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Hel


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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
Hel
Écrits croisés avec Marquis de Corbeau-de-Vaulserre
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Hel
Je voulais écrire une histoire rouge et noire, avec beaucoup de gris et dont on penserait qu'elle est blanche.
Non. Non, non, non. Je ne voulais rien écrire. C'est Eleanor Rigby qui s'est imposée, elle qui a chuchoté son nom à mon oreille, et alors je n'avais plus d'autre choix que de l'écrire, pour la rencontrer, marcher dans ses pas, la regarder avec les yeux de ceux l'ont connue, de ceux qui l'ont cherchée, savoir qui elle était, qui elle avait aimé et l'avait aimée et continuait de le faire au-delà de sa disparition, dénuder Eleanor Rigby comme personne ne l'avait jamais fait et enfin la faire taire.
Écrire cette histoire qui ressemblerait à une idée Eleanor Rigby et serait Eleanor Rigby et ses autres semblables à la fois.

***

"Portant partout le trait dont je suis déchiré,
Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve :
Présente je vous fuis, absente je vous trouve ;
Dans le fond des forêts votre image me suit "

L’aveu d’Hippolyte à Aricie (I, 2)
Phèdre de Jean Racine

***

"All the lonely people
Where do they all come from ?
All the lonely people
Where do they all belong ?

Ah, look at all the lonely people
Ah, look at all the lonely people

Eleanor Rigby died in the church and was buried along with her name
Nobody came

***
tous les gens solitaires
d’où viennent-ils ?
tous les gens solitaires
où restent-ils tous ?
Ah regarde les gens solitaires
Ah regarde les gens solitaires
Eleanor Rigby
mourut dans l’église et fut enterrée avec son nom
personne ne vint "

Eleanor Rigby. The Beatles.
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Hel


J'ai passé une heure, ce matin, les yeux rivés sur le lierre. Le soleil tapait dessus, moi je regardais ces vrilles desséchées où lézardaient quelques toiles. Il était beau ce lierre, d'un joli panaché. Trois francs six sous au marché. Adopté à l'envolée, habillé d'un joli pot vert pomme. Un petit coin de nature sur l'angle droit de la bibliothèque. Les acariens ont eu sa peau. J'ai pas compris à temps. Il a perdu son vert, son panache. C'est plus qu'un tas de feuilles grisâtre, un attrape poussière des jours. C'est comme ça, y a des choses qui se flétrissent malgré notre savoir. Des choses qu'on est appelé à perdre, qui se font aspirer par d'autres. La ronde de la vie.
Depuis que t'es parti, je peins ta bouche en caressant mes lèvres. Du bout des doigts, ça me prend comme ça par moments. Sans tristesse. Non, juste un zeste de mélancolie. Puis t'avais une jolie bouche...non, plutôt un grand sourire. Je m'en rappelle le goût : cigarette et café. Baiser ambré, corsé de tabac froid. Y en a qui aiment pas. Moi je sais pas, j'ai pas choisi. C'est juste le goût qui reste de la dernière fois, alors je me le garde un peu sous la langue avant que ça s'évapore. Ça partira ça aussi. Ça va s'effacer. Se flétrir, comme le petit mirage d'un hier fugace.
C'est pas que je te regrette particulièrement, toi en tant que personne, qu'être, je veux dire. Pas que j'ai quelque reproche à faire. Non plus. On n’a pas eu assez de mots pour cela. Enfin...c'est ce que je crois. Que le regret profond implique une connaissance profonde de l'autre, pas entière ni totale, j'ai pas ces naïvetés idiotes ni le besoin de tout gratter. Faut se laisser un peu de peinture comme un peu d'air pour respirer, puis quand on me gratte trop le vernis moi ça me chatouille, et pas gentil. Mais bon, entre nous y avait quand même une assez grande marge de flou. Plus clairement, on me demanderait de faire ton portrait, là, dans la minute qui suit, bah je saurai sacrément pas quoi dire. En dehors de deux évidences et trois généralités. À la limite je pourrai peindre ta bouche, ça oui. Ou un crayonné, plutôt, imprimer au papier et le rugueux de ta barbe et la chaleur de tes lèvres. Puis ce sourire. Ça dit de quelqu'un ça, plus qu'on croit. Comme les yeux, les mains, les voix. Familières à sembler semblables mais aussi singulières, différentes, uniques. Empreintées. Habitées. C'est toutes celles-ci qui vous marquent, vous creusent, puis vous empreintent, vous restent. Deviennent un bout de vous. J'ai ce sentiment de plus en plus d'être presque arrivée à incarner le patchwork de mes croisements. Comme si je portais le manteau de tout ce qui m'a portée. Avec juste mon regard propre au-dessus, qui se fixe au loin.
Enfin ça va pas nous ramener le lierre tout ça, ni nous emballer la chemise froissée que t'as laissée trainer. Je vais la garder tiens, je te rends service sur ce coup je crois. Qui porte encore des chemises à rayures à part les prisonniers ou je sais pas... des administrateurs, des notaires ? Non je crois pas. Je la porterai pour laver les vitres, faire rentrer le bleu sans rayures. Un jour, parce que là j'ai trop la flemme du rien.
Y en a qui ont la fureur de vivre, moi j'ai la fureur douce. Un peu comme le lierre, paresseuse, patinée de poussière, mais en fait verte au dedans. J'aime l'idée du blanc au-devant, des pages de calendrier vierges, des plages d'heures inertes. J'aime la surprise possible. La paresse béate d'avant les séismes. Je ne construirai jamais d'empires. Je n'écrirai jamais de grandes histoires. Il faut se rendre à l'évidence. C'est le rien qui me fixe, pas un rien antimatière, pas un rien stérile, le petit rien comme tout. La vie tranquille et des graines de toutes essences qui peuvent se ficher, donner des germes, puis des plantes, puis des fruits, où juste s’endormir là.
Didi a fait des toasts beurrés, on y a flanqué un bout de saumon, trois gouttes de citron pour moi. Là, en pyjamas, les cheveux en vrilles de lierre. Le bonheur. Je trouve ça simple. Le soleil reste encore un peu. Ça fait du bien, de se dire qu'il reste un bout de jour à inventer sans tracer de grands plans, sans trop de mouvements non plus. Peut-être je vais aller m'étaler dans ma mer bleue, mes draps encore roulés boulés de nuit. Juste sous le velux, me faire cogner les joues par le soleil blanc. Lire trois pages en rêvassant, en froissant un peu le papier sous mes doigts, puis m'endormir. Ou encore me coller à une série jusqu'à l'heure des marmites. Traverser la rue en pyjama pour aller claque une bise sur les joues de Maryse qui elle portera une robe bien mise, un robe de premier de l'an. Les épingles en place, la télé en sourdine, le service à thé aux fleurs ébréchées à côté du journal et du jeu de scrabble, le chat sur les genoux. Des fois elle me sermonne. Ce qui est marrant c'est que j'aime bien. Avant peut-être je me serai dit holala elle ma saoule la vieille, même gentiment que je me serais dit ça, mais saoulée, que là non, là j'aime bien. Ça me fait des sourires, des attendrissements. Puis bon, elle a raison. Faudrait planter des drapeaux. Des fois. Quelque part. Retenir quelques mains, quelques cœurs, au lieu de tout laisser filer. Mais je crois pas. Moi je crois que je suis pas comme Maryse, à qui y reste des copines de bac à sable comme de début de vie de jeune femme, avec qui elle festoie d'année en année. Comme un petit bonheur prévu. Pas une routine convenue, non. Un vrai plaisir, tout tranquille comme ma paresse mais avec des rires et des cheers en plus. Je suis pas comme Maryse, je suis une comète. Je traverse et me laisse traverser. Je fais ça des autres, aussi : des comètes. Des panachés sublimes d'un temps fugace, comme ta bouche, comme le lierre, comme ta chemise qui finira en chiffon à dépoussiérer les carreaux parce que je l'aurai laissé déteindre, ou que j'aurai accroché un bouton quelque part. C'est bien que je vis aussi. Tous comme les autres.
Ça en fait des trucs qui traversent ma petite tête. Un grand patchwork de première page, sauf que j'aurai sûrement la flemme d’en écrire une seconde, ou autre chose à faire. Genre me faire couper les cheveux avant d'attaquer mon nouveau boulot, acheter un vélo, commencer cinq séries et en finir une peut-être, revoir la reine margot ou camille claudel ou la vie de frida pour la cent douzième fois (flemme des majuscules aussi t'as vu), trier mes papiers à lettre, relire les plus jolies, m'épiler les sourcils, dégivrer le réfrigérateur, chanter faux mais pleine de conviction, faire des Monopoly en essayant de perdre le plus vite possible pour s'esquiver, rien comprendre au quatro tout pareil, trier mes thés, acheter deux pulls noir, ou aller bleu marine pour changer, laver les draps, acheter un calendrier et l'admirer et me dire que je vais tout écrire plein de trucs avant de l'oublier pour toujours, rendre les livres très en retard à la bibliothèque un jour de fermeture, dans la boite de la rue derrière en douce, commencer un nouveau carnet journalier de tous les jours promis, promis, retourner au bowling remonter le dernier score minable, laver les rideaux, les carreaux, et puis ta chemise et noyer ta bouche sous l'eau. Enfin plein de choses à l'infini. C'est toujours là dans ma paume, la démangeaison de la seconde qui vient, l'envie de saisir d'abord, de voir ensuite, de réfléchir après. Fureur douce. Fureur de goûter et de laisser s’échapper, pour mieux regarder de plus loin ce que j’avais dans la paume. Sur le moment on sait jamais ce qu’on pêche. Bah non.
J'ai presque plus le goût du café nicotine sur la bouche. En ce moment je vénère le thé citron flotté d'un filet de miel. Le soir, à la fenêtre je laisse fumer la tasse et mes doigts qui devaient arrêter. Y faisait froid y a deux jours, j'avais pris un plaid en plus. Je me disais ça doit être terrible de devoir passer la nuit dehors, comment je ferai moi si jamais, déjà que j'avais froid juste le nez à la fenêtre et le corps au chaud du miel citron. Où j'arriverai à me réchauffer ? Où je me sentirai en sécurité, est-ce que ça existe ça dehors ? Dans le noir glacé, comment ça se fait que ça existe encore ça…. Puis j'ai baissé le chauffage au minimum, et ça aussi je me suis dit : " Punaise ! " Pourquoi on n’installe pas plus de grandes ailes à vent, de panneaux solaires, pourquoi on en colle pas d'office de partout. Mais si ça se pourrait ! Pourquoi ? Quand on pense que tout s'épuise, que tout se flétrit, et oui on revient au lierre, au goût de ta bouche, mais quand même pourquoi ? Pourquoi encore y a des gens qui doivent choisir entre manger ou se chauffer, ou entre manger et être dehors, ou entre rien et rien. C'est pas pour faire un paragraphe cui-cui les trois pinsons de charité, je bâtirai pas d’empire moi. J’ai les pieds au chaud qui paressent tant qu'ils peuvent dans leur jus de citron, en chaussette pyjamas de Christmas Holiday, c'est juste ce qui traverse le bout de mon nez quand je le colle au froid de la nuit. Juste un échantillon de ce que draine le moteur de ma tête. Ça aurait pu tout aussi bien être qu'est ce je vois quand je regarde le ciel, que m’inspirent les étoiles, les trottoirs sales de la rue, à quoi je pense sous la douche, est-ce que je regrette vraiment ta bouche.
Je sais pas. Ça me traverse, comme j'ai dit. Pas comme le vent ni comme un courant d'air. Non. Comme une lame sur le moment, profondément. Juste...je sais pas. Je cicatrise vite, je cours ailleurs. Je suis une comète, je file. Quelque chose prend la place. Une vie comme une autre, en différent et semblable, ça dépend du regard, de la voix, de la main, tout ça, qui se pose ou s'enfuit.
Tu m’as dit, je te connais pas vraiment en fait, avant de partir. Possible. Alors j'ai voulu t'écrire une lettre d'au-revoir, je trouvais ça marrant une grande lettre pour laisser une trace de nos deux comètes, te dire des trucs importants, puis je sais pas, je sais pas faire ça, est-ce que j’ai réussi ? Si je t’ai parlé de tout et de rien sauf de ce que tu voulais, eh bah t’auras appris l’essentiel, et depuis tout à l'heure je me dis que finalement je regarderai bien la reine margot. Alors je vais pas relire, repolir, te retourner deux trois phrases à te faire des vagues, je vais laisser ça comme ça, filer comme une comète sous ma couette. Juste, prends-soins de ta bouche et la laisse pas flétrir, parce que je t’aime bien de mon loin quand même. Puis qui sait...demain je passerai peut-être à ton nez.
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

C'est mieux que la corde.

Listes

Avec Je suis et nous sommes [...], Carnet...
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