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Défi
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En réponse au défi #1 du Projet Bradbury : "Un nouveau début".
Une nouvelle finalement plus longue que prévue, qui aura peut-être une suite si l'idée mérite un traitement plus développé.
A vous de me le dire, ne m'épargnez pas !
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La première fut leur mère. Elle s’était écroulée comme ça, un matin, sur le sol de la cuisine. Puis d’autres avaient suivi : voisines, amies, tantes, sœurs, amantes. L’épidémie se propagea en un claquement de doigt et toutes tombèrent les unes après les autres. D’abord le quartier, puis la ville, puis le pays. Les médias commencèrent à parler de pandémie. Les scientifiques du monde entier, pressés par la sphère politique, multiplièrent les études et les recherches sur ce virus dont on ne savait qu’une chose : seuls les hommes en réchappaient.


Aucun signe avant-coureur, aucun symptôme : les femmes qui, quelques minutes avant, marchaient, couraient, s’affairaient, cessaient tout simplement de respirer et s’effondraient. Le virus s’attaquait aux grands-mères comme à leurs petites-filles. Il n’en épargnait aucune, quel que soit leur âge.
 
Noam avait assisté à la mort brutale de sa mère, impuissant. Elle faisait griller les tartines du petit-déjeuner, il y avait l’odeur du lait chaud sur le feu, il y avait son rire égayant la cuisine. Puis en un instant il n’y eut plus rien que son corps sur le carrelage froid. A partir de cet instant, les souvenirs de Noam était flous, juste des images saccadées comme une série de diapositives : son frère aîné, Elias, dévalant les marches de l’escalier. Les grosses mains de son père secouant les épaules de sa mère. Le lait qui débordait de la casserole.
 
Deux jours plus tard, les sœurs d’Elias et Noam ne rentrèrent pas de l’école. Le téléphone sonna. Elias vit son père glisser doucement à genoux, et croisa pour la première fois ce regard vide qui ne le quitterait plus.
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Petit texte sans prétention en réponse à une proposition d'écriture sur les odeurs.
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Défi
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Ma réponse à la 2e proposition du Projet Bradbury : "Réaliser un défi".
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Quatrième portrait d'une petite série de personnages piochés au hasard de ma cervelle....
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En réponse au défi Que savent vos mots ? proposé par Nog Lhuisne
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« Mettez-moi deux filets de dorade et un pavé de truite. Oh et puis un dos de cabillaud tiens, non pas çui-là, à côté, non l’autre côté, oui voilà. »


Derrière l’étal, Odette, 56 ans, chef du rayon marée, comme ils disent, à l’Intermarché d’Amfreville-les-Champs. Bercée au son de Radio Mousquetaires depuis maintenant 27 ans, oui monsieur.


Tous les matins depuis 27 ans, Odette entame sa journée à 6h du matin au son des Charlots. C’est gravé dans sa tête, à Odette, même les jours de congé elle boit son café à grandes lampées de « Merci Patron ».


Merci patron merci patron
Quel plaisir de travailler pour vous
On est heureux comme des fous
Merci patron merci patron
Ce que vous faites ici bas
Un jour Dieu vous le rendra


Quand l’Intermarché d’Amfreville-les-Champs ouvre ses portes à 9h pétantes, comme tous les matins sauf le dimanche vu que c'est la messe et qu'on peut pas être au four et au moulin, c’est le top départ de la course pour les vieux du village, tendus courbés derrière leurs caddies : Mdame Berthaud double Msieur Dufriche par la droite (Mdame Berthaud a toujours aimé enfreindre les règles), tandis que le père Jacquot (une vraie tête brûlée, çui-là) fait du hors-piste et rejoint le rayon ménage en coupant par l’allée mercerie. Ben oui vous comprenez, c’est pas parce qu’on est à la retraite qu’on a la vie devant nous, même qu’à bien y réfléchir elle est plutôt derrière.


Tous les matins sauf le dimanche vu que c'est la messe, à 9h pétantes, donc, c’est le rallye des anciens et l’ouverture du bal sur Radio Mousquetaires. Les tubes du moment, en boucle, le même tous les 6 morceaux, c’est réglé comme du papier à musique et abrutissant comme pas permis, façon tête la première dans le tambour de la machine à laver.

Cette année, le tube des tubes, c’est «Sous le vent », avec Céline Dion et l’autre de Notre Dame, Garou, le rocailleux aux oreilles décollées.
Toute la sainte journée ces deux là sont donc sous le vent, et Odette au rayon marée. Elle les connaît par cœur, les paroles, depuis le temps, et comme tous les jours depuis que le tube passe sur Radio Mousquetaires, elle nous fait un playback de tous les diables en coupant ses filets de cabillaud :


J’ai sorti la grand’ voile
Et j’ai glissé sous le vent
Fait comme si je quittais la terre
J’ai trouvé mon étoile
e l’ai suivie un instant


Son étoile à Odette, quand elle la suit un instant, elle la ramène vers ses 12 ans et ses vacances en Bretagne avec toute la smala, les gosses dans la caravane, la grand-mère à l'arrière de la 504 (« prends donc la place du mort », qu'elle avait dit à sa belle-fille), les parents qui s'engueulent sur l'itinéraire, les pannes, les pauses pipi, les pleins d'essence.. L'Aventure, quoi.



C’était la première fois qu’elle voyait la mer, Odette, et elle se rappelle qu’elle avait eu une sacrée frousse en entendant le bruit des vagues. Ça faisait comme un orage, avec plein de vent, une drôle d'odeur et des embruns au goût salé, qui emmêlaient les cheveux et faisaient une sensation bizarre sur la peau.
Au début elle avait rechigné à descendre sur la plage, avec les bourrasques en plein visage et puis tout ce boucan dans les oreilles, le sable qui piquait les yeux et ses bottes qui s'enfonçaient tellement qu'elle en avait des crampes aux mollets.


« La mer, ça se mérite, ma ptite », avait dit l'aïeule.


Alors quand Odette s'est plantée au bord des vagues, qu'elle a regardé ses empreintes apparaître et disparaître, qu'elle a levé le nez au vent et qu'elle a regardé droit devant elle, qu'elle a pu voir si loin, si loin que son imagination a bricolé tout un tas de choses, elle s'est dit que sa grand-mère avait peut-être encore toute sa tête.
Elle a sorti la grand' voile, comme chantait l'autre, et puis ben, elle a glissé sous le vent, que voulez-vous.


Et petit à petit elle a vu au-dessus de l'eau une lumière crue, elle a entendu les vagues lui parler d'une promotion de 5% sur un pack de yaourts aux fraises, et puis ses yeux se sont ouverts sur la mer. La mère Marciaux. Qui lui demandait, poings sur les hanches, si oui ou non elle allait se décider à lui trancher son filet de colin.

Mais Odette tient bon la barre. Plus que 5 morceaux et elle pourra repartir sous le vent. Avec Céline Dion et l'autre de Notre Dame, le rocailleux avec les oreilles décollées.












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A 17 ans, on n'a pas toute la vie devant soi.
A 17 ans, souvent, tout est urgent.
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Quelques phrases brutes à partir d'une scène du film "Les bêtes du Sud sauvage".
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Version retravaillée d'un petit texte écrit en réponse à la 2e proposition du Projet Bradbury.
J'ai tenté d'y insérer plusieurs personnages assistant à la même scène, un petit exercice pas si simple...
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J’ai toujours détesté les femmes qui se maquillent dans le métro.
Tout cet étalage impudique qui n’a sa place que dans l’intimité d’une salle de bains me hérisse le poil.
Aujourd’hui encore, alors que j’étais tranquillement perdu dans mes pensées, fixant par la fenêtre l’absence de paysage, une femme assise face à moi déballa son matériel de guerre.
J’aurais pu détourner le regard, retourner au défilement des néons dans le tunnel du métro, mais je fus, comme toujours, pris au piège de mon propre voyeurisme. Incapable de me détacher de cette curieuse mise en couleur, de ce simulacre de parade nuptiale, les roucoulements en moins.

Celle-ci procéda comme toutes les autres : d’abord, quelques touches d’anticernes. Histoire de masquer les nuits trop courtes et la course quotidienne pour rattraper le temps. Surtout, ne pas se laisser semer, ne pas se retrouver sur le banc de touche.

Ensuite, le ciment, la base, les fondations : le fond de teint. Quelques touches sur le front, sur les pommettes, sur le menton, étirées jusqu’au cou pour éviter les démarcations. Encore ce besoin de masquer l’épuisement, les journées sous les lumières artificielles, les traces de pollution et l’enfermement.
Elle fouilla au fond de son sac imitation cuir, en sortit un pinceau et une boîte de poudre. Tapota, épousseta, re-tapota, balaya. Une manière comme une autre de planquer la poussière sous le tapis.

Entre deux vérifications dans son miroir de poche, elle me jetait des coups d’œil furtifs, sourcils froncés, comme si elle me mettait au défi d’assumer mon regard. Mate mon vieux, mate franchement, au lieu de m’observer en coin comme une bête prise au piège.
Un coup de blush pour la peine, pommettes rosies dans l’air vicié du métro comme après une balade en bord de mer.
Elle sortit une autre boîte et l’ouvrit dans un cliquetis qui me vrilla les nerfs. Nous y voilà : le fard à paupières et toute la ribambelle de mascara, d’eyliner et de roulements d’yeux tragi-comiques. Je n’ai jamais su ce qui m’énervait le plus : les battements de cils frénétiques ou l’obscène ouverture des lèvres pour appliquer le rouge à lèvres. Ou peut-être le léger soupir de satisfaction poussé à la fin de ce chantier matinal.

Toujours est-il que lorsqu’elle sortit du métro, les cheveux rapidement remis en place et l’air déterminé à en découdre avec cette nouvelle journée, je me dis, comme à chaque fois, que c’était une lutte perdue d’avance.
C’est peut-être ça qui m’insupporte dans ce rituel impudique cet étalage de détermination farouche, cette manière détournée de dire aux autres que sans se battre on n’obtient rien.

En réalité, les femmes qui se maquillent dans le métro m’épuisent.
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Premier portrait d'une petite série de personnages piochés au hasard de ma cervelle.
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