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Eric Galland

Les auteurs sont différents, pourtant ils partagent les mêmes besoins :

- se motiver
- être inspiré
- savoir construire des intrigues captivantes
- donner vie à des personnages inoubliables…

C’est ce constat qui m’a lancé dans l’accompagnement d’auteurs (je donnais alors des cours de philosophie, avec un pied dans le cinéma).
Depuis plus de 10 ans, j’apporte aux auteurs une expertise dramaturgique (construction, mise en scène, description…) tout en stimulant leur motivation.

C’est ce que je propose désormais sur le site Ecrire un Roman. En m'inscrivant sur Scribay, je viens surtout lire les histoires, découvrir de nouveaux auteurs.
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Œuvres

Eric Galland

Essentielles à l'écriture, les descriptions délectent les sens… mais peuvent aussi écœurer quand on s’y prend mal. Raffinées, elles ralentissent l’intrigue, la fragmentent, font baisser la tension dramatique… 
Alors, à quoi bon écrire des pages que les lecteurs survoleront ou sauteront ? Faudrait-il s’en passer, à la grande frustration de l’auteur et au risque d’un récit sec et trop abstrait ?
C’est le dilemme de David, 19 ans, étudiant en psychologie, qui a débuté son roman fantastique mi-avril et qui m'écrit :

« (…) Pour avoir lu Le Père Goriot ou Madame Bovary, je sais qu'une description trop pointilleuse peut vite lasser le lecteur et encore plus la jeunesse, qui est le public que je cherche à viser. Auriez-vous un conseil pour réussir à gérer une imagination que ne demande qu'à retranscrire ce qu'elle voit sans pour autant assommer les lecteurs ? Est-ce que commencer un roman avec de la description est le meilleur choix à faire ? Étant donné que mon roman est fantastique et dans un monde complètement imaginaire, suis-je en tort de trop décrire le monde environnant ? Je vous laisse une partie de mon incipit, en espérant qu'elle vous plaise et que vous sachiez me conseiller sur mon travail.
***

« 1* – L’air frais caressait mon visage. J’inspirais profondément pour mettre tout mon corps en éveil, sentir le vent dans mon nez, ainsi que la fraîcheur dans mes poumons qui gonflaient et dégonflaient. L’herbe dans laquelle je m’étais allongé me caressait les mains ainsi que la nuque. Les chants des oiseaux Porteur de paix, volaient dans le ciel afin d’ajouter à cette après-midi ensoleillée une douce mélodie. Au-dessus de moi, les nuages s’amusaient à changer de couleur, passant du rouge au blanc, puis au violet en passant par le jaune sans oublier le turquoise. 
2 – Bien qu’ils soient en minorité face au ciel si bleu de ce matin d’automne, la touche colorée de ces nuages éveillait ma curiosité. 
Dans ce monde appelé ‘Denbora'ez’, tout n’était que magie et intrigue pour les enfants de 15 ans comme moi qui rêvaient d’aventure, mais dont les fantasmes n’étaient que des rêves... J’ai toujours voulu découvrir ce monde, sortir de chez moi, loin de mes parents et rencontrer d’autres peuples, découvrir des cultures, et pourquoi pas un peu de magie ? Je m’asseyais dans l’herbe, afin de contempler une dernière fois le tableau qui s’offrait à moi depuis la plaine ascendante d’où j’étais situé. Bientôt je devrais retourner à la réalité et rentrer à la maison...
3 — Deux montagnes en pics se dressaient au loin devant moi tel un mur. Un mur qui refusait mon passage ? Un mur qui voulait me défier de le franchir ? Quoi que ces deux montagnes essayaient de me dire, je les admirais tel un enfant devant un sapin de Noël. Je m’amusais souvent à imaginer ce qui pouvait exister, derrière ces lieux appelés Hauts Perchoirs. Mes parents n’en savaient rien et m’ont souvent reproché mes grandes rêveries comme s’il s’agissait de quelque chose d’illégal. Mon ami Stanislas pensait que derrière ces montagnes se trouvait un lieu horrible, de débauche et de perversion ! Un lieu où Dieu n’oserait pas poser les pieds. Cependant, la journée était trop belle pour penser au malheur qui pouvait se trouver de l’autre côté de ce mur et je préférais en imaginer une utopie. Un lieu de magie, un lieu de liberté, un lieu où nous n’aurions pas peur de vivre, où tout le mal du monde n’avait pas sa place. Un lieu où la tristesse et la maladie n’existaient pas... À cette pensée, je me sentais en communion avec ce qui m’entourait. J’avais la sensation d’être aussi léger que l’air qui me portait dans une danse folle entre les nuages colorés et les oiseaux qui volaient sur le dos. »


 (*J'ai ajouté les numéros pour faciliter le commentaire)


Première remarque sur le passage : seul le début (1.) est une description à proprement parler. Elle est utile, car elle révèle l’éveil sensoriel et sensuel du narrateur adolescent.
Mais elle mériterait d’être condensée pour en accroître la saveur.
Passons les verbes en revue : L’air frais caressait mon visage. J’inspirais profondément pour mettre tout mon corps en éveil, sentir le vent dans mon nez, ainsi que la fraîcheur dans mes poumons qui gonflaient et dégonflaient. L’herbe dans laquelle je m’étais allongé me caressait les mains ainsi que la nuque. Les chants des oiseaux Porteur de paix, volaient dans le ciel afin d’ajouter à cette après-midi ensoleillée une douce mélodie. Au-dessus de moi, les nuages s’amusaient à changer de couleur, passant du rouge au blanc, puis au violet en passant par le jaune sans oublier le turquoise.
"caresser, inspirer, mettre, sentir, gonfler, dégonfler, s’allonger, caresser, voler, ajouter, passer, passer, oublier."
On remarque tout de suite les répétitions (caresser, passer) et la faiblesse des verbes. J’entends par là leur banalité : ils n’apportent pas plus que la simple sensation. Sauf, peut-être, le « s’amusaient » pour les nuages.
Voyons comment l'auteur pourrait reprendre ce passage. Pour cela, il faut revenir un peu en amont.

Listons d’abord les différents champs lexicaux exploités pour nous en inspirer. caresser, corps en éveil, gonfler, s’allonger…
=> sensualité, plaisir, volupté, désir (désir qu’on retrouvera plus bas en 3. dans son côté négatif de débauche et de perversion, et, dans le désir d’aventure et de défi) air, inspiration, vent, chants, voler, mélodie, amusement
=> Légèreté, insouciance, jeu frais, caresser, inspirer, fraîcheur, nez, poumons
=> Vitalité, sensation


Nous pourrons creuser dans ces trois directions et y puiser des verbes riches, par proxémie. 
Ces trois champs sont déjà très proches. La sensualité, le jeu et la vitalité vont ensemble, ils se renforcent mutuellement. Les tresser unifiera l’incipit et captivera les adolescents qui vivent la même chose (et les adultes par la même occasion, car ils ne sont pas si loin).
Visualisons la scène : le narrateur est allongé dans l’herbe et regarde le ciel en écoutant les oiseaux. Il se rend attentif, réceptif. Il fait frais sous le soleil. Les nuages se colorent de nuances étranges (et ce n’est pas dû à une consommation de stupéfiants ; c’est un monde fantastique).
Il pourrait être intéressant par exemple de montrer la vitalité de la nature environnante, parler de montée de sève (ou équivalent dans ce monde fantastique), de sentir vibrer, frémir l’herbe gorgée de vie et la voir onduler de plaisir sous les caresses du vent, observer avec délectation les puissants nuages bourgeonner et s’embrasser en mêlant leurs couleurs...
On aimerait, bien sûr, ressentir l’enivrement du narrateur qui s’abandonne à cette sensualité de la nature et s’y éveille.
Cela demande une certaine progression structurelle, qu’on puisse assister à une sorte d’orgasme vers la fin de la scène. 
Attention, encore une fois, il ne s’agit pas d’érotisme au sens propre, mais de plaisir sensible, voire d’une contemplation quasi mystique.
L’équilibre est subtil. Mais je pense qu’il ne faut pas trop se restreindre dans un premier temps. Oser l’excès, pour en garder l’essence à la réécriture.
Peut-être que la coupe claire n'en laissera que la moitié : tant que c'est le meilleur, qui s'en plaindra ?
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Eric Galland
Arrivez-vous à sentir l'odeur de vos textes ? Savez-vous reconnaître la personnalité que vos lecteurs chercheront dans vos écrits ?
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Eric Galland

Il n'est pas toujours facile de se vendre.
Cette semaine, j’ai reçu le message ci-dessous. Comme je lis tout ce qu’on m’envoie sur Ecrire-un-roman.com, j’ai vaillamment attaqué le morceau. Mais j’avoue… j’ai rapidement décroché.
Du coup, je me suis dit que ça pourrait être intéressant d’en parler avec vous dans cette « Lettre du Dimanche » : nous verrons quelques principes de base pour vous vendre, c’est-à-dire pour être lu.
Mais revenons à ce message (je ne vous mets que le début) :
Objet : Contact
Corps du message : Je crois que pour un écrivain, il n’y a rien de pire que de ne pas être publié. Et encore plus, lorsque celui-ci commence à avoir une certaine notoriété via des médias « périphériques ». Je crois qu’il n’y a rien de pire également, pour un écrivain, de se sentir perdu au milieu d’une multitude d’autres qui ne considèrent cette vocation que comme un « à coté » ; qui ne le voient que comme un « passe-temps », et qui atteignent moins de personnes qu’ils ne l’espèrent. Mais qui, malgré tout, sont édités, diffusés, appuyés, accompagnés par des maisons d’éditions.
Combien de fois, ai-je constaté que celles-ci prenaient sous leur aile des auteurs sans envergure, sans imagination, sans talent ? Combien de fois ai-je remarqué ces « romanciers », « nouvellistes », ces « chroniqueurs » qui pullulent ici et ailleurs, dont les textes sont truffés de fautes d’orthographe, de grammaire, de longueurs, de répétitions, etc., et qui réussissent à se faire approcher par des maisons d’éditions ? Des dizaines de fois ? Des centaines de fois ? Probablement. Chaque jour, lorsque je parcours les murs qui défilent à l’orée du mien, ou quand je passe quelques minutes dans les différents groupes ou forums-Internet auxquels je suis affiliés, j’en croise régulièrement. Parfois même, je suis écœuré de me rendre compte à quel point la langue française est ainsi torturée, galvaudée, malmenée, par des personnes qui se prétendent « auteurs ». Et malheureusement, ce n’est pas l’apanage des réseaux sociaux ou des forums-Internet. Y compris à l’intérieur de nos quotidiens papier, de livres rédigés par des romanciers connus et reconnus, je tombe de temps en temps sur des « coquilles » et des « barbarismes » qui auraient de quoi faire hurler n’importe quel professeur de français un tant sois peu sérieux.
Et pourtant, parce que ce sont des noms qui « font vendre », nul n’y prête attention. Les correcteurs des grandes maisons d’éditions qui les diffusent, laissent passer ce qu’ils ne tolèrent pas pour un écrivain anonyme. Je dis cela, mais je suis loin d’être le seul à subir cette sorte de « diktat » de leur part. Quant à ceux et celles qui écrivent et qui sont publiés par de petites maisons d’édition, j’ai le regret d’avouer que le plus souvent, leurs récits sont, au mieux, passables, au pire, rebattus. Souvent ? Ils n’ont aucune originalité ; ils n’ont pas de profondeur ; leur empreinte stylistique est sans envergure. C’est affligeant…
Le message continue comme ça longtemps. 
C’est simple, pour avoir une idée de la longueur, il suffit d’ajouter ce passage… 28 fois !


Bon, relevons nos manches et trouvons de suite les points forts de sa démarche.
• L’auteur n’écrit pas trop mal.
• Il raconte son histoire avec sincérité.
• Il proclame son amour blessé de la langue française et de l’écriture.
• Il positionne son « adversaire » (j’y reviendrai plus bas).
• Il annonce être lu par beaucoup de monde.
• Ce qu’il dénonce est vrai (en partie du moins, mais c’est suffisant).


Il reste quelques fautes d’accord, répétitions et autres détails (par exemple, au pluriel « maisons d’édition » ne prend pas de s à édition). Cela serait passé inaperçu s’il n’avait pas autant chargé les « chroniqueurs ». Mais ce n’est pas très grave.


La question importante est… pourquoi suis-je resté en dehors de son histoire ? Pourquoi n’ai-je pas été saisi par cet auteur ?
Car il ne faudrait pas se tromper : ce n’est pas la taille qui m’a refroidi : d’une part, je n’avais pas mesuré la longueur en commençant, et, d’autre part, un texte captivant, on le lit jusqu’au bout, quelle que soit sa taille.
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