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Terry Torben

Comme vous, je suis un enfant de l'Origine, né d'une accumulation improbable de causes et d'effets. Nous sommes autant de petites poussières d'étoiles quelconques, solitaires, explosant un beau jour pour ensemencer l'espace infini.
Je profite aujourd'hui de cette petite étincelle de conscience qui me revient, union entre Ombre et Lumière, pour questionner ce qui se cache derrière toutes ces évidences qui me semblent bien trop parfaites pour être honnêtes...
Il en ressort des écrits volontairement subversifs, provocateurs, et plutôt décalés. Et qui finissent mal. Une seule phrase pour résumer mon crédo, fort bien formulée par Mulder (X-files), et par tous ceux qui lèvent les yeux pour questionner les infinis : "The truth is out there". "La vérité est ailleurs". (Platon)
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Terry Torben

À l’époque, Jean-Edouard De Nonce était un imminent diplomate, doué à un point tel qu’on n’aurait trouvé personne en ce vaste pays pour lui faire de l’ombre. Il faisait invariablement partie de toutes les tables de négociations, où il marchandait habilement les plus grands virages de l’histoire. Notre bonne vieille civilisation occidentale lui doit certainement beaucoup, bien plus que ne pourront jamais soupçonner les petites gens qui la peuplent, or Jean-Edouard connaissait parfaitement bien sa position, cet avantage certain d’œuvrer dans l’ombre. Il savait, avec une certitude inébranlable, que là se trouvait le véritable pouvoir exercé entre êtres humains.
Je me souviens qu’une fois, lors d’une soirée officielle arrosée avec une modération de bon aloi, un type m'étant totalement inconnu s’était bêtement mis en tête de le prendre à partie, c’est vrai quoi monsieur Jean-Edouard, il faut bien appeler un chat un chat, c’est tout de même un fichu métier de faux-cul que vous exercez, ne vous en déplaise ! Allez, nous sommes entre nous, entre amis, soyez un peu honnête : votre langue, vous l’avez taillée dans du bois brut n’est-ce pas ? Je sens dans votre haleine comme un petit arrière goût de… de sapin il me semble, non ? Me trompé-je… ?
Toutes les cravates présentes dans la salle se tournèrent aussitôt vers l’attaqué. Après un petit brouhaha de désapprobation, un silence de mort s’installa. On n’entendait plus que les bulles de champagne éclater en toute discrétion dans les verres à moitié pleins. Jean-Edouard s’était tout d’abord éclairci la voix puis, conservant un calme olympien, posa son verre à moitié vide sur la petite table en verre fumé lui faisant face. Il se leva, mesurant le moindre de ses gestes, à la manière de quelqu’un qui se savait observé puis, entrant subitement dans une colère froide, il entreprit séance tenante un puissant plaidoyer où il fut question d’honneur, de patrie, d’intérêts collectifs et d’Histoire, avec une grande "H" si on lui permettait ce joli mot, il vous en remerciait bien parce toute la magie de sa mission se cachait effectivement dans cette modeste petite lettre, par certain coté bien stupéfiante il fallait bien l'admettre. Chacun, les yeux ébahis, fut bien forcé de reconnaître les immenses talents d’orateur de cet homme empli de mystère fougueux, qui aurait sans aucun doute tout aussi bien réussi une carrière d’avocat si sa confrérie, pour d’obscures raisons, n’avait pas voulu de lui. L’odieux agresseur n’eut plus qu’à s’incliner, voire même à présenter quelques plates excuses, et on n’entendit plus parler de lui jusqu’à la fin de la soirée, qui traîna enfin tranquillement jusqu’au petit milieu de la nuit.
Cette maitrise parfaite de la langue, il la devait à ses vingt cinq ans de pratique, tout aussi acharnée qu’exemplaire. Aujourd’hui parfaitement à l’aise dans sa mission, unanimement reconnu par l’ensemble de ses confrères, il était intimement persuadé de ne plus risquer grand-chose. Sa vie était sur des rails : embarqué dans un train forgé de légendes, il filait tranquillement vers un avenir de plus en plus certain et finalement, si ce n’était une petite crise mondiale de-ci de-là, tout allait bien dans le meilleur des mondes, qu’il tentait encore de parfaire, ma fois, toujours du mieux qu’il pouvait.
Enfin… Je devrais plutôt dire: tout allait très bien… Jusqu’à ce que…
Car depuis quelque temps déjà, Jean-Edouard avait remarqué une petite boule qui poussait sur le côté gauche de sa gorge. Au départ, il s’agissait d’une légère grosseur, aussi faible qu’une piqûre de moustique, et cela ne l’inquiéta pas plus que ça. C’était indolore, presque invisible; il s’agissait donc d’un petit rien, qu’il suffirait de laisser passer tout seul. De toute manière l’histoire tombait mal, il traversait tête baissée une très forte période d’activité, une de ces turbulences qui demande une attention de chaque instant. À vrai dire les Africains lui donnaient un peu de fil à retordre, à cette époque il tentait tant bien que mal de ménager le Hutu comme le Tutsi, bien que ces derniers, il fallait bien avouer, commençaient déjà à fondre comme neige au soleil sous l’obstination génocidaire des premiers, et ce dans une indifférence quasi diplomatique. Néanmoins à l’époque l’affaire restait plutôt sérieuse, du coup il ne disposait pas du temps nécessaire à soigner de vulgaires petits bobos. Il restait certes vigilant, dans une juste mesure, mais à vrai dire sans excès. Son métier, par ailleurs très ouvert, ne supporterait pas, par contre, la moindre manifestation hypocondriaque, et Jean-Edouard comprenait parfaitement cela : comment confier le destin du monde entre les mains de quelqu’un qui se sentirait mourir à chaque seconde !
Du coup l’enflure livrée à elle-même s’étendit jours après jours, jusqu’à atteindre bientôt la taille d’un œuf de caille. Jean-Edouard se regarda un beau matin dans sa glace et fut… disons un peu contrarié. Cependant, se reprenant rapidement, il constata que l’affaire ne suppurait pas le moins du monde même si, dans un même temps, elle prenait une vilaine couleur un peu brunâtre. Tout cela ne serait pas plus inquiétant, si ce n’était que cette satanée excroissance devenait légèrement plus sensible qu’aux premiers jours : parfois, Jean-Edouard sentait jaillir une douleur profonde, remontant brusquement jusqu’aux vertèbres cervicales, privant notre diplomate de tout mouvement, tête renversée, durant de nombreuses minutes. Or la courbure n’est pas une posture à proprement dire idéale pour défendre les intérêts de notre monde, et en cet instant c’était ce fait précis, bien plus que les retombées médicales, qui tracassait le plus Jean-Edouard. Difficile d'affirmer si en cet instant, lorsqu’il tourna le dos à cet odieux miroir qui réfléchissait si mal, on pouvait déjà parler de négligence, ou tout au moins d’une sous-estimation malheureuse concernant un danger potentiel, mais le fait était que Jean-Edouard, aussitôt éloigné de son reflet, décida d’attendre encore un peu pour consulter. Son emploi du temps prochain devrait lui laisser plus d’amplitude pour s’occuper sérieusement de cette fâcheuse question. Il s’agissait de quoi… Disons d’un petit mois. Ou à peine plus… En tout cas certainement moins d’un semestre, si tous ces africains à tendance sauvage se décidaient enfin à manger du même pain à la même table, ce qui n’était, à cette époque, pas encore gagné…

Tout cela partait d’une bonne intention. Faire passer ses obligations professionnelles avant sa propre santé était certes tout à son honneur… Cependant, le temps passant et la protubérance progressant, Jean-Edouard fut bien obligé de reconnaître que cela ne passerait pas tout seul. Vint alors un temps où l’inquiétude s’immisça sournoisement dans son petit quotidien, gênant considérablement le bon déroulement de son travail. Il devint très difficile de conjuguer paix dans le monde et paix de l’esprit. Si bien qu’un soir, de retour d’une journée particulièrement difficile – la troisième guerre Balkanique faisait rage et commençait à tirailler l’Europe en tous sens -, il ouvrit alors son agenda bien avant les six mois escomptés, passablement résigné. Il accepta à contre cœur le rendez-vous que lui fixa son docteur, qu’il coinça difficilement entre un déjeuner de négociation un peu séré à Dayton, dans l’Ohio, USA, incontournable bien sûr, et une entrevue avec Madame Lucette Quelquechose, ministre déléguée du gouvernement Balladur avait-il cru comprendre, sensée œuvrer pour les droits de l’Homme et pour l’action humanitaire. Il ne savait pas trop pourquoi mais celle-ci, une fois confortablement installée dans son fauteuil, avait subitement émis l’ardent désir de partager avec lui une bonne bouteille de vin Français, ainsi que quelques idées autour de la construction de l’idéal humain. Or Jean-Edouard, qui avait horreur de servir au mieux de carte de visite, au pire de bouche-trou, jugea que Madame, pour avoir de telles idées saugrenues, ne devait pas être du genre très, très débordée. Du coup, au cas où son affaire prendrait mauvaise tournure bien entendu, il pourrait très certainement repousser cette entrevue sans que cela pose réel problème. Avec la médecine, comme on a toujours coutume de le dire, mieux valait prendre quelques précautions...
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Terry Torben
L'avenir est vivant. Il possède une âme bien plus vaste que la notre, qui fait son ouvrage dans des étendues dépassant notre entendement. Nous allons toujours vers lui, c'est notre seul chemin. Parfois - très rarement - un peu comme s'il s'adressait à des enfants turbulents, il envoie quelques signes, des clins d’œil, qui soumettent à notre raisonnement la marque, peut-être, d'une intelligence de loin supérieure à la notre. Cette histoire montre aussi que l'avenir possède un certain penchant à l'ironie, totalement incompréhensible au commun des mortels. Nous ne verrons de lui qu'un qu'un trait de cruauté. Une cruauté épouvantable qu'on appellera "Destin".
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Terry Torben
[Couverture : Sculpture de Gavin Worth - http://www.gavinworth.com/ ]

La vie n'est qu'un rêve obsessionnel. Quant à la nuit... La nuit, elle, peut parfois être porteuse d'éveil...
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