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Germinoscope

Nord.
Germinoscope

La perte.
 
Le temps a planté ses aiguilles dans ma tête.
Ces aiguilles sont venues faire des nœuds.
Ces nœuds se sont enchevêtrés au point de vider tous mes souvenirs.
Ils se sont écrasés en vague, au bord de mon lit.
 
C'est le néant dans ma boîte crânienne.
J'ai l'impression d'être un œuf.
Un œuf vide de vie.
 
Je ne tourne pas rond.
On a grignoté ma mémoire.
Je voudrais me souvenir.
 
Mon cerveau est en éruption.
Il gronde silencieusement.
C'est un moteur qui tourne à plein régime.
Une machine qui tourne à vide.
 
Ma tête est désormais un terrain sauvage.
Je creuse. Il me faut déterrer les insectes et retrouver mes racines.

Quelque chose a enterré mes souvenirs.
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Défi
Germinoscope
"La spirale" est un essai de "conte moderne" sur l'embrigadement.
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Germinoscope

Elle vit sa vie tranquillement à travers celle des autres. Elle vient petit à petit , comme une sangsue, comme un parasite. Elle est la vie invisible sous nos pas. Celle qui fourmille et qui grouille. Elle est la bactérie qu'on ne détecte pas. L'insecte qu'on ne chasse pas à coup d'insecticide. 
Elle toque un jour à la porte comme une vieille amie que l'on n'aurait pas invitée. Elle rentre dans le corps sans demander de permissions. Elle s'infiltre dans les veines. Trouve les réseaux du cerveau. Elle est le nerf de la guerre. Elle se nourrit de tout ce qui a bon goût d'abord. Les souvenirs les plus délicieux. Elle n'est jamais rassasiée, alors elle continue. On a beau secouer la tête pour qu'elle s'en aille, pour qu'elle crache ce qu'elle nous a pris. Rien n'y fait, elle s'est installée. On la supplie de partir. Puis on oublie. On oublie qu'elle se cache à l'intérieur de notre tête. On oublie qu'elle fait partie intégrante de nous. Qu'elle a vidé notre esprit, pour le remplir de blancs.
Alors ce sont les autres qui nous soignent à coup d'histoires, à coup de mots. Ils repeignent peu à peu , les parois de notre monde.
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Germinoscope

Elle était là. Cherchant inlassablement à mettre un terme à son errance. Toujours assise au même endroit. A droite, en rentrant dans la chambre blanche de souvenirs .Les yeux dehors, le corps à sa place. Bien souvent elle se penchait par la fenêtre. C’était le vide. Elle y plongeait volontiers.
C’est un jour comme un autre qu’elle finit par se perdre. Les néons jaunes crevaient la rétine des membres de sa famille, tandis qu’elle était déjà bien loin.
Tout autour d’elle, l’absence. Absence de raison, absence de couleurs, absence d’émotions.
Elle avançait sans savoir où aller. Droite, gauche. Et à nouveau, droite, gauche. Elle était déjà passée par là. Les couloirs s’étendaient à perte de vue. Mais il n’y avait rien. Rien d’autre que son crâne vide. Plus elle avançait, plus chaque pas devenait lassant. Son corps, lui faisait ressentir des douleurs oubliées. Sa tête, sa tête était si lourde. Elle enflait, gonflait. Des images, des voix, des instants remontaient à la surface. Tant d’informations venait teindre les murs, faire germer ce lieu sans vie. Ses neurones étaient en éruption. Ca craquelait sa peau.
 Devant ses yeux stupéfaits, les parois de son monde se couvraient de verdure. Ca rampait, se développait de façon nerveuse. La végétation devenait dense, sombre. Si bien que si elle avait voulu passer au travers, son visage se serait fondu dans la masse. Happé et enlacé. Incapable de se sortir de cette étreinte végétale.
Au bout d’un des couloirs, se trouvait une porte. Une porte ouverte. Derrière cette porte, un étrange spectacle l’attendait. Tout était couvert de terre. Elle se sentait enlisée. De la boue venait décorer sa chemise de nuit, jusqu’alors immaculée. Sa marche était ralentie. Elle en était réduite à faire du sur place. Elle s’enfonçait, lentement, dans la terre. Et tandis qu’elle s’abandonnait peu à peu à celle-ci, en face d’elle, quelque chose s’élevait des profondeurs. C’était une veille commode. Une commode dont elle se souvenait. Une commode  qu’elle avait enfouie dans sa mémoire. Elle s’en était débarrassée il y a bien longtemps. Elle ne voulait pas la voir, elle ne voulait pas que cela soit sa dernière image. Alors, puisant dans ses dernières réserves de vieille dame, elle chercha quelque chose pour s’accrocher, se remonter. Mais il n’y avait aucune prise. Elle avait tout effacé. Sa tête avait était percée par le temps. Dans ces lieux de mémoire, elle s’aperçut alors que sa seule arme était de se souvenir.
Elle avait 5 ans et marchait dans les champs. Elle se souvenait de l’air chaud qui gonflait sa jupe. 
Elle pouvait enfin redresser la tête, la terre se creusait autour d’elle.
Elle avait 10 ans, c’était le jour de son anniversaire. L’horloge s’était arrêtée, son père était partit la changer en ville. Il n’était jamais revenu.
Sa nuque était dégagée, elle pouvait à peine bouger les épaules.
Elle avait 16 ans.
Elle ferma les yeux doucement.
Elle était si jeune, un peu trop jeune.
La terre avait disparue.

Elle avait 16 ans, elle était si jeune, un peu trop jeune. Et elle l’avait caché dans une commode. Elle l’avait toujours caché. 
Plus rien ne bougeait excepté son corps frissonnant. Sa main argileuse tendue vers la poignée restait en suspend. Après une grande inspiration, elle la saisit. Une rotation vers la droite. Et encore une. Un déclic se fit entendre. Il n’existait plus rien que ce vieux meuble. Ce vieux meuble avec sa vieille poignée. Cette vieille poignée qui ouvrait un vieux tiroir. Un vieux tiroir avec sa poussière.
D’un coup sec, elle l’ouvrit.
Le sol tremblait sous ses pas. Elle finit par fléchir les genoux. Une main sur la poignée, l’autre sur le cœur. Il se serrait à chacune de ses expirations. Elle avait si mal. Quelque chose l’appelait de l’intérieur de la commode.
« Maman, maman. » 
Elle lâcha la poignée d’un geste vif. Se bouchant les oreilles pour ne pas l’entendre. Mais le bruit s’intensifiait, il venait combler le vide de la pièce. Elle ne pouvait plus l’ignorer. Il était là, au fond du tiroir.  Il était là, recroquevillé sur lui-même, attendant qu’elle l’accepte enfin. Elle finit par céder. Céder à ses années d’oublis, à ce souvenir enterré.
Il y eu un long silence. Le tour de l’horloge était à nouveau figé. Enfin, elle ouvrit le tiroir. Son souvenir était plein de poussière. Elle le prit dans ses bras. Elle était à nouveau une mère. Une mère qui portait son enfant pour la dernière fois. Il était si petit. A l’époque, il avait germé dans son ventre comme un parasite. Résultat d’un amour qui s’était fané trop vite. Et si au départ sa douleur était si grande. Si au départ elle avait détestait ce qui avait pris racine dans son ventre, elle avait fini par s’y habituer. Par lui parler, lui raconter des histoires. Elle avait appris à l’aimer. De nombreuses fois, elle s’était évadée dans un futur pas encore né.
 C’était un jour comme un autre qu’elle l’avait perdu. A droite, dans la chambre vide de souvenirs à venir.

Entre ses bras, s’endormaient à présent, sa dernière pensée.
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Germinoscope

Au départ c’est doux comme un duvet.
Ça a le gout de crêpes et de chocolat chaud.
Ça vient comme un pansement.
C’est agréable.
Et ça change. C’est brutal.
Sa voix se ternit. Le temps a planté ses aiguilles dans sa gorge.
Ça implose, ça raisonne dans nos oreilles.
Voix plaintive qui ne nous demande qu’une chose : qu’on lui consacre de l’attention.
Mais on ne l’écoute pas. C’est trop dur.
Alors elle parle avec les mains.
On la regarde sans rien voir.
Il y a des trous partout dans sa tête et des silences dans les yeux.
Ça déraille. Tout est décousu.
Son corps se lasse.
Nous perdons sa voix de vue.
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