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Karim Moussaoui

Je ne sais pas trop comment me décrire... Si ce n'est que pour moi écrire est un moyen de se confier aux autres et de se sentir utile dans la vie. Mais à 19 ans, peut-on parle de "vie" ? Je pense que oui, nous avons tous des choses à raconter. Même les plus jeunes peuvent avoir connu des choses bien singulières... Et avoir envie de les dénoncer.

En espérant pouvoir échanger avec vous, auteurs du futur !

Je vous attend,

Karim

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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
Karim Moussaoui

Figé. Seul, devant ce monde. Il ne savait plus qui il était, ni ce qu'il avait fait de mal.
Battements de coeur, transpiration. Il ne voulait le raconter à personne, ce qu'ils lui avaient dit. Pour lui, ce serait s'insulter une deuxième, non, une énième fois. Une autre insulte, puis une autre, puis une autre... Ce n'étaient pas des mots vulgaires, mais des mots aussi aiguisés qu'un couteau. Des mots de tous les jours qui vous déchirent l'âme au plus profond de vous-même. C'est ce que le mot humiliation veut dire.
Fragile ? Non. Il n'était pas fragile, il se connaissait. Il savait qui il était. Un élève studieux. Une personne respectée ailleurs, partout où elle allait. Et pourtant, quelques fois, on le blessait. On le traumatisait. Il avait peur mais il ne reculait pas. Il n'était ni étranger, ni des leurs à leurs yeux. A leurs yeux, c'était quelqu'un de faible.
Il ne l'était pas. Il les a regardés dans les yeux. Mais ils se moquaient de lui. Avec des mots qui se contredisaient : Trop gros, trop fort, trop mince, trop efféminé, trop macho, trop religieux, trop athé, trop bon, trop méchant, trop intelligent, trop bête, trop rebel, trop ridicule, trop arrogant, trop peu de confiance en lui, trop, trop, trop... Oui c'était trop ! Il avait décidé qu'un jour, il se vengerait de ceux qui lui avaient fait du mal.
Vous savez, il n'y a pas que les gamins qui peuvent être méchants. Une fois, une fille, pour se moquer du "style" que j'avais adopté pour mieux me fondre dans la masse, m'avait baissé le pantalon pendant qu'on était rangés par classe, attendant le début des cours. J'ai entendu les élèves plus âgés rire. Une autre fois, j'avais eu tellement peur à ma rentrée en sixième que j'ai rempli mon sac au point que mon dos était courbé en le portant. Ce jour-là j'ai été la distraction de trois élèves de troisième, gigantesques pour moi. Une fois, un surveillant avait fait l'appel, et à mon prénom -étranger-, toute la salle d'étude s'était mise à rire. Une fois, en primaire, une fille m'avait bousculé alors qu'elle courait et que moi je marchais : parce que c'était une fille, et moi non, notre enseignante lui avait donné raison et m'avait traité de menteur. Après avoir pleuré et m'avoir dénoncé, je n'étais pas crédible aux yeux de mon enseignante. C'était une injustice. C'étaient des injustices. Et j'en avais vu et connu bien d'autres.
Plus tard, j'apprendrais que les filles sont favorisées à l'école, parce que les filles sont plus sages, plus studieuses, plus aimables, elles ont le droit à plus de respect. Un garçon n'est rien parce que c'est un garçon: perturbateur, un peu idiot, pas très bon orateur ni avocat de ses droits auprès des professeurs. Un garçon sait subir et se taire. Un garçon, à l'école, au collège ou au lycée, même à la faculté, est moins crédible qu'une fille, parce qu'on en a décidé ainsi. Parce que les gens décident. Pas vous.
D'autres fois, on se moquait de ma timidité, de ma façon de m'habiller ou encore de parler ou même de me coiffer, et ce peu importe les efforts que je fournissais. On se moquait de ma solitude aussi. Le moindre détail comptait. En sortant de chez soi, il faut savoir comment marcher selon l'endroit où l'on se trouve. Il faut savoir quoi répondre selon la personne à qui l'on parle. J'ai incarné des personnalités différentes inlassablement mais j'ai toujours été rattrapé par la vérité : je n'étais que moi-même, et les autres le savaient.
Non, le pire, c'est l'acharnement des adultes sur vous. Les adultes ! Ma liste noire n'est faite que d'eux. Surveillantes, professeurs, directrices et d'autres encore. Contrairement aux enfants ou aux adolescents, ils sont intouchables. Si les enfants agissent en groupe, eux s'octroient le droit d'agir seuls. Si un enfant est seul, peut-être se remettrait-il en question. Pour un adulte, se remettre en question est hors de propos. Ils ont toujours raison. Ils sont la justice et la loi. Leur avis compte, pas le vôtre. Leur aura vous enveloppe, vous frustre, vous dégoûte. Ils ne reculent devant rien. Ils sont l'incarnation du mal. Ils ne ressentent ni la moindre pitié ni la moindre empathie. Parlez ou ne parlez pas, votre seule chance de leur survivre est de les supporter.
Croyez moi, je me souviens d'eux, de qui ils étaient. Je me souviens de leurs noms. De tout ce qu'ils m'ont fait, un par un. Devant eux, je n'étais que moi. Mais je vous jure que plus j'avançais dans la vie, plus je me plaisais à être moi. Franc et direct, ou patient et subtil. Je savais les rendre fous de rage sans enfreindre les lois qu'ils nous imposaient. Moi aussi, j'ai eu mon moment de gloire.
Mais je me remémore toujours ce jour où leur regard s'était posé sur moi. Il était intimidant, pesant. Je le sentais sur mes épaules, sur mon coeur, sur mon âme. J'étais enchaîné. Mon ventre noué se tordait. Mon impuissance me faisait parfois pleurer. Je n'étais que leur ombre. Les ombres disparaissent. Mais, aussi âgés qu'ils pouvaient l'être, ils avaient commis une grave erreur, car les ombres ne sont pas figées.
Elles ne sont jamais figées.
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Défi
Karim Moussaoui

Perdus ? Pour retrouver son chemin, il suffit de lever les yeux au ciel et de se laisser guider par les étoiles.
S'il n'y en a pas, cherchez encore.
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Défi
Karim Moussaoui

L'eau miroitait les feux d'artifices qui ornaient le ciel à l'occasion du nouvel an. Partout, hommes, femmes et enfants criaient "Bonne année !" au même instant. On s'embrassait, on s'enlaçait, on mangeait, on riait. C'était l'extase d'un commencement nouveau, d'une page blanche à remplir. Mais pour d'autres, le ciel était sombre. La solitude était leur seule invitée ce soir. La faim se faisait sentir, et le poids du silence aussi. L'eau était sale. Des déchets trônaient à sa surface. Un vaste domaine d'ordures s'était propagé sur le sol. En ville, les sirènes d'ambulances et le vacarme humain étourdissant n'apportaient que migraines. Faits divers : "Un homme s'est fait poignarder ce soir dans les rues de...". Zapper. Geste répétitif et machinal. Se lever, écouter le silence, se diriger vers la salle de bain, allumer la lumière, se laver le visage. Se regarder dans le miroir. N'y voir rien de particulier.
Se rasseoir sur le fauteuil.
Zapper.
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