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KTKR

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KTKR


« Hyperloop : Hypersensations. De 0 à 1000 km en 5 minutes ! » 
 
Voici ce qui était écrit, sur toutes les affiches, les kakemonos et autres brochures éparpillés sur le sol de la gare. De loin, j'apercevais déjà deux grandes portes en verre, largement ouvertes, où s'affairaient encore quelques journalistes accompagnés de leurs cameramen.
A croire que chaque voyage en Hyperloop avait droit à son quart d'heure de gloire.
 
Vêtus d'une combinaison en faux aluminium, à faire pâlir n'importe quel frère Bogdanoff,  les agents arboraient un large sourire, avant de nous saluer puis de nous guider vers nos sièges, couleur or pour la « Class Premium », argent pour la «Class Business+ », et bronze pour la « Class Economy ». 
 
-        Ils font vraiment bien la part des choses, ces ricains ! me dis-je.
 
A l'intérieur, l'aspect futuriste de l'objet, tant vanté par ses promoteurs, tenait ses promesses. J'étais obnubilé par le blanc nacre qui vernissait le sol, et ces fenêtres en métal brossé. Sans oublier cette flopée de petits écrans OLED, qui indiquaient l'heure, le trajet, des images façon carte postale de la destination, la météo sur cinq jours, les informations...en temps réel.
 
J'avais l'impression d'être dans un vaisseau spatial. Ou dans ma conception du futur, à l'âge de neuf ans : un univers épuré, sobre, fait de haute technologie et de gadgets à tout va. Un monde de tous les possibles. Il ne manquait plus que le capitaine Kirk, Spock, et les autres... Mais le coup de sifflet du chef de gare me fit vite redescendre sur terre. Tout le monde était invité à gagner son siège. Puis un homme, longiligne, légèrement voûté, vêtu d'un costume de groom de couleur pourpre, sorte de Gaston Lagaffe niché dans un costume de Spirou, fit son apparition. Le contrôleur.

 
-        Bon voyage m'sieur, on s' voit de l'aut' côté ! me dit-il, d'une voix gainsbourienne, après avoir vérifié puis « poinçonné » mon billet avec sa liseuse de QR codes.
 
On se voit de l'autre côté ? Il répétait cette phrase à tous les voyageurs, sans que je ne sache vraiment pourquoi...
 
*
 
La grande volute se mit à tourner, tout en produisant un bruit des plus stridents. Puis la capsule démarra enfin, laissant au passage une large fumée blanche. Nous étions très vite emmitouflés, ensevelis dans ce brouillard si dense, si épais. L'écran qui se situait à ma droite affichait 300 km/h. Plus l'on gagnait en vitesse, plus le brouillard se dissipait, dissipant mes craintes par la même occasion. Mais je me découvrais déjà des fourmis dans les jambes. Et un début de migraine. Puis de la nausée. La vitesse augmentait de plus belle, et c’était maintenant mon cerveau qui semblait sortir de ma tête.
 
Puis arriva une chose étrange. J’entrapercevais une femme, qui se tenait droit devant moi, et qui semblait me sourire. Elle m’apparaissait de manière subreptice, saccadée, comme une amorce de pellicule mal projetée. Mais, avec la vitesse, elle devenait de plus en plus limpide à mes yeux. Nous étions maintenant à 600 km/h. La nymphe se tenait toujours devant moi. Ses yeux en amande, et sa longue chevelure de jais m’hypnotisaient, m’envoûtaient. Elle arborait un style d'amazone, déesse perdue, entre Barbarella et She-Ra. Elle était belle, semblait si irréelle. Etais-je le seul à la voir ? Etait-elle un mirage, une douce illusion ? De quelle partie de mon imagination provenait-elle ?
 
Puis, elle s’approcha davantage.
 
-          Viens, me dit-elle, en me tendant la main.
 
Je sentis mon corps se lever, puis aller vers elle. Elle était comme un aimant. Je n’avais plus le contrôle, son charme me possédait à présent.
 
*
800 km/h. En touchant sa main, je sentis mon cœur battre si fort. Tout semblait défiler autour de nous, autour de moi. 850 km/h puis 900. La capsule se dissipait sous mes yeux, s’éclipsait, pour laisser place à un endroit pittoresque,  sorte de Valhalla ensoleillé. C'était un endroit vierge, sans aucun bruit, sans aucune brise de vent. Elle m’entraînait, je la suivais. Elle semblait connaître le lieu et ses contrées par cœur.
 
-        Bienvenue au paradis, fruit de ton imagination, me dit-elle. Ici, tout n'est que quiétude et tranquillité. Suis-moi !
 
Nous arrivâmes auprès d'une vallée verdoyante, où se dressait un grand palais, orné de feuilles d'argent, séparés de nous par une petite rivière, dont les affluents semblaient caresser les roches. Un pays de cocagne, que seul Baudelaire aurait pu parfaitement décrire…
 
En me tournant, je vis un groupe d'enfants se diriger vers moi et le plus étrange, c'est qu'ils me ressemblaient tous. Comme une image de moi à neuf ans.
 
-          N’aie pas peur, me dit mon hôtesse. Ils ne sont que la concrétisation de tes rêves.  Tout ce dont tu as rêvé est ici, ajouta-t-elle.
 
*
 
Etant enfant, il est vrai que le futur me fascinait. Je ne saurais vous dire le nombre de fois où je me suis plongé, immergé dans mes bandes dessinées. Blake et Mortimer étaient de bons camarades, que j’allais sûrement rencontrer tôt ou tard…Et que dire de Buck Rogers, John Koenig ou Han Solo !
 
J’étais bien ici. Je me sentais bien, comme le gamin de neuf ans, en 1969, qui a vu des astronautes marcher sur la lune à travers sa petite lucarne. Emerveillé, je m’étais alors promis de courir après cette utopie. De la chercher, à  travers les expériences que la vie d’adulte allait m’offrir, malgré les bousculades, les tumultes et les tourments.
 
Y étais-je parvenu ?
 
1000 km/h. Je me tourne, et j’aperçois le contrôleur, planté devant moi. Il me sourit. Il sait que j’étais de l’autre côté…
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Pour toi je veux laisser entrouverte, la porte de mes souvenirs comme une image, que je ne voudrais pas voir se figer. Une aquarelle malléable, changeante au gré de mes envies, qui ne retiendrait que le meilleur de nous deux, finalement.
 
Là où l'évocation de tes baisers feront alors renaître en moi, dans mes réminiscences, tout l'amour que j'avais pour toi. Toute cette science, cet art qui consistait à te mettre dans l'aisance, blottie contre moi lorsque je soignais tes peines. Cette fidélité passionnelle, qui m'envenimait chaque jour et qui me faisait dire que tu étais la femme de ma vie, celle qui était faite pour moi ici bas...
 
Je veux préserver les ombres blanches, qui me guideront aux belles souvenances, celles de ton sourire et de tes regards complices, ces petits détails, ces bribes de pensées qui me reviennent par moment, demeurant comme un rai, de lumière qui m'amènera tout le temps vers toi, vers cette chance que j'avais de t'avoir près de moi.
 
Je veux faire l'impasse sur tes silences, tes indifférences qui te saisissaient lorsque tu doutais de ma tendresse. Je veux tout laisser dans l'ombre, comme si cela n'avait jamais existé. Un peu comme une plaie transparente. Dont je ne ressens plus la douleur.
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Ainsi s’échappent nos souvenirs, fuyant, voguant vers l’inconnu. Que pouvons-nous faire de plus, si ce n’est les regarder, au loin, comme de grandes cartes postales, réelles, vivantes, mettant en lumière nos images les plus précieuses.
 
Dans ce paysage maritime, dans cette grisaille, je crois te reconnaitre, lancinante, de tout cet amour que nous nous sommes tant donnés, et qui sut perdurer, imperturbable dans sa course contre le temps. Le vent caressait tes cheveux, les élançaient vers le ciel et te donnaient ces airs de nymphe, dont le regard puissant me captivait, m’apprivoisait à chaque instant. Le mouvement saccadé des parapluies, étaient là pour y ajouter quelque fantaisie. Eux aussi rêvassaient en secret de s’envoler, pour un ailleurs dont l’imagination me manquerait pour en décrire les particularités.


Tu te réfugiais dans mes bras, comme pour rassurer tes craintes et tes inquiétudes, exorciser tes pessimismes les plus profonds, comme l’idée que je puisse te quitter un jour. Et moi de te regarder, avec cet air attendri, protecteur, qui avait le don de te rendre heureuse, et de t’apaiser quelque part.
 
Nous voilà aujourd’hui, au faîte de l’âge et des sentiments, sur ce pont, voyant arriver au loin le bateau qui nous emmènera, loin de cet univers et de nos plaisirs confectionnés, qui nous avaient tant permis de traverser cette douce vie, sans encombres, sans artifices. Et tous ces instants, qui désormais ne nous appartiendront plus, à présent perdus, confondus dans les limbes de ce qu’on appelle l’éternité. 
 
Nos souvenirs volés.
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