Suivez, soutenez et aidez vos auteurs favoris

Inscrivez-vous à Scribay et tissez des liens avec vos futurs compagnons d'écriture.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
Image de profil de 820631204696714

Mattia Imperiale

La Louvière.
J'ai une petite voix intérieure qui passe son temps à narrer ce que je vois, entends, vie. Elle apprécie m'emmener nager là où les gens se noient, prendre des risques sans jamais rien oublier, histoire de la flatter et lui offrir une narration virevoltante. Je vous assure, j'en suis vraiment pour rien.
13
œuvres
1
défis réussis
55
"J'aime" reçus

Œuvres

Mattia Imperiale

Il y a en ce moment environ 7 milliards 313 millions 51 mille 912 personnes sur la planète Terre, peut-être un peu plus, sûrement pas moins.
Depuis minuit aujourd’hui, pas loin de 10 milliards 538 millions 154 mille 562 cigarettes ont été fumées, plus la sienne. Il est dans la cour, pas celle d’une prison mais presque.
Sa journée est rythmée aux bruits d’une sonnette et des mouvements de foules. Il attend que son réveil sonne, que son bus passe, que son train entre en gare, que la sonnette des cours retentisse, que la pause arrive, que le temps de midi lui donne sa portion vitale de nourriture et d’air, que les coups de 17h le libèrent et lui donnent à nouveau la possibilité d’attendre son bus, son train, la vieille berline française grise de ses parents sur le parking de la gare de départ, que la nourriture soit prête, que sa connexion internet ne lâche pas et qu’il soit 23h pour que tous les gens bien dorment pendant que lui repense machinalement à sa journée et anticipe presque parfaitement celle de demain.
Lui, c’est moi, j’ai 23 ans et, comme l’essentiel de ma jeunesse : je me demande ce que fous là.
J'ai lu dans un livre ou entendu dans un film que le bonheur se trouve dans la tête.
Depuis, je n'ai qu'une seule envie, celle de me l’ouvrir, de fouiller au plus profond de mes pensées, prendre ce soi-disant état d’esprit par le col de la chemise, car j'espère que le bonheur est au moins bien habillé, l’empoigner contre un mur et lui déverser ce que mon cœur renferme depuis des années.
Pour info, il y a (déjà) eu 805.085 suicides durant les six premiers mois de l’année.
13
7
0
3
Mattia Imperiale

Tout a débuté très tôt et très fort. On m’a donné une idée de l’épanouissement, de la droiture et du bonheur alors qu’au fond, je n’avais rien demandé. Aussi loin que je me souvienne, c’est sur les bancs de l’école que les prémices de cette vision sont venues se percuter à l’homme – au sens humain- que j’étais (sous-entendu je ne le suis plus). On nous a dressés à coups de « bons points » sans se soucier de toute l’humiliation qui pouvait y avoir sur celui qui n’en avait pas le nombre requis à la fin du mois, alors que ça provoquait si peu de joie pour celui qui, à coups de soumission et de bien-pensance télé guidée, avait acquis le droit de transformer ses petits bouts de papier en arc à flèches, lance-pierre ou fusil à eau.
 
« Celui qui a 100 bons points se lève et vient jusque l’armoire choisir son jouet. »


Je n'ai jamais eu de jouet, c’était trop de sacrifices pour un vulgaire ballon, me disais-je.
Aujourd’hui, c’est différent et bien pire encore. La vie nous offre la possibilité de comparer perpétuellement notre vie avec celle, non seulement de nos voisins, mais aussi avec celle d’inconnus se trouvant aux quatre coins de la surface du globe. Je lis partout : « comment réussir », « comment ne pas échouer », « comment ne pas stresser », « perdre », « être ridicule » et j’en passe…
 
 
Le problème, c’est que je n’ai aucun épanouissement à réussir là où d’autres l’ont déjà fait. Et comme je ne crois pas être capable de réaliser quelque chose qui n’a pas encore été fait, je pense que je vivrai frustré toute ma vie. Au lieu de l’encaisser comme une conséquence, je préfère l’imaginer comme un choix. Je veux pouvoir rater ma vie et je vais sûrement réussir à le faire. Et vous ?
14
7
1
1
Mattia Imperiale

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie d’aborder un sujet sérieux sans exagérer les choses, même si j'adore faire ça, mais cette fois, je n'ai pas besoin d'appliquer ma mauvaise foi cynique et voulue .  Je vous assure.
 
Aujourd’hui, j’ai envie de m’excuser. J’ai envie de m’excuser d’être jeune et plein de rêves. D’avoir cette envie folle de conquérir, non pas le monde entier, mais mon monde à moi. Cette envie qui m’animait, devrais-je plutôt dire. Parce que oui, je dois avouer qu’il n’en reste plus grand-chose.


Je n'ai pas toujours eu l’âme d’un guerrier et si renoncer est un acte de faiblesse, je pense qu’analyser la situation avec du recul et de la lucidité nécessaires pour savoir que le rêve est permis, mais que la réalisation proscrite, est un acte conscient, mature et nécessaire.

 
Apparemment je suis de trop. En tout cas c’est ce que l'on essaie de me dire. Je n'ai pas le droit de démarrer correctement dans ma petite vie déjà pleine d’embûches. Oui, avant que mon petit cerveau n'intègre que mon avenir sera assuré que si je ne passe de nombreuses années sur un banc d’école à me taire quand on me le demande, à parler quand on me l’ordonne et surtout à étudier, il aura fallu tout de même beaucoup de temps. Du temps que, entre nous, j’ai perdu et que je paie aujourd’hui très cher d’ailleurs.


On a bafouillé des droits qui nous semblaient acquis. Vous savez ce fameux stage d’attente qui se transforme en stage d’insertion, à part m’insérer un truc là où je pense, je ne vois pas en quoi ce changement de nom correspond.

Et nous ( jeunesse) qu’avons-nous fait ?

-Rien. Comme d’habitude en fait. 

Nous avons donné raison à ceux qui décident pour nous. Nous leur avons prouvé que nous n'étions pas un danger et que nous nous laissions aller. 

« De toute façon, vu qu’ils ne se soucient pas trop de leur avenir autant leur pourrir un peu plus ».


Alors aujourd’hui je suis énervé. Enervé car on m’a menti, parce que je me suis fait avoir et on me condamne pour un truc que je n’ai pas commis. Cette injustice qui me donne envie de tout abandonner et d'être d'une fatalité fataliste.
Si vous pensez que je considère le chômage comme une fin en soi, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Moi qui d’ordinaire veux le maximum ou rien, je me dis que le petit rien que composait ce chômage aurait peut-être servi à quelque chose après ces futurs quelques mois de recherche active durant lesquels j’aurai sûrement, en plus de la confiance en moi, perdu mes relations, mon niveau social et l’envie de faire bouger les choses. 

Au-delà de la perte de cette aide, c’est tout l’aspect psychologique qui me touche le plus. Je me sens humilié, délaissé avant même d'avoir demandé quoi que ce soit. On m’a promis un avenir radieux et je n’ai même pas la moitié des acquis de l’ancienne génération.
J’aurais pu à l’aide d’une guitare exprimer ces différentes idées, activer une webcam et avoir un meilleur impact, mais je suis incapable de le faire. Quoique j’aurai un peu de temps devant moi dans pas très longtemps si je trouve une guitare à prêter parce que je n’aurais sans doute pas les moyens de me la payer, peut-être que  je vous enverrai la vidéo. 


À bientôt, normalement.
PS: L'image d'illustration est de johnholcroft. 
2
1
0
2

Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

/
0