Suivez, soutenez et aidez vos auteurs favoris

Inscrivez-vous à Scribay et tissez des liens avec vos futurs compagnons d'écriture.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
Image de profil de null

isi Dhamma

Birmanie.
Retrouvez-moi sur Twitter

Je vis dans un petit monastère de forêt, en Birmanie. Je fais tout à l'aide d'un smartphone.

Amoureux des descriptions détaillées, je pense que ce qui importe n'est pas ce qu'on raconte, mais comment on le raconte.

****

10
œuvres
4
défis réussis
465
"J'aime" reçus

Œuvres

isi Dhamma
Laissez-moi vous raconter l'histoire touchante et inspirante d'un vieil ascète et d'une fillette pas comme les autres, qui s'est déroulée dans l'Inde des années 1980.
351
514
782
237
isi Dhamma
Un petit royaume est menacé de pillage et de massacre par le grand empire voisin. Au même moment, le roi vient de mourir. Le nouveau roi, désigné d’une façon bien particulière, montre une absence totale d’enthousiasme pour gérer les affaires du royaume. À la plus grande inquiétude des siens, il ne porte d’intérêt qu’à ses moments où il s’absorbe dans le silence…
51
22
12
54
Défi
isi Dhamma

La ruelle détrempée par le crachin du soir scintillait de mille reflets bleutés, orangés, émeraude. Affublé d'un pardessus moucheté de rouille, Jacques trottait tête baissée sur le pavé, deux lourdes bouteilles dans les bras. Plongeur de métier, il était accoutumé à l'eau, pourtant, il n'aimait pas la pluie.
Parvenu à domicile, avant même qu'il n'eût franchi le pas de la porte, sa fille Ozone lui sauta dessus, débordante de joie. Elle avait été surnommée ainsi depuis son plus tendre âge, en raison d'une couche percée lors d'une réunion familiale, où un oncle avait alors mentionné "le trou de la couche d'ozone".
— Papa ! C'est génial que tu rentres si tôt ! C'est à peine huit heures et demie.
Jacques resta silencieux, heureux de l'accueil chaleureux de sa fille. À la voix âpre de sa femme, il perdit son sourire.
— Tu t'es encore fait virer, je parie ! À cause de ta paresse, toujours ?
— Écoute, je suis le seul à me taper toutes les casseroles du restaurant. Tu crois que c'est fastoche ?
— T'es tellement minable ! Comment on va faire pour toutes les factures qui s'entassent et qu'on n'arrive déjà pas à payer, hein ?
Jacques laissa éclater sa fureur. Effarouchée, Ozone rejoignit sa grand mère dans le salon. La vieille dame était installée devant la télévision, enfoncée dans un rocking chair agrémenté d'un vieux matelas.
— La ferme ! C'est vraiment pas le moment ! Je suis pas superstitieux, mais pour un vendredi 13, c'était une journée trop pourrave ! J'ai appris que mon pote Enzo a encore plongé.
— Il en a pris pour combien ?
— Je sais pas, mais cette fois il s'est fait chopper avec gros. Il est pas prêt de refaire surface. Bon, regarde ce que je leur ai chouravé en partant : deux beaux magnums de Beaujolais ! Tu feras gaffe à ce que ta vieille ne les siffle pas, hein.
Les bouteilles à peine confiées à sa femme, Ozone accourut vers son père, le tirant vivement par la manche, et débitant à toute allure :
— Papa grouille-toi ! C'est ouf, Mamie elle est en train de deviner tous les numéros du Loto !
— C'est impossible ma chérie.
— Elle a déjà donné les trois premiers numéros !
La petite se hâta vers la télévision, suivie par son père, sceptique mais surtout curieux. En pénétrant dans le salon, il entendit sa belle mère annoncer « 31 », et quelques secondes après, à l'écran, on pouvait voir sortir la boule numéro "31". Félicitant Mamie avec enthousiasme, Ozone applaudit, mais Jacques demeurait neutre.
— Coup de chance ! Dis-nous le suivant un peu pour voir.
— 17.
Peu après, la boule numéro "17" sortit. Elle prédit alors la numéro "26", qui sortit aussi, sous les yeux ébahis de Jacques.
— Bravo Mamie, les six bons numéros dans l'ordre ! Sérieux, tu déchires !
— Nom de Dieu... Mais comment t'as fait pour savoir ?
— Ça m'est apparu comme cela, mon cher gendre.
— Et ça t'arrives souvent ?
— C'est la première fois.
— T'as eu les numéros dans ta tête juste avant qu'ils tombent ?
— Non, c'était lors d'un rêve la nuit dernière. C'était tout à fait curieux, jamais je ne m'étais sentie aussi lucide.
— Quoi ? Et pourquoi t'as rien dit ?
— Tu ne m'as rien demandé, voyons. Je t'aurais probablement conté mes songes si, par exemple, ce matin tu m'avais dit : "Bonjour belle Maman, as-tu bien dormi, cette nuit ?"
Jacques ne l'entendait plus. Dans sa tête, seule résonnait la voix de la présentatrice qui n'avait de cesse de répéter le montant de la cagnotte : treize millions d'euros. Il pleurait presque.
— Mais bon sang de bonsoir ! Il fallait jouer ! Pourquoi t'es pas allée les jouer, ces six foutus numéros ?
— Gagner, perdre, où est la différence ?
— C'est ce qu'on a fait ! s'écria Ozone.
Dès lors, Jacques ne fit que bégayer. Comme Mamie se montrait peu coopérative pour lui dévoiler les choses, il s'adressa à sa fille.
— Vous... Vous êtes allées acheter un ticket de... de Loto ?
— Oui, en allant faire les courses.
— Avec le fric que je vous avais laissé, donc avec... avec MON fric ! Il est où le ticket ? C'est Ma... Mamie qui l'a rangé ?
— Non, la dame du bureau de tabac elle l'a donné à moi.
— Va me chercher ce ticket, ma puce.
— Mais je l'ai bazardé.
— Hein ? Pourquoi t'as fait ça ?
— Quand je viens au supermarché avec toi, tu dis chaque fois qu'on peut jeter le ticket que la caissière elle nous donne.
— Dans quelle poubelle ?
— Heu... En fait je l'ai filé à Bonnie, c'est un copain qui est dans ma classe. Il chouravait des sucettes au bureau de tabac. Comme il me regardait, je lui ai dit "Tu veux ma photo ?", mais pour rigoler parce qu'en fait on s'entend vachement bien. Et comme il m'a dit : "Ah ouais ça serait cool !", alors je lui ai dessiné ma tête sur le ticket et je lui ai donné.
— Le ticket du Loto ?
— Ouais.
— Il a dû le balancer, tu ne crois pas ?
— Ça, ça m'étonnerait ! Il avait l'air super content.
— Il crèche où, ce gosse ? Que j'y fonce !
— Bonnie ? Aux Abats.
— Hein ? Je vais me faire zigouiller !
— Pas si je viens avec toi. On est potes et je connais bien son père. C'est le patron du Blue Jasmine. En plus je pourrais te montrer le chemin.
— C'est quoi le Blue Jasmine ?
— Un bordel.
Jacques était déjà prêt puisqu'il n'avait pas encore ôté son pardessus. Heureuse de l'escapade qui s'offrait à elle, Ozone s'empressa d'aller enfiler son imperméable rosâtre couvert de personnages de dessins animés. Repliant ses pieds sous sa couverture de laine, Mamie confia son sentiment à un gendre qui n'écoutait guère :
— Les Abats ! Quelle infâme quartier, ce champ de misère. Il y fait toujours obscur, même en plein jour. À l'époque où ce n'était encore qu'un terrain vague, cette zone dégageait déjà une atmosphère sinistre, funeste, interlope.
Les Abats héritèrent leur nom des abattoirs, qui autrefois y prenaient place. C'était l'un de ces quartiers ténébreux, régis par leurs lois propres, où la police n'avait pas accès. Une quantité considérable d'âmes errantes y survivaient, entassées dans des cabanons de tôle mangée par la rouille, construits et déconstruits au rythme des boues et des rafales, tout le long des décharges ou des égouts à ciel ouvert. Seule une petite zone de confort dans cette immensité abritait les quelques favorisés qui réussirent à gravir des échelons dans la hiérarchie du banditisme.
Les taxis n'osaient pas s'y aventurer, mais Dok, vieil ami de Jacques, était un chauffeur hardi, intrépide comme un légionnaire. Ozone ayant pris place à l'avant du véhicule pour guider, son père avait planté son menton entre les deux sièges avant. Incapable de contenir son excitation, il laissa échapper par moments des trilles de joie qui transperçaient les oreilles de Dok. Les essuie-glaces trop usés laissaient l'eau du pare-brise réfléchir la lumière aveuglante des réverbères.
— Treize millions, tu te rends compte !
Il ne cessait plus de fantasmer sur tout ce qu'il s'offrirait à l'aide d'une telle somme.
— Tu vas pouvoir me rembourser mon ardoise, alors.
— T'en fais pas, Dok, je te donnerai le double ! En attendant accélère, tu veux !
— Je peux pas aller plus vite. Comme j'ai souvent dépassé la limite, les flics m'ont installé un convecteur vélocitoriel. Avec ça, dès que j'atteins les 88 miles à l'heure, bang ! Ma licence est annulée, comme si elle n'avait jamais existé. Et je me retrouve direct en taule.
La voiture s'enfila dans une courte ruelle sans décélérer. Au bout, il n'y avait pas d'autre issue qu'un fossé donnant sur un champ de salades.
— Mais freine bon Dieu !
— Tu voulais que j'accélère, faudrait savoir.
— Enfin, tu vois bien que la route est trop courte, Dok !
— Là où on va, on n'a pas besoin... de route !
Le pied sur le champignon, Dok fit planer son taxi, atterrissant sur les salades, puis roulant sur des choux et des poireaux. Il se tordait de rire.
— Folklorique le raccourci, hein !
En peu de temps, ils parvinrent aux Abats. Jacques commençait alors à se sentir tenaillé par l'inquiétude :
« Et si le gamin avait donné le ticket de loterie à son père ? »
Quand le taxi stationna devant le Blue Jasmine, et qu'une horde de malabars, revolvers à la main, approchèrent en montrant des dents, Dok gardait malgré tout son humour.
— C'est fini Halloween. Ils ont oublié de retirer leurs masques ceux-là.
— Salut les gars, osa Ozone en ouvrant la portière.
— Ah, mais c'est la copine du petit Bonnie !
La minute suivante, Jacques et sa fille étaient reçus dans le spacieux appartement du grand manitou, où des employés étaient affairés à emballer de copieuses portions de cocaïne. Sans attendre le maître de maison, dont on soupçonnait qu'il dût être fort occupé, Ozone pénétra dans la chambre voisine ; celle de son camarade d'école.
— Bonnie !
— Ah, t'es là ?
— Redonne-moi ma photo. Je t'en donnerai une mieux, et puis j'ai réfléchi. C'est plus logique qu'on fasse un échange. Alors oublie pas de dessiner ta photo, d'accord ?
— D'accord, bonne idée.
Les enfants rejoignirent Jacques dans le grand salon. Ozone lui remit discrètement le ticket où sa frimousse était esquissée, qu'il s'empressa de cacher dans sa poche. Quand le boss fit son apparition, serviette blanche autour de la taille, un lourd silence s'imposa. D'allure calme et modeste, cet homme n'apparaissait en rien effrayant, si ce n'était un tatouage sur son torse gras mettant en scène deux furieux dragons rouges encerclés de calligraphies chinoises sophistiquées.
— C'est quoi, le problème ?
— Heu, bonsoir Monsieur. Aucun problème. Je venais simplement faire votre connaissance, comme votre fils et ma fille sont dans la même classe...
— Tu me prends pour un blaireau ?
— Certainement pas !
— Si si ! Tu me prends pour un blaireau ! Tu crois que moi, on vient me rendre visite comme à un péquenaud ? Et après tu vas raconter à tes petites tarlouzes de la ville que t'as débarqué peinard chez le Dragon, que t'as papoté avec lui et que tu es ressorti sain et sauf de son palais ?
— Je... Je regrette si je vous ai offensé mais...
— Non, non, non, c'est pas comme ça que ça se passe, t'es aux Abats ici, tu sais. Alors voilà ce que je te propose... Je garde ta petite ici. T'en fais pas, elle connaît la maison, elle est déjà venue quelques fois. Ici on s'occupe bien des enfants. Je te laisse repartir avec une mallette de coco. Tu m'écoules ça auprès de tes cafards, tu peux facilement en tirer vingt mille euros. Dès que tu m'apportes cette somme, tu récupères ta gamine. Sinon, elle reste ici, et quand elle sera un peu plus grande, elle bossera dans mon salon de "massage", si tu vois ce que je veux dire...
Parvenant tout juste à garder son sang-froid, Jacques se retourna vers sa fille, forçant un sourire affectueux pour la rassurer.
— Je viendrai te reprendre dès que possible, ma chérie. Dans quelques jours seulement. En attendant, sois bien sage, hein !
— T'en fais pas Papa, va !
Ozone ne vit aucune raison de se tourmenter, à la perspective de s'amuser quelque temps dans cette imposante demeure avec son ami Bonnie.
À peine sorti des Abats, Jacques fit s'arrêter Dok au bord de la route, le temps de crever et de vider les paquets de poudre blanche dans une mare.
— Je veux pas finir comme Enzo, moi !
Le taxi reprit la route à douce allure, sous le crachin qui ne connaissait plus de répit. Soulagé d'être sorti sain et sauf des Abats, Jacques fit le calcul :
« 13 000 000 - 20 000 = 12 980 000. Pas de problème ! »
Quand Jacques mit sa main dans la poche, il n'y trouva aucun ticket. Il crut bien que son cœur allait lâcher, mais il réalisa alors qu'il l'avait glissé dans l'autre poche. Il le prit dans la main et sourit en admirant l'autoportrait rapide mais artistique de sa fille chérie. Quand il retourna le ticket, il perdit son sourire. Il avait bien mémorisé les trois derniers numéros, le "31", le "17" et le "26", mais aucun de ces trois n'y figuraient. Il téléphona immédiatement chez lui.
— Passe-moi la vieille, vite !
— C'est la vieille, au bout du fil, que puis-je pour toi, mon cher gendre ?
— C'est quoi ce délire ? T'as pas joué les bons numéros ?
— C'est la petite qui a voulu cocher, alors je l'ai laissé faire.
— Mais pourquoi, nom de Dieu ?
— Comme je connaissais le résultat, ça n'aurait pas été du jeu. Ce n'est pas bien de tricher !
14
23
14
9

Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Pour faire réfléchir sur sa façon de voir les choses.

Listes

Avec Constellation, Le séminaire, Où êtes-vous monsieur Cohen ?, Réponse à "Ho ho ho ! Et si on se faisait des cadeaux ?", Hélène et les aliens, Les noix d'eau, Les Nano Contes, Schoolattitude, Ad Patres, Psy sans filtre...
Avec Miloche, L'éveil, Tea Story, Le livre des femmes, La Liste, Les chats de Silvio Lavoretti, Sombre parfum...
Avec Nous n'irons plus au bois..., La sixième marche, Périls en la demeure, Quand la mer monte..., Réponse à "Ô-ma-lettre sans caser d'E", Fidèle maître...
0