’as donc rien à me proposer maintenant ? grince l’homme en noir. Eh bien, euh… pour le moment… euh… Il me faut encore un peu de temps pour finaliser les protoc...
La Divinité Absolue coupe le scientifique d’un geste autoritaire et se met à hurler de sa voix nasillarde. Du temps ! Je t’en ai donné, du temps ! Mais tu le gaspilles ! Tu gaspilles le temps de la Patrie ! Tu gaspilles mon propre temps ! Vous gaspillez tous mon propre temps ! N’oublions pas qu’avec du temps, l’herbe devient du lait, ô Maître Inaltérable, tente Kim-Soon timidement. Et à trop attendre, le lait devient du fromage et le fromage devient de la crotte ! hurle le Maître Inaltérable en tapant du pied. Commandeur Suprême, je suis impardonnable, je mérite le châtiment, accepte Kim-Soon, les yeux baissés.

Le silence dépose à nouveau son lourd couvercle sur les épaules de la petite assemblée.
Le scientifique baisse les yeux et regarde ses souliers vernis qui lui semblent soudain bien trop petits pour lui. Une goutte de sueur perle le long de sa tempe et roule jusqu’à son cou. Il tressaille, se prépare dignement à accueillir une condamnation à mort qu’il a bien méritée car il n’est pas permis d’échouer face au Commandeur Suprême. Il pense au déshonneur qui touchera sa femme et son enfant. Qu'il finisse dans les camps passe encore, il s'est préparé à cette éventualité depuis l'école, comme tous ses petits camarades. Mais que sa famille trinque à cause de son incompétence, cela lui serre le cœur. Il a envie de pleurer, mais retient son sanglot. On ne pleure pas devant le Commandeur Suprême.
Les généraux sont liquéfiés, même leurs médailles ressemblent à des montres molles.
Les musiciens observent leurs instruments avec inquiétude, craignant qu’un geste d’humeur de la part du Commandeur Suprême ne les détruise en petits morceaux (le Commandeur Suprême passe souvent sa colère sur les objets, juste avant de s’en prendre aux hommes).
Le nain s’est tellement rapproché du coin qu’il semble avoir fusionné avec le mur. On le distingue à peine, il s'est fait encore plus petit qu'il ne l'est déjà.
La fille à l’éventail s’est figée et se retient d’éternuer, elle est allergique aux plumes (on n'éternue pas en présence du Commandeur Suprême).
La chanteuse quant à elle, reste stoïque dans ses vêtements inconfortables. Ses sandales en bois pleines d’échardes lui meurtrissent les pieds.
Dans les yeux à facettes des mouches figées au plafond, cette scène se reflète à l’infini, kaléidoscope tragique.
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Avec Maquina Ex Deis (M.E.D.), Nanofictions, Un Nouvel Horizon, Muscat, Dentelle et Crucifix, Luce [Bradbury semaine 2], la rédemption des ombres, La vieille et le monstre - semaine 13/52", L'éveil, Hélène et les aliens, Le Cri, La faim justifie les moyens, Réflexions Passées [Terminé], Vatic - Tome 1 - Le sorcier et le prince de la Foi, 5 minutes de calme, Le Vieux qui ne voulait pas oublier - Voyage en Nostalgie...
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