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Anaïs Guiraud

Paris et RP.
Épicurienne et Éclectique, passionnée d’écriture, de vin et de cuisine.
Du sud vivant au nord a son grand désarrois...

Je n'ai pas de style précis même si mes "œuvres " les plus importantes sont toutes des romans historiques. j'aime écrire des nouvelles courtes et sur des thèmes fantastiques.
Au plaisir de lire vos commentaires et vos remarques pour progresser!
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œuvres
10
défis réussis
48
"J'aime" reçus

Œuvres

Anaïs Guiraud
Carcassonne 1269. Amaury de Villiers est un inquisiteur, jeune, intransigeant et ambitieux. Ces investigations trop poussées dans le diocèse vont l'amener à être écarté du centre régional épiscopal et à se rendre dans un petit village des Corbières, Coulhens, ou subsisterait un foyer d'hérétique, de ses croyants qui se nomment entre eux Bons Hommes et que l'histoire appellera Cathare. Mais l'enquête d'Amaury, ainsi qu'une rencontre inattendue, va le mener bien au-delà de la répression sanglante des derniers croyants de la vraie foi, vers une quête personnelle et la recherche d’une rédemption, d’un autre lui-même.
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Défi
Anaïs Guiraud
Damian est en mission pour son boulot. Un boulot dans lequel il excelle. Un boulot pour lequel il est très grassement payé. On peut dire que Damian est un expert reconnu, qu’il est au sommet de son art, une sommité. c’est pourquoi on a fait appel à lui en lui demandant de se rendre à Bangkok pour exercer ses talents sur une petite affaire.

Damian est sûr de lui, sûr de son coup. Buter quelqu’un à Bangkok ne doit pas être bien différent de buter quelqu’un n’importe où ailleurs dans le monde.

Pourtant, à Krung thep, la cité des anges, les certitudes n’ont pas court. Damian va l’apprendre à ses dépens et plus dure sera la chute.
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Anaïs Guiraud


Lundi 24 mai 1923. 8 heures
Mon médecin m’a recommandé l’écriture d’un petit journal pour coucher mes pensées. D’après lui, cela pourrait avoir un effet bénéfique sur ma pathologie.
Je n’y crois absolument pas, mais je m’exécute. Je n’ai pas envie que l’on dise que je fais preuve de mauvaise volonté.
Je viens d’arriver dans ce nouvel établissement et c’est assez plaisant. Le soleil filtre à travers les rideaux de beurre frais, un petit vent agréable vient de la lagune. De ma fenêtre, j’ai vue sur un petit jardin en forme de cloître, avec des arcs et des colonnades en enfilades où des bonnes sœurs du couvent de la Sanctità de Gesù font pousser de beaux rosiers grimpants, dont les fleurs pommelées ornent gracieusement les colonnes.
J’aimerais juste voir un peu plus de ciel et de mer, mais à travers les barreaux ce n’est pas évident…
Je suis dans une aile du bâtiment assez agréable. J’ai le droit de sortir, de lire et de recevoir la visite de mes proches. Mais ils ont bien assez à faire. En ce moment, l’usine de verrerie de papa, à Murano, ne tourne pas très bien, maman est encore enceinte et c’est assez loin, en vaporetto et nous n’avons pas les moyens de payer des bateaux taxis tout le temps…
Je me sens un peu isolée, seule. Mais c'est pour mon bien, pour que je me recentre sur moi même, que je me reprenne.


Mais ce n’est pas grave, je me suis fait des amies ici.
Il y a l’infirmière en chef, une femme délicieuse, cultivée et très humaine. On a tout de suite confiance quand on voit son visage empreint de bonté, sous son petit calot blanc. Nous parlons beaucoup, notamment de littérature, car j'adore la lecture,particuliérement les romans . Elle dit de plus que c’est bon pour moi, pour me changer les idées et m'en apporte parfois.

Et puis il y a Helena, ma voisine de chambre. Elle occupe celle qui est à droite en sortant de la mienne. Elle est toute menue, très jolie avec de grands cheveux noirs et fins qui retombent de chaque côté de son visage très pâle. Elle est souvent fatiguée et quitte moins sa chambre que moi. Elle m’a dit que la lumière trop vive agresse ses yeux et lui donne des maux de tête, la pauvre.
Une fois, je me suis moquée de sa robe en dentelle, avec manche gigot et puis taille empire, que je trouve très démodée, mais j’ai vu que cela la peinait alors j’ai arrêté.
Nous nous parlons à travers un trou de la cloison, près de mon lit. Je l’ai dissimulé derrière une lettre de ma mère, comme ça les autres infirmières ne peuvent savoir que nous devisons ensemble le soir, sans respecter le couvre-feu.


Mardi 25 mai 1923- 2 h.
J’écris à la lumière d’une petite lampe torche que m’a envoyée mon père avec plusieurs livres et des magazines sur la mode actuelle. Il fait très chaud cette nuit et je me suis réveillée avec ma chemise de nuit toute trempée. Je me suis levée pour ouvrir ma fenêtre et là, j’ai entendu un grand bruit derrière moi, comme une porte qui claque ! Je me suis retournée vivement, mais il n’y avait rien, ni personne. La porte est bien fermée. Je me suis recouchée et j’ai essayé de voir si Helena avait entendu quelque chose mais elle doit dormir car elle ne me répond pas.

Je vais tenté de me rendormir mais je ne suis pas très rassurée… même si j’ai sûrement rêvé.

Mercredi 29 mai
Aujourd’hui, je ne me sens pas très bien. Le temps est lourd et un orage tourne au-dessus de la lagune, étirant ses grands nuages gris qui s’enroulent les uns sur les autres . Je l’ai dit à l’infirmière en chef et elle m’a donné des calmants. Cela m’a fait dormir. Je n’ai pas parlé des bruits que j’entends la nuit, mais j’ai du mal à trouver le sommeil. J’en ai parlé à Helena mais elle a ouvert de grands yeux et ne m’a rien dit. Apparemment, elle n’entend rien, de son coté.Je me sens encore plus seule aujourd’hui, déprimée.



Maman m’a écrit mais je n’ai pas la force de lui répondre.
Je vais essayer de dormir encore…
Dimanche 1er juin
Il s’est passé quelque chose qui m’a terrifié ! Cette nuit, les bruits ont recommencé, cette fois plus près de mon lit. J'ai vivement remonté les draps sur ma tête jusqu'à étouffer.

J’étais affolée et je n’osais pas bouger. Finalement, après quelques minutes à essayer de maîtriser les tremblements de mon corps entier, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai allumé ma lampe de chevet. Je me suis levée pour aller à la fenêtre et j’ai vu une forme blanche traverser le jardin et disparaître sous les colonnades pour reparaître plus loin, dans le cloître ! Je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un cri et l’infirmière de nuit est venue. Je ne l’aime pas celle-là, elle est vraiment méchante. Elle a dit que j’avais affabulé, qu’elle ne voulait rien entendre, qu’elle ferait un rapport au médecin le lendemain.
J’ai pleuré et hurlé et dit ce que j’avais vu et elle m’a giflée ! Fort ! J'ai gardé la trace de sa main encore ce matin sur ma joue! Personne ne m'avait jamais frappée. Papa n'aurait jamais permis qu'on lève la main sur moi. Oh, comme ils me manquent tous!

Je suis allée me recoucher en tenant ma joue et en pleurant. Heureusement qu’Helena me remonte le moral…
Lundi 2 juin
Le médecin m’a convoquée. Il m’a posé des tas de questions sans rapport aucun avec ma vision de l'autre nuit et m’a montré des tâches d’encres sur des papiers en me demandant ce que je voyais.
J’ai répondu sans réfléchir, je pensais qu’il allait me parler de l’apparition et de ce qui s’était passé la nuit mais il n’a rien dit de plus. Il me regardait bizarrement par-dessus ses lunettes rondes en écailles, en caressant sa moustache fournie. ses yeux verts clairs sont comme ceux d'un rapace qui s’apprêterait à fondre sur sa proie. Un regard qui m'a fait un peu peur.
Je n’ai plus le droit de recevoir de courrier pour le moment et on m’a confisqué ma lampe… l’infirmière de nuit m’a dit que si je recommençais à hurler, elle m’attacherait au lit avec des sangles… J’ai peur et je ne veux pas être entravée !
Qui sait ce qui pourrait m’arriver ?
5 ou 6 juin
Je ne fais qu’entendre des bruits toute la nuit… ça craque, ça grince, ça frotte… j'entends comme des choses visqueuses qui rampent par terre.

Je n’ai pas le courage de me lever pour regarder et si l’infirmière me surprenait ça se passerait mal. Je couvre ma tête et je pleure en silence en attendant la lumière du jour qui me délivrera de mes angoisses.

Avec les calmants qu'on me donne, je ne sais plus où j’en suis. J'ai du mal avec les heures et les jours. Parfois, je m’endors le matin et quand je me réveille, le soleil rougeoie sur la lagune.

Cette nuit, j’ai cru sentir une chose froide, comme une main, toucher ma joue à travers le voile du drap. Oh j’ai tellement peur ! Je ne peux pas appeler, ni crier, sinon on me frapperait.

J’ai aussi peur des infirmières maintenant, elles me regardent bizarrement, comme si j’étais vraiment folle ! Ou comme si elles allaient me faire du mal…
Je parle avec Helena, mais elle ne se sent pas bien non plus. Elle a mal à la tête et parfois je l'entends sangloter tellement la douleur est forte.

Elle me dit qu’elle n’entend ni ne voit rien de tout ça, je commence à me demander quand même si je n’ai pas un problème.
Peut-être est-ce à cause de tous les médicaments qu’ils nous donnent ici.

8 juin
C’est terrible.
Quelqu’un est mort ! Je l’ai vu de mes yeux. Je n’arrivais pas à dormir et j’ai pris sur moi d’aller à la fenêtre, sans bruit, sans allumer. Dans le cloître, il y avait deux infirmières qui déambulaient. Elles transportaient quelque chose sur un brancard. C’était recouvert d’un drap mais je suis certaine que c’était un corps ! La lune l’a éclairé et je suis sure que c’était un cadavre ! J'ai vu une main glissée hors du tissu!

On nous cache des choses ici. J'en suis certaine maintenant.

Les bruits la nuit, les choses dans le jardin et dans le cloître. Il y a un trafic ou je ne sais pas quoi. Je sens qu'il y a quelque chose d'anormal. Je vais écrire au directeur et aussi au Gouverneur de Venise, mon père le connait. Ça ne peut pas durer, la police doit venir !
On doit savoir.

Juin
J’ai interpellé l’infirmière de jour, celle qui est gentille, pour avoir de quoi écrire au Gouverneur. Elle m’a regardé étrangement puis elle est venue dans ma chambre. Elle m’a longuement parlé et m’a demandé pourquoi je voulais écrire. Je lui ai confié que j’avais vu des choses mais que je ne pouvais pas en parler. Je ne voulais pas qu’elle me croit folle, elle aussi !
C’est le moment qu’a choisi Helena pour entrer dans ma chambre et je l'ai chassée, en lui demandant de revenir plus tard.
L’infirmière a pâli et m’a demandée à qui je parlais. Je lui ai bien répondu que je parlais avec Helena, ma voisine de chambre. Elle m’a vraiment regardé bizarrement, m’a souri et m’a dit qu’elle allait voir ce qu’elle pouvait faire pour le papier à lettre.
J’espère être écoutée un peu dans cet établissement car tout cela commence à me porter grandement sur les nerfs ! Je ne suis pas folle et je sais ce que j’ai vu !
Tout le monde manigance ici, il se passe des choses dans les couloirs et les sous-sols. Les infirmières complotent. Elles chuchotent dans les coins. Je suis sûre que le médecin chef est le cerveau de tout cela !
Il trafique certainement quelque chose, il assassine les femmes enfermées ici pour toucher de l’argent ! La plupart n’ont pas d’attache et elles doivent avoir des biens, sinon elles ne pourraient pas payer pareil établissement.
Heureusement moi j’ai ma famille dehors et ils feront quelque chose si jamais je disparais !
Je compte sur eux, ils me manquent tant. Je ne connais même pas mon petit frère…
Juillet
Il fait noir, noir comme de l’encre. Tous ce que j’aperçois est un petit carré de lumière, strié par les barreaux.
On m’a attrapée, cette nuit ou il y a longtemps… Je ne sais plus trop. On m’a enfermée dans une pièce toute blanche avec des carrelages et une grosse lumière jaune qui piquait les yeux. Les infirmières sont venues. La méchante de la nuit était parmi elle. Je ne l’aime pas. Elles m’ont méchamment déshabillée, sans me parler, sans faire attention. Comme un animal ! Après, on m’a rasée le crane et balancé dessus de l’eau très froide, très froide… je grelottais tellement que je me suis brisé une dent. Ça fait mal, mal… ma bouche a saigné et je ne savais plus ou j’étais…
J’ai pleuré, j’ai appelé mon père, ma mère, qu’ils viennent me chercher !
Je voudrais parler avec Helena mais le médecin me dit qu’il n’y a pas d’Helena ! Pas d’Helena ! Pas d’Helena !
J’ai hurlé, hurlé, on m’a frappée et on m’a attachée avec des sangles qui ont entaillé mes poignets.

Après je ne sais plus, je me suis réveillée dans cette pièce noire, si noire, si noire… j’ai mal à la tête, tout le temps et j’ai froid. Et faim aussi.
Ho mon dieu, Helena n’existe pas… je deviens vraiment folle, vraiment vraiment.

Non. « Ils » veulent me faire croire que je suis folle, ils veulent que je me taise mais je vais crier, crier jusqu’à ce qu’on m’entende !

























J’ai crié jusqu’à me casser la voix. J’ai appelé mon père et ma mère mais ils ne sont pas venus. J’ai écorché mes doigts sur les murs et j’ai cassé mes ongles. Mes mains sont en sang.Pauvre de moi.

Une voix est venue. Elle a ouvert et on m’a frappée… après je sais plus…
J’ai mal, tellement mal. Ma tête me fait mal. Je sens un gros pansement autour, quand j’y porte ma main.
La bouillie qu’on me donne doit être pleine de médicaments, je n’en veux pas, je ne la mangerais pas.
A force de crier et de griffer, j’ai entendu d’autres voix. Je ne suis pas la seule. Il y a d’autres femmes, dans ces cellules. Plein, plein.
Ils viennent la nuit, ils frappent. Elles pleurent.
Ils viennent la nuit, ils les prennent, ils les emmènent. Elles pleurent. Et après rien. Le néant. Le noir si noir.
Helena est venue me voir et j’étais si heureuse de la voir.
Elle était toute pâle avec un châle mité sur sa robe en dentelle jaunie et ses mains ressemblaient à des serres.
Ses longs cheveux si beaux n’étaient plus que des fils hideux et clairsemés qui laissaient entrevoir son crâne.

Elle n’avait plus d’yeux…


Elle m’a dit que j’allais mourir moi aussi parce que j’avais vu. J’allais mourir.
Oh, je suis si contente de mourir bientôt.
J’ai mal, mal dans ma tête. Il fait noir, noir et elles crient…
Dehors, il y a du vent et j’entends les cloches de San Marco qui viennent jusqu'ici.
Je vais chanter une berceuse pour mon petit frère.




Adendum
L’île de Poveglia, dans la lagune de Venise, partie méridionale du Lido, est surnommée l’ile maudite. De nombreuse histoires courent sur son compte, tenant essentiellement au fait qu’elle a servi d’ile de quarantaine pendant les grandes épidémies de peste qui frappèrent Venise, d’abord au moyen âge puis à la Renaissance. On avance le chiffre de 160 000 personnes enterrées à Poveglia, sans aucunes sources fiables. En 1922, l’ile a apparemment accueillie un hôpital psychiatrique. Des rumeurs persistantes ont à la fois mélangé phénomènes de hantise (les âmes tourmentées des victimes de la peste hanteraient l’ile) et celles d’expériences médicales traumatisantes, telles des lobotomies ou des séances d’électro choc. Le point culminant de cette histoire serait le suicide du médecin chef de l’hôpital, qui aurait sauté du haut du campanile de l’ile.
On dit que les pécheurs de la lagune savent bien tout ça et évitent le coin.

On raconte également que les petits malins qui se rendent à Poveglia entendent des bruits et vois des choses étranges… ou n'en reviennent jamais.

Toutes ces informations ont des sources plus que discutables et comme toutes les affaires touchant au paranormal, exercent une réelle fascination d’autant plus qu’elles sont invérifiables. La vérité est que l’ile n’est pas définitivement abandonnée, qu’elle est essentiellement consacrée à l’agriculture et à la viticulture comme d’autres iles peu peuplées de la lagune et que le gouvernement italien a souhaité s’en séparer en 2014. Il est probable qu’elle se couvre à terme d’hôtels de luxe permettant d’accueillir les nombreux touristes qui visitent Venise chaque année, comme je l’ai fait, en quête de romantisme suranné et d’histoire. L’économie y gagnera ce que l’imagination y perdra…

Cette nouvelle est également un modeste hommage au « Journal d’un fou », de Nicolas Gogol, que j’encourage tout le monde à lire ou à re lire.
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Par Plaisir, depuis l'enfance. et j'aime autant lire qu'écrire.

Listes

Avec Le Tombeau des géants, L’âme du temps, L'éveil, Le violoniste...
Avec Muscat, Dentelle et Crucifix, Office of the dead...
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