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Mask

Arrêter d'écrire est comme arrêter de donner une profondeur à son existence: il ne reste plus que la surface, superficielle, mécanique, et froide...
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
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Je reprenais lentement mes esprits. Un acouphène puissant couvrait d'un sifflement tous les sons ambiants. Qu'est ce qui c'était passé? Mon bras, soutenant mon fusil, tremblais comme une feuille.

"Le fusil..?" réalisais je.
Devant moi une fine fumée s'estompa pour dévoiler un corps.
C'était un homme de la quarantaine, en treillis militaire, barbu, affalé contre les gravas en face de moi, semblant assis. Il me fixait d'un air effrayé et surpris, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés. Enfin, devrais je dire, "l'œil écarquillé", car à sa gauche, son globe oculaire avait fait place à un trou béant, noir. Un flot rouge et poisseux en dégoulinait.

Mon estomac se souleva. Je me suis laissé tombé à genoux, m'efforçant de ne pas regarder la scène macabre. C'était comme si un vent froid balayait tout mon être. Je tremblotais. Trois ans dans l'armée de terre, et c'était la première fois que je descendais quelqu'un...
Je me blottit dans un coin des gravas, dans l'ombre des ruines, et sortit deux écouteurs de mon plastron. D'une main tremblante je les ais positionné et mis une musique de rock US. Je reprenais lentement mon souffle, et commençait à me remémorer ce que je faisais là.
La Syrie. Un bombardement. Nous, envoyé au sol pour neutraliser les cibles restantes... Je ne pensais rien trouver ici, juste des bâtiments écroulés ayant emporté dans leurs chutes nos ennemis. Cet homme, à deux petits mètres de moi, avait échappé aux flammes des bombardements. Il avait survécu, et s'était finalement fait descendre par un blanc-bec comme moi.
En jetant un rapide coup d'œil au cadavre, je pu apercevoir une photo qui dépassait d'une de ses poches: on y voyait une gamine, d'à peine dix ans. Mon estomac eu de nouveau un spasme: j'avais tué un père de famille. J'ai arraché mes écouteurs d'une main, ça ne servait rien. Je me sentais souillé, dégoutté, inhumain. Au loin retentissait de courts tirs de mitraillettes. Cette guerre insensée me rendait malade. Comme si ce massacre allait changer quelque chose...

Trois claquement assourdissants me firent bondir sur mes pieds. Le corps qui était en face de moi vint heurter lourdement le sol, accompagné d'un flot d'hémoglobine.

"Alors, tu fais la sieste? Tu fous quoi??" lança Aymeric.
"Plutôt toi qu'est ce que tu fous?!"
Il venait de tirer en plain dans la tête du macchabée, lui ouvrant la boite crânienne sur le sol.
"Je vérifiais si il était bien mort..." répondit il, avec un sourire en coin.
Aymeric était un de ces militaires vantard et sans aucune morale. Je n'avais jamais pu le supporter, c'était le genre de personne qui obtenait ce qu'il voulait juste par la force, et qui n'hésitait pas à s'en servir.

"Il avait déjà une balle dans la tête, il était déjà mort et tu le savais!"
Il se rapprocha de moi, son visage à quelques centimètres du mien:
"C'est la guerre ici, connard. C'est tuer ou être tuer. On est là pour trucider tout ce qui bouge encore. Hommes, femmes, enfants... Si ça fait un geste de trop, c'est lui ou moi. C'est comme ça qu'on fait un monde meilleur: en éliminant chaque salaud qui s'oppose à nous. Tu piges?"
Chacun regardait l'autre avec mépris. Il ne m'inspirait que dégoût et colère. Aymeric avait tiré sur ce corps pour s'amuser, et avait préféré esquiver ce que je disais en me mettant la pression. 
Puis il me vint une idée. Une simple idée qui, telle une maladie, venait gangrener mon esprit un peu plus chaque instant.
J'ai levé mon fusil, le canon pointé sur Aymeric qui commençait à faire demi-tour, fier de son petit speech. Au bruit, il se retourna lentement:
"Tu es sérieux?"
En guise de réponse, et d'un geste sec, j'ai tiré en arrière la culasse du fusil. Le cliquetis confirma que la balle était en place dans le canon, prête à être tirée. Aymeric pâlit.
"Baisse ce fusil, je ne voulais pas te vexer hein! dit il en tendant la paume de sa main en avant. Ne fait pas n'importe quoi avec ça...."
Je continuais de le fixer, réfléchissant à ce que je faisais, des conséquences de ce geste. Je raisonnais avec froideur, tel une machine. Tuer m'avait changé, m'avait enlevé une part de moi. Je me sentais plus froid. Je pesais le pour et le contre, tel un juge impitoyable, sans failles. Mes pensées revinrent sur les propos que débitait Aymeric depuis une bonne minute, pensant me persuader de baisser mon arme.
Voyant que rien ne marchait, il me lança désespérément:
"Mais qu'est ce que tu veux??"
Le silence plana pendant quelques secondes. Sa phrase tournait dans ma tête.

"La même chose que toi..."
Il pencha légèrement la tête de coté, avec incompréhension.
"Quoi?"
"Un monde meilleur."

Le coup partit. La balle le perfora au niveau du sternum, et lui sectionna l'œsophage et la colonne vertébrale. Un nuage de gouttelettes sortit de son dos, tendit qu'une fleure pourpre se dessinait sur son torse. Le corps de Aymeric s'affaissa mollement sur le sol poussiéreux. Je me remis en marche. Le monde se portera mieux sans ce type d'humain.
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Il n'écoutais pas les cours. Ses yeux remplis de solitude se perdaient toujours au loin, parmi les arbres enneigés de la montagne. Il ne parlait pas, à quoi bon? Il n'avait rien à dire. Ni son avis, ni son histoire, ni quoique ce soit. Il voulait juste s'en aller de ce petit quotidien trop chronométré, millimétré. Pas un sourire non plus.
Un jour, comme une brise légère, des mots doux et glacials résonnèrent à ses oreilles. Il ne su les comprendre, mais il n'en fut que plus intrigué. Il tendit de nouveau l'oreille. Mais plus rien.
Le deuxième jour, au matin, alors qu'il attendait devant la fenêtre en face de sa salle de cours, il les entendit de nouveau. Ces murmures. Ces voix. "Là haut." oui elles venaient de la forêt. Il en était persuadé. Là bas, dans le blizzard. Elles l'appelaient. Elles lui promettaient. 
Le troisième jour, le jeune homme était absent en cours.
Il gravit les rochers, traversa les champs de neiges, se faufila entre les arbres gelés. Guidé, hypnotisé par les murmures qui dévoraient ses pensées. Il était seul à braver le froid, la glace, le vent. 
Enfin il arriva dans une clairière. Les voix cessèrent en même temps que le vent. 
Une grande silhouette, fine, élancée, féminine, d'une lumière tamisée et d'un blanc immaculé, se dessina sous les yeux du jeune homme. Elle le saisit avec douceur par les hanches, et le souleva, comme on soulève un nouveau-né. Un frisson d'un sentiment inconnu parcouru l'adolescent. Un sentiment nouveau, et parfait. Qui lui était propre, à jamais.
Deux jours plus tard, la police finit par retrouver le jeune homme entre les deux sommets de la montagne avoisinant le lycée. La neige avait rendu les fouilles difficiles et périlleuses, mais ils y étaient arrivé, quoique trop tard. Une pellicule de glace l'avait recouvert de haut en bas, laissant son corps étrangement intacte. Mais le plus perturbant étant sans équivoque son petit sourire épanoui. On le surnomma "L'enfant de la montagne".
Certains disent, les soirs de grands froids, entendre encore ses chuchotements, étranges et légers dans le vent glacé du Nord.
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Si je fumais, cet appartement serait rempli d'une brume grisâtre et de cette odeur mythique de tabac froid.
Si je buvais tel un ivrogne, le sol serait jonché de bouteilles.
Actuellement la seule chose qui jonche le sol de cet appartement, ce sont les feuilles. Des dizaines. Petits carreaux, A4, brouillons, blanches, du dos d'une fiche d'exercice de Math jusqu'au morceau de papier à moitié déchiré. Tous sont couverts de petits dessins grisâtres. Tous ces brouillons, ils sont les croquis raturés dessinant la silhouette de mon être.
"Je ne dessine pas, je me dessine" leur avais-je sorti.
J'essaye d'écrire ce que je ressens. J'essaye. Mais c'est impossible au fond. Tout est si complexe et indéfini... Définir les contours de son âme armé d'un simple critérium, c'était perdu d'avance. Mais je devais essayer, encore et encore. 
Qu'est ce qui n'allait pas, concrètement? Des amis rieurs, une famille soudée, une petite amie présente... 
"Mais". Il y a toujours un "mais" en fait? Était ce les amis qui rient parfois à vos dépends? La famille étouffante? Ou bien une peur continuelle de perdre celle qu'on chérit plus que sa propre vie? C'est une peur sans fin, qui raye la feuilles de traits noirs et tremblotants, dessinant de sombres silhouette. Déchirées, froissées, gommées, tachées d'encre. J'ai lu dans un article qu'il s'agissait peut être d'une maladie. Que ça ne partira jamais réellement. Toujours une sorte de vide, attendant le moindre faux pas, la moindre remarque, la moindre angoisse. C'est vicieux. Et ces petits croquis si fragiles qui semblent me regarder. Je crée un monde en noir et blanc, rayé par le quadrillage des cahiers, peuplé de silhouettes découpées par la mine du crayon.
"Un roi dans mon propre esprit" comme disait Anders Fridén dans sa musique...
Ce monde de papier est comme une gigantesque flamme serpentant mon corps. Elle fait crépiter la peau à présent en flamme, dans une douleur continue, mais elle semble me purifier. Comme si elle brûlait toute cette angoisse et l'évaporait dans l'air, dans un filet de fumée noire et harmonieuse. J'aurais cependant aimé me réveiller, le sang glacé et en sueur, pensant que ce n'était qu'un mauvais rêve d'une nuit agitée. 
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