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Pasot

Marseille.
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Effacer les erreurs passées. C'est la question que Sam se pose au volant de sa Peugeot alors qu'il se rend à un entretien important sous une pluie battante.
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— L'adresse que vous m'avez donné, c'est bien la rue où se trouve la fameuse boite de jeu virtuel CORTEX ?
— C'est bien ça, reprit Roger en essayant de parler plus fort que le volume de la radio.
— Vous croyez vraiment que ce logiciel est dangereux ? lança de nouveau le conducteur à son encontre.
Absorbait par le débat, il ne répondit pas. Le différend qui opposait un concepteur de jeux et un représentant d’une association de parents émaillait la discussion de cris de protestation des participants. Selon les dires du programmeur, la polémique avait déjà fait son effet sur certains investisseurs qui menaçaient déjà de se retirer si la boîte n'offrait pas plus de garanties.
Le chauffeur de taxi klaxonna à l’encontre d’un motard qui le collait de trop près.
— Regardez-moi ça. Et après, ils disent que les automobilistes ne les respectent pas.
En le dépassant, le type sur sa bécane lui balança un doigt d’honneur. Le chauffeur lui rendit la pareille en exagérant grossièrement son geste.
— Vous savez, il paraît que ce software n’est pas très au point, reprit ce dernier en baissant le volume de sa radio.
— Ah bon ? demanda Roger en s’efforçant de cacher son agacement. Le ton familier de l’homme au visage bouffi lui donnait l’impression, avec ses cheveux gras plaqués à l’ancienne, de sortir tout droit d’une revue people des années seventies. Ce type passait son temps à l’observer par le rétro intérieur comme s’il essayait de décrypter son profil à travers ses questions nazes dont il connaissait déjà les réponses.
Depuis l’autre côté de sa vitre, la route semblait s’étirer d’une étrange manière. L’effet disparut subtilement lorsque le chauffeur reprit son monologue.
— Paraît que celui-ci serait géré par une sorte d’intelligence artificielle. Mon fils, qui est passionné de nouvelle technologie, s’est inscrit dernièrement à une liste des volontaires appelés à tester le jeu dans leurs locaux. Je lui ai conseillé d’attendre les conclusions sur l’enquête en cour concernant les effets de ce fameux logiciel d’immersion que tout le monde rêve d’avoir depuis l’annonce de sa sortie dans les jours à venir.
Le taxi changea brusquement de file.
— Pourquoi lui ai-je dit cela ? reprit ce dernier dans la foulée. La raison est que, récemment, un employé de la firme a divulgué à un rédacteur d’une revue de gameurs un rapport alarmant sur de possibles retombées nocives de l’application sur la psyché d’une certaine catégorie de personnes sensibles. La boîte aurait aussitôt réagi en diffusant un communiqué précisant que l’homme qui les montrait du doigt avait été limogé des mois plus tôt par la direction pour faute grave alors que le jeu n’en était qu’au stade de développement. Malgré le discrédit sur lui, le gars ne s’est pas laissé démonter. Sa version à lui est qu’il se trouvait encore dans les labos de test lorsque certains volontaires, auxquels il avait été assigné, auraient manifesté des symptômes d’hystérie à leur retour de la zone virtuel. Et deviner quoi ? Sur l’article qui relate ses confessions, on peut y lire ces quelques mots : ceux-ci hurlaient qu’ils n’étaient pas de ce monde. Qu’est-ce que vous en dites ?
Roger songea à la société qui concevait le jeu et avec laquelle il travaillait en free-lance en tant que… La nausée le reprit. Cette fois-ci, elle était accompagnée par un sentiment de décalage avec lui-même, ce qui le fit paniquer. Était-il en train de faire un malaise ? Il se pencha discrètement afin de ne rien laisser paraître, en espérant que cela passe vite. Une absence de quelques secondes vida sa conscience, et sa tête bascula soudain en avant sous l’effet d’un vertige effroyable. Roger s’agrippa aux bords de son siège, se redressa lentement et respira un bon coup.
— Monsieur ! Vous allez bien ? Le chauffeur le regardait, l’air inquiet.
— Oui, ça va, répondit-il le plus normalement possible tout en essayant de reprendre le cours de ses pensées. Il était question de CORTEX… (de nouveau un trou de mémoire, qui disparut aussitôt). Les médias ne parlaient que de cette affaire ces derniers jours. Tout un foin pour quelques divulgations d’un employé peu scrupuleux cherchant à se mettre au-devant de la scène.
Il pria intérieurement pour qu’ils ne lui demandent pas de courir derrière un volontaire qui aurait perdu la tête..
— Je pense que vous avais raison, répondit-il en espérant abréger la conversation. À la place de votre fils, j’attendrais les résultats de l’enquête tout en vérifiant si celle-ci est faite dans les normes avant d’essayer leur jeu.
Il ne se sentait pas mieux et avait la désagréable sensation de percevoir l’intérieur du véhicule avec d’autres yeux que les siens.
Ils arrivaient à la hauteur d'un large panneau publicitaire amarré sur le haut d’un pylône électrique au bout d’un croisement. Celui-ci arborait à grand renfort d’effets numériques les produits de CORTEX, ainsi que la direction à suivre pour s’y rendre. Il remarqua l’enseigne pour la première fois alors qu'il était souvent passé par cette route. Sanders avait sans doute dû mettre la main au portefeuille afin d'obtenir l’autorisation d’afficher à cet endroit.
Le taxi la dépassa et se rangea, quelques mètres plus loin, en face de l’entrée de la firme de jeu.
— Combien la course ?
Le chauffeur se retourna, un grand sourire aux lèvres.
— Vingt-cinq euros pour vous, mon ami.
Roger le paya sans dire un mot. Il lui tardait de sortir de cette caisse avec ce bourru qui l’asticotait.
— Vous travaillez ici ? Le type aux cheveux gras pointa son index vers l’enseigne en face de la rue
— Si je bosse pour eux ? Ben, il faudrait croire que oui. Cela vous cause un problème ? dit-il sur ses gardes, n'ayant aucune envie de justifier ses activités à un parfait inconnu.
— Pas du tout ! lâcha le chauffeur avec un regard malicieux, c’est que... le débat à la radio, et notre conversation...
— Ben, comme vous voyez, la vie est faite de coïncidences. Roger sortit d’un bond du véhicule et le remercia.
— Demander à votre patron si c'est vrai !
Roger, alors qu’il se dirigeait déjà vers l’entrée, se raidit, surpris par le caractère étrange de la question. Il se retourna brusquement au moment ou le taxi s’élançait déjà dans la circulation. Il l’observa s’éloigner sans rien dire, les sourcils plissés, essayant de comprendre comment celui-ci s’y était pris pour démarrer aussi vite.





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Assis sur le rail de sécurité, il observait avec attention chaque détail de l’objet qui se trouvait à demi enfoui dans un réseau de tiges vertes à quelques mètres de ses pieds. Celui-ci lui semblait familier. Deux ou trois mouches virevoltaient gaiement autour sans jamais se poser dessus. Quelques rares voitures passaient devant lui. Une brise légère animait ces herbes folles qui poussaient ici et là, entre la route et le vide. C’était un jour calme ou il y avait très peu de circulation.
En cette fin d’après-midi, beaucoup se rendront vers le promontoire pour contempler le coucher de soleil, songea-t-il en se souvenant que lui-même faisait de même en un temps reculé.
À quelle heure était-il arrivé ? Il ne se le rappelait plus. Une phrase lui vint à l’esprit : sur le champ à l’écart brille la clé des mondes. Luc médita sur son sens pendant qu’il se retournait vers les vagues silencieuses qui s’écrasaient sur l’escarpement rocheux, en contrebas. Il se leva et s’agenouilla dans l’étendue de paille et de jeunes pousses verdâtres luttant contre le bitume.
Les couleurs de l’objet l’intriguaient. Vacillant entre bordeaux et rouille, tantôt net, tantôt terne, la peinture semblait changer d’aspect par rapport à l’angle où il l’observait. L’une des figures étranges qui décoraient sa surface, semblable à une flèche, pointait en direction d’une fleur au bouton oranger couronnée de pétales jaunes qui se trouvait à ses côtés. Une aura lumineuse pulsait autour de celle-ci comme une sourde respiration.
« Pourquoi es-tu toujours pensif ? lui demande-t-elle.
— J’essaye de comprendre, répondit Luc.
— Me trouves-tu belle aujourd’hui ?
— Comme à la première fois.
— J’aime quand tu me regardes.
— Je sais.
— Je t’aime.
— Moi aussi.
Luc aime Gaëlle ! Luc aime Janice ! » chantonna la fleur.
Elles me manquent. Mais maintenant, il faut que je rentre, songea-t-il avec une pointe de tristesse dans le cœur.
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— Sally ! Où as-tu mis mes chaussettes ?
— Je ne sais pas. Regarde dans la buanderie. Sa voix tremblait pendant qu’elle observait ses vêtements étalés sur son lit. Que devait-elle emporter ? L’imminence d’un danger raidissait ses gestes. Elle respira profondément pour de se détendre, mais cela n’eut aucun effet. Elle ne voulait pas que David s’aperçoive qu'elle paniquait. Plus tôt, il était rentré en sueur, le visage hagard. Son regard l’avait profondément marqué. Elle avait compris que leurs situations allaient se dégrader plus vite qu’elle ne l’aurait cru. La voix sortant d’un vieux poste de radio à pile, qu’ils utilisaient à cause des coupures de courant, diffusant des avertissements en boucle pour tous ceux qui se trouvaient encore dans les villes, la ramena à l’instant présent. Il était question d’appartements, de villas, de zones de banlieue pavillonnaires dévalisés et saccagés par des hordes de pillards.
Sally se remémora, des jours plus tôt, l’annonce de macabres découvertes d’occupant surpris dans leurs domiciles. À ce moment-là, elle avait voulu éteindre le poste à l’énoncé des détails sur les sévices qu’ils avaient endurés, mais David l’en avait dissuadé parce qu’il tenait à suivre l’avancée de ces fous furieux et leur position actuelle. Maintenant, elle ressentait leur situation comme irréelle. L’humanité avait brutalement fait un bond moyenâgeux en arrière. Comment avait-on pu en arriver là ?
— Tu es prête ? Il avait surgi brusquement dans sa chambre une valise à la main.
— Heu ! non. Qu’est-ce que je dois prendre ? De quoi pourrait-on avoir besoin là où on va ? Où va-t-on au fait ?
— Chérie, il faut faire vite. Crois-moi. Un ou deux pantalons, des t-shirts et pulls. Des trucs utiles quoi !
— Des trucs utiles ! Utiles à quoi ? Pourrais-tu me dire où on va ? Tu connais un endroit sûr ? Sally regarda David d’un air suppliant. — Y a-t-il encore un coin dans ce monde alors que tout fout le camp !
— Écoute, je n’en ais aucune idée, mais il se pourrait que des poches de survivants se soient organisées quelque part. On se cachera en attendant d’en savoir plus. Maintenant on doit y aller tant qu’on le peut toujours. Je descends prendre de quoi manger et quelques médicaments pour la route et je remonte t’aider. OK !
— Non, c’est bon. Fais ce que tu as à faire. Elle se saisit d’un pantalon et s’acharna à le plier correctement sans y parvenir. David l'entoura doucement dans ses bras pour la calmer. Ils restèrent un moment enlacés l’un comme l’autre.
— On a à peu près dix minutes devant nous. Lui dit-il alors qu’il lui caressait ses cheveux.
— Je sais que c’est dur de se séparer de tout ce qu’on possède, mais on ne pourra s’encombrer que du strict nécessaire. Je reviens de suite. David descendit l’escalier et elle retourna à ses rangements tout en essuyant les larmes sur son visage. Elle devait se concentrer sur tout ce qu’elle pouvait récupérer.
Quelques minutes plus tard, ayant pris tout ce qu’ils pouvaient, ils se dirigèrent en direction de leur garage. C’est à ce moment-là qu’ils virent un regroupement d'individus à quatre pâtés de maisons de la leur. Leur surprise fut telle qu’ils restèrent figés sur place.
Ils étaient composés d'une centaine d'hommes et de femmes tenant des bâtons, des battes ou des barres de fer. Sally constata avec horreur que certains possédaient des couteaux à longues lames ou des haches. Soudain, l'un d'eux pointa une main en leurs directions et en l’espace d’une seconde la horde meurtrière se rua vers eux en des cris de rages.
— Lâche tes affaires !
— Quoi ?
— Laisse tes affaires ! Viens. Viens vite !
David la saisit brusquement par le bras et la tira en arrière. Elle trébucha et tomba sur son derrière tout en envoyant valser ses sacs dans tous les sens. Elle était en état de choc. Il la saisit par-dessous les bras et la remit sur pied aussi vite qu’il le put.
— Reprends-toi. On y va. ON Y VA !
Les derniers mots lui furent l’effet d’une douche glacée. Elle se laissa brutalement tirer par David vers l’arrière de leur maison. Les cris menaçants se rapprochaient dangereusement derrière elle.
Une violente décharge d’adrénaline la submergea brusquement. Ses mouvements, mécaniques une seconde avant, s’agitèrent frénétiquement. Elle se cramponna à David comme jamais auparavant. Ils traversèrent en trombe l’allée et se dirigèrent vers la palissade au fond de leur jardin. Il s’accroupit rapidement et lui tendit ses deux mains comme appui.
— Mets ton pied. Vite. Vite !
Elle s’exécuta maladroitement en posant brutalement son pied gauche sur celles-ci. Elle tremblait violemment. Il se plaça derrière elle et l’agrippa par ses deux jambes. Par la suite, il la propulsa vers le haut de toutes ses forces.
Elle se hissa sur le bord et passa laborieusement de l'autre coté. David s’était déjà élancé à son tour. Il atterrit sur le sol alors qu’elle descendait avec peine. Il l’attrapa par la taille et une fois à terre, ils détalèrent en direction de la plaine devant eux. Elle sentit ses forces la quitter. Ses mains étaient moites et elle lâcha celles de David. Il la reprit fermement par son bras droit.
— Accroche-toi, lui dit-il à bout de souffle.
Ils s’éloignèrent aussi vite qu’ils purent alors qu’ils entendaient déjà le fracas de vitres cassées provenant de leur maison. Ils finirent par atteindre les bois environnants quand David se retourna pour constater avec effroi des silhouettes menaçantes franchissant leur palissade et se précipiter vers eux.
Sally trébucha, se reprit et enleva rapidement ses chaussures. Ils se faufilèrent dans un chemin broussailleux qui descendait légèrement vers le bas tout en essayant de faire le moindre bruit possible. Certains pillards pénétrèrent déjà dans la forêt et d’autres les rejoignirent dans la foulée. Ils couraient trop vite et étaient à leurs talons. David réalisa avec horreur qu’ils ne leur échapperaient pas.
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— Tu aurais dû montrer tes biscoteaux ! Helena fait la moue en me disant cela, puis elle éclate de rire.
Hier, un guignol m’a invectivé à un feu rouge alors que je venais de lui gratifier d’une queue-de-poisson. J’ai perdu mon sang-froid et je le lui ai fait remarquer par un geste obscène. Le type est sorti illico de son véhicule avec un air menaçant pour en démordre. Je me suis aussitôt dit à quel point j'avais été stupide de ne pas réparer la poignée de ma vitre qui tournait dans le vide. Celle-ci restait en position baissée et il me fallait à chaque fois la remonter à la main. Bref, me voilà soudain nez à nez avec un faciès terrifiant, me crachant toutes sortes d'immondices au visage. Le tout accompagné d’un copieux jet de postillons.
C’était à partir de ce moment-là qu’Helena s'était franchement marrée. Je lui ai donc raconté la suite.
J’ai repoussé l’énergumène avec ma portière et je suis sorti à mon tour, déterminé à lui remonter les bretelles. Et voilà que je me retrouve au milieu de la rue à concourir au meilleur lancé de mots d’oiseaux en face de ce lourdaud qui tenait à me démontrer son génie en matière de conduite devant des rangées de véhicules en arrière-plan. Bref, ce n’est pas le genre de situation que j’aime à évoquer. Et je crois qu'il devait en être de même pour ce type. C'est pourquoi, j’ai achevé notre petite discussion par une conclusion assez percutante.

Helena se tord à nouveau de rire pendant que je frotte ma main encore douloureuse. Elle et moi, on se tape la causette dans la chambre de mon appartement. C’est comme ça à chaque fois que je lui raconte mes déboires. Elle y met tout son soûl et cela me ravit de la voir d’aussi bonne humeur.

Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Surtout en ce qui concerne Domi, un gars que j’aime bien, et avec lequel j’ai partagé beaucoup de choses. Pour d’obscures raisons, elle ne supporte pas sa nouvelle petite amie qui ne sait pas garder sa langue dans sa poche. D’ailleurs, lors de notre dernière rencontre, il y avait une telle tension entre nous que je suis parti sans dire un mot. Mal m’en a pris. Pendant tout le trajet du retour, j’ai eu droit à toute une avalanche de reproches de sa part.

Pendant qu’elle parle, je ne peux m’empêcher de penser à la jeune femme devant moi. Seules quelques rares personnes connaissent les blessures physiques et psychologiques qu’elle s’efforce de dissimuler. Son père adorait faire parler ses poings sur eux depuis le départ de leur mère un beau matin, les laissant seuls face à celui qui incarnait déjà depuis longtemps le masque de leurs plus profondes peurs. Son frère, qu’elle me lance souvent, pèse le plus dans ses confidences. Je n’ose l’interrompre quand elle évoque la perte de ce dernier. On est là, à rire à gorge déployée sur mes aventures et je ne peux m’empêcher de comparer la jeune fille terrifiée d’avant et celle qui m’offre ce visage si radieux comme un défi à une vie privée d’amour.
— Heureusement que je t’ai ! reprend-elle en s’essuyant les yeux rougis par ses fous rires. Que les jours seraient tristes sans toi.
Je sais, Helena. On a vécu tout ça ensemble. Je suis là pour toi. Une larme coule sur sa joue.
J’ai envie de lui raconter une autre histoire de mon cru, mais la sonnerie de la porte retentit. Je lui fais signe de se taire, et me lève en direction de l’entrée. À travers l’œil-de-bœuf, j’aperçois Domi. Je soupire intérieurement et lui ouvre.
— Je te dérange ?
Oui !
— Non… ! Je suis surpris de te voir. On s’est à peine quitté hier !
Et ce drôle de regard qui me transperce.
— Tu me laisses entrer ?
Non ! Je préférerais que tu t’en ailles sur le champ et que tu repasses dans… disons mille ans !
— Euh… j’étais en train de… oui ! Bien sûr !
En refermant la porte, je l’entraîne vers le salon.
— Si je te dérange, dis-le-moi franchement, dit-il en chuchotant.
Il doit penser que je suis avec quelqu’un. Peu m’importe. Après tout, ce n’est qu’Helena, ton ex que tu as laissé tomber pour une greluche à la langue bien pendue.
— Je t’assure que non ! Ai-je l’air dérangé ?
Il ne semble pas apprécier l’humour. Il s’assoit sur le fauteuil décrépi en face de ma télé, je le rejoins à une place de distance...
Il me regarde de nouveau avec son air inquiet. Cela commence à m’agacer sérieusement.
— Je voulais te voir à cause d’hier. Tu paraissais tellement… enfin, tu comprends ! me dit-il d’un ton gêné.
— Ah bon ! Moi qui croyais que tu venais pour autre chose. Je t’avoue que je suis…
— Je pensais qu’on en avait fini avec cela… Fred ? À ce que j’observe, ça n’a pas l’air d’être le cas !
Il ne digère toujours pas ma relation avec Helena. J’en profite pour continuer dans la lancée.
— J’ne vois pas de quoi tu parles ! Par contre, ta copine… faudrait lui apprendre les bonnes manières, tu ne crois pas ?
Son regard se fait plus sombre. J’imagine qu’il regrette déjà sa présence ici. Tant mieux.
— Elle dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas, balance-t-il sur un ton plus direct. Ce n’est pas de sa faute, elle est comme ça… comme toi, tu es… toi !
Il commence à m’énerver. J’enchaîne avec du cinglant.
— Je réalise à quel point elle t’indisposait ! Si tu te sens mieux maintenant, qu’est-ce que tu fous là ?
— OK ! On dirait que j’ai mal choisi le moment pour te voir. Je ferais mieux de partir.
Il se lève et se dirige vers la porte. J’essaye de le devancer dans son élan, mais je me prends un pied dans le bord du tapis et je trébuche sur lui.
— Ohhh ! Doucement ! Qu’est-ce qui t’arrive ?
— Eh ! Bas-les-pattes, lui dis-je en repoussant ses bras d’un geste brutal.
Il me regarde, le front plissé, ses deux mains levées, genre "calme toi, tout va bien !".
— Je sais ce à quoi tu penses. Franchement, rien à cirer !
Il ne dit rien. Je lis du désarroi dans ses yeux. Autant en profiter.
— Qu’est-ce que tu crois ! Elle t’imaginait différent des autres. Tu percutes ce qu’elle attendait de toi, imbécile !
— Pas la peine de me crier dessus ! me répond-il, l’air maussade.
Je suis déçu de sa réaction. Il reste de nouveau là, à me fixer, puis il se tourne un peu dans tous les sens. Je sais qu’il cherche quelque chose à dire.
— Je m’inquiète vraiment pour toi ! Tu devais prendre soin d’elle d’après ce qu'on on avait convenu. Tu t’en souviens ?
Toujours la même rengaine. Combien de fois il me l’a sorti celle-là. Je ressens une soudaine envie de lui foutre mon poing la gueule. Juste pour voir comment il réagirait s'il se prenait un coup comme moi j'en ai si souvent reçu. Est-ce qu'il chialerait ?
— Oh ! Bien sûr ! Ne t’inquiète pas ! Elle peut compter sur moi, sur ce point-là je te rassure. Ce qui n’est sûrement plus ton cas…
— Tu n’as pas à me juger ! J'aimerais juste te… lui dire que je suis désolé. Tout ça me dépasse. Tu as raison. Je n’ai pas les épaules pour ça. Par contre, tous les deux…
Il se tait. Lui dire à quel point Helena souffre ne le ferait pas revenir. Il n’en veut plus.
— Je m’en vais…
Quelques secondes passent avant que je réagisse, puis je me retourne sors du salon. Il me suit, hésitant.
Une fois près de l'entrée, il me lance avec un geste de la tête en ma direction : elle est là !
Je ne réponds pas. Je me demande où se trouve le Domi que je connaissais. Je lui souris et lui ouvre la porte. Il sort sans rien dire de plus, se retourne vers moi et reste quelques instants à me regarder, puis s’en va.


— Eh ben, dis donc ! Tu y es allé fort, dis-moi !
Helena, toujours pétillante, m’observe d’un œil amusé.
— je préfère t’éviter ce genre de confrontation qui ne mène à rien. Les gens changent parfois lorsque d’autres arrivent à leur faire croire qu’ils valent mieux.
— Toi non !
— Mon père… il m’a, pour ainsi dire, forgé mon avenir. Tu peux compter sur moi. Je suis celui qu’il te faut, lui dis-je en songeant que j’ai été là pour elle depuis le drame, et que je le serais pour l’éternité.
— Enfin mon propre chevalier à moi, ou peut-être un autre frère, conclut-elle en un sourire. Voilà l’Helena que j’aime.
On se marre encore pendant un moment sur quelques histoires, puis je me lève et la raccompagne. Un dernier coup d’œil sur le reflet de son visage toujours aussi radieux. Ensuite, je la laisse tranquille. Je veux qu’elle se repose, qu’elle prenne soin d’elle, de sa nouvelle vie.

















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Alex détient un secret terrifiant qui le pousse à fuir depuis son enfance.
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Quand la vie nous rattrape, a-t-on encore le temps de dire les choses qui nous tiennent à coeur ?
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FONDU À L'IMAGE:
EXT. ESPACE DE JEUX POUR ENFANTS. JOUR
Les rues, ensoleillées, grouillent de passants pressés. Des rires d'enfant se font entendre.
Un ballon rebondi sur une grille. Un petit garçon le saisit au vol et cour vers ses camarades. D'autres essaient de le lui prendre au pied.
INT. BUREAU. JOUR
FRANCK, assis derrière son bureau, rédige des documents sur son ordinateur. Le visage tendu, les yeux fixes, il pianote fébrilement de ses mains son clavier. Une goutte de sueur descent sur le côté droit de son visage.
NARRATEUR
(voix off)
T'es-tu déjà demandé...
L'écran de l'ordinateur s'éteint. FRANCK reste immobile un moment. Ses yeux affichent la stupeur, ses mains crispées au-dessus du clavier en attente, il tourne sa tête à droite et à gauche. Ses camarades de bureau travaillent derrière leurs écrans. Il est le seul à avoir son écran éteint.
NARRATEUR
... si c'est ce que tu voulais ?
FRANCK regarde derrière l'écran, puis les connexions sous la table. Il cherche, tâtonne, manipule les câbles reliés à l'écran. Il s'arrête et se gratte le cuir chevelu l'air anxieux.
NARRATEUR
Cette vie.
La sonnerie de son téléphone se fait entendre. FRANCK regarde le numéro affiché, puis répond.
FRANCK
Allo, oui !

VOIX FÉMININE
(voix off - énervée)
Franck, tu as oublié la liste des courses ! Comment compte-tu savoir ce qu'il faut prendre ?
FRANCK soupire d'exaspération.
FRANCK
(d'une voix contenu)
Chérie, tu tombe mal, là ! J'ai des problèmes avec...

VOIX FÉMININE
(en colère)
Et tu crois quoi...! C'est moi qui vais les faire à ta place ? Et les enfants ! C'est toi qui va les chercher à l'école ?
Le visage de FRANCK se crispe sur le téléphone. Il prend un carnet et un stylo.
NARRATEUR
Ces moments où l'on se sent seul.
INT. ASCENSEUR. JOUR
FRANCK a le visage en sueur. D'autres personnes qui se trouvent dans l'ascenseur le regardent avec insistance.
NARRATEUR
Perdu.
INT. VOITURE DE FRANCK. JOUR
À travers les vitres fermées de son véhicule, Franck, le regard écarquillé, fixe le feu piéton qui est au rouge. Au vert, il accélère brusquement. Un crissement de pneus se fait entendre.
NARRATEUR
Ces moments ou l'on sent la colère en soi.
EXT. ESPACE DE JEUX POUR ENFANTS. JOUR
Les enfants se chahutent sur un ballon. L'un d'eux s'en empare et court à toute vitesse vers les cages adverses.
INT. VOITURE DE FRANCK. JOUR
Une sonnerie de téléphone se fait entendre. Franck le saisit.
FRANCK
Oui, JANE. Je suis en train de conduire...

JANE
(à demi hystérique)
Franck ! On m'a appelé pour me dire que Joanne était malade et qu'il fallait que je vienne la chercher. Tu...

FRANCK
(agacé)
Mais je suis loin, là ! Tu m'as dit de me presser pour les courses et maintenant, tu veux que je vienne te prendre toute de suite !

NARRATEUR
Peut-être voudrais-tu qu'il revienne...
Un ballon voltige dans la rue.
EXT. ESPACE DE JEUX POUR ENFANTS. JOUR
Un grand crissement de pneus se fait entendre, puis un choc. Les enfants courent vers l'origine du bruit.
EXT. RUE FACE à L'ESPACE DE JEUX. JOUR
La voiture de Franck est à l'arrêt, le pare-chocs avant déformé, enfoncé sur l'arrière d'un fourgon publicitaire sortant d'une ruelle en marche arrière. À quelques mètres de celui-ci, un garçon, un ballon dans ses mains, regarde Franck.
Franck, les mains crispés sur son volant, regarde fixement l'image plaquée sur l'un des côtés du fourgon. On y voit des enfants au bord d'une plage avec leurs parents.
NARRATEUR
... l'enfant qui est en toi.
FONDU AU NOIR:
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Greg erre dans le désert à demi conscient. Des flash-back lui rappellent une dure réalité oubliée.
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Encore une nuit sans sommeil. Je me retourne sous mes draps, exaspéré par le bruit de la rue. La pluie qui tambourine sur les carreaux de la fenêtre de ma chambre me déprime . Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur, rester coucher dans ce lit devenu si grand sans toi, où me forcer à affronter cette journée avec tout son lot de crispations habituel.

Sandra... tu me manques !
Après un effort considérable, je finis par me mettre sur pieds, puis j'avance, les yeux mi-clos, en direction de ma salle de bain. Une heure plus tard, j'en ressors tout aussi fatigué malgré m'être douché vigoureusement. Peut-être qu'un bon café fort fera l'affaire, me dis-je intérieurement.
Quelques heures plus tard, je sors sans but précis dans les rues bruyantes du quartier où je vis.  La pluie a cessé. J'observe les gens qui passent ici et là. Ou pourrais-je aller  aujourd'hui qui me fera oublier ton absence ?

Sans même m'en apercevoir, je me retrouve dans un tram menant vers le centre. Les passagers ont tous des visages hermétiques, inexpressifs. Cela me fout le cafard. Le monde me semble soudain plus sombre que la grisaille environnante. 

Quelque chose attire mon attention, ou plutôt quelqu'un. Une personne parmi les autres, assise pas loin de moi, un livre entre ses mains. Dans la quatrième de couverture, à coté du texte de présentation, je vois une photo d'une jeune femme. Ses cheveux, son sourire... C'est Sandra !




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Marc courut le plus vite qu’il put. Il sentait encore le regard jaune derrière sa nuque. La nuit était tombée, et les rues s’étaient vidées de leurs lots de passants habituels. Il était seul. Une fois arrivé sur une grande avenue, il ralentit son allure. Les battements de son cœur secouaient violemment sa poitrine. Il fit une pause, ses bras en appui sur ses genoux à demi pliés. Il pencha sa tête en avant afin de reprendre son souffle. Une vision d’horreur lui revint brusquement à l’esprit. D’un mouvement vif, Marc se retourna. Il n’y avait personne aux alentours. La camionnette se trouvait maintenant à quelques kilomètres de lui.
« Pourquoi est-ce que je suis fourré dans ce pétrin ! » maugréa-t-il envers lui-même.
Il se remit lentement en marche tout en se forçant à paraître détendu malgré sa seule présence dans cette rue. La station de métro la plus proche était à dix pattée de maisons. C’était bien trop loin. Il devait trouver un moyen plus rapide de renter chez lui. À ce moment-là, une automobile apparue à un croisement derrière lui. Le véhicule tourna dans sa direction. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, Marc aperçut le mot taxi peint sur son capot avant. Sans perdre un instant, il se précipita vers lui en agitant ses bras pour le stopper. Le chauffeur baissa sa vitre à son approche.
Le visage souriait.
— Vous désirez une course, m’sieur ?
— Oh que oui ! Dis Marc, haletant. Je peux monter ?
— Mais bien sûr, m’sieur que vous pouvez ! Même que vous êtes mon premier client de la journée. Croyez-moi, je n’en attendais pas mieux !
Marc s’engouffra précipitamment dans le véhicule et donna illico au chauffeur la direction à prendre. Ce dernier reprit lentement sa route.
L’intérieur du taxi était confortable, ce qui mit à l’aise.  Il observa les rues qui défilaient devant ses yeux.  Des images se mélangèrent à celles du décor. Des images effrayantes. Une camionnette immobilisée. Debout à côté d’elle, une silhouette. Il s’était approché d’elle. Qui aurait refusé d’aider une jolie jeune femme en détresse ? Une banale crevaison de pneu. Et lui en parfait gentleman, avait accepté de la dépanner. Au fond de lui, il se disait que celle-ci, en guise de remerciement, l’inviterait peut-être à boire un coup, tant qu’à espérer.
Comment aurait-il deviné. Qui l’aurait pu d’ailleurs. Peut-être la clef à écrou ? Ben non. Son rôle avant tout était de dévisser des boulons. N’empêche, quand la beauté s’était plantée à ses côtés pendant qu’il jouait le mécanicien, ses poils sur ses bras s’étaient subitement redressés. Lorsqu’il se retourna, sa définition la clef à molette avait brutalement pris une autre option.
Le bruit silencieux du moteur le rassurait. Il était en sécurité maintenant. Ses yeux ! Qu’est-ce que c’était ? Son bras avait réagi sans qu’il ne sache comment. Le coup atteignit la tempe gauche de la créature diabolique qui vacilla en arrière. À cet instant, une seule chose lui vint à l’esprit : comment pourrait-il oublier ce visage.
Marc commença à somnoler. À travers la vitre du taxi, le décor se mit à tanguer. Il se redressa, hésitant. Il devait rêver, car il pouvait voir le dessus des maisons ! Il se frotta vigoureusement les yeux. Il était bien réveillé, maintenant, et il volait dans les airs avec un taxi !
— Eh ! Chauffeur ! C’est quoi ce... Devant lui, le chauffeur resta immobile, sans aucune réaction. Marc tendit son bras en direction de l’épaule droite de celui-ci, mais il stoppa net son geste et son sang se figea. Dans la vitre du rétroviseur passager, des yeux jaunes souriaient. L’un d’eux sortait de son orbite suite à un coup porté sur l’arcade. Ensuite, un bruit, comme un sifflet d’une bouilloire surgit de nulle part, se changea en un long hurlement d’horreur qui lui vrilla les tympans.


Marc se renversa en arrière, ses mains sur ses oreilles, clouées par la force centrifuge. Ce qui fut auparavant un taxi se mua alors en une sorte d’horribles protubérances aux arrêtés vives. Le visage de cauchemar s’était retourné, et il comprit dans un chaos de cris qu’il n’aurait plus jamais l’occasion d’être galant auprès de qui que ce soit.






















































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Défi
Pasot


Plus jeune au lycée, j’ai négligé l’apprentissage de l’anglais. Je n’avais qu’un but, faire passer cette heure de cour en fanfaronnades avec quelques amis. Au cours de cette période, l’enseignante, une femme d’origine anglaise, la cinquantaine avancée, nous inculquait l’art de sa langue d’une manière qui lui était propre mais qui paraissait tellement comique à mes yeux qu’il était impossible pour moi à ce moment-là de prendre l’ensemble du cours au sérieux. Maintenant, je galère en autodidacte.
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