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LeK

Earth-1218.

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Œuvres

LeK

  Lentement, il essuya le grand comptoir de zinc dont l’usure avait depuis longtemps transformé la brillance originelle en une patine grisâtre. Les larges vitres masquées par des rideaux poussiéreux apportaient à ce tableau minable les lumières grises et mornes d’un matin d’octobre. La radio crachotait un vieux standard rock de la fin des années 2000.
  « Il faudra vraiment que je change les enceintes », nota 830804512 tout en doutant qu’il puisse se payer ce genre de dépenses, encore moins un modèle qui ne diffuse pas uniquement les monotones lignes arpégiques, seule musique autorisée par le régime. Jamais un art n’avait été autant expurgé de toute passion au point d’enfin toucher une perfection sans doute enviée par les grands maitres de la renaissance. Quel dommage que l’on se soit amèrement aperçu que la perfection était synonyme d'ennui mortel.
  Bien sûr, il existait un art clandestin venu d’au-delà des frontières, des jeunes hallucinés dans des caves dansant à en perdre haleine sur des beats électroniques. On disait même que des membres du gouvernement s'y rendaient parfois les soirs d’ennuis, si bien qu’une fille de quartier pouvait se trouver honorée d’un bijou pour avoir dansé le twist ou le Mia avec un sous-secrétaire. De toute façon, Douze était trop heureux de pouvoir garder son établissement ouvert pour s’occuper de ce genre de détail. La prudence diplomatique était après tout la qualité la mieux reconnue d’un barman. Enfin, ça et pouvoir écouter sans broncher les peines de cœur des pauvres âmes que l’alcool rendait mélancoliques.
  C’est à ce moment qu’il entra. « Ce n’est pas son heure, » nota Douze. Un costume gris qui se voulait sérieux mais que la pauvreté du tissu et la coupe mal taillée rendait minable, une cravate noire tenue par un nœud trop lâche. Ses traits tirés faisaient ressortir ses joues creuses ; quant au teint pâle, il mettait en valeur par contraste sa tache de vin à l’emplacement d'une calvitie naissante. Douze grimaça le plus discrètement possible : la journée risquait d’être longue pour son client préféré, ou du moins celui qui consommait le plus sans jamais laisser d’ardoises.
  « Un café Monsieur 920509324 ?
  — Merci mais j’aimerais quelque chose de plus fort, Seize. »
  Douze tiqua. Que Vingt-quatre ne se souvienne jamais des matricules des gens, c’était certes un handicap mais il n’était pas obligé, par dérision, de persister à l’appeler Monsieur Bière 1664. Mais, habitué à obéir aux desiderata de ses clients, même les plus saugrenus, il s’abstint de faire la morale à son interlocuteur. Tout en lui servant un verre de vodka pur, il ajouta fort intérieurement qu’il était bien trop tôt dans la matinée pour attaquer ces bouteilles.
  « À votre tête, j’ai peur que vous n’eussiez mal dormi, Vingt-quatre.
  — M’en-parlez pas, Seize. On a bossé toute la nuit et je rentre à peine. Il y a encore eu le rassemblement d’un groupe terroriste dans le secteur Aubépine, il a fallu s’occuper de régler les problèmes administratifs avant de finir, et cela nous a pris huit heures.
  — Qu’est-ce qu’ils ont fait ? demanda Douze avec curiosité.
  — Je vais te le dire, Seize. Ils ont peint un arbre généalogique sur toute la façade d’un immeuble. »
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LeK
« L'unique chose à quoi on doit penser, et je m'en rends compte sur la fin de ma vie, c'est à la mort. »
- Umberto Eco, le Nom de la Rose

Après des années de travail, l'austère marchand Torich Gesuald offre à sa femme Merida une matinée de relâche autours d'un brunch. Après tout, il faut bien faire quelques sacrifices pour apaiser cette beauté frivole auquel un malheureux concours de circonstance a donné le titre de tant convoité de Duchesse d'Isenchell. C'est aussi l'occasion pour notre homme d'affaire de méditer un peu sur sa carrière fulgurante de simple colporteur au détenteur de la plus grande fortune de la ville. Hélas, le déjeuner peut très bien ne pas se passer comme prévu et la chute semble beaucoup plus proche de Torich qu'il n'aurait pu l'imaginer.
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LeK

« Whatever way it was, it only proved once again what my own mother always told me - no matter how fast you run, you can never get away from your past. »
– Thomas Cullinan, the Beguiled

  La pluie tombait sans discontinuité depuis plusieurs jours, faisant déborder le fleuve Kalmious et transformant la campagne en un enfer boueux. Dans les greniers, les récoltes pourrissaient inexorablement, promettant aux habitants du Donbass que les disettes liées à la précédente guerre se transformeraient en famine : une perspective peu réjouissante.
  La population de Berezove s’était réfugiée chez elle pendant les combats. Profondément russophone, elle avait légèrement déchanté quand l’armée ukrainienne était venue défier les indépendantistes. Les forces avaient beaucoup bougé au cours des dernières semaines, ne marquant pas trop durement les campagnes. Il n’empêche que la présence de la ligne de front à moins de 15 kilomètres rendait toute sortie des civils impensable au risque de recevoir une balle perdue. L’activité principale au cours des mois qui suivirent fut donc de regarder les trombes d’eaux en espérant qu’il resterait de quoi survivre.
  Pourtant, une jeune fille semblait vouloir absolument braver le sort, pour apporter du ravitaillement à une maison isolée. Ses yeux bleus légèrement globuleux renforçaient encore l’innocence de son visage. Elle n’était certes pas jolie, ne serait pas celle vers qui les regards masculins concupiscents se tournereraient en premier d’ici quelques années, mais dégageait déjà dans sa physionomie un éclat singulier qui la rendait particulièrement touchante.
  Son oncle s’était dit que dix ans, c’était trop jeune pour l’envoyer dans la forêt par temps de guerre. Hélas la mère de l’enfant étant malade, il n’avait pas le choix.
  Et c’est ainsi qu’il laissa l’enfant progresser valeureusement. Sa marche était ralentie par la lourdeur de son vieux panier en osier, rempli à ras-bord de produits de premières nécessités (galettes de blés, beurre) et pas forcément conçu pour supporter de longues randonnées en forêt, et par le sol boueux qui lui obligeait de déployer à chaque pas de prodigieux efforts pour dégager ses adorables bottines rouges, qui avaient rapidement pris la teinte brune de la forêt.
  Pourtant, son rythme était rapide, comme infatigable aux difficultés environnantes, à sa cape se déchirant par les ronces. C’est comme si les arbres essayaient de la garder. La végétation environnante devenait oppressante, se refermait sur elle. Mais rien ne semblait pouvoir arrêter la jeune enfant. Elle serra les dents, changeant son chargement de côté pour soulager son bras endolori. En un instant, elle sentit des picotements dans sa main, mais n’y prêta pas garde. Son front perlé de grosses gouttes de sueur baignait sa nuque. De temps en temps, elle jetait un regard pâle en arrière.
  Au loin retentissait les hurlements du loup, bête décharnée qui compensait la destruction de son habitat par les armées en présence en faisant preuve de sauvagerie. Quand on a faim, on hésite un peu moins avant de s’attaquer aux hommes. Alors le vieux seigneur des bois s’élance vers cette tache couleur vermillon…
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Avec PIRATES, Garçon, Sentiments perdus, Bulles de savon ..., Poésie libre...
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