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Romain Le Bon

Vaucluse.
"Nous nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prisons. Mais on peut aussi créer sa propre liberté." Robin Hobb
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
Romain Le Bon



        Cher Génie-dont-je-ne-connais-pas-le-nom,


    Cela fait très longtemps, trop même, que je suis à ta recherche. J'ai tout essayé, je suis même allé porter plainte contre toi pour une agression imaginaire (quoique ce que tu m'as fait est bien pire !) dans le but de te retrouver. Rien à faire, tu es introuvable ! Alors en dernier recours, je t'écris cette lettre en plusieurs exemplaires. Une que je vais brûler dans ma cheminée, une que je vais laisser dans une vieille lampe à pétrole, deux que je vais jeter dans la Seine, quatre que je vais poser dans la ruelle dans laquelle je t'ai rencontré, et quelques centaines que je vais disperser dans tout Paris. Si tu n'as pas quitté la capitale, tu tomberas forcément sur l'une d'entre elles !
    Bon, maintenant, venons en directement au fait ! Je sais même pas si tu te souviens de moi, c'était il y a 7 ans, je sortais d'un bar où je venais de rencontrer une charmante jeune fille qui semblait être bien partie pour être la bonne, et je me rendais chez moi. J'avançais rapidement, bon d'accord, je courrais, parce que depuis le début de la soirée, j'avais mal au ventre. Très mal au ventre. C'est à ce moment là, que toi, Monsieur le Génie-dont-je-ne-connais-pas-le-nom m'a attrapé par le bras. Tu m'as dit (je cite) "Bonjour monsieur, ne courrez plus, je suis un génie, et je peux réaliser tous vos souhaits, dites m'en seulement un, et je vous l'exaucerai, c'est gratuit". Si tu savais tous les dingos que l'on peut rencontrer dans Paris, tu choisirais une autre approche, parce que franchement, comment voulais-tu que je te prenne au sérieux ? Alors je t'ai répondu (je cite) "J'aimerai ne plus avoir besoin d'aller aux toilettes de toute ma vie" et j'ai filé, vite, avant même que tu me répondes. Le problème c'est que ça a fonctionné.
    Laisse moi seulement t'expliquer l'enfer dans lequel je vis. Je n'ai plus fait mes besoins naturels depuis 7 ans. Pas une seule fois. Je n'en ai tout simplement pas envie. Où tout ça part, j'en ai aucune idée, mais je ne grossis pas, c'est le principal. Alors, oui, dit comme ça, tu vas me demander de quoi je me plains ! Mais de tout figure toi ! Comment je fais pour remplir ce foutu petit bocal qu'on nous passe à chaque visite médicale ? Comment je fais pour ne pas éveiller de soupçon envers la caissière du supermarché de la rue en bas de chez moi, elle est magnifique, je pense qu'elle pourrait être la bonne, mais hic, étant donné que je ne veux passer que devant ses beaux yeux, les siens ne voient jamais passer de papier toilette sur le tapis roulant, alors qu'est ce qu'elle va finir par penser ? Mais surtout comment je fais pour garder une relation longue avec une fille ? Parce que le problème, c'est que je ne peux entrer dans aucune toilette, aucune sans être pris de vertige et de frôler l'évanouissement ! Alors, sortir avec une nana, ça va, mais rester avec elle, non, parce qu'elle ne me voit jamais aller aux WC, jamais. Jamais je ne peux me lever la nuit pour me rendre au petit coin, jamais, en me levant, je vais me rendre faire la petite ou la grosse commission, jamais je ne fais de pause pipi au boulot. Comment voudrais-tu qu'une fille accepte ma petite particularité sans me prendre pour un fou ?
    Laisse moi te raconter deux, non, trois anecdotes pour que tu comprennes mieux. Une fois, j'ai enfin réussi à conclure avec une fille que j'appréciais énormément, et qui, cette fois, aurait vraiment pu être la bonne. Elle m'a posé la question au bout d'une semaine "Mais tu ne vas jamais aux toilettes ?", je lui ai répondu, en larmes, au bout de la deuxième semaine, je lui ai tout confié, ma rencontre avec toi, et cette foutue malédiction que tu m'as lancé. Elle m'a dit qu'elle me croyait, et que ça ne changerait rien entre nous. Et bien, sache, que le lendemain, elle avait fait ses valises et que je ne l'ai plus jamais revu ! Après ça, j'ai fait une grosse déprime et voulant essayer de me retirer ce "superpouvoir" je me suis enfermé dans les toilettes. C'est ma voisine qui m'a retrouvé au bout d'une semaine dans le coma, la tête dans la cuvette, celle qui me plait le plus, je pensais qu'elle pouvait même être la bonne, et bien avec elle aussi c'est foutu maintenant ! Et la dernière maintenant ! Après, trois mois de longs flirts avec une très jolie fille au travail, appréciée de tous mes collègues, et qui selon mes critères, devait être la bonne, j'ai failli conclure. Le problème, c'est qu'elle est venue me voir devant mon ordinateur en fin de journée, m'a caressé le bras, m'a glissé un "Je vais aux toilettes, si tu veux me rejoindre", elle s'est mordue la langue et s'est enfuie dans cet endroit que je déteste tant. Et bien, depuis ce jour, encore une qui ne me parle plus ! J'ai 39 ans maintenant, j'en peux plus, j'ai envie de faire pipi !
    Alors, j'ai tout essayé, j'ai pris rendez-vous dans une clinique en Suisse qui n'a jamais pu me réparer. J'ai essayé un bon nombre de médicaments, même le smecta ne fonctionne pas, et le jus de pruneau, j'en ai tellement bu, que j'ai vomi plein de fois (dans ma cuisine, évidemment). Je suis allé voir plein de marabouts et de vieilles folles, il y en a même une qui m'a obligée à me mettre nu une nuit de pleine lune, de me plonger dans une rivière recouvert de Nutella, de tourner 46 fois sur moi même, et de lui faire l'amour ensuite. Elle a failli me convaincre que ça avait fonctionné, mais là non plus, rien à faire. J'en suis venu à la conclusion que seul toi, peut me rendre à la normale. Alors je t'en supplie, lève moi cette foutue malédiction. Je t'en serais très reconnaissant, et promis, je retire ma plainte. Et les deux ou trois autres. Avec toute mon affection, monsieur le Génie-dont-je-ne-connais-pas-le-nom, je vous le demande une dernière fois, laissez moi faire caca.
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Défi
Romain Le Bon


    A travers la serrure de la porte de ta chambre, je t’observe. Je t’ai longtemps observée, j’ai l’impression d’avoir passé ma vie à le faire. Tu es devenue si belle ma petite princesse, avec ta crinière d’or qui tombe sur tes épaules. Tu ne cesses de passer tes mains à l’intérieur. Tu es nerveuse. Je le sais.

    A travers la serrure, j’ai commencé à t’observer alors que tu n’étais qu’un bébé. J’étais là, avant toi, dans cette maison, dans cette famille, mais je n’existais pas, pas encore. Tu es arrivée, et tout a commencé. J’ai veillé sur tes nuits, j’ai veillé sur tes jours. Tu as appris à marcher devant mes yeux. Nous sommes, pendant quelques instants de ta vie, devenus très proches. Te souviens-tu ? Tu me faisais plein de bisous, baveux, maman n’était pas contente, elle n’aimait pas ça, elle nous séparait à chaque fois. Ça ne nous a jamais empêché de recommencer quand elle ne regardait pas.

    A travers la serrure, je t’ai regardée t’amuser, dormir, étudier, grandir, nous éloigner. J’ai appris à m’habituer à devenir invisible à tes yeux.

    A travers la serrure, j’ai gardé tes secrets. Tu ne me prêtais plus attention depuis longtemps, mais j’étais là, à garder loin de toi, maman, papa, des secrets que tu cachais dans ton journal. Ils auraient beau avoir voulu entrer dans ta chambre pour t’espionner, je les aurai empêchés. Personne ne t’a jamais aimée comme je le fais.

    A travers la serrure, je te vois, tu es dans le salon, assise sur le canapé. L’angle n’est pas bon, je ne vois pratiquement que le mur du couloir, mais j’ai appris à m’y habituer. Tu l’attends, je le sais. J’ai entendu tes conversations avec ta meilleure amie, Claire. Non, je n’ai pas cherché à t’espionner.

    A travers la serrure, je te vois aller lui ouvrir. Lui, l’imposteur, Marc de son prénom. Je ne l’aime pas. J’étais là avant lui. Mais tu le fais entrer, un doigt devant la bouche, tu lui montres le couloir. Il comprend. Il sait que tu as un grand frère. Il devine qu’il est là, dans sa chambre. Tu penses qu’il ignore tout de la venue de l’imposteur, tu préfères rester discrète. Je te comprends, je ne dirai rien.

    A travers la serrure, je vous observe. Vous vous asseyez sur le canapé, et vous commencez. Vos lèvres se touchent, se séparent, se retrouvent, tout ça dans un ballet qui n’a pas l’air de vouloir cesser. Je n’en peux plus. J’ai envie de hurler, de le frapper. J’étais là avant lui. Il n’a pas le droit. Lentement, je le vois te toucher. Il remonte sa main sous ton t-shirt, passe l’autre dans tes cheveux. Je n’en peux plus. Moi, tu ne me regardes même plus, mais lui, tu le dévores des yeux.

    A travers la serrure, je te vois te redresser. Tu le prends par la main et tu le guides vers ta chambre. Vers moi. Je ne bougerai pas. Je ne peux pas bouger. Dans quelques secondes, ton regard va se porter sur moi. Dans quelques secondes, tu vas poser ta main sur moi. Dans quelques secondes, ce sera toi et moi.

    A travers la serrure, je te vois toute proche. Tu poses ta main sur la poignée, l’abaisses, et ouvres la porte. Ton regard se porte à ma rencontre. Je ne vois que toi, je ne le vois même pas, lui, l’imposteur, entrer à son tour. Et puis, tes doigts délicats viennent à ma rencontre. Ils me touchent. Je suis transi de bonheur. Et enfin, comme à chaque fois, tu fermes la porte, et tu me tournes dans la serrure. J’ai compris. Pour cette fois-ci encore, je serai le gardien de ce qu’il va se passer. Je serai la clef de tes secrets.

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Défi
Romain Le Bon



"Bonjour ! Non, que dis-je, bien le bonjour, enfin non, bien le bonjour gente dame, auriez-vous l'amabilité de me vendre une de vos miches ? La plus petite me convient, je laisse au prochain, le soin de prendre à pleines mains, la plus proéminente qui, je l'avoue, me tente, mais je n'ai qu'un sou, pardonnez-moi."


Elle me regarde, choquée. La bouche ouverte, le sourcil droit remonté, elle a les joues rouges, mais pas autant que moi.


"Sortez d'ici, vous êtes dans une boulangerie, monsieur, pas dans un bordel !"


Le ton est sec, cassant, énervé. Je pense que je l'ai blessé, c'est bien dommage, j'aurai dû lui demander une baguette au blé. Mais tant pis, le mal est fait, je ne veux plus de miche. Je la salue, m'incline, et la quitte. Une cliente rit derrière moi.


Dans la rue, les gens marchent, courent. Pourquoi tout le monde est toujours pressé ? Après tout ce n'est pas comme s'il pleuvait, si ? Ah bien si, il pleut. Mais qu'est ce qu'on y peut ? Se cacher sous un parapluie comme eux ? La pluie continuera quand même de tomber, et bien non, moi je continuerai de marcher, la tête mouillée s'il vous plait ! La vie est belle, il faut en profiter. Vous inquiétez pas, j'ai connu plus fou que moi.


Il me regarde. Je le regarde. Il me regarde. Je le regarde. Alors, je crie. Il devient rouge, pas autant que moi et se tourne. Je le regarde. Il ne me regarde plus. Je le regarde. Il ne me regarde pas. Mais où suis-je d'ailleurs ? Dans un bus. Vers un monde meilleur ? Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Je ne sais pas comment je suis arrivé là. Mais, un monde meilleur, il n'y en a pas. Il n'y en a plus, plus pour moi.


Je commence à pleurer. Il faut arrêter. Je suis censé être heureux. Je ne suis pas censé être malheureux. Grand mère s'est levé, et elle se tourne vers moi.


"Vous allez bien monsieur ?"


"Oui ! Non, que dis-je, je vais bien, enfin non, je vais bien gente dame, Il y a que pour moi, ce monde manque de charme, il en avait avant, mais maintenant je prends des médicaments, c'est pour aller mieux, comme ça moi aussi je pourrais finir vieux. Vous voulez un secret, je suis fou, je suis le fou, mais je n'ai pas de roi."


Grand mère me regarde un moment. Et puis, du bus, elle descend. Je la suis. Je n'ai plus envie, pour moi, la journée est finie. Alors je m'enfuis. Je cours sous la pluie, les gens me regardent, alors je crie. Je crie. Je crie. Je crie. Je suis fou, je suis le fou, mais je n'ai pas de roi. Je ne t'ai plus toi.
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Pour vider mon cerveau de toutes ces histoires qui y transitent avant que je les oublie.
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