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CharlesB

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Œuvres

CharlesB


Rendez-vous à 17h35.
Je n'ai pas eu cours de l'après-midi, je suis restée chez moi à manger des céréales en robe et collant et à regarder un film avec Jesse Eisenberg. Je me dis que j'ai le temps, j'habite à côté du musée, je n'ai qu'à mettre mes chaussures, à enfiler mon manteau, ziou en quinze minutes c'est fait, j'y suis. Alors je mets de la musique, je danse, je chante, je m'amuse, je me regarde, me maquille, fais une natte, bois de l'eau, change la musique, rebois, rouge à lèvres, flûte, encore soif, j'aime pas la musique, oh ça va, j'ai le temps. (Je vais pleurer, j'aurais dû acheter cette fichue glace qui me faisait de l'oeil) Mince, je suis en retard. Pas grave, le RER, hop en deux minutes c'est bon. Timing mal calculé. Je rentre dans un RER, le mauvais. Je rate le coche. À nouveau.
Finalement, je prends le bon. J'essaie d'envoyer un SMS désolé, pas de réseau. Je cours, je me dépêche. J'arrive avec deux ou trois minutes de retard. Il n'est plus là. J'attends. Lui envoie un message. Je me dis qu'il m'a peut-être posé un lapin pour me mettre en colère et que je ne lui adresse plus la parole. Je trouve que c'est pas stupide comme technique, que c'est vrai que ça me mettrait en colère si c'est le cas, que je ne voudrais plus lui parler. J'attends, quand même. Il ne reçoit pas mes messages. J'essaye de l'appeler, rien. Il fait froid, il commence à pleurer, pleuvoir, pardon. Soudain, des nouvelles. Il était parti. Il est au métro Rue du Bac. Je me dis que c'est pas cool d'être parti comme ça. Que la rue du Bac, c'est sympa. Alors je lui dis que je vais le rejoindre. J'y vais. Rue du Bac. Des policiers me barrent le chemin. Embrasse-moi idiot passe à la radio. J'arrive enfin, je le cherche, ne le trouve pas. Coup de fil, métro Rue du Bac, pas dans la rue du Bac. Je suis perdue, il pleut, j'ai mon parapluie, ma musique dans les oreilles. Métro Solférino. Ok, ça me va, je vois où est la rue Solférino, je m'y rends. Une fois dans la rue, je ne vois pas de métro. Je me sens très stupide et désolée de le faire attendre. Désolée d'être aussi nulle et de le faire courir par un temps pareil, de lui montrer que je suis vraiment bête. Je dis à l'autre con que je suis perdue et que je suis très bête, il répond que je dois regarder sur mon GPS, pfff, je l'ignore. Mentalement, je revois un arrêt de métro, pas loin. Je vais dans la direction que me donne mon cerveau, je le vois l'arrêt. À deux pas de la rue Solférino, je suis persuadée que c'est le bon. Bah non, c'était l'Assemblée Nationale. Là, je suis complètement désespérée, c'est la honte. Il va me prendre pour une abrutie, être fâché de ma bêtise, de lui avoir fait perdre du temps.
Il me dit de ne pas bouger, qu'il me rejoint. Il n'a pas l'air fâché, juste un peu fatigué de mon manque d'orientation. Il pleut. Ma sœur m'envoie un message, je dois lui répondre. MPL m'a envoyé trois messages, je les ignore, ne les lis même pas : j'ai rendez-vous avec Paul, MPL va attendre, pour une fois. Paul arrive, grand, sans parapluie. Il n'est pas du tout fâché, de bonne humeur, ça me rassure. Je sais pas ce que je lui raconte comme bêtise, je fais un truc impoli en me servant de mon téléphone devant lui. Sauf que si je ne réponds pas à ma sœur, elle va m'appeler et là ce sera encore plus impoli. J'expédie des messages simples, correct, et hop, je range mon téléphone. Entre temps, on a avancé, rue de Bourgogne, Palais-Bourbon. Il s'arrête sous la porte d'une galerie, je lui dis que voyons, il ne peut pas faire ça, que ça fait clochard. Il se rend compte que c'est allumé, qu'il y a des gens, il revient vers moi, me dit que s'il fait clochard alors que c'est clochard de luxe ! Ca me fait rire, je pense qu'il a raison, on continue. Je lui propose de se mettre sous mon parapluie, il prend ça comme une demande de se rapprocher de moi, s'éloigne. Je lui dis que ma sœur aime aussi la pluie, que mon ancien petit ami aimait la pluie et ne supportait pas non plus les parapluies. Il me raconte une idée pour draguer les filles, un peu folle comme astuce, je ris, je me sens bien, le monde autour n'existe plus que par sa beauté. Une bulle est créée. Il commence à être trempé, je ne veux pas qu'il soit malade, lui repropose mon parapluie. Il m'avoue qu'il n'aime pas être mouillé par la pluie, prend littéralement mon parapluie, c'est moi qui commence à être trempée. Pas pour longtemps, il m'abrite. Je récupère le parapluie, mais il est trop grand, je n'arrive pas à nous abriter tous les deux. Je me sens bête. Il continue à me parler, je ris, je ris, j'admire Paris, les rues, l'ambiance, la pluie, je l'écoute, je ris.
Il essaye de me faire parler, je n'y arrive pas. Je ne sais pas parler. Ça me met un peu mal à l'aise, il se remet à parler, à rire de ce que j'essaye de lui dire avec mes trois mots qui se baladent en duel. Je le fais rire, mais rire ! Alors je ris aussi. On arrive à l'esplanade des Invalides, il m'entraîne sous un arbre. On se regarde, on rit, on explose de rire, on se dit qu'on est vraiment con, il parle très fort, j'ai l'impression que tout le monde nous entend. Mais par ce temps, il n'y a personne, et puis même, il n'y a personne tout court quand je suis avec lui. Il ne fait plus très jour, je devine la Tour Eiffel, c'est beau. Il me demande de croiser les bras, une analyse à la Adrien, ça me fait un peu rire mais j'avoue en être un peu lasse. Il me demande de retirer mes lunettes, je dis non, que je suis amorphe sans, que je suis moche sans, que non, il m'a déjà vu avec des lunettes de soleil peu flatteuses, que c'est suffisant. Il insiste. Je ne peux pas résister, je les enlève. Il s'exclame que je devrais mettre des lentilles, que je suis beaucoup plus jolie sans. Je lui dis que non, c'est pas vrai. Je ne lui dis pas que j'aime mes lunettes, que je trouve que ça me donne un petit air d'écrivain, que quand je ne les ai pas, je ne peux pas m'empêcher de faire le geste de les remonter. Il garde mes lunettes quelques minutes, j'essaye de le regarder avec intensité, comme si j'y voyais quelque chose. Je pense à MPL qui dit qu'il voit des « boules de Noël » sans ses lunettes, j'aime cette métaphore, j'hésite à lui dire puis je me rétracte, c'est pas de moi et ça me fatigue de penser à MPL. Je ris, il rit, il me redonne mes lunettes. Dit que oui, ça se voit que je suis bigleuse sans. Comme son papa. C'est une des rares fois qu'il me parle de son papa alors j'écoute attentivement.
Il prend son sac, sort deux livres de la Pléiade. Il veut me faire la lecture, me demande ce que je choisis entre Saint Augustin et Cioran. Je dis aucun.
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CharlesB


J'étais invitée VIP d'un colloque. Mais pas VIP VIP (j'avais un bracelet vert, le carré encore plus vip un bracelet noir), j'y vais, après une folle course pour trouver l'entrée invités, je rentre. Le staff est très aimable, en majorité des jeunes plutôt canons. On m'escorte jusqu'au carré VIP, encore plus proche de l'estrade que la presse. On me dit que je peux me mettre dans le bloc central, dans la deuxième moitié. Je dis OK, une « famille » est en plein au milieu, je me mets derrière eux. Je suis très très en avance. Tant pis, je suis heureuse d'être dans l'enceinte, les non-VIP attendent encore dehors. Je regarde la mise en place, je regarde mon téléphone, je pense à mon concours blanc (je suis en plein dedans), je suis contente d'être là. Un groupe de jeunes du staff s'installe, à quelques rangs de moi. Ils sont beaux, jeunes, sveltes, je les regarde, mais pas plus que ça. Ils n'ont rien de vraiment particulier, ils sont beaux, bien habillés, souriants, mais non, ils ne me plaisent pas plus que ça. Une belle brochette à manger mais qui ne vaut pas le coup d'une photo pour Instagram.
La famille devant moi est insupportable. Enfin bon, j'essaie quand même de capter un bonjour des garçons, sans succès. Et puis la salle est vide. Retour à mes pensées. Petit selfie dans mon manteau des grandes occasions, avec mon sac Céline. Je suis plutôt mignonne. Mais pas assez pour les mecs devant. Tant pis, je viens pour le colloque ! Je commence quand même à regretter d'être arrivée aussi tôt. Et le groupe bouge un peu. Et un nouveau arrive. Je reste sans voix.
Qui est-il ? D'où vient-il ? Oh, comme il est beau ! Comme il est beau ! Beau ! Comme il est agile, gracieux, doux, élégant ! Il semble un peu pédant. Mais qu'il est beau ! Coup de foudre. Réellement. Coup de foudre. Je ne sais pas qui c'est, peu importe. Il est merveilleux. Une merveille. Une révélation. Il est grand, brun, une allure de fou. De fou. Je reste bouche-bée, les yeux écarquillés à le regarder. Il le remarque je crois, puisqu'il me lance un discret « Bonjour », rien de plus. Pas grave. Il faut que je le regarde. Mes yeux ne le quittent pas. Je suis fascinée. Fascinée. Comme il est beau ! Comme il est beau ! Il s'en va en coulisse. Revient en grimpant sur les chaises blanches dans son ensemble bleu marine qui lui sied à ravir. Il a la souplesse, la majesté d'un lion. Il est beau purée ! Il joue sur les chaises comme sur les battements de mon cœur. Il repart, revient, continue de monter sur les chaises. Quelle impertinence si gracieuse ! Quelle beauté ! Quelle majesté ! Une grâce féline, une allure divine. Je me demande comment faire pour lui parler, savoir qui il est, me présenter, je sais pas moi, mais quelle frustration de ne pouvoir que le voir ! Et quelle joie de pouvoir le contempler sans me ridiculiser ! Deux jeunes garçons du staff ont rejoint la famille, l'un deux crie à trois reprises « Louis ! Louis ! Louis ! ». Je comprends que celui qui fait battre mon cœur en est le Roi. Louis ne répond pas, n'entend pas. Il n'est pas là. Il grimpe sur les chaises, s'en va, s'en vient.
La salle se remplit, des bracelets verts sont devant moi. J'hésite à gravir les rangs. J'ai peur que le banc de garçons ne pensent que je ne me rapproche que pour mieux les draguer. Je reste. Je change de rang ! Louis est avec les garçons. Pas devant moi, dans un premier temps. Puis, je ne sais pour quelle raison, il se retrouve devant moi. Il est grand. Si grand que lorsque les intervenants parlent juste à côté du pupitre, je ne les vois plus. Je suis un peu contrariée, mais comme il s'agit du dos de Louis, qu'importe. Je ne sais pas qui il est, je ne vois en lui que son élégance, sa fougue, sa beauté pure. Il n'est pas très beau en soi, il a un visage un peu particulier, mais il est beau d'une autre manière. Il est vraiment beau. Le colloque passe, grâce à mon voisin j'ai une bouteille d'eau (oui oui, des bouteilles d'eau fraîche Nestlé Pure étaient distribuées!!), et à force de boire vite, d'être obligée de rester dans la même position, j'ai très très envie d'aller aux toilettes. Je ne peux bientôt plus me lever. Un peu la honte pour plaire à un mec. Je prépare ma carte de visite, numéro au dos. Prête à lui donner. Et, vers la fin, je me dis qu'il faut que je lui donne assez rapidement, sinon il va partir et plus jamais je ne le reverrais. La fin arrive, je fais l'effort de me lever, Louis tourne sa tête.
J'attrape son regard, lui tend ma carte en disant « Bonsoir, tenez, voici ma carte », il la regarde, me regarde, dit « Ah oh euh, merci » et la range délicatement dans sa poche. Je suis surprise par sa délicatesse. Je pensais qu'il allait la prendre et me répondre plus froidement, pas étonné pour un sou et la ranger brutalement dans son manteau. Je suis encore plus sous le charme. Je l'aime déjà. Et il s'en va déjà.
Je veux encore sentir cette folle envie de défi, je veux encore connaître la passion de la conquête. A m'en brûler l'être. Je veux me brûler l'être de vaines passions, d'amours tragiques sans aujourd'hui ni lendemain, consumer mon âme en paradoxes, mouvoir mon corps comme une flamme, rougir de rage, rugir de désir. Que mon cœur soit l'âtre de tous mes embrasements. Qu'il attise mon âme jusqu'à en faire l'étincelle du bûcher de l'enfer.
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CharlesB


En arrivant dans cette pièce, cigare à la main, il embauma l’endroit d’un capiteux parfum de fumée. La cheminée de marbre roux, elle, n’était pas en reste avec ces deux fraîches bûches, sorties du panier d’osier emplis de branchages.

S’installant dans un large fauteuil à oreilles lui permettant de s’accouder et de poser son verre de whisky, il s’attarda un instant sur son amie, camouflée par la multitude de gens confinée au sein de cette partie de la demeure, qui, au bras d’un beau jeune homme de son âge, éclata d’un rire tout autant bruyant que charmant.

Cette amie, il en avait fait la connaissance quelques semaines plus tôt, au cours d’un dîner mondain. Il avait succombé au ton désinvolte de cette jeune femme de haut rang. Elle ne lui avait pas fait peur avec son titre, à l’inverse, sa tête en était retournée d’émois adolescents.

Le tableau se cachant derrière cette chevelure rousse était en adéquation avec la situation, il représentait un combat de coqs, sur fond de sang. L’hôte de la soirée ne voulait pas laisser partir son doux coup de foudre pour un homme de simple représentation, sans réel charisme, jouant avec ses cheveux ou avec ses yeux en lançant des regards de flamme.

Au moment d’un nouvel éclat, elle retourna sa gorge soulignée d’un collier de rubis vers son récent ami, croisant ainsi son regard en un éclair plein de sens. Ses yeux bleus charbonneux d’une chaleur autoritaire l’invitèrent à se joindre à elle.

En voyant ce regard de feu, son désir ne fit que croître, il se fraya un chemin à travers ses invités, venus en nombre. Après quelques bousculades impromptues et gênantes, il se retrouva enfin aux côtés de celle qui le faisait brûler, rouge, d’un rouge mêlant sa course effrénée et son bonheur d’avoir été mandé à rester auprès du collier de rubis. Le monde autour continuait sa vie, tandis qu’il ne pouvait décrocher ses yeux de la beauté hispanique de sa jeune voisine.

Le fond musical se dégageait péniblement des conversations agitées des invités et se mêlait aux bavardages dans un murmure discret. Par chance, la source qui faisait jaillir cette éruption de fête était proche du tableau. Si proche que la toile en vibrait en rythme. L’autre tableau, plus loin, lui, restait tendu, insensible aux vibrations musicales à cause de sa grosse toile, représentant une scène de parade.

Il l’invita à danser. D’une voix chaude et suave, elle répondit oui. Il la fit tourner un peu, l’alcool aidant à rendre l’effet plus important, effet accentué par sa robe amarante voluptueuse. Puis, comme la musique s’y prêtait, il l’emporta dans un tango endiablé, cette fois-­ci, sans se gêner à bousculer quelques personnes, dont le beau jeune homme auquel il livrait une guerre silencieuse et pourtant explosive, ce frôlement violent, en apparence fait sans mauvaise intention en était une preuve flagrante.

Après ce tango argentin, le feu léger des petites bûches fraîches redoubla.

Il l’emmena dans la pièce jouxtant la salle des convives, pièce vide, servant de bureau. La fraîcheur inattendue de cet espace contrasta avec la chaleur harassante du précédent. Les fenêtres donnaient sur un soleil couchant, illuminant les murs gris de la pièce dans une teinte braisée. Ils s’attardèrent vers cet instant où la nuit emportait le jour, en observant virevolter les feuilles d’automne tomber des arbres. Un frisson les surprit, ce qui entraîna le propriétaire de la demeure à frictionner sa jeune invitée, tentant de la réchauffer. Bientôt cela devint de tendres caresses, et, elle éclata à nouveau de son rire, qu’il fit taire d’un baiser.

Le beau jeune homme quant à lui se demandait où sa cavalière d’un court instant volée par son hôte, avait bien pu s’échapper. Le foyer près duquel il se trouvait ne cessait de chauffer de plus en plus, ce qui rendit l’atmosphère autour de lui suffocante. Il respirait de façon saccadée, étouffé par le brasier lui faisant désormais face. A la vue de ces flammes énormes s’élevant toujours plus haut, toujours avec plus d’ardeur, il paniqua, essaya de se frayer un chemin, au moins de façon à ne plus ni voir ni sentir ce feu. La foule, au fur et à mesure de la soirée était devenue plus compacte, et la boisson l’avait rendue désagréable, ce qui ne facilitait pas l’avancée du jeune homme. Son visage ne pouvait pas s’empêcher, malgré sa volonté lui refusant cet acte, de se retourner et de regarder cette fournaise, qui en profitait pour éclairer sa face suppliante, en le narguant. De toute façon, même sans se retourner, le feu était toujours là, faisant crépiter ses bûches à leur paroxysme.
D’un dernier effort, son torse en sueur regarda la porte de sortie, ce trou de liberté, qui le ferait reprendre une respiration plus normale, et s’y engouffra.
Au même instant, la jeune rousse et son chevalier rentrèrent de nouveau dans la bruyante pièce, embaumant la fumée de cigare.

Les deux bûches s’étaient consumées.
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