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Chat Bleu

Prague, République Tchèque.
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
Chat Bleu
Il écrivait en long en large et en travers. L’œil réjouit, le bonheur patient reluisant sur ses joues roses, il remplissait des pages entières en les savourant à l’avance. Puis, une par une, avec amour et délicatesse, il les pliait et les mangeait.
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Chat Bleu
Le balancier de la pendule semblait ralentir, s’étirer dans le temps, devenir lourd, lourd, lourd dans la chaleur de l’après-midi. Il faisait toujours si chaud le samedi après-midi chez Philomenie. Chez cette tante qui avait un nom de chat, des moustaches de chat, mais des yeux comme des sardines.
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Chat Bleu

Un jour, je me suis sentie si seule que j’ai adopté un poisson. Au départ, je voulais un chat, mais mon appartement est bien trop petit pour cela. J’ai donc pris un poisson, un beau poisson rouge aux nageoires translucides, rayées d’orangé et de blanc lumineux. C’était un poisson chinois. Je l’ai appelé Rouge. Je n’avais pas d’autre idée ce soir-là : je rentrais d’une soirée où l’amant que j’attendais n’était pas venu. Je n’avais pas beaucoup bu, mais la fatigue, la déception, l’air chaud et trouble de la nuit, ce croissant de lune coupé au couteau dans la masse sombre du ciel, l’incertitude dans le creux du ventre, je me sentais ivre et la tête me tournait comme si j’avais avalé une demi-bouteille de champagne.
Au sortir du métro, j’avais regardé ce ciel, j’avais voulu m’arrêter là et ne jamais cesser de le regarder, comme quand j’étais enfant et qu’allongée dans l’herbe les nuits d’été, je ne pouvais plus détacher mes yeux des mouvements imperceptibles et magiques de l’univers au-dessus, et tout autour de moi, je me sentais si minuscule et infiniment, délicieusement perdue et enrobée de cet océan de noir et d’étoiles, comme c’était reposant, comme c’était vertigineux, comme cela n’avait pas de fin, d’être ainsi couchée sur un pan de terre semé d’herbe, et de faire face à l’éternité ! Dans la ville, point d’herbe ni le murmure de la nuit, pas de bruissement, mais le même ciel que celui qui endormait la campagne, les plaines et les forêts, la montagne et celui qui se couche doucement sur la mer, le soir, et que le bruit des vagues se fait si distinctement délicat.
Dans la ville, le bruit des voitures, les lumières des échoppes, les pas pressés des passants dont les vêtements vous frôlent, sans cesse. Bruit, odeur, feu rouge, feu vert, bruit, odeur, pas de place pour s’arrêter, croirait-on. Mais soudain, reprenant ma route, j’ai vu cette boutique chinoise, éclairée de lampions rougeoyants, qui semblait scintiller de mille feux, resplendissante. La porte était surmontée d’un portique, tout de fer forgé, sur lequel étaient disposées de centaines de petites diodes luminescentes. Tout cela irradiait et baignait la boutique d’une auréole de feux, comme s’il s’agissait, sortie d’un conte merveilleux, d’une porte qu’il suffirait de franchir pour passer dans un autre monde. Sur la vitrine était placardée une affiche récemment repeinte sur laquelle on pouvait lire :
« ici, nous vendons des poissons chinois à un euro »
Alors j’ai senti grandir en moi une sorte de tranquille évidence, comme si tous mes pas de la journée, et ceux de la soirée, avaient été destinés à me conduire ici, jusqu’à cette petite boutique chinoise. Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Bien sûr qu’il me fallait un poisson, un poisson comme ces poissons magiques qui sont comme des esprits, des dieux, des totems qui gardent les chemins et pour qui nous élevons de petites stèles sur les bords des routes. Mon poisson. Mon poisson serait un gardien sans précédent, un gardien de l’âme, un gardien comme le sont certains anges. Mon poisson chinois serait l’esprit de ma maison, mon Lare, magnifique et indétrônable.
Je suis donc entrée et j’ai choisi mon poisson. Une vieille dame sans âge, toute fripée, a mis le poisson dans un sachet rempli d’eau claire, et s’est essuyé les mains sur son tablier sale. Je lui ai donné ma pièce de un euro, qu’elle a enfoui dans sa manche comme si son corps l’avalait, la faisant disparaître en un tour de mains. Puis elle m’a salué et s’est retirée dans l’arrière-boutique, me laissant seule avec mon poisson, qui brillait dans son sac de plastique. J’ai levé le sachet et j’ai regardé le poisson, immobile, qui lui aussi me regardait de côté, avec son gros œil rond. Je lui ai souri et j’ai dit : « Bonjour, petit Rouge » Il n’a rien répondu. Je me suis dit que c’était normal. Je l’ai serré contre moi et je suis partie.
Chez moi, non seulement c’est tout petit, mais c’est très haut. J’ai gravi mes six étages, j’ai inséré la clef dans la serrure, et après avoir refermé la porte derrière moi, j’ai respiré un grand coup. J’avais serré tellement fort le sachet dans ma main, que l’eau s’en était presque toute échappée. Vite, j’ai mis Rouge dans un saladier. « Je t’achèterai demain un bocal rond, dans lequel tu pourras nager en toute beauté », lui ai-je dit. Ensuite, j’ai pensé à la nourriture. Les poissons mangent-ils des miettes ? Non, pensais-je, sûrement pas. Les canards mangent des miettes, peut-être que les truites aussi, mais probablement pas les poissons chinois, pas ceux qui sont des Lares, pas ceux qui boivent le nectar et l’ambroisie. Sottises, ai-je songé en me reprenant, demain j’irai chez Jardiland et j’achèterai un petit pot de ces sortes de crevettes séchées qu’il est d’usage de leur donner. Il aimera sûrement ça. Et puis, j’étais tellement fatiguée que je me suis couchée.
Le lendemain, je me suis réveillée en me disant que je ne boirais plus une seule goutte d’alcool de toute ma vie. Je me suis souvenue avoir attendu un homme qui n’était pas venu, et mon cœur s’est serré. Je ne voulais pas me lever, je voulais me rendormir complètement et ne penser à rien, je ne voulais plus me réveiller avant d’être heureuse, heureuse pour de bon et qu’il n’y ait plus à tortiller. Je me suis dit que la Belle au Bois Dormant ne s’était pas foulée pour faire des efforts, et que tout cela était injuste. Il ne faisait pas beau, le ciel était gris clair, une petite pluie fine frappait la vitre. Et puis sur la table, j’ai vu le saladier, et je me suis souvenue du poisson. Il était toujours là, à faire des ronds dans son bocal, comme s’il était très gai et qu’il se fichait éperdument qu’il pleuve ou que j’aie un peu de peine sur le cœur. Il faisait ses ronds avec énergie et virevoltait tant qu’il pouvait, s’amusant des parois lisses du saladier. J’ai approché mon doigt de l’eau, et il est venu y poser sa bouche. Cela m’a attendri, alors je l’ai regardé longtemps, jusqu’à ce que le sifflement de la bouilloire me manque et que la faim me reprenne. « Mais quelle est cette histoire de magasin chinois ? », pensais-je. « Depuis quand y a-t-il un magasin dans la rue d’Alésia, qui vend des poissons chinois à un euro ? ». Toute cette histoire me semblait soudain très étonnante, même improbable. J’ai téléphoné à Cyclope, il s’est moqué de moi. J’ai téléphoné à Sally, elle m’a dit d’arrêter de me moquer d’elle.
J’ai passé mon dimanche sous mon parapluie cassé à essayer de retrouver la boutique, mais j’ai eu beau aller et venir en tous sens, je n’ai l’ai pas retrouvée, ni elle, ni le portique luminescent, ni les lampions rouges, ni la vieille dame au tablier sale. Tout cela semblait tenir d’un pur enchantement, tout simplement, d’un rêve. Et pourtant j’ai chez moi, dans un bocal transparent, un poisson chinois qui évolue gracieusement, et qui semble être tombé du ciel. Il est probablement mon Lare, mon petit dieu à moi, il ne vient de nulle part mais il est là, c’est sûr. Il fait du bruit la nuit quand je dors et qu’il vient boire à la surface. Il fait des bulles, et il mange des crevettes séchées.
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