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T

3
œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
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La journée était tendre et grise, les mœurs étaient douces, presque lancinantes ... Un petit peu farceuses.
Moi, je voulais marcher. J'avais envie de marcher seul. Non pas pour fuir les autres, mais pour me retrouver un peu avec moi-même.
Alors je pris mon sac, j'enfilai mes chaussures, et je commencai ma pérégrination. J'avançais. Besançon m'offrait un lundi de Pâques calme et serein. Les gens heureux d'avoir changé le jour malaimé de la semaine en un jour de partage et de repos. Le ciel, comme à son habitude pour ce jour saint était grisâtre et encombré. Mais la lumière perçait la dentelle des nuages avec tendresse. Il n'y avait ni ombres, ni éclats.
Je descendis du haut de ma colline à grands pas, prenant soin d'éviter mes itinéraires habituels afin d'avoir le plaisir de découvrir de nouveaux coins de ville. Je voulais voir Besançon sous toutes ses coutures. Ainsi je dégotai le parc des Chaprais. Il était vide et apaisant. Il y avait près d'un banc une boîte à livres, alors j'en pris deux, mais je n'en laissais moi-même aucun. Pour une amie étrangère le premier, un simple livre d'exercices de grammaire. Pour moi, "Hector Servadac" de Jules Verne, puisque j'étais d'humeur voyageuse. De plus, l'édition comportait des gravures, chose que je trouve fort appréciable dans tout ouvrage. Il est parfois bon de pouvoir reposer ses yeux perdus dans les lignes, entre les lignes s’il commence à faire tard.
Continuant mon chemin, je finis par arriver sur les berges du Doubs. De "nombreux" passants s'y promenaient. Ils étaient de ceux qui ne sont pas vraiment des marcheurs, ceux qui ont peur des sentiers qui se perdent dans les bois, des méandres des collines. Ils aiment avoir une seule route et surtout la voir de loin comme une assurance à leur bon non-détour. Moi, j'aime les petits chemins qui sont comme des labyrinthes de caprices ; ceux qui tournent autour du pot, ceux qui chatouillent les ruisseaux et parfois s'endorment dans les fourrés, laissant le soin au marcheur de tracer lui-même le détour de ses rêves.
M'éloignant des quais, j'arrivai enfin au véritable début de la marche. J'avais choisi parmi mes cartes le circuit de la Chapelle des Buis. Un peu par hasard, beaucoup par plaisance pour le nom. J'étais certain que j'y trouverais un peu de ces paysages larges que j'apprécie tant, mais aussi des morceaux de vallées enclavées.
Le circuit commençait par une ascension accordéonesque vers le dos de la citadelle. Les pentes abruptes du coteau proposaient pour encouragement des versants foisonnants de verdure dont certains, tapissés de ciboulette, ne pouvaient que ralentir mon parcours, car j'adore le pesto à la ciboulette. Une fois les poches bien remplies, j'entamai la suite de l'ascension. Je grimpais vite et tout en sauts. Au sommet, le choix entre deux itinéraires s'offrait à moi. Une sympathique et inutile petite boucle et le chemin traditionnel. Je pris bien entendu le détour. Le choix était pertinent, car bientôt je me retrouvai dans une prairie ouverte, avec à ma guise une large vue sur la cité, et un horizon de tranquillité ; l'endroit idéal pour dormir à la belle étoile, jouer de la musique, rêver un peu, faire l'amour dans l'herbe. Des insectes grimperaient sur nos corps nus, et ça nous ferait beaucoup rire. Puis des vagabonds nocturnes nous surprendrait, et ça nous ferait plus rire encore.
De retour sur le chemin principal. J'avance vite, j'ai beaucoup de plaisir, il y a peu de randonneurs, quelques marcheurs. J'ai un petit peu soif ; mais pas de bouteille dans mon sac. Juste quelques clémentines... Je savais pourtant pertinemment en partant que je n'avais pas pris de bouteille avec moi... Je savais que j'aurais soif un moment et que ma gorge me serrerait. Mais bon.
Et cheminant, sillonnant encore, la route montait toujours plus haut sur les versants de la vallée du Doubs. La dernière pente menant à la fameuse chapelle était malheureusement asphaltée. En contrepartie, elle était ponctuée sur tout son long d'énigmatiques stèles blanches en métal, qui par leur vocation chrétienne n'en étaient pas moins d'une esthétique très plaisante. Elles s'accordaient bien au bois de buis mort et mousseux, et accompagnaient mon chemin impie de pieuses paroles. Et de pieux en épieux, voilà que déjà je me retrouvai face à la nommée Chapelle des Buis.
Elle était petite, mais néanmoins courageusement pendue au bord du vide. Un belvédère offrait à la vue des pèlerins la fresque d'un paysage mi-citadin, mi-naturel, si caractéristique de la bourgade bisontine. Je voulus bien entendu m'approcher de la rambarde pour m'enivrer de ce tableau ; mais j'aperçus en m'avançant qu'au détour du porche de l'église étaient posés deux individus. Il s'agissait de deux motards, un homme et une femme. Un homme et sa femme : ils étaient posément assis l'un contre l'autre près du vide, le regard perdu dans le lointain et les mains liées. Etant pudique en sentiments, je les laissais à leur cloître de douceur et de recueillement amoureux.
Alors je me dis que je pourrais aller jeter un coup d'œil à l'intérieur de la chapelle en attendant la fin de leurs enlaçades. Il fallait pour cela passer par une petite porte latérale. Je poussai la paroi de bois, et arrivai dans l'édifice par la travée de droite. Et bien que je sois tout intimidé d'entrer dans ce lieu de religion où je n'étais pas à ma place, je fus immédiatement attiré par l'agréable lumière colorée qui, projetée par les vitraux, dessinait sur les pierres de mystérieux tableaux. Je fis quelques pas ; j'étais seul. Alors j'en fis quelques autres. La nef était modeste et blanche. Au sol, quelques mètres carrés de tapis rouge agrémentaient les dalles de pierre d'une molle couverture. Au milieu se trouvait un pupitre qui supportait une bible. Des chaises en bois avaient été disposées tout autour en un cercle. Je me dis que c'était une façon peu habituelle d'exercer sa foi de nos jours ; mais tellement plus accessible. Être face aux autres... Devoir assumer le retour de regard de son voisin si on choisit de le regarder. Je fus touché par ce lieu, car bien que la liturgie accomplie y était invisible, ses traces n'en n'étaient pas moins vivantes. Tous les détails respiraient l'humilité. Et comme j'étais ému et serein dans ma solitude, je m'autorisai à explorer les textes adressés par les hôtes à leurs invités.
"Visiteur de passage...
Pèlerin d'un moment
Qui que tu sois... Les Frères Franciscains sont heureux de t'accueillir.
Tu arrives sur la colline des Buis,
Lieu propice à la prière, au recueillement et à la contemplation.
Ce lieu voudrait déjà te rappeler
Que rien n'est plus précieux
Que ta présence, ta personne et l'être humain que tu es.
Ce lieu est aussi le reflet
De ce que les générations précédentes nous ont laissé.
Témoins de leur Foi en Dieu,
Ils ont porté devant Lui leurs joies, leurs peines
Et leurs Espérances.
Ici ils ont élevé leur Foi au Christ Vivant et Ressuscité.
C'est cette même Foi que nous continuons
De célébrer aujourd'hui.
Que ce lieu te permette de découvrir
Un regard d'Amour qui se pose sur toi,
Un cœur assoiffé qui te cherche,
Un silence amoureux qui frappe à la porte de ton cœur.
Car l'Hôte intérieur désire venir loger chez toi.
Visiteur de passage,
Pèlerin d'un moment,
Sois le Bienvenu.
Puisses-tu ici ressentir ou découvrir
La présence discrète de Dieu
Et son Amour pour toi."
Ce texte était relativement invasif, et je sentais ma pudeur émotionnelle mise à mal. Mais je suis toujours intéressé par ce qui me dérange : ce qui bouscule a aussi le pouvoir de transporter. Et comme il se pourrait qu'éventuellement je fusse un amoureux du voyage, peut-être la lecture du second texte ne serait-elle pas que la perte d'un instant de vie, mais aussi la porte vers des réflexions intéressantes. Ou peut-être me blaserait-elle, peut-être me donnerait-elle une envie folle de discourir. Mais dans ce lieu la parole n'avait pas sa place. Alors je laissai un petit témoignage de mon passage. Une petite offrande textuelle, un petit message. Ou bien était-ce une prière. Je ne l'ai pas gardé, je veux l'oublier. Le laisser comme une parole se perdre dans le temps.
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Un souvenir qui émerge
Un sursaut dans le vent
Des mains liées
Mais libres dans la brise
Enfermées dans leur promesse
Tordues d'interdits
Ongles rongés par l'envie
Tremblements d'attentes
Et grondements de colère
Phalanges en discorde
Spasmes contenus

Mais c'était le bon vieux temps.
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Défi
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Il faut que j’écrive. Je viens de vivre une montagne russe psychique. Je suis terrifié. Je suis en l’espace d’un instant passé du blanc au noir, et je ne comprends pas comment. J’avais décidé de ne plus écrire pendant un petit temps après ce qu’il s’était passé l’autre jour. Après tous ces conflits avec Elle. Je pensais que c’était le bon moyen de m’en sortir ; de sortir de moi ; de sortir du marécage putride qui me sert de conscience. Mais force est de constater que non. Je suis au contraire plongé dans le désarroi et l’incompréhension. J’ai peur. Une grosse angoisse terrifiante. Je m’en suis vidé les tripes. J’ai vraiment eu si peur que je m’en suis vidé les tripes.
Alors je vais tout raconter, tout écrire. Sinon je vais m’envoler et disparaitre.
Que s’est-il passé… La matinée était pourtant superbe. Le soleil baignant la pièce d’or avait réchauffé le canapé sur lequel je me languissais en dégustant mon café. Tout était parfait : la tranquillité, la vue sur les arbres, le silence ponctué de chants d’oiseaux, et du temps à gaspiller à volonté. J’étais dans une si agréable ambiance que mon bien-être m’a fait me sentir génial, invincible presque. Mon ventre infiniment détendu me faisait chanter des airs démodés. J’ai un peu dansé seul. Puis j’ai regagné le canapé.
Mais me suis mis à penser. Et je n’ai plus fait que penser. J’étais en apnée dans mes songes. Je réfléchissais à ma vie fraichement commencée dans cette nouvelle ville, à quelques évènements récents. Mon existence ici est vraiment propre comme un sou neuf. Si complète. Trop complète. Sans points d’ancrage, elle s’est imposée à moi comme un mirage. Je me suis dit que le passé aurait tout aussi bien pu ne pas exister.
J’ai pensé à Elle. J’ai essayé d’imaginer ce qu’il y avait devant nous. Et je ne voyais pas. Je ne voyais rien d’autre que les profondeurs et la vase.
Je fus soudainement pris d’un spasme. J’avais oublié de remonter pour respirer. Je me suis dit : « Je suis en train de me noyer ». Non. Je refusais. Une résurgence en moi me souleva vers la surface. Mais en remontant… je pensais encore. Je n’arrive pas trop à décrire le courant de mes pensées alors.
- Je crois que je me suis peut-être enfin trouvé. Je suis aujourd’hui qui j’ai toujours voulu être.
- Déjà ? En Elle ? Ici ?
- Peut-être…
- Mais alors… à quoi bon continuer ? Tu es arrivé au bout de la route. Tu n’as plus aucun chemin à parcourir.
- Oui… En fait je disparaitrais bien. Pourquoi ne pas clore le chapitre de ma vaine existence.
- Mais franchement, pourquoi pas ! La fenêtre est si proche, la baignoire si remplie ! Les rues grouillent de voitures roulant à toute vitesse et de trains sillonnant les champs, tranchant les forêts. Et en eux, tous ces gens qui n’attendent qu’une chose : te bouffer. Ils sont là, prêt à t’enfoncer la tête sous l’eau chaque fois qu’enfin tu te laisses aller à t’offrir dans leurs yeux, et à croire naïvement qu’ils vont te comprendre et t’aumôner un peu d’amour. Franchement… Pourquoi pas.
Et là ce réveil, ce vertige, cette peur. J’étais toujours immergé, j’étais en train de planer au-dessus d’une faille profonde. Je ne pouvais qu’à peine apercevoir la surface miroiter loin au-dessus de ma tête. Je ne voyais pas le fond… Et j’avais l’impression qu’il allait m’aspirer.
- Stop. Ressaisis-toi. Calme-toi. Je refuse de tomber dans la folie !
Et finalement je me suis dit que peut-être, l’absinthe et la caféine ne faisaient pas bon ménage.
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Par besoin, celui d'exprimer par la plume ce que je ne peux dire par ma parole. Par désir, celui de partager mon monde intérieur avec de fureteurs badauds. Par chemin, celui sur lequel je m'efforce de laisser des traces de mon passage.
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