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Enigma

Je regarde le monde et les hommes comme une énigme. J'en suis une moi même, c'est pour cela que j'écris : pour comprendre. La création et l'imagination sont les meilleurs outils que j'ai trouvés pour y arriver.

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œuvres
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"J'aime" reçus

Œuvres

Enigma
Deux adolescents qui se cherchent. Un amour naissant contrarié par la culpabilité. Les chapitres alternent la voix de "Elle" et de "Lui".
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Défi
Enigma

Petite fille sage et timide, Alice rêvait d'être transparente. Elle souhaitait se retrouver à l'intérieur ouaté d'une des boules de verre qu'elle collectionnait. Leurs décors féeriques et miniatures étaient autant d'espaces qui la rassuraient. Ses parents s'émerveillaient d’avoir une enfant si discrète, toujours raisonnable, jamais capricieuse, une vraie poupée. Sa docilité se lisait sur son visage aux traits fins et réguliers. Ses deux sœurs avaient beau l’asticoter, elle n'entrait jamais dans leur jeu. Leur différence d’âge fit que ses aînées se désintéressèrent rapidement d’elle, lui offrant une grande tranquillité.
Elève modèle, se détournant des mauvaises fréquentations qui auraient pu l’entraîner à commettre quelques bêtises, on ne la remarquait jamais. A force de bons résultats, elle devint la meilleure de la classe et se retrouva trop exposée à ses yeux. Elle décida alors de ne plus obtenir que des notes moyennes pour rester dans l’anonymat.
Adolescente, son caractère réservé s'affirma. Régulièrement sur ses bulletins scolaires, lui était reproché son manque de participation, considéré comme un handicap pour sa vie future selon ses professeurs. Elle passa ses années collège à raser les murs, esquivant les meutes sauvages de ses congénères. Solitaire, elle développa un monde intime riche, peuplé de musique et de littérature. Elle conversait en secret avec les héroïnes romantiques de ses romans préférés, ses seules amies.
A l'aube de ses seize ans, il lui devint impossible de passer inaperçue au lycée. Sa silhouette se féminisa à outrance. Elancé, possédant les formes épanouies aux endroits stratégiques, son corps attirait les remarques des garçons, ce qui la mettait très mal à l'aise. Pour que cela cesse, il lui fallait se caser au plus vite, histoire d'être à l'abri des convoitises. Ses hormones étant de la partie, son désir d’invisibilité s’estompa au profit de celui de devenir un jour maman. Son aura mystérieuse lui permit d'accaparer le plus séduisant jeune homme de sa promotion provoquant la jalousie de toutes les pimbêches du coin.
Adulte, elle se débrouilla pour trouver un travail administratif ne demandant pas trop de contact avec les gens. Elle aima se rendre dans son bureau qu'elle avait aménagé comme un petit cocon jusqu'au jour où elle donna naissance à son enfant. Dès lors, elle se consacra entièrement à son éducation avec bonheur. De retour dans la vie active, elle n’eut droit qu’à un poste subalterne, bien contente qu’on la reprenne... Elle s'en contenta, elle n’était pas du genre à faire de vagues, et n’espérait aucune promotion.
Sa fille finit par prendre son envol, il fallait bien qu’elle vive sa vie. Alice souffrit en silence et ne dit plus jamais un seul mot. Son monde se fissurait.
Lorsque son mari, lassé de vivre avec une personne mutique, s'installa avec une autre femme, elle resta sur sa réserve légendaire. Petit à petit, elle se retira du monde et s’éteignit comme la flamme d’une chandelle.
Peu après la disparition d'Alice, sa fille découvrit des milliers d'écrits de sa main. Toutes les paroles qu'elle n'avait plus prononcées, étaient couchées sur le papier. La jeune femme, devenue sculptrice, créa un arbre en métal d'acier qu'elle installa sur la tombe de sa mère. Elle y accrocha en guise de feuillage, les textes maternels. Quelques pages furent lues par les visiteurs du lieu, curieux et admiratifs de cette oeuvre d'art et de la personne qui l'avait suscitée. Exposés aux aléas du temps, les mots s'effacèrent, les feuilles s'envolèrent, transportées au gré des vents et du hasard, jusqu'à de rares lecteurs ignorant tout de cette histoire.

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Défi
Enigma


Les derniers cartons vidés, Gabriella s’accorda une petite pause. Tout en sirotant son café, elle contemplait la décoration, pensée avec soin afin de conserver l'esprit ancien de la maison. Murs de pierre, tomettes rouges et charpente en bois se mariaient à des tissus et du mobilier plus contemporains, aux tons et aux lignes épurés. Son bureau surtout l'enchantait, encadrée par deux hautes bibliothèques, une vaste table occupait le centre de la pièce baignée de lumière grâce à une grande verrière. La vue sur le parc serait le cadre parfait pour imaginer ses futurs romans.

Hypnotisée par le feu crépitant dans l’âtre, elle savourait son nouveau bonheur. Cette maison la fascinait lorsqu’elle était petite fille et que son père y exerçait son métier de jardinier. Le rêve de son enfance devenait à présent réalité.
Gabriella organisait son déménagement à Rochepierre, depuis plusieurs mois, souhaitant se rapprocher de sa mère qui, à quatre-vingt-cinq ans, montrait quelques signes de sénilité et résidait seule dans son village natal du sud de la France.

Pourtant, une autre motivation moins avouable lui trottait dans la tête, vielle de quarante-sept ans celle-là. Écrire avait été une tentative d’exorcisme avortée. Depuis quelques temps, l’espèce de mouvement qui flottait dans l’air, avait réveillé une vieille blessure. Comme ces femmes courageuses qui avaient mis en avant les comportements abusifs de personnalités masculines, elle voulait faire éclater sa vérité.
Le sujet du harcèlement sexuel occupait tous les esprits qui finissaient par s’échauffer. Récemment, dans une brasserie du centre de Paris où la romancière avait ses habitudes, ces voisins de table en discutaient. Un des convives déclarait réfléchir à deux fois avant de monter dans un ascenseur seul avec une femme, craignant de se voir accusé à tort. Gabriella n’avait pas résisté à l’envie de lui clouer le bec :
- Bienvenu dans le monde des femmes, monsieur ! Sachez que n’importe quelle jeune femme a les mêmes hésitations mais ce n’est pas l’accusation qu’elle craint, elle, mais l’agression verbale ou pire !
Après cette tirade, Gabriella s’était levée, suivie de sa fille aînée, Aline, qui avait enfoncé le clou :
- Et ce n’est pas la peine de nous suivre des yeux en fixant mon « cul de déesse » comme vous l’avez qualifié à mon arrivée si discrètement. L’addition est pour ces gentlemans ! avait-elle ajouté à l’intention du serveur qui les connaissait bien. Les clients interloqués en étaient restés bouche bée. Elles avaient beaucoup ri de leur audace sur le chemin du retour.
Gabriella avait subit des pressions machistes tout au long de sa vie comme la plupart de ses amies. Blonde aux yeux bleus, fine et élancée, son physique avantageux, s’il lui avait assuré de nombreux succès amoureux, l’avait desservie au moment d’être prise au sérieux dans son milieu professionnel. Elle avait dû se battre pour exister en tant qu'auteure d'une littérature exigeante.
Quant à Aline, elle connaissait par cœur ces boniments déguisés en compliments et n’hésitait pas à répondre vertement, au contraire de sa mère au même âge. Avocate, elle aussi avait dû s’imposer dans un milieu masculin.


La sonnerie de son portable tira Gabriella de ses réflexions. Marie-France, son éditrice, partie tôt le matin de Paris en voiture, l’avertissait de son arrivée imminente.
Marie-France arriva vers dix-sept heures au volant de sa BMW hybride. Gabriella l’accueillit avec chaleur et lui fit visiter les lieux.
- C’est un véritable havre de paix ! Un lieu parfait pour une écrivaine en panne d’inspiration. Le calme et la beauté de la nature suscitent en général des états de sérénité bénéfiques à la création, tu as bien fait de venir t’enterrer ici ! s’enthousiasma à demi, l’éditrice en citadine chevronnée.
- Viens je vais te présenter à maman, tu comprendras mon empressement à venir m’installer ici.
Au fond du jardin elles aperçurent la frêle silhouette de Marie assise sur la balançoire. Ses cheveux blancs tirés en chignon, sa robe claire vaporeuse lui donnaient l’allure d’une ballerine sans âge. Ses yeux d'un bleu délavé lui donnaient un regard absent. A leur approche, la vieille femme se lèva, leur fit une révérence et minauda d’une toute petite voix à l’adresse de sa fille :

- Maman, où étais-tu ? J’étais inquiète !
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Avec Laissez-nous rêver ! Réflexions autour du scénario et de la construction du récit, L'abîme, Chercher l'inconnue, Sombre parfum, Ça t'ennuie si je"nous"cite ?, Gris souris...
Avec Mes amis ne savent pas lire, Réflexions sur l'écriture, L'Evasion, La faim justifie les moyens, Un matin comme les autres, Obsolescence, La femme en tenssssion, Le livre des femmes (ou Les lucifériennes)...
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