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Marquis de Corbeau-de-Vaulserre

Nowhere.

Sourire, souvenir, soupir

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Œuvres

Marquis de Corbeau-de-Vaulserre
Diagnostic d'un dépressif (de mars 2017 à 2019)

Ah ! Dépressifs de la Terre tout entière, venez mourir entre mes lignes...

Les gens adorent raconter leurs vies, ils sont bavards, ils ont besoin d'exposer toute leur existence pour sentir qu'ils ont une histoire, pour peupler leurs histoires. Moi, broder sur ma vie m'ennuie. Je préfère écouter le silence, il a tout autant de choses à nous enseigner.
Je suis un peu mauvaise langue [...]

« Je n'ai pas prononcé une parole depuis dix jours. À vrai dire, depuis des années... et c'est une chose si douloureuse de garder tout en soi, précisément peut-être parce que cela étouffe... Je ne puis plus rester dans la cabine, dans ce... ce cercueil... Je ne puis plus, et je ne puis pas supporter les hommes, parce qu'ils rient toute la journée... Cela, je ne peux plus maintenant le supporter... »
« Je sais que vous ne pourrez pas m'aider... mais ce silence me rend comme malade... et un malade est toujours ridicule pour les autres... » Amok, Zweig.
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Marquis de Corbeau-de-Vaulserre

Soleil blanc 3

On sait pas si le bout du tunnel existe, voilà pourquoi on continue, désespérément, à traîner ses guêtres dans la boue.

Éveil abrupt. Prostré à bas d'un lit d'hôpital, la machine bipe en continu, les courbes aplanies sonnent et assourdissent, résonnent et percent les tympans. L'adieu final qu'il faut débrancher, l'adieu, sinon qui n'en finit jamais.
La chère et tendre amie a rendu son dernier souffle. Lui aurait voulu être son souffle. Mais la mort l'a dupé et elle a triché.

Il se souvient dans cette pâleur translucide ce qu'il désirait, ce pour quoi — avait-il finit par comprendre — il était né. Il pensait que l'amour la sauverait, or la mort l'a sauté. L'a essoré.

Un jour de grande chaleur où aux terrasses les gens riaient. Bien sûr les passants se plaignaient et les caissières vous regardaient l'air dépité. Seulement grâce aux rayons personne ne semblait maussade ou renfrogné par un temps de chien. La circulation ne s'entendait pas en un rugissement agresseur de Patron en manque de piment. Ce panorama offrait quelque chose d'aimable dans les jardins publics, les corps étendus sur leur serviette de bain, le pique-nique étalé sur l'herbe, les sourires aux visages. En ce bel après-midi de fin de saison estival, tout feux allumés rayonnaient de beauté et gentillesse. Vous savez les apparences...
Derrière les rideaux, les stores, les volets clos. Dans la nuit des appartements cloisonnés, des mines désespérés rédigent leur testament. Brouillon abandonné sur brouillon inachevé.
Nue face à elle, prête à l'accepter, résignée depuis vingt mille ans, seule et nue sans rien elle ira.
Semaines ou mois après, les duellistes individualistes rarement se réveillent avec tout leur pouls, retrouvés par leurs relents empestant l'immeuble, leurs restes à la surface d'une eau croupie, leurs miettes dans une assiette, dans les toilettes, dans une vieille tête, leurs os dans un bois fréquenté par les chiens.
Sa mère est morte à quarante ans d'une maladie, son père a claqué à cinquante d'un accident. Personne ne sait vraiment les causes réelles, elle en a chercher par ennui, par héritage de ces malheurs, l'entourage s'est détaché de cette fille maudite. Gaëlle est de celles qui ont tout pour elles — du moins physiquement et intellectuellement. La surface en fait. Dans le moule du travail et de la fatigue, très rarement les gens se posent un instant pour creuser le fond, s'arrêtant à la première impression. Satisfaisante ou non, c'est catégorique et vite expédié. Ceux qui réfléchissent sur l'intérieur d'un être sont des personnes qui par lassitude s'ennuient terriblement, par rapport à eux ils creusent, la carte au trésor les angoissent affreusement. Dans son île j'imaginais un trésor unique, un artéfact légendaire, une relique mystique.
L'amour rend fou et déforme. Fais donc l'éloge de la folie, sans elle tu ne serais toi-même, sans amour haine tu serais. Entre elle et moi ce fut un amour tout à fait banal, pas un histoire romantique, pas un miracle d'enchantements. Une fusion d'âmes, si l'on peut encore parler ainsi, un rapprochement qui l'a rendu plus flexible, qui l'a décarcassé, qui l'a vivifié. Une amour de corps et d'esprits, un excitant, un baume à notre négativité. Non, ce n'était pas magique c'est venu naturellement au fil des débats, à mesure de la tendresse et affection l'un pour l'autre.
Chacun de notre côté dans l'obscurité nous surfions sur internet à la recherche d'une vague chaleureuse. Sur un tchat, nous nous sommes rencontrés, on a tissé directement des liens avec nos références pop culture. On s'est retrouvé en vrai dans la même Université, on déjeunait ensemble de temps en temps, tous les deux nous avions besoin de nos longs moments de solitude. Des moments bien longs, deux, trois mois. On se voyait comme de bons amis, de bons vieux potes. On se parlait bien plus par Skype ou Discord, on jouait à des jeux en coopération, on jouait à se blaguer, on riait et j'oubliais de lui dire qu'elle me manquait. Quand on se voyait, on se promenait, on profitait d'être l'un et l'autre ensemble pour faire ce que l'autre voulait. Puis on se séparait la nuit venue en se serrant dans les bras, souriants et riants. Dès que mon dos se retournait vers ma chambre, mes traits se vidaient de toute expression. Abattu et triste je rentrais... et pourtant quelle journée ! Au fond j'avais peur de retourner seul à me sentir vide, peur de ne jamais pouvoir lui dire ce que j'avais sur le cœur. Si je l'attachais trop je la voyais s'évanouir de mon horizon, tel un vampire je pouvais me ressentir, j'avais peur de perdre cette angoisse et qu'elle se noie de par ma lourdeur, que je la contamine et qu'elle se vide comme je le suis depuis des années à sombrer chaque jour un peu plus dans la mélancolie à me ronger les sangs jusqu'à l'asphyxie, l'overdose, la destruction.

Qu'est-ce que j'attendais au juste ?
Qu'elle trouve quelqu'un ? Qu'elle espère que l'autre fasse le premier pas ? Qu'elle en finisse avec ses tourments ? Définitivement ?
Déjà après sa tentative, je lui ai rendu visite à l'hôpital, je croyais qu'elle avait eu un accident, que la roue l'avait renversée. Maintenant je comprends les trois mois sans sa présence, coupée de l'Internet.
Personne ne l'a aidé à changer, surtout pas moi. Crétin, j'y comprenais rien ou je voulais pas voir, le mal avec elle je voulais l'enfouir sous les éclats de rire.

Aujourd'hui — trop tard — je découvre sur sa poitrine, un journal où y est enterré son cœur.
« Toutes ces chairs qui t'entourent sont substance de ton âme, elles germèrent et se déliteront pour ton seul bonheur, pour tout ton plaisir. Aimes-les, tu es génie, tu es leur géniteur, alors aime comme tu t'aimes et haïs comme jamais tu n'aimerais. Elles sont, à corps dépendant, ton addiction d'être envie. »
À poursuivre ces lignes du livre en cherchant autre chose que des mensonges. Elle affabulait toute sa vie, elle la transformait en un miracle de fantaisie, un don, une destinée... Une raison. Elle fabriquait son monde à part, de l'autre côté du miroir, où rien n'est impossible. Elle peignait des images, elle gravait des contes fabuleux, elle écrivait le magnifique et l'irréel. Elle s'enivrait pour fuir la réalité, la futilité, la tentation de l'Inconnue, l'abandon et l'échec et mat.

Sur la dernière page, la date de son suicide, trois mots qui me sont destinés. Trois mots que je ne peux qu'appliquer dans ce monde de noirceurs immondes, où la lune et le soleil se confondent, où l'obscurité a enveloppé le ciel, où les couleurs sont effacées, où la solitude est réelle, où le froid est omniprésent, où la vie n'est qu'un cauchemar lucide et la mort une fin abstraite, inconsciente.

Bonne nuit Thomas.
Signé Gaëlle

Exhumer mon âme ? lui faire don de mon cœur, ce cœur pourri de mélancolie, nécrosé de mes névroses... Pour tout ça... J'avais peur qu'elle se taille.

Je te suis.

Je t'aime...
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Marquis de Corbeau-de-Vaulserre
[Extrait du Diagnostic]

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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

C'est naturel. Quand j'en suis trop longtemps abstinent j'asphyxie... C'est quand je ne peux faire autrement que de me flageller de par mes contraintes extérieures. Alors je repousse l'échéance de mon abstinence.

Listes

Avec [nu]√, Maître Corbeau., 1293, La nuit les rêves, Pensées quotidiennes, La vasque et l'étoile de mer, L'amant fait d'écume...
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