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M.G.Notin



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Œuvres

M.G.Notin

Derine

Nous sommes le samedi 28 août 2050. La rentrée aura lieu dans quatre jours et il me semble que je ne suis pas préparée à vivre ce nouveau raz-de-marée scolaire.
Hier soir, avant l'heure du coucher, je me suis disputée avec ma grand-mère. Quelle radoteuse. Sans cesse en train de me rabâcher le « bon vieux temps ». Son époque à elle, l'antiquité, me semble pourtant barbante et assommante. Elle emploie toujours le même terme, un mot qui fatigue mes tympans au-delà du possible. La démocratie. C'était bien, à ce qu'il paraît.
De prime abord, nous vivons donc une relation conflictuelle liée à un gigantesque fossé générationnel. Plus en substance, ma grand-mère me tourmente en faisant ce que je nomme de la rétention d'informations. Elle refuse de dévoiler le sort qui fut jadis réservé à mes parents, de vrais résistants au régime, aujourd'hui décédés.
J'ai donc grandi aux côtés d'une femme forte et rebelle. Pourtant, malgré nos fréquentes prises de bec, elle ne s'est jamais soustraite à la douceur maternelle d'une grand-mère envers sa petite fille. Elle m'a élevée en toute bonne foi, ne cachant ni son aversion pour le régime actuel ni sa profonde détestation d'Orion le Bienfaiteur.
Pour ma part, le régime en place me laisse indifférente. J'ai la sensation d'être anesthésiée de l'intérieur et cette émotion est palpable au-dehors. Je possède très peu d'amis. Je suis un peu comme ce chat noir ou cette échelle en pleine rue qu'on préfère éviter, sous peine d'avoir des ennuis un jour. Le bizarre est à mes trousses depuis mes dix ans environ, je me souviens encore du jour précis où mon monde bascula, c'était un dimanche.


Dimanche 26 avril 2044

Le soleil est radieux et à son plus haut degré dans le ciel. Son rayonnement libère une énergie colossale sur la ville de Gafa. La cité dispose d'une végétation luxuriante pour une métropole. Des arbustes arborent le bord des rues, des feuillages semblables à de mauvaises herbes poussent çà et là sur le rebord des murs de la métropole. Ce paysage contemporain pourrait s'avérer idyllique. Seulement, aucun chant ni pépiement d'oiseaux n'accompagne ce doux printemps.
- Papa ?
Derine extirpa violemment Alban de ses pensées.
- Oui, petit moineau ?
- On y va sinon on va encore être en retard et je vais me prendre une soufflante de la part du coach... C'est quoi un moineau ?
- C'est un oiseau qui existait lorsque j'avais ton âge. Son espèce s'est éteinte il y a de nombreuses années déjà.
- Ah d'accord, un peu comme les dinosaures. Bon, on y go maintenant ?
Alban adorait Derine et son énergie débordante. A ce moment précis, il fut forcé d'admettre qu'elle n'était pas du tout sensible aux merveilles de la nature. Il contempla sa fille qui piétinait d'impatience à l'embrasure de la porte. Tant pis pour cette fois se dit-il, il avait encore tant d'années devant lui pour parfaire son éducation.
Ils se dirigèrent vers le garage contenant l'AutoCloud, véhicule de troisième main. L'avant de cette voiture volante rouge se présentait sous la forme d'une coque pour assurer sa flottabilité. Elle ne s'accommodait pas de roues, comme les anciens modèles roulant sur le bitume. Le monstre volant -pesant tout de même une tonne- était transporté par les airs via deux moteurs électriques situés à l'arrière. La présence d'Alban à quelques mètres de la voiture déclencha l'ouverture automatique des portes grâce à un capteur interne situé dans son corps. Les portes s'écartèrent à l'aide d'un axe pivotant et se retrouvèrent à l'exact perpendiculaire de la coque du bolide. Alban et Derine grimpèrent à l'intérieur.
- Mets les watts, Daddy ! Tu as bien pensé à la recharger cette nuit ?
Alban consulta l'intelligence artificielle de la voiture, prénommée Simone. Elle indiqua qu'il restait soixante kilomètres d'autonomie.
- Très bien, répondit Alban. Simone, conduis-nous au Stadium Surya Bonaly.
- C'est comme si c'était fait, votre Excellence.
-Votre Excellence ? Non mais toujours plus Papa !
- Navré que tu n'apprécies pas la clairvoyance de Simone... répondit Alban, en lui faisant un clin d'œil.
Le paysage de la ville et de ses habitants défilait désormais sous leurs yeux. Leur destination se trouvait à présent à une dizaine de kilomètres. Alban, qui portait sous sa veste un tee-shirt « Go Gafien ! » prit le temps d'encourager sa fille pour le match imminent de hockey. Derine hocha la tête en guise de remerciement. Elle paraissait confiante et s'assit en position de tailleur. Alban savait ce que cela signifiait : avant chaque match, Derine pratiquait la méditation de pleine conscience. Elle y avait été initiée dès son plus jeune âge par sa mère, afin de lutter contre l'anxiété et améliorer sa capacité attentionnelle.

Ils arrivèrent à destination une heure avant le grand jeu. Simone fut contrainte de réduire son allure lorsqu'elle fut proche du stadium, elle gravitait désormais à une vitesse de 10 km/h. L'architecture du stadium se présentait sous la forme d'un champignon d'une hauteur de six mètres. Sa partie inférieure -le pied- abritait une multitude de compartiments vitrés afin d'y accueillir les AutoClouds. La tête du champignon, d'une superficie de 5400 m2 dissimulait le terrain ainsi que tous ses éléments gravitationnels, c'est-à-dire les gradins, les écrans et les commerces. Il restait encore beaucoup de places disponibles et Simone sélectionna la plus proche.
Après ça, Alban et Derine descendirent chacun leur tour de l'AutoCloud. Ressentant à ce moment-là une petite douleur dans la poitrine, Alban courba légèrement le dos et posa son poing droit sur sa poitrine.
- ça va Papa ? demanda Derine, inquiète.
- Super bien, mentit Alban. Prête pour la victoire ?
- Plus que jamais ! On se retrouve après le match ?
- Oui. Go go go Gafien ! s'exclama Alban.

Après ces derniers mots, ils entrechoquèrent doucement leurs deux poings fermés. Derine se dirigea vers les vestiaires des équipes tandis que son père prit le chemin opposé, celui des spectateurs.
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