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Selwyn

J'écris depuis que je suis enfant. Tout le monde a toujours pensé que je ferai des études littéraires mais l'appel de la biologie a été plus fort.


L'écriture, moyen de me déconnecter de la réalité, d'inventer des univers où les seules limites sont mon imagination. J'ai cessé d'écrire, de peindre et de créer pendant plusieurs années. Aujourd'hui, je renais.

Aujourd'hui, je veux reprendre ce qui m'a fait vibrer si longtemps.

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œuvres
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Œuvres

Défi
Selwyn

Cette ville, je l'ai détesté à l'instant même où j'y ai mis les pieds.
Je venais d'être déracinée. Mon coeur étant resté ancré entre d'autres batiments, auprès d'autres inconnus, dans un autre pays. On me répétait que c'était mon choix, que je finirai par m'y faire. La chaleur étouffante qui vous prend à la gorge. La poussière des rues qui vous pique les yeux. Ces toits plats, tellement différents de ceux que j'avais pu cotoyer. Même la végétation était brune ou couverte d'épines, réticente à tout contact. Cette vision me dégoutait, me donnait la nausée alors que mon cerveau rejetait cette idée d'être ici, loin de tout. Coupée de mes racines, je me sentais orpheline. Oui, je l'avais choisi. L'opportunité m'avait tendu les bras et j'avais décidé de m'y jeter à corps perdu. J'avais toujours voulu mettre un peu d'aventure dans cette vie beaucoup trop vide, trop fade.
Cette nuit-là, je suis montée sur un de ces toits plats. Je me suis assise sur le rebord, une bière à la main, fraicheur réconfortante dans cette nuit encore étouffante. Et alors que les larmes débordaient de mes yeux, de grands facas résonnèrent au loin. Le son se propageait rapidement, rebondissant sur les toits, claquant dans l'air. A travers ce voile humide se dessinèrent des lueurs colorées, s'évanouissant au bout de quelques secondes. Des feux d'artfices. Peut-être que cette ville célèbrait mon arrivée.

Les jours passaient et la solitude me frappait de plein fouet. Les gens passaient à côté de moi sans me voir. Ils vivaient et moi je ne savais plus si j'avais jamais existé. J'entendais des brides de phrase que je comprenais pas, je n'osais pas jeter de regard dans leur direction : recroquevillée comme un chaton dans le froid. Sauf que les gouttes de sueur roulaient en abondance dans mon cou, mon dos, mes tempes. Quelle idée d'avoir quitter un pays froid pour se rapprocher des tropiques. Si proche de l'Afrique et pourtant toujours en Europe.

Puis un jour, tout a changé. J'ai trouvé un travail. Des noms pour ponctuer mes bonjours. Des gens à qui parler. Des regards auxquels sourire. Je reprenais peu à peu vie. Je ne voyais plus seulement les épines sur les figuiers de Barbarie mais aussi leurs fruits qui se gonflaient, prenant tous les jours cette teinte plus rouge. Je sentais la fraicheur de l'aube lorsque je sortais de chez moi, je me régalais de la vue des teintes du soleil encore ensommeillé percer derrière les habitations. Je savourai cette longue marche sous la chaleur écrasante qui se finissait par un plongeon dans cette mer incroyablement turquoise. Animée d'une nouvelle énergie, j'ai pris les devants, rencontré des inconnus devenus amis. Passer le balai, tous les jours, pour nettoyer cette couche de poussière entrée par la porte ouverte , me semblait tous les jours plus supportable. Les routes cahotiques, les bus blindés et/ou en retard ne me dérangeaient plus. Je finissais même par dire en riant : this is a cultural experience, you should enjoy. Peu à peu, cette ville s'était infiltrée dans mon coeur, y avait amménagé son nid. Inconsciemment, pernicieusement, j'ai fini par me prendre d'affection. Des départs, des pleurs, de nouveaux amis. Une vie grouillante dans mes entrailles. On m'a montré de petites rues, des merveilles cachées, on a échangé des rires et crèmes glacées, on a construit des souvenirs ensemble, dans l'ombre des murs.

Cette soirée fut spéciale. L'occasion de voir ses collègues dépourvus de leurs uniformes. Des collègues habillés sur leur 31, un cocktail à la main, parlant de leurs loisirs, leur famille, leur quotidien hors des murs gris de l'usine. Dernière arrivée, j'étais intimidée, effrayée de ne pas savoir quoi leur raconter. Je leur adressai de petits signes de tête entendus, trop timide pour engager la conversation. Jusqu'à avoir quelques mojitos coulant dans mes veines. Nos regards se sont croisés. Animée d'un courage insoupçonné, nous avons échangé quelques mots et au milieu de cette foule, nous étions seuls. Ce soir là, à cet instant très précis où je suis entrée dans sa voiture, tout a basculé. Né au milieu des figuiers, ayant grandi au bord de la mer, ayant joué dans ces étendues poussièreuses, cette ville était tout ce qu'il avait toujours connu. Et tout ce qu'il avait toujours aimé. Assise dans ces sièges en cuir, il m'a montré des merveilles insoupçonnées. Des restaurants savoureux, des lumières citadines ondulant sur les vagues, des vues à couper le souffle sur la ville et même toute la vallée. Chaque minute passée avec lui, fenêtre ouverte et cheveux au vent changeait la vision que j'avais de cet endroit. La brise était fraiche, chargée d'embruns. Les arbres étaient en fleur, les oiseaux chantaient. Ses baisers avaient le goût du sel et sa peau usée par le soleil.
Ce soir là, on est monté sur le toit. Il m'a dévoilé son coeur, m'a montré tout ce qu'il chérissait, ce qu'il avait de plus précieux. Et ce soir là, je lui ai annoncé que je devais rentrer. Renter dans cette ville, si loin d'ici, si différente mais qui priait son enfant de revenir. Loin de la chaleur, de l'eau turquoise, de tous ces nouveaux amis. Loin de cette vie, comme dans un autre univers. Mais mes racines étaient là-bas, elles ne bougeront malheureusement jamais. Comme ces poissons migrateurs qui reviennent là où ils sont nés, peu importe les obstacles et les dangers. Une sorte d'instinct, de nature intrinsèque. Et alors qu'il me prenait dans ses bras pour calmer mes larmes, de grands fracas résonnèrent au loin. Des feux d'artifices. Les derniers observés avant que l'avion ne m'emmène loin, si loin.

On dit que sa maison est là où se trouve son coeur. Mais mon coeur est libre et sauvage, attaché partout et nulle part à la fois.

Malta, Inħobbok ħafna. Nimmissjak.
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

C'est une catharsis. Un moyen de voyager au-delà de la réalité, au delà de ce que les yeux peuvent voir et ce que le corps peut toucher. Lorsque j'écris, c'est comme si j'étais enfermée dans une bulle. Un cocon cotonneux où tout est possible, où les seules frontières sont celles de sa propre imagination. J'adore ce sentiment de se donner à corps perdu dans son oeuvre puis de jaillir, comme si on mettait la tête hors de l'eau et remarquer que les heures ont défilé, qu'il fait déjà nuit et qu'on devrait penser à manger/dormir. Le corps se tait pendant que l'esprit s'évade.
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