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Carouille

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Œuvres

Carouille
Certains chemins s'ouvrent comme de larges avenues brillamment éclairées. D'autres ont la sinuosité des méandres de l'esprit. Ils se tracent à tâtons, et peinent à se projeter dans l'avenir. Jusqu'à ce qu'un déclic se fasse. Parfois un être qui prend le temps de s'asseoir et pose les bonnes questions.

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Carouille

Je suis seule. Jour après jour et quelque soit la couleur du ciel, je suis seule. Après avoir tant bataillé, je dépose les armes et j'accepte ce qui adviendra avec fatalisme. Je me referme sur moi-même pour dérober au monde le peu qu'il me reste. 
Mes artifices colorés s'écaillent au fil des saisons. Ma peau se fane au temps perdu. Je me fissure, creusée par l'abandon. 
J'ai abrité tant d'heures entre mes bras protecteurs. Des rires, des débats, des découvertes, des rencontres, des émerveillements, des découragements, des renaissances. Leurs échos vibrent encore du feu dont je les réchauffais, de la brise légère que je laissais souffler dans les rayons ardents. J'étais pleine de promesses dont si peu ont été tenues. 
La vie se moque bien de mon épuisement. Volubile et vorace, elle m'ensevelit peu à peu, s'agrippe de toutes ses vrilles aux faibles espoirs qui me restent. S'en repaît aveuglément, inconsciente du nid qu'elle détruit. 
J'occupe un espace qui finira bien par se lasser de me supporter. Sous ce ciel de novembre, il me semble qu'il ne me reste plus qu'à attendre. J'ai laissé une porte entrouverte à l'étage des espoirs. Pour cette silhouette qui vient me visiter de temps à autre. Je la sens devant moi pleine d'envies vacillantes. Elle regarde ma serrure verrouillée, s'éloigne puis revient inspecter mes volets, jette un œil par une fenêtre poussiéreuse envahie par le lierre ou s'appuie contre mes murs et laisse son imagination vagabonder dans la jungle des arbres qui m'entoure. Par chacune de mes pierres, je sens vibrer le peut-être qui hésite au bord de son cœur. 
Alors j'attends, et j'espère. J'ai essayé par le passé de porter seule des rêves. Mais c'est une charge trop lourde. Ma toiture s'est affaissée sous ce poids, mes fondations ont vacillé les années de sécheresse, mes murs se sont lézardés. 
Le temps a délavé mes couleurs éclatantes, usé mes forces vives. Mais il a patiné mes facettes et harmonisé mes brouillons exubérants. Aujourd'hui, je sais. Que cette énergie qui m'a fait traverser les ans et qui me tient encore debout malgré mes fissures ne pourra rien seule. 
Alors je prie pour que cette silhouette si fragile trouve son propre chemin. Accepte les obstacles à franchir pour tenir ma clé entre ses mains. Que son besoin de s'installer en mon sein lui donne le courage de réparer mes blessures pour me rendre mon éclat d'antan. 
J'existe. Maintenant et ici. C'est déjà beau. Je ne peux rien faire de plus pour la guider jusqu'à moi. 
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Défi
Carouille

 Chère Mamita, 


Nous sommes vraiment désolés de pas t'avoir donné de nouvelles plus tôt, mais ici franchement, c'est génial, on se croirait dans Dallas quand tu nous le fais regarder le dimanche. Il se passe des trucs de dingue dans l'immeuble, et on en rate pas une miette (on a piqué à Maman ses gélules à la crevette pour maigrir, et comme on est couverts de boutons parce qu'on est allergiques à la crevette, elle croit qu'on a la varicelle et on va pas à l'école). 
Faut qu'on te raconte depuis le début, parce qu'on va avoir besoin de ton aide. C'est Valentine qui a commencé (tu sais, la bimbo du rez-de-chaussée, celle qui se balade toujours avec des talons aiguilles ?). Elle s'est cassé la figure dans les escaliers en allant espionner par le trou de la serrure le voisin du 5e (celui à qui on a balancé des cafards sous la porte parce qu'on avait vu sur internet que c'était un gros dégoûtant). Bref, Valentine Chopartou s'est retrouvée Casséepartou et clouée dans un fauteuil à pas pouvoir sortir. 
Et c'est là qu'est arrivée cette histoire de camion. Elle lui a écrit parce qu'il lui bouchait la vue. Mais c'est le cochon du 5e qui a piqué la lettre et a répondu en se faisant passer pour l'épicier du coin. Et bien sûr Valentine a répondu ! Et elle a vraiment chaud partout à être coincée comme ça toute seule sur son fauteuil, elle l'a carrément invité à dîner ! T'aurais vu la scène que Mme Durand a fait au pauvre vieux quand le facteur lui a apporté la lettre !! Ses cris résonnaient dans toute la cour, alors que lui le pauvre il peut à peine bouger tellement il grince de partout ! Mme Durand était furax, elle a refusé de faire un rabais (enfin ça, elle veut jamais pour personne), et elle a cafté à Valentine pour le policier qui se planque devant chez elle. 
En fait, on doit t'avouer un truc Bertrand et moi. Comme elle avait l'air d'aimer le zinzin du 5e, on a glissé derrière son volet une lettre disant qu'on était un tueur en série et que soit elle devenait notre partenaire, soit on la zigouillait. Mais on saura jamais sa réponse Mamita, parce que c'est le policier qui a trouvé la lettre. Du coup, quand le livreur de Mme Durand est arrivé, il l'a attaqué à coups de couteau et l'a planqué sous la cage d'escalier. Mais on dira à personne qu'on l'a vu faire, puisque ça lui a permis d'arriver juste à temps quand Valentine a été attaquée pour de vrai par le psychopathe du 5e qu'elle a repassé à coups de fer brûlant. Maintenant, il est son héros, et elle a l'air drôlement contente avec lui. Ce serait presque super. 
Presque, parce qu'en fait, nous, on espérait bien que l'oncle Dan (qui avait trouvé la lettre sur son camion après que celui du Suisse et de la planque des flics aient été embarqués à la fourrière) allait venir passer le mercredi après-midi avec Valentine pour que Dédé puisse aller au foot. Parce que Bertrand veut bien rater l'école, mais pas le foot, et qu'il aime bien y aller avec son copain Dédé. Et moi aussi, vu que je quitte jamais mon jumeau, et surtout pas pour le foot, parce que Dédé, je l'aime bien. 
Comme on doit retourner à l'école (pour pouvoir retourner au foot), Bertrand a emprunté à son pote P'tit Louis (du garage de Paulo, celui qui répare le camion de l'oncle Dan qui gronde) ses rats apprivoisés, et on a fixé dessus les caméras Go pro que tu nous avais offertes pour nos anniversaires. On s'est débrouillés pour faire entrer Gaspard (l'un des rats) chez Valentine (en lui apportant un gâteau pour son prompt rétablissement), et les deux autres sont lâchés dans l'immeuble pour qu'on puisse continuer à tout surveiller. Le problème, c'est que Valentine a vu Gaspard (le rat, tu suis Mamita ?) et elle a écrit à la proprio, la vieille Turpitude avec qui tu joues à la belote, pour qu'elle vienne faire une dératisation. Faut absolument que tu l'en empêches, sinon P'tit Louis va nous en vouloir à mort ! Alors faut que tu t'arranges pour que ta copine puisse jamais s'occuper des rats. 
Et puis si tu pouvais venir nous aider à visionner les films, ce serait super, parce que cette foutue école nous prend un temps fou, et qu'on va perdre le fil de l'intrigue si on rate trop d'épisodes. Tu connais Maman, elle voudra jamais et va casser tout notre jeu. Si tu veux, on te fera rencontrer l'oncle Dan, il passe son temps à se balader en camion (quand celui-ci ne gronde pas) et il a une super collection de photos de ciels, et il est d'accord pour mettre une couchette plus grande dans sa cabine, alors tu pourrais voyager avec lui ? Et nous on aurait Dédé le mercredi. 
On te fais plein de gros bisous Mamita, et on compte sur toi, 
Tes petits enfants chéris, 
Suzanne et Bertrand

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