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austylonoir

austylonoir
Ça parle du voyage, de l'écriture et des grandes choses fondamentales.
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Défi
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Discours d'un honnête tyran mélancolique de sa grandeur passée.
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Lettre à …


Je te laisse un héritage que je ne peux emporter, je te conserve de ma mémoire son restant le meilleur. J'ai tant vu et tant vécu, et tant de fois recommencé, et tout autant j'ai entendu la parole de nos vivants, les nôtres à vrai dire et ceux d'ailleurs aussi, qu'en testament je te donne, cent mille de vies vécues, dont je t'espère pouvoir aussi à d'autres les raconter. J'ai vécu les automnes et j'ai vécu les hivers, et les étés toujours je les ai attendus ; je les ai guettés dans le froid et je les ai guettés dans la neige, et dans l'agréable mélancolie des pluies tombées. J'ai vécu l'Italie et son Turin majestueux entre les Alpes et la colline, le royaume de jadis a vestige dans ses palais, et ses places, ses grandes places au-devant des châteaux, font encore résonner le sabot des calèches et des chevaux du roi. Que t'enseignerais-je de ce pays si ce n'est la bonne et tendre vie, et cette idée de l'amitié qui jamais ne s'érode ? As-tu vu comme aujourd'hui il n'est plus de front baisé au nom saint de l'amitié, les mots demeurent les mots, mais les voilà tant galvaudés. As-tu vu comme l'ami nous demeure un étranger ? Mais toi je t'en prie, n'aie pas de honte à aimer plus et davantage encore, ce sont eux les économes et quelle mauvaise parcimonie. Vois comme l'on reste seul, à l'heure où l'on a tant besoin, quand une vie se dépouille et se sèvre d'amis. Aime, je te le dis à l'impératif, non pas dans le nombre, mais choisis et garde auprès de toi, quand bien même la nature te voudrait vivre reclus. Car je sais, je te connais, ta solitude est un refuge, mais n'y reste jamais trop, reviens-y s'il le faut mais prends garde à l'excès. À l'occasion pense à la mort, non pour y perdre le goût de vivre – bois donc ! Mange et célèbre quelques fêtes – mais penses-y pour te rappeler qu'en essence tu es humain dans toute la finitude que t'impose la condition. Tu n'en vivras que mieux. Tu n'en mourras que meilleur. N'aie pas de crainte à échouer, ni d'entendre à ton sujet le rire ou la moquerie, élève-toi par-delà la faible mesquinerie en des hauteurs que par l'esprit il te faudra atteindre, si tu aspires à laisser quelque trace de toi, quand toi-même tout entier tu auras disparu. Que te raconterais-je encore de mes voyages en ce monde ? Dois-je, ce me semble, de te parler d'une mer où tous les pavillons ont flotté, cette méditerranée toute aussi grecque que latine et par ailleurs arabe, cette mer où le soleil couche son or à chaque soir, sur le trait parfaitement droit d'un calme horizon. J'ai pleuré sais-tu, à ces couchers de soleil, les pieds suspendus par-delà une falaise d'un dernier bout de monde. Parfois j'ai le remord de tant de faiblesse et le dégoût s'ajoute à l'émotion si facile ; le lyrisme d'un soir se décante au jour et, soudain, l'on y voit une chose vulgaire. Dois-je te parler d'Athènes ? Athènes mon amour. De ses dédales antiques qui serpentent les collines où, d'une échoppe à une autre, l'on brade si pauvrement l'histoire en un tas de babioles et de faux souvenirs, jusqu'au mot de Socrate vendu cinq euros trente sur la face d'un vêtement qu'au mieux l'on portera pour se mettre au lit. Athènes que j'aime dans son désordre et sa saleté, et sa chaleur à te coller de la sueur et de la suie, et où l'on passe dans ses rues comme l'on passe en d'autres temps, quel est ce temple et quelle est cette église, à quelles fausses idoles les a-t-on dévoués ? Vas donc voir, mais aussi entendre ! Cette langue où tant d'autres ont puisé leur lexique, embrasse le parent du verbe familier, aie le plaisir des sonorités nouvelles. Mais si tu veux vraiment parler de langue, requiert le savoir auprès des sémites, convoite en Palestine, l'hébreux et l'arabe ; tout locuteur est besogneux qui ne parle ces langues, ces trésors d'infinis où l'on nomme tout précisément. Découvre comme les bédouins ont troqué tous leurs biens en échange de poésie, tiens-leur sagement une humble compagnie pour entendre mille contes récités à merveille. Dis bien fort à ton tour le mot de palmeraie, délectes-en toi, garde un instant ses voluptés en bouche, bois, crache, gargarise, agis comme bon te semble. Ne laisse pas le jugement du sot mettre chaînes et boulets à tes membres, fais-toi libre de tes mouvements, mais s'il te prend de faire de l'art, n'oublie pas dans l’esthétique, la singulière vérité. Toujours fais-en toi une primauté. Mène une vie de sens, ne tolère pas que l'émotion éteigne ta raison, ni que la raison n'éteigne ton émotion. Du reste, reçois comme tu voudras ma pensée élucubrée.
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Défi
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EXTRAIT A ANNOTER pour le défi "Les grands auteurs sur le grill"
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austylonoir


Je ne m’étonnerais jamais assez de la voir ressurgir, quand presque, je la pensais disparue. Vive, cette envie d’écrire, que poussière après poussière, j’avais vue s’enterrer ; morte de n’avoir plus rien à dire, délaissée pour quelque responsabilité que l’âge mûr de la trentaine posait soudainement sur nos lourdes épaules. Avons-nous donc vieillis qu’il nous semble puéril de maintenant rêver à brides relâchées?
Ces déserts intérieurs que nous avons arpentés et dont les bribes, parfois, s'amènent à notre souvenir comme ce texte qui me revient, encore et encore ; puis-je encore les écrire? Ces phrases que nous avons maltraitées, bâties comme en l’esprit d’un fou, taillées d’une pierre difficile qui rechigne à donner forme, et pourtant voilà qu’en un deuxième regard, c’est une Rome qui se construit et fait luire ses palais. C’est de diamants, de rubis, d’émeraudes et de saphirs qu’ont brillé nos histoires, et les métaux précieux et les nobles alliages les ont consolidées.
Si je ne peux expliquer cette envie, je sais au moins la reconnaître à ses traits insidieux : latente et sourde, à la genèse des émotions qui nous tiennent en éveil ; nourricière inattendue de ce verbe qui dès lors, n’a cesse de couler qu’il en devient pour l’esprit une force aliénante. Muette de deux ans, elle parle pour parler, peut-être aussi comme dans l’antan et le jadis, mettre deux-trois choses à leur bonne place.
C’est que nous avons aujourd’hui moins de certitudes et notre jugement est plus leste, nous laissons le bohémien à son errance et l’homme d’affaires à sa fortune. Nous savons notre essentiel et tentons d’y garder cap, armés de vérités qui sont à la fois pour nous, la route et le phare, loin des veaux d’or que partout l’on érige, jusqu’en son propre coeur.
La vie, à l’amorce de la trentaine, nous a heureusement blasés et affranchis de son charme. Nous la voulons épurée, et la voulons décrite comme telle, d’une écriture simple, presque administrative, dont j’interroge cependant, l’immense vanité. Sommes-nous qu’esthétique vidée de tout sens, ou l'orgueil nous fait-il croire d’éclairer la pensée? Je ne sais pas si mon envie est la première de plusieurs, ou s’il est mieux d’y voir le dernier feu d’une braise, puisse-t-elle encore un peu, me rester ardente.
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