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Tom Men

Nantes.
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Œuvres

Défi
Tom Men
Vous trouverez ici quelques haïkus qui, j'espère, vous donneront des idées ;)
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Défi
Tom Men

 Il fait nuit. Il fait frais. La lune est bien ronde. J'entends des moustiques voler autour de moi. Je vois deux lapins, au fond du jardin, qui passent sous le grillage. Je m'approche. Un crapaud crôasse, un hibou lui répond. Dans le plus grand silence, je longe la clôture. Très vite, j'arrive près du muret, tout au bout du terrain. A travers les plantes sauvages, je les distingue en train de me fixer, la bouche pleine de chou et de laitue. Je les aurai la prochaine fois, c'est certain.

 J'habite à la campagne, dans une maison près d'un fleuve. Ma mère et moi vivons ici depuis deux ans, car la vie urbaine ne me convenait plus. Être enfermé entre quatre murs, à regarder les gens déambuler sans but dans la rue, dans les gaz de la ville, ça me rendait fou. J'avais commencé par courir pour me défouler, mais l'exercice a aussi ses limites. A la maison, je cassais la vaisselle, j'arrachais les rideaux. Une véritable boule de nerfs poussée à bout. D'où le déménagement.

 Crôassement, hululement. Je remonte vers la terrasse. Je passe près du puits : je sais que le crapaud n'est pas loin, mais je ne l'ai encore jamais vu. Peu importe. Je travaille de nuit, je suis dans la sécurité. Gardiennage, contrôle d'accès, surveillance essentiellement. Il m'arrive d'avoir à faire régner l'ordre par la force mais c'est rare. Mère nature a bien fait les choses : j'ai un petit côté d'intimidant. Le recours à la violence est souvent évité.

 La lumière de la cuisine s'allume. Il doit être six heures. J'ai pris l'habitude de faire un tour du jardin avant de rentrer prendre le petit-déjeuner. Comme d'habitude, lorsque la lumière s'allume, c'est le hibou qui hulule en premier, et le crapaud qui vient après. Je me demande s'ils se parlent vraiment. Le tour du jardin effectué, je vais à la cuisine. En me voyant arriver, ma mère ouvre la porte.

"Bonjour Azur, ça va ?
- Bien, un peu fatigué."

 Je n'aime pas vraiment mon nom. Azur. Ma mère était peu inspirée à ma naissance, alors comme j'ai les yeux bleu clair, elle n'a pas cherché plus loin. Enfin, ce n'est pas handicapant. Le petit-déjeuner est servi. Je commence sans elle, qui finit de préparer son horrible café corsé. Ma mère travaille beaucoup, elle est médecin urgentiste. Réveillée tôt, couchée tard. On ne se voit plus souvent depuis le déménagement. Le repas se fait dans le silence, sans compter le ballon d'eau chaude qui se remplit lentement, à quelques pièces de la cuisine, et cette vilaine mouche qui bourdonne d'on-ne-sait-où depuis plusieurs jours.

 Je m'allonge sur le canapé. J'ai toujours détesté les lits, trop mous. Le salon est la seule pièce de la maison avec une vue d'ensemble sur l'extérieur. Déformation professionnelle. Avant de partir travailler, ma mère m'embrasse sur le front.

"Ne dors pas toute la journée, mon loulou, d'accord ?"

 Elle n'attend pas vraiment de réponse. Une bonne nuit réparatrice, sans rêve, quelques heures de sommeil et je suis opérationnel. Le soleil est déjà au-dessus de la maison. Mi-journée. Ma mère fait une fixation sur le temps qui passe, si bien que je n'ai jamais vu une seule horloge, une seule montre chez nous. Il n'y a que son téléphone, qui ne sonne qu'une fois le matin pour qu'elle se lève. Même pour moi, le temps a un côté très abstrait.

 Comme j'ai un peu faim, je me retrouve sans réfléchir dans la cuisine. Ma mère m'a déjà tout préparé. C'est tous les jours la même chose, je n'ai qu'à me servir. Ça fait bien longtemps que je n'ai pas vu l'intérieur du réfrigérateur. Peu importe. Je mange et retourne dans le salon, près de la fenêtre. Il y a des pies qui volent nos prunes. Tant mieux, je n'aime pas ça. Derrière les arbres, quelques voitures passent à grande vitesse. On habite à la sortie d'une petite ville, les gens ne font pas attention à leur vitesse. Je sors.

 Le ciel est bleu. Il fait chaud. Le soleil brille fort. J'entends des abeilles dans le parterre de fleurs, à côté de l'entrée. Je vais sur la terrasse, m'allonger sur mon transat pour prendre un bain de soleil. J'ai tellement peu la notion du temps que je me dore la pilule pendant deux bonnes heures avant d'être réveillé en sursaut. Il y a du bruit dans le jardin, que je ne reconnais pas. Ou plutôt que je reconnais, mais qui n'est pas le bienvenu. Je me rend silencieusement à la serre.

 La structure a un trou à l'arrière, qui permet à n'importe quel animal de s'introduire. Mais plus gros qu'un lapin, et un petit bout de bois cogne contre l'arrosoir en aluminium de ma mère. C'est ça que j'ai entendu. Et ça veut surtout dire que les lapins sont de retour. Je me positionne à l'extérieur. Entrer les fera paniquer, je ne veux pas risquer de voir le potager saccagé par de simples lapins, et ils pourraient fuir. Mon métier m'a appris que dans ce genre de situation, il faut tendre une embuscade. Avant ça, je jette un oeil à l'intérieur : les deux lapins sont là. Mais cette fois, je suis prêt. Ne reste qu'à attendre qu'ils sortent.

 Je m'assois sur une souche, juste à côté. Le premier pointe le bout de son nez rapidement, en laissant son caramade derrière lui. Le deuxième sera donc ma victime. Lorsqu'il sort, encore en train de mastiquer une branche de chou, je n'attend pas une seconde pour lui sauter dessus. Il bondit en avant : il est vif, mais moi aussi. Après quelques enjambées, je l'attrape par les flancs et l'arrête dans sa course. Vol terminé, coupable arrêté. Il se débat un peu, mais rapidement il n'émet plus aucune protestation. Je le ramène sur la terrasse, à côté du transat, où j'attend patiemment le retour de ma mère. Le soleil se couche derrière la maison du voisin lorsqu'elle rentre.

"Attend, un lapin cette fois ? Tu es incroyable...
- Il vole dans ton potager, je lui ai donné une bonne lecçon.
- Arrête de miauler comme ça, monsieur Chat !"

 Elle rit. Après un tour dans la cuisine, elle me ramène une petite assiette de pâté. Mon plat préféré, contre un lapin. Franchement. J'aime mon métier.
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Défi
Tom Men

 Il faisait nuit noire lorsque Quentin entra dans son petit appartement du dix-huitième. C'était un minuscule deux pièces avec une salle de bains sur le palier, commune aux cinq autres logements de l'immeuble. La moisissure s'étendait à vue d'œil sur des murs épais comme du papier. Si quelqu'un se masturbait, tout le monde était au courant. Si quelqu'un pétait, le bâtiment tout entier tremblait.
 Quentin ne vivait pas dans ce taudis par choix. Personne, d'ailleurs, n'en avait envie. Mais il y avait plusieurs mois de cela, le trentenaire avait tout perdu. Sa fiancée était partie du jour en lendemain, sans laisser de traces. Anéanti, il avait été renvoyé par son patron. Sans travail, payer ses factures était devenu mission impossible. Les impôts avaient fait saisir sa voiture suite à trois impayés. Et pour couronner le tout, ses deux parents étaient décédés dans un accident sur le périphérique le mois suivant.
 Rien n'aurait pu détruire plus le moral du jeune homme. Sa vie actuelle consistait à manger des céréales devant Netflix de neuf heures à midi, puis de jouer aux jeux vidéo jusqu'à minuit. Dernièrement, il ne sortait même plus de chez lui pour faire les courses. Sa voisine, concernée par l'odeur que dégageait son logement, lui apportait un sac de vivres par semaine.
 C'était un soir comme les autres. La lumière filtrait à travers les persiennes moyen-âgeuses du taudis, donnant à l'appartement un air de studio squatté de la banlieue de New York City. Quentin regardait pour la énième fois un film dont le titre lui échappait encore et toujours. Sa sonnette retentit comme un gong, secouant les fondations même de l'immeuble. Son voisin du dessus ne tarda pas à taper du pied. Quentin avait peur qu'un jour, il passe à travers le plafond à force de marteler le sol de ses sabots.
 Le trentenaire n'avait pas souvenir d'avoir un jour entendu sonner chez lui. Ni chez les autres d'ailleurs - exception faite de la concierge, qui avait des clients le soir venu. Il se rendit rapidement à l'interphone, à la fois anxieux de savoir qui venait le voir, et inquiet que son visiteur ne sonne une seconde fois. L'interphone manqua de se décrocher du mur quand il prit le combinet.
— Oui ?
— J'ai un colis pour vous.
— J'ai rien commandé.
— Vous êtes bien monsieur Cordonnier ?
 Après un silence, Quentin annonça qu'il descendait. Il s'aspergea de déo et enfila un vieux t-shirt sale de la semaine passée. Non sans oublier ses clés - sa porte ne s'ouvrait pas de l'extérieur - il se rendit à l'entrée où un garçon l'attendait. Il portait un casque de scooter à moitié défoncé et était habillé comme pour un défilé de mode trash/visionnaire. Le livreur lui tendit un paquet de la taille d'un gros livre avant de le saluer.
— Pas de signature ? demanda Quentin.
— Non, je fais de la livraison privée. De particulier à particulier. Aller, salut.
 Le jeune grimpa sur son bolide débridé et fila comme une flèche sur le trottoir en klaxonnant les piétons qui ne bougeaient pas. Intrigué, Quentin retourna dans son appartement et déposa le paquet sur le lit. Il déplia sa table de camping, qui ne lui servait plus depuis longtemps, et installa sa lampe de chevet dessus. La seule ampoule de sa chambre/salon avait grillé trois semaines plus tôt et il ne l'avait pas mentionné à sa voisine. Les persiennes étaient coincées depuis qu'il avait emménagé.
 Le colis ne mentionnait aucun nom, à part le sien. Le bon de livraison était en réalité une simple enveloppe découpée et colée sur le carton, et le destinataire était imprimé, non manuscrit. Quentin chercha un couteau et s'attela à ôter le scotch. Retord, il finit plutôt par l'arracher. Une odeur nauséabonde s'extirpa soudainement du colis et déclencha un haut-le-coeur au jeune homme.
— Mais putain...
 En prenant une longue inspiration, il retira le papier cartonné qui dissimulait le contenu. Le malaise se transforma alors en maladie. Quentin découvrit un doigt, nécrosé et rongé par des vers, enroulé dans une feuille de journal. Il régurgita aussitôt son déjeuner et s'éloigna de sa macabre découverte.
 Pris de panique, il se rapprocha de la fenêtre et, dans un élan paranoïaque, se mit à chercher quelqu'un qui l'observait. Quelqu'un qui serait à l'origine d'un tel paquet et qui, dans une forme lugubre de perversité, contemplerait son méfait. Ne dénichant aucun espion, Quentin se retourna vers le colis. Son coeur se mit à battre plus fort à mesure qu'il se rapprochait. Tout lui sembla alors plus sombre.
 Le trentenaire jeta un nouveau coup d'œil à l'intérieur du carton. Le membre sectionné était toujours là, et ses habitants aussi, bien vivants et vigoureux. Quentin remarqua un papier, plié en quatre, qu'il n'avait pas vu au premier coup d'œil. Il le saisit du bout des doigts, en veillant à rester le plus loin possible.
 Il s'agissait en réalité d'une photo. Alors que l'atmosphère était devenue lourde et chargée, Quentin éprouva un frisson glacial en dépliant le cliché. C'était une image de son unique fenêtre, prise de nuit depuis l'immeuble d'en face. Quentin se distinguait à travers les persiennes et au contre-jour de son écran d'ordinateur. Au dos de la photo, écrit à la plume avec du sang :
Pas de police, ou elle meurt
 Ne comprenant pas, Quentin lâcha le cliché. Il se dirigea instantannément vers son téléphone et s'apprêta à composer le 17. Il s'arrêta d'un seul coup, comme si une terrible vérité venait de le frapper. Il tourna lentement la tête vers le colis, toujours au centre de la table, et seulement éclairé d'une lampe de chevet vieillotte. Quentin s'approcha et jeta un nouveau coup d'œil à l'intérieur, plus effrayé que jamais.
 Autour du doigt se trouvait une bague. Un anneau que Quentin connaissait bien : c'était la bague de fiançailles de la femme qui l'avait quitté.
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