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Sylvie Loy

J'écris pour inventer des libertés, pour m'approprier les pleins pouvoirs, pour (m'auto)critiquer, pour (me)sauver, pour (me)venger...mais aussi pour déterrer et dompter les monstres (intérieurs), et surtout dilater le temps.
J'écris car je cherche mon instant d'éternité.

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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Sylvie Loy
Lucioles d'été
luisante poudre de fée
légende d'enfant
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Défi
Sylvie Loy

Il était une fois un ficus, un yucca et un philodendron qui se mouraient lentement dans un magasin pourtant spécialisé dans le jardinage. Au départ, mis en avant dans les rayons pour leurs vertus détoxifiantes de l’air ambiant des maisons au cours de La Journée de la Planète (un flop commercial comparé à l’explosion des ventes des nouvelles voitures hybrides), ils avaient été remisés dans la réserve pour être ressortis à l’occasion des soldes.
Un jour, une vieille dame, modeste et discrète, les adopta tous les trois en même temps. Vaillant, son mari les transporta jusqu’à leur appartement situé au troisième étage d’un immeuble ancien.
Depuis que le ficus, le yucca et le philodendron sont installés dans leur nouveau foyer, ils embellissent de jour en jour. Leurs troncs prennent de l’ampleur, les branches s’épaississent, les feuilles s’élargissent, les jeunes pousses se multiplient, et les fleurs...ah les fleurs, et bien, les fleurs éclosent enfin.
C’est que la vieille dame s’en occupe comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Elle les arrose, les soigne, les caresse, et surtout, elle leur parle. De sa vie. Beaucoup. De ses regrets et de ses remords. Ses joies et ses peines. Et du monde parfois.
Lentement mais sûrement, le ficus, le yucca et le philodendron grimpent aux murs et envahissent l’appartement. Ils deviennent une forêt tropicale dans leur deux-pièces. Peu importe l’espace qu’ils occupent désormais, car pour la vieille dame, ils sont une réussite, une revanche, une sorte de victoire sur cette Terre.
Comme si sauver trois plantes vertes d’une grande surface tenait d’un dernier devoir vital dans sa vie, la vieille dame s’autorisa cependant à tomber malade. Ce fut foudroyant. Après un long séjour à l’hôpital, son mari, tout à coup moins vaillant, plus vieux et voûté qu’à l’ordinaire, fit ramener sa femme dans leur foyer. Les ambulanciers la déposèrent dans son lit médicalisé, installé au milieu de ses plantes. Un lit comme un îlot entouré de verdure.
Dans la journée, on leur livra le fauteuil roulant. Un prêt du magasin de matériel médical, un modèle d’un autre temps, mais le seul dont le tarif journalier était remboursé par la Sécurité Sociale. Il fut convenu qu’une infirmière passerait le matin l'y installer pour revenir le soir la coucher.
Devant cette nouvelle organisation de leur vie, force est de constater que le ficus, le yucca et le philodendron gênaient. Ils prenaient trop de place. La soignante n’avait pas assez de marche de manœuvre pour déplacer la vieille dame. Et son mari, tout en la promenant dans son fauteuil à travers leur deux-pièces, écrasait les branches et les feuilles des plantes répandues au sol.
Digne, bien que très affecté, le vieux monsieur prit la décision de se séparer des plantes vertes. Par respect pour l’œuvre grandeur nature de sa femme, il les déplaça sur le palier de leur appartement.
Les premiers temps, le ficus, le yucca et le philodendron eurent une poussée de croissance extraordinaire. Le palier était le dernier de l’immeuble et le vitrage du toit une source de luminosité inespérée. Ils grimpèrent au plafond et envahirent l’espace qu’on leur octroyait.
Pourtant, alors que parfois la sève abondante et riche gonfle de vie certains êtres vivants, il arrive qu'elle se tarisse et s’épuise d’un coup. Sans faire de bruit.
C’est ainsi que la vieille dame mourut.
Et par un phénomène d’imitation, les feuilles des plantes jaunirent, les troncs se rabougrirent, les jeunes pousses séchèrent instantanément, les fleurs ramenées à un simple souvenir.
Le lendemain de sa mort, son mari désormais veuf, sortit de chez lui, comme tous les matins, à la même heure et se jeta dans le fleuve.
Depuis, un deux-pièces est à louer dans une petite commune des Bouches du Rhône. L’appartement est modeste et le loyer modéré. S’il vous intéresse, vous le reconnaîtrez aux maigres ficus, yucca et philodendron qui occupent timidement le palier. C’est vrai qu’ils ne payent pas de mine aujourd’hui. Mais avec un peu d’engrais et un arrosage régulier, ils retrouveront leur apparence florissante d’avant.
Surtout, prodiguez-leur quelques caresses. Et n'hésitez pas à vous épancher en confidences et secrets : c'est ce que les plantes vertes apprécient le plus.
C’est une vieille dame qui me l’a confié un jour.
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Défi
Sylvie Loy

A mesure qu'elle regarde par la lucarne, son esprit s'évade malgré elle. 
Dans le ciel. 
Haut dans le ciel. 
Très haut. 
De plus en plus haut. 
La tête dans les nuages mais le corps retenu dans ce grenier. 

Le ciel porte en lui la création du monde. Il n'appartient à personne. Il n'est pas une propriété à vendre. L'entrée est libre. Il ne viendrait à personne l'idée de louer quelques mètres carré de ciel ou de marchander quelques litres d'air.
Car l'homme n'a jamais contribué à sa beauté. Revendiquer une quelconque participation serait ridicule. 

Le ciel porte en lui la création du monde que la terre diffuse avec abondance. 
Le ciel n'a aucune séparation, pas de barrière et portail, ni corde et piquet. 
Le ciel est une parcelle illimitée. Son air indivisible. 
Le ciel est un paradis.

C'est sur ces images de liberté absolue qu'elle referme le volet sur la fenêtre quand le premier client de la journée débarque. Selon une liste exagérée que tient son mac. 
Elle a 15 ans. Dans son pays, les familles donnent leurs filles pour une somme modique mais inespérée. Depuis, elle vend son corps. 
Pour un ciel meilleur.
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