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Alice de Castellanè

Retrouvez toutes mes nouvelles et parutions sur mon site http://alicedecastellane.com

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Œuvres

Alice de Castellanè
12 très courtes histoires à partagez sur les réseaux sociaux et vos blogs sans modération.
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Alice de Castellanè


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Son œil de poétesse épingle les petits riens, les accrocs, les cicatrices, dans cette ville ruisselante de soleil. Personne dans les rues à part elle, la fille du Nord. Les Provençaux siestent derrière leurs persiennes, tandis qu'elle mitraille les façades, les embrasures, les gargouilles.
Clic !
Ses clichés capturent les trucs pas droits, pas nets, qui racontent des vies. Le torchon lâché dans de larges mouvements accompagnant un verbe un peu haut, ce torchon qui pendouille désormais trois étages plus bas sur une grille hérissée de piquants. Un volet rouge vif, si vaniteux au milieu de cette alignée de volets gris. Un rideau de dentelle à semi-mangé par un lierre exubérant.
Clic !
Un voilage violet gonflé par la légère brise s'écarte. Une toute jeune fille se profile, apparition mystère dans cet espace-temps vidé de toute activité humaine. Pensive, elle arrose une plante d'un vert intense si insolite sous ce ciel qui délave les couleurs. Des feuilles si épaisses qu'on les devine gorgées d'eau en prévision d'un été encore plus aride que celui-ci. À côté du pot, un monstre de terre cuite.
Il est moche. Et il le sait. Une espèce de nain mal foutu, les oreilles pointues, la bouche toujours ouverte, langue pendante. Rien d’attractif, rien d’excitant. Mais il discerne des choses que même la photographe à la vue poétique perçante ne peut observer.
Il remarque l'eau qui dégouline de la soucoupe et forme, à ses pieds, de minuscules rivières sur le rebord de la fenêtre. La pierre, surface inégale, apparaît et disparaît sous le fleuve qui grossit sous la cascade de l'arrosoir. La chaleur zénithale sèche presque aussitôt certains lacs tandis que d'autres persistent. Le nabot, le regard fixe, se régale de cette activité quotidienne qui apporte la vie sur la margelle. Le flot charrie des détritus, un reste d'humus, des trésors. Une abeille se pose sur une de ces îles éphémères.
La matinée a été rude. La nourriture se fait rare en ces mois caniculaires. Les fleurs perdent leur éclat, se fanent. À peine écloses, qu'elles se meurent. L'abeille n'a guère eu le temps de leur rendre visite qu'elles s'éclipsent. Elle vient de parcourir en tout sens plusieurs kilomètres pour un résultat fort médiocre. Ses pattes sont à peine chargées de pollen, son jabot est vide de nectar. Pourtant, elle se sent lourde. Si lourde. Elle s'octroie une brève pause, juste un instant. Elle en profite pour pomper un peu d'eau. Elle se trouve déjà si vieille. Peut-être même qu'elle somnole, un court moment. Ses ailes frémissent sous la brise. Une fourmi s'approche, tâte le terrain.
L'affaire semble entendue. Le formicidé rebrousse chemin. Il suit le fil de coton bleu que le vent a promené dans ses bagages et qui forme un pont parfait entre l'île où l'abeille a échoué et la fissure sous la fenêtre où sa colonie s'est établie. La fourmi, chef du renseignement, passe la main à sa collègue, la chef des opérations et une troupe se met en branle.
Sur place, les cerveaux de l’équipe organisent bien vite le démantèlement de l’Apis mellifera. La sécurité assure les lieux, repoussant les éventuels assauts d'autres prédateurs. Les gros bras taillent à la hache le cadavre libérant le butin aussitôt transporté par les manutentionnaires. Les logisticiens trient, notent, classent, catégorisent les entrailles, les boules de pollens, les antennes.
Il ne faut guère plus de quelques secondes pour que la carcasse de l'abeille disparaisse en mille morceaux dans le nid des fourmis, bien à l'abri dans le creux du mur.
La margelle s'assèche et le regard du petit monstre se perd à nouveau dans l'abîme de l'inoccupation. La jeune fille range son arrosoir et ajuste le voilage violet qui se regonfle sous la brise.
Et la photographe soupire, repart les yeux rêveurs vers d'autres merveilles.
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Alice de Castellanè
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Alice de Castellanè


— Tu me sembles épuisé. Ta journée ne t'a pas apporté toute la satisfaction espérée ?
— Tais-toi, j'ai pas envie d'en parler.
— Je crois que si, bien au contraire. C'est non seulement la fatigue que je peux lire sur ton visage, mais aussi de la tristesse. Peut-être. Ou de la crainte, je n'arrive pas toujours à décrypter tes expressions.
— De quoi j'aurais peur, hein, crétin ? Tout s'est passé comme sur des roulettes. Merci. Et maintenant, dégage !
— Je sens bien que tu n'es pas tranquille. C'est la troisième bière que tu avales et vu le stock à tes pieds, ce n'est pas la dernière.
— Peuh, tu vas pas me faire chier pour une bière, hein, connard ?
— Ce qui me fait souci, c'est la vodka juste à côté. Et ces pilules blanches, là.
— Simple précaution. Pour le cas où tu m'emmerderais, en fait. Donc, lâche-moi la grappe.
— Non, non, dans ces cas-là, il faut parler, extérioriser ses sentiments. Je ne t'abandonnerai pas. Je suis ton meilleur ami, ne l'oublie pas. Raconte-moi ce tournage. L'actrice était belle ?
— Bof, comme d'hab. Tout en fard et artifices. À la fin, elles me dégoûtent. Toutes.
— Peut-être que l'intrigue ne correspond pas à tes véritables désirs ?
— Arrête de me baratiner ! Tu me ressers toujours cette même rengaine. Le scénario est très bien. Je ne veux pas le modifier. C'est un truc rodé. Je peux filmer sans l'aide de personne et mes vidéos ont un certain succès.
— Oui, mais si c'est pour être malheureux à chaque fois !
— Mais je suis HEU-REUX ! Arrête, arrête, arrête !
— Très bien, je me tais. Désolé !
— ...
— Mais si je puis me permettre, une simple petite variation pourrait changer ta vie. Et la mienne par la même occasion.
— Tu peux vraiment pas la boucler plus de deux secondes, hein ?
— En fait, c'est la fin qui pose problème. Tu l'as dit toi-même. Tu pourrais donner une autre issue à ton histoire, ne penses-tu pas ?
— Non. Et non. C'est la chute qui pimente le tout ! Tu comprends vraiment rien à rien, toi ! Filmer un mec — moi — baiser une nana, n'a rien d'excitant. Le public attend autre chose !
— Mhmm, note que l'approche de la fille sort déjà assez de l’ordinaire. Tu la plaques contre un mur, l'empêches de crier, lui soulèves les jupes et la prends avec violence. J'aurais mon mot à dire là-dessus aussi, mais chaque chose en son temps. Parlons de cette chute, si tu veux bien.
— Mais non, je veux pas ! Je veux pas, je veux pas ! C'est toi qui insistes sans arrêt. T'es un stupide disque rayé, mec !
— Ne nous égarons pas. Tu prétends que le public attend autre chose qu'une banale scène de sexe, c'est bien ça ?
— Ben ouais, quoi. Tu crois que les types qui m'achètent mes vidéos s'intéresseraient à des trucs soft. Non, mais tu rêves ! Ils veulent du hard, du X dans toute sa splendeur.
— Mon ami, as-tu déjà pensé à te reconvertir ? Travailler avec de vraies actrices, pas des filles que tu rafles dans la rue. Leur faire tourner de belles histoires, des...
— Ha ha ha ! T'es con, mec ! Des films à l'eau de rose, pendant que t'y es, hein ? Un truc bien sucré, bien chamallow. Non mais t'as vu ma tête ? Il me manque la moitié des dents, j'ai déjà presque plus de cheveux. À vingt-quatre ans ! J'suis moche. J'ai tout raté. J'ai pas d'autres choix pour survivre ! Tu crois que je croupis dans ce taudis pour le plaisir ? J'ai. Pas. Le. Choix.
— Je pense surtout que tu arrives à un tournant de ta vie. La police est à tes trousses. Prends l'argent que tu planques sous ton matelas et envole-toi pour l'Espagne ! Ou la côte dalmate. Il paraît que là-bas les filles sont jolies et ne demandent qu'à jouer.
— Et ? ça changera quoi ? où que j'aille, j'aurais les flics sur le dos !
— Tu repars de zéro. Tu inventes un autre scénario. Tu vises un public différent, plus féminin peut-être. Inspire-toi de Fifty Shades of Grey par exemple. Implique tes actrices dans l'écriture. Tu restes derrière la caméra, tu deviens réalisateur. Et vous vous rémunérez, toi et les comédiens, avec les publicités YouTube.
— Payer les actrices ? T'es pas bien toi ? Pourquoi je les paierais si de toute façon je les zigouille à la fin de la séquence ?
— (*soupir*) Mais c'est le but ! Tu leur laisses la vie désormais !
— Putain ! Mais qui m'a donné une conscience pareille !

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