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JAC LYNN

JAC LYNN


Je m’extirpe doucement de ma mélancolie et de mon club de cuir fauve. Mon fauteuil, je l’emmène. Certes il m'a fallu batailler mais j'ai tenu bon du haut de mes cent trente ans, jugement et fringance ne me faisant guère défaut. La Commission Européenne Sociale a dû faire avec: je partirais assis dans ce vénérable siège pour ma sénior-sphère. J'y ai obtenu une place tout près d’une Zoo-bulle abritant des espèces animales rescapées d’Afrique. Verrais-je pour autant plus souvent mon arrière-arrière-arrière descendance?
Sigismond secoue le doute, pousse son carnet pour caler la petite amphore de porphyre que ses mains cramponnent sur ses genoux. Puis son regard s’accroche à l’éditorial qui s’affiche en images sur le mur de son container: la Tour Eiffel pointe son ossature de métal sur la crête des vagues. Les dômes de Montmartre et des Invalides, deux seins à l’agonie ballotés sur une onde déchaînée…s’y entrechoquent des pans de verre, Montparnasse a explosé! Une voix nasillarde commente :
"-Dans les égouts et les stations de métro, les parisiens se sont organisés, les antennes du Secours Planétaire se sont mobilisées. La Russie moins touchée a dépêché trois sous-marins. Des sondes ascenseurs assurent les navettes à la surface, une plateforme fonctionne nuit et jour pour recycler l’eau de mer en eau potable."
Le reportage s’engouffre ensuite dans une autre tourmente :
"-Les termites et le sida ont dévoré l’Afrique tout autant que la faim. L’océan l’a submergée pour partie, gommant sa corne et son crâne de rhinocéros, naufrageant ainsi bon nombre d’ethnies. Les Pelotons de Lutte contre l’Immigration ont déserté leurs barges de surveillance pour renforcer l’effectif des cyber-stations postées vers la Russie. Dans les déserts africains on a stocké les derniers A380 vendus aux enchères pour fabriquer des navettes privées. La fonte brutale de l’Arctique a déchaîné un tsunami dévastateur pour l’enclave méditerranéenne, balayant les états du Maghreb. Le blog international a confirmé l’éradication d’Al-Qaïda dans le cataclysme."
Sigismond claque des doigts et le mur se tait…il continue d'écrire.
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JAC LYNN


« -Voilà, nous sommes chez nous ! »
D’où elle vient, à part la prison, rien n’est fermé ! Propriétaires, si peu le sont.
Dans la bouche de l’homme, ce nous est une évidence qui frise l’injonction dans le ton. S’il lui fait chaud au cœur, elle sait qu’il est sans retour, quelle que soit la qualité de son existence…
Ils sont noirs, elle et le parapluie qu’il tient à bout de bras sous les cordes qui font ployer les fleurs blanches, semées par bouquets sur les branches des pommiers. Elle plisse le nez : elles n’ont pas le parfum des frangipaniers ! Par contre flottent dans l’air des bruits et des relents qui lui sont familiers : serrées sous l’averse les vaches beuglent de concert, réclament l’heure de la traite. Leur nombre l’impressionne !
Exotique dans son kanga[1] tribal orange et jaune zébré de graffitis sombres, elle semble tombée du ciel sur l’herbe spongieuse verdissant partout dans le verger qui cerne la maison. Elle referme les pans de la grande veste fleurant bon le tabac : jetée sur ses épaules au sortir du 4x4, un geste qui les avait pousser à se regarder dans les yeux.
La grande bâtisse de pierres grises la toise de ses deux étages. Elle a peur de tout cet espace, étouffe dans cette profusion d’arbres polis, rangés dans des cortèges déconcertant l’ascétisme sauvage dans lequel la nature l’a bercée, bien avant la cabane de tôles qu’elle a laissée derrière elle. L’exubérance de vert et la pluie dispendieuse la troublent… Ses orteils pataugent dans ses sandales de caoutchouc.
Tout à l’heure dans la voiture, elle se sentait plus rassurée. Le vieux Land Rover avait baroudé et pas seulement dans les chemins creux du bocage normand. Du moins c’est ce qu’il lui avait écrit. La poussière, la boue, les ornières d’ici ou bien d’ailleurs, il connaissait ! Le fusil aperçu au jeté de son misérable ballot dans le coffre l’avait rassurée. Il chassait, c’était vrai, il n’avait pas menti. Les rubans de macadam pris, échangés, croisés depuis Orly l’avaient subjugués, ici pas de nids de poule ! La vitesse lisse et stable l’émerveillait comme une enfant. Si l’intérieur spartiate, le bruit râpeux du moteur faisaient tâche dans la douceur ambiante douillettement humide de ce mois de mai, elle avait repris confiance, après le choc de l’aéroport.
Derrière la pancarte qui portait son prénom, l’homme l’avait déconcertée. Lui avait même déplu !

[1] Voile de coton imprimé dans lequel les femmes s’enveloppent
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L’avoir c’est plus que tout ce qui fait papillonner les envieux.
Le posséder vous met à l’abri des cambriolages
Le déclarer préserve vos économies.
En parler en fait un secret bien gardé.
Comme à lui seul il en vaut bien deux, j’en vends UN.
Pour l’euro symbolique : RIEN (une première main)
*Chèque à adresser à la SPA qui fait beaucoup avec rien.
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Défi
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J’étais cernée par une nuée de mains qui cherchaient les miennes.
Une huée de « Bravos » grésillait à mes oreilles et je dus fendre la houle de la foule pour parvenir jusqu’à un pupitre qui disparaissait sous la tonne de tomes qu’on y avait posés.
Sauvée des oh ! admiratifs frisant la frénésie je me posai sur la chaise comme un naufragé s’échoit sur une île et j’entamai la séance de dédicaces.
J’enfilai inlassablement des prénoms, des noms avec des bien à vous sur des histoires qui portaient mon nom quand soudain je remarquai que mes lecteurs-courtisans portaient tous le même badge amarré côté cœur.
Au bout de deux rapides coups d’œil je pus déchiffrer SCRIBAY et la crainte me saisit. Je n’aurais jamais assez d’exemplaires pour satisfaire tout le monde !

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Défi
JAC LYNN


Si j’étais un animal, lémurien je serais. J’aurais de jolis yeux d’ambre tout ronds et je ferais des bonds dans les arbres en m’accrochant avec ma longue queue rayée. Je jouerais à cache-cache dans les bambous pour semer la bande de soupirants qui tourne autour de toi…
Ces bambous qui me fascinent, que j’aimerais incarner pour posséder l’élégance asiatique qui couve dans leur port végétal, me faire cage dorée pour ton amour garder comme j’aurais à cœur d’épouser la beauté sauvage de l’Afrique, en étreindre l’animalité, faire de ma peau ce grimoire primal qui dessine désert et luxuriance, appelle au risque et à l’aventure, en faire le champ de tes rêves, habiter l’endurance de l’escalade dont je serais volontiers le souffle à en mourir, l’agilité à défier le vertige comme je me glisserais avec délectation dans le lancinant Boléro de Ravel dont je serais l’élan et la puissance pour t’emmener danser.
A taper ainsi mes désirs sur le clavier, l’usure d’une touche celle du U m’interpelle. Une greffe de ma pensée ? Celle que j’écris ? Universelle , Unique, Ubuesque, Utopique ? J’aimerais me poser sur la ligne comme ce U qui cherche l’équilibre dans notre relation, te tend les bras, se prononce en bouche comme s’il donnait un baiser pour te réconforter comme le ferait une écharpe de soie.
Douceur et chatoyante de l’écharpe autour de ton cou. J’aimerais être ce vêtement qui garde au chaud et en beauté ta peau nacrée en faisant ressortir le vert de tes yeux, ce vert dont la couleur m’immerge à m’oublier dans des sous-bois, des clairs-obscures, des d’herbes folles dont je tapisse mon âme à te chercher et te bercer. Vert je serais, espoir et lumière, couleur de printemps, sève et renouveau de mon désir de toi, bougie je serais pour te porter ma flamme au chevet à tes rêves me glissant dans un recueil où devenu poème je dirais « je t’aime » à ton regard d’émeraude.
Je sais, tu vas penser que je suis un Urluberlu (c’est mieux avec U, j’aime pas le H aux bras croisés), moi petit lémurien dans ma bambouseraie qui rêve d’escalade en Afrique en écoutant Ravel, à la flamme d’une bougie avec pour étendard une écharpe du vert de tes yeux ? Que chevet de bois blond aux veines de merisier je veille à ton sommeil. Tu doutes, ma douce ? Mais je serais le carrosse tiré par des grenouilles, le Prince qui te chaussera pour t’élire, Marco Polo pour déposer à tes pieds les soies et les épices de très lointains pays et perles de caviar sur tes lèvres gourmandes, le point qui mettra fin à toutes tes errances. Alors ne doute-pas et aime-moi !
Je serais tout ce que tu voudras faire de moi....
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JAC LYNN
souvenir d'enfance
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Je vous parle d’un temps…oui je sais je plagie, un autre l’a chanté mais moi je vais vous raconter qu’à l’école, mon école du temps où je portais des nattes avec des nœuds de rubans rouge à pois blancs, je me rendais à pied. Qu’il me fallait d’abord franchir le bas de ma petite et chiche rue.
Tout au coin du boulevard un café attirait tous les poivrots du quartier qui de boire et de boire du cidre et du vin urinaient souvent en ligne le long du mur. J’en avais vraiment peur surtout du marchand de peaux de lapin. Heureusement il ne venait que le mardi, le reste de la semaine il incarnait les menaces de maman pour toutes les bêtises commises, c’est dire que nous filions droit ma sœur et moi ! Ce premier danger esquivé je faisais une halte pour caresser Bayard, le vieux percheron des éboueurs ce qui me valait en arrivant en classe des remarques récurrentes du style « va te laver les mains, tu sens le cheval ».
Puis je passais respectueusement devant le grand portail du marquis et de la marquise de Guinebretière. Parfois j’avais la chance de les voir sortir dans leur superbe voiture (une Ariane) objet de mes rêves ; je m’étais promis qu’un jour je serais riche et que j’en offrirais une comme ça à mon père. J’ai éprouvé de la peine quand un jour de novembre j’ai trouvé l’encadrement du portail emballé dans des draperies toutes noires avec un blason dont le monogramme était barré d’un crêpe avec des plumes. A cette époque la mort avait sa place dans la rue et les gens se signaient par respect. Ensuite je n’ai plus vu la belle berline.
Mes parents possédaient quant à eux une Rosengart d’un autre âge que mon père garait dans le garage situé à droite en descendant la rue. Il y louait un emplacement exprès pour elle. Ça sentait toujours l’huile, les mains pleines de cambouis du garagiste me rebutaient mais je n’oubliais pas de lui dire bonjour à chaque fois. Il fallait être poli et je l’étais.
Arrivée au cœur du quartier, je ralentissais un peu. C’était un passage difficile pour moi. D’un côté le garçon boucher à tête de veau qui se trouvait toujours sur le pas plein de sciure de la boutique à me saluer de sa voix de stentor et de l’autre toujours une boucherie (chevaline cette fois) où le fils Entier (c’était son nom) se planquait pour me tirer les cheveux . Alors là, je me mettais à courir jusqu’au bureau de tabac. Des fois j’y entrais. C’est que j’avais eu une pièce de cinq centimes pour mes bonnes notes et je m’achetais des roudoudous. J’adorais le réglisse et je l’adore encore.
Après du plat pour marcher en mastiquant souvent mes bonbons (j’étais bonne élève) je descendais le boulevard. Pas de commerces, un mur de chaque côté avec juste dans celui de gauche une petite porte en bois. Une porte mystérieuse et discriminatoire, celle que prenaient beaucoup de filles de ma classe. Moi, pas ! Je n’allais pas au catéchisme. Pourtant j’aurais bien aimé porter une aube de tulle blanc, être la princesse d’un jour, avoir une montre ou une jolie chaîne ! Mais le Bon Dieu chez nous n’était pas en odeur de sainteté.
Avant de tourner à droite dans la ruelle de mon école, j’entendais les cris des garçons et les bruits de ballon. Mais moi j’allais à l’école des filles dans la cour des cordes à sauter sous les tilleuls.
C’était en 1958.
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Elles me susurrent aux narines, le parfum doré d’un babillage dans le beurre jaspé qui pétille à plaisir : leurs lamelles translucides frissonnent, s’ourlent de friselis sépia, défaillent dans des soupirs acidulés, blondissent pour caraméliser l’antre de la cuisine comme pour mieux se faire pardonner les larmes versées sous le couteau qui les a dénudées. Leur repentir mijote à feu doux jusqu’à l’orgasme, au creux de la petite casserole de cuivre, la bosselée polie par le ballet de la cuillère de bois orchestré tant de fois par la main de maman. Tout près sur la table, la chair attend… qu’on la grille à cœur, qu’on la nappe de tout petits croissants confits et odorants…
Un murmure m’invite doucement :
- Maman, on va passer à table, réveille-toi ! »
Ma fille me regarde en souriant, m’aide à me lever :
- Tu sais, je ne me suis pas cassé la tête : j’ai sorti deux plats du congélateur ! On les passera au micro-ondes.
Je secoue mes cheveux où flottent encore des rubans enivrants et passe à table dans la cuisine aphone.
Adieu sauce aux échalotes langoureusement versée sur l’onglet grésillant !
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Le titre: première de couverture:
La farce du dindon qui a donné sa langue au chat un soir de Noël alors que les rennes prennent leur élan pour chevaucher les nuages au-dessus des toits emperruqués de neige.

résumé: quatrième de couverture:
Tout ça pour un conte qui règle son compte au bon Aymé qui donne la parole aux basses-cours.

remerciements à Aude Vesselle pour ce défi
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Ce que j’ingurgite devient un problème de couleur, un cataclysme à venir. Les mers, les océans me sont des suppléants quand est taxée ma dépendance à l’homme qui me comble sans vergogne. Parfois on m’oublie et mon parfum rappelle à l’ordre les étourdis. Parfois mes tripes font danser les souris sur les trottoirs, festoyer les mouettes en plein vent, travailler les enfants sous le soleil. Aujourd’hui je donne bien le bonjour à celle qui squatte chez vous !
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L’impact des gouttes sur le métal picota le silence.
Soudain il y eut un temps mort !
Ils s’immobilisèrent…
Puis reprirent en catimini leur exploration dans l’atmosphère confinée.
Ses mains gantées de latex s’affairaient, la sueur perlait sur son visage et par fines rigoles chutait sur l’objet luisant qu’il maintenait avec peine.
C’était visqueux, rouge et poisseux, cela glissait entre le pouce et l’index.
Que dire aussi de l’odeur ?
Insidieuse, de métal rouillé.
Ça le prenait aux tripes, les siennes, alors qu’il violait celles du corps qu’il entreprenait… ces organes dont il jouissait le transportaient dans ses gestes.
C’était un infatigable perfectionniste et le scalpel volait sous ses doigts dessinant de fins graffitis. Roses, puis vermillon les ciselures violaçaient pour se transformer en inflorescences sanguinolentes qui se mettaient à bouillonner puis à bailler, offrant à ses doigts de latex la douceur d’un derme encore chaud.
Il était fasciné, submergé par la violence de ce qu’il ressentait, un puissant désir couvait entre ses jambes.
Tout à coup, des ligaments blanchâtres aux reflets bleutés sous la lumière frontale qui le coiffait lui arrachèrent un sourire de satisfaction. Cette boucherie serait-elle la dernière ou chercherait-il jouissance à découper, violenter d’autres anatomies dans de savantes chirurgies sophistiquées telles qu’il aimait en savourer dans les films d’horreur dont il était accro?
Ce défi le titillait et stimulait sa sanglante mission, il redoubla d’ardeur à fouiller et palper ce magma de muscles et de nerfs, de membranes et de vaisseaux. Il lui fallait faire place nette. Et vite !
Il serra les dents sous son masque, ses maxillaires se contractèrent dans un rictus découvrant quatre canines pointues. Au moins personne ne pouvait voir qu’il fourrageait dans les chairs en pataugeant dans ses incertitudes, tiraillé entre jubilation et nécessité.
Le temps lui était compté…
Son plaisir il devait juguler pour le pérenniser en ces lieux …
Sonia avait la même détermination. De ses grands yeux noirs et ses mains diligentes, elle le secondait parfaitement, complice et appliquée à écarter la plaie malgré quelques râles étouffés de leur victime qui commençait à reprendre conscience. Car c’était bien une victime qu’ils torturaient à deux.
D’un seul jet puis par saccades, le sang se mit à gicler !
Elle, ne vit rien venir, lui jubilait !
Sonia épongea impassible.
Elle épongea à chaque coup porté alors que le corps nu et incisé se vidait comme un lapin sous le faisceau blanc de la lampe. Spéléologues sans pitié pour le flanc béant et meurtri, ils charcutaient et s’acharnaient à en sonder la profondeur, en décalotter les os, en déchirer les peaux. Lui sirotait ses pulsions, résistant à l’envie de se lécher les doigts pour se concentrer sur le cou gracile de Sonia qui portait en son pli une petite corolle rose… Une fleur de lys !
…Monsieur Anubis se réveilla fort contusionné à gauche. Des hématomes zébraient sa hanche et les sutures tricotaient un gros point de bourdon qui le laissa fort marri. Un dispositif de transfusion ankylosait son bras droit.
Il ne sut jamais que sa prothèse avait servi de baptême du feu pour le jeune chirurgien qui était venu le visiter le soir de l’intervention pour s’enquérir de sa santé :
- Tout s’est bien passé ! Dans trois semaines vous cavalerez comme un lapin.
Il lui avait trouvé de drôles d’oreilles pointues, un sourire plutôt carnassier et son badge l’horrifia tant qu’il en fit un arrêt cardiaque…
On pouvait y lire : DR Drä Kulläh.
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Moi je suis Rose. On m’a appelée comme ça parce que je suis une petite fille, je suis donc née dans une fleur. J’ai deux sœurs nées en même temps, Capucine et Violette. Y’a pas encore de garçon chez nous et je préfère : ils naissent dans un chou et j’aime pas le chou. Surtout j’aime pas l’odeur du chou !
Celle de mon Doudou le lapin fait hurler maman qui cherche toujours à le laver. Alors je l’cache. Moi j’aime bien son odeur de main, son tissu râpé et ses trous ; j’mets mon nez dedans , je me respire et ça m’rassure.
J’suis comme un p’tit chien à renifler, toutes les odeurs m’attirent surtout celles des fromages. Capucine et Violette font les dégoutées mais moi j’adore les très forts avec des taches bleues, les crémeux, , les « qui puent» comme dit papa.
J’arrive pas toujours à me souvenir des noms mais j’sais bien montrer ceux que j’aime . Seulement un jour maman m’a interdit de montrer du doigt. Elle a dit que c’était impoli en me faisant les gros yeux ! Et maman elle a l'oeil pour c'qu'on fait qui faut pas faire .
Quand la tante Mathilde est venue à Pâques, que le plateau est arrivé sur la table, je lorgnais sur le rond à croûte orange, mon préféré. J’me tortillais sur ma chaise, j’étais bien embêtée ! J’savais plus comment il s’appelait et j’retenais mon doigt ; alors j’ai dit :
-j’veux de celui qui sent le pied !
Y’a eu un grand silence. Puis un immense éclat de rire. Depuis je sais son nom et j’l’aime toujours.
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