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LWH

FRANCE.
Quelques textes sur Wattpad : https://www.wattpad.com/search/lwh-21
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

LWH
« Vieux dégueulasse, 60 ans, marié, 3 enfants, chômeur injustement persécuté par la justice et les assedic cherche JF max 25 ans, pour relations sexuelles extrêmes. Tendances masochistes, goût prononcé pour l'exhibitionnisme et pour les châtiments corporels exigés... » C'était mon profil sur le site de rencontres. Mais jamais, jamais, je n'aurai imaginé qu'un jour quelqu'un réponde à ça.
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LWH

Toute ma vie, je me suis tenu à l’écart des nouvelles technologies. Longtemps, je me vantais même d’être l’un des derniers irréductibles à ne pas posséder de téléphone portable. Surtout, n’y voyez aucune technophobie ni même une quelconque nostalgie du bon vieux temps, non. Ce serait plutôt, disons, par indifférence. Pour moi, tous ces machins, Internet, les jeux vidéo, les réseaux sociaux, Twitter, Snapchat, Facebook... ne sont que de vastes fumisteries. Et de grosses pertes de temps. Et aussi, je dois bien l’avouer, ils me font me sentir comme un petit enfant perdu au milieu d’une grande forêt.
Ce n’est pas que je n’y comprenne rien. Je ne pense pas être plus bête qu’un autre et, si j’en avais la volonté, je pourrais rapidement maîtriser ces outils aussi bien que n’importe qui. Ce n’est pas non plus comme si j’en avais peur. Tout ce qu’on entend à la télé, les discours sur un Internet qui ne serait rien de moins que l’annonce de la fin du monde civilisé, me fait plutôt rigoler. À mon avis, les dangers des autoroutes de l’information ne sont rien à côté de ceux des autoroutes réelles. Et puis ces histoires de pédophiles, de cyber harcèlement et de pirates informatiques, me paraissent un tantinet exagérées. Non, le véritable problème, c’est simplement que je n’arrive pas à m’y intéresser. En fait, c’est même pire que ça : en réalité, je m’en fiche complètement.
Donc, je continue à utiliser mon vieux téléphone « filaire », à lire des livres « papier », à regarder la télévision et à jouer aux cartes de temps en temps. Et j’explique à ceux qui me demandent mon numéro que, non, désolé, je n’ai pas de portable. Je vis presque comme les Amish, quoi. La religion et l’ascétisme en moins. J’ai récemment appris qu’il existait un mouvement pour un sevrage numérique : des gens qui, après une overdose de web, se débranchent volontairement. Et se forcent à vivre en marge du progrès. Peut-être suis-je simplement en avance sur mon temps ?
Bon, d’un autre coté, je ne suis pas non plus du genre à idéaliser le passé. Je sais bien que l’informatique c’est l’avenir et que c’est moi qui suis hors-jeu. Je ne suis pas sénile au point de ne pas me rendre compte que le monde change et que je ne le comprends plus. Mais c’est plus fort que moi. Faut que je fasse ma tête de cochon. Aussi, quand je vois un gamin s’exciter avec une console de jeux ou un ado pianoter convulsivement sur le clavier de son portable, je lui lance mon meilleur regard de vieux con tout en secouant la tête. J’adore faire ça. Et ce qui m’étonne toujours c’est, qu’au lieu de m’envoyer me faire voir, le gosse est tout honteux.
Alors quand au dernier Noël, ma fille m’a offert mon premier Smartphone, je me suis contenté de la remercier poliment. Service minimum. Faut dire qu’elle avait dans le regard cette petite étincelle, cette petite lueur malicieuse qu’elle avait toujours quand elle se foutait de ma gueule. J’ai tout de suite compris que si elle m’offrait ce cadeau high-tech c’était surtout pour le plaisir de me voir me gratter les neurones en essayant de le faire fonctionner. Je suppose que c’est dans l’ordre des choses que les enfants se vengent de leurs parents. Peut-être m’en veut-elle parce que j’ai loupé un de ses anniversaires ou un de ces foutus spectacles de danse qu’elle m’a imposé durant toute son enfance ? Ou parce que je l’aurai privée de sortie alors qu’elle devait retrouver le quarante-troisième amour de sa vie ? Non, j’exagère bien sûr. Comme tous les enfants, je suppose qu’elle a de bonnes raisons d’en vouloir à ses parents.
Et mon gendre ! Ce petit con a eu, l’espace d’une seconde, une ébauche de sourire. Le genre qui, à chaque fois, me donne envie de lui exploser la tête. J’étais une vraie brute dans ma jeunesse et, même aujourd’hui, un freluquet comme lui, il ne me faudrait que quelques secondes pour l’envoyer au tapis. Heureusement qu’avec l’âge, j’ai appris à me contrôler. Je l’ai donc remercié poliment, faisant semblant d’être heureux qu’il accepte, en véritable Virgile moderne, de me servir de guide dans le monde merveilleux du tout-numérique, des applications pour portables et des messageries instantanées.
D’un autre côté, pour être tout à fait honnête, je dois vous avouer que j’étais presque rassuré en découvrant le contenu du paquet. Car je m’attendais à pire : une canne à pêche, un nécessaire de peintre ou un abonnement à un club de Scrabble. Depuis des années la cérémonie des cadeaux de Noël est une épreuve pour moi. Je tremble à l’idée de trouver des caramels mous ou un sonotone sous le sapin. Ou un ticket pour une croisière en compagnie d’un ramassis de veilles croulantes qui voudraient refaire leur vie. Ou un monte-escalier, comme ceux qu’on voit dans les pubs à la télé. Ou une barre de sécurité pour douche ou un formulaire convention obsèques. Le genre de cadeau qu’on fait aux vieux, quoi.  Alors, finalement, le Smartphone, c’était pas si mal. Et puis je ne vais pas me plaindre : ils ont eu la délicatesse de m’épargner le clavier à grosses touches et bouton SOS incorporé ainsi que l’écran spécial personnes âgées.
Bien sûr, il a aussi fallu que je prenne un abonnement pour ce truc. Un abonnement qui me coûte la peau des fesses. Car, à peine entré dans la « Boutique du Mobile », la jolie vendeuse m’avait catalogué. Je franchissais juste le seuil de la porte qu’elle se précipitait déjà à ma rencontre en arborant son plus beau sourire de petite fille modèle. J’avais l’impression d’avoir le mot « pigeon » écrit en lettres lumineuses clignotantes sur mon front. Ou d’avoir mis les pieds dans l’antre d’une redoutable prédatrice. Et j’avais raison de me méfier : en à peine quelques minutes, elle m’avait fourgué le forfait le plus coûteux et le plus inutile qu’on ait jamais inventé. Et en prime, je lui ai commandé une « box » pour l’internet à la maison, un ordinateur portable, des bidules pour avoir un réseau « CPL » (je ne sais même pas ce que ça veut dire)… Et même l’intervention d’un technicien pour m’installer tout ça. Et à la fin je me suis entendu la remercier pour sa patience ! Après mon passage, la gamine a dû avoir les félicitations de son patron et être nommée employée du mois. Bien sûr, je me rendais bien compte qu’elle m’arnaquait. Je suis un peu âgé, c’est vrai, mais pas complètement idiot. Et puis, bon, elle était si mignonne…Et elle avait cette manière de dire « comme ça vous êtes libre » ou « moi, je vous conseillerai plutôt…» qui me faisait fondre. Je dois dire que j’ai eu comme un plaisir à me laisser manipuler ainsi. Après tout, elle a sans doute plus besoin d’argent que moi. Il y a comme un petit plaisir pervers à laisser les autres penser qu’ils vous mènent en bateau, alors, qu’en fait, c’est vous qui conduisez la barque.
Le côté positif de tout ça, c’est que maintenant ma fille m’appelle régulièrement. Je soupçonne que c’est pour vérifier que j’utilise bien son cadeau, mais bon, c’est pas grave, ça me fait plaisir tout de même. Avant, je n’avais droit qu’à deux appels par an : pour la nouvelle année et à son anniversaire. Et dans les deux cas c’est moi qui téléphonai. Et j’avais toujours l’impression de l’emmerder. Maintenant, j’ai au moins un appel par semaine, des SMS presque chaque jour et aussi des courriels de temps en temps. J’ai même droit à des photos de sa petite famille !
Pour être tout à fait honnête, ma fille est la seule personne qui m’appelle. Je ne suis pas vraiment du genre sociable. Avec l’âge, je deviens même carrément misanthrope. À la maison, je suis le plus souvent tout seul. Cela ne me gêne pas vraiment car c’est quelque chose que j’aime assez. Je passe mon temps à bouquiner et à rêvasser. Cela me va très bien.
Donc, ce que je veux dire, c’est que ma fille est la seule personne vivante qui m’appelle. Non, je m’exprime mal, disons que c’est la seule personne humaine, ce sera bien. Car, presque tout de suite, j’ai commencé à recevoir des SMS bizarres.
C’était pas des messages menaçants, malveillants, ou obscènes, non. Plutôt des trucs du genre « alors ça va, vieille branche ? » ou « qu’est ce que tu deviens ? » Et c’était écrit en bon français, pas en langage « djeun’s » comme « Keske tu 2vien ? ». Et sans fautes d’orthographe. Mais c’est pas ça le problème. Non, le problème, avec ces messages anonymes, c’est que je ne connaissais évidemment pas leur expéditeur. Et que j’ai passé des heures à m’interroger sur son identité.
J’ai d’abord pensé à une farce. Aussi, je me suis appliqué à les ignorer pendant quelques jours. Parfois je les supprimais sans même les lire. Mais ça ne s’est pas arrêté. Alors j’ai soupçonné ma fille de se moquer de moi. Après tout, c’était la seule personne qui connaissait mon numéro. Pourtant quand je lui ai dit – assez sèchement d’ailleurs – d’arrêter ses conneries, elle a paru sincèrement surprise. Et elle m’a juré qu’elle n’y était pour rien.
Ma fille, je la connais. Elle m’a menti si souvent, durant nos vingt ans de vie commune, et de manière si éhontée et si culottée, qu’aujourd’hui, dès qu’elle commence à se foutre de moi, une petite alarme se déclenche dans ma tête. C’est comme si j’avais acquis une sorte de sixième sens. Coté ordinateur, informatique, nouvelles technologies je ne suis pas très doué, c’est vrai, mais côté relations humaines, j’ai de la bouteille. Alors, je l’ai crue.
Je devais être victime de spam. Le « spam » c’est quand on vous envoie des messages indésirables. C’est du moins ce que j’ai compris quand j’ai cherché la définition sur internet. Mais c’était pas des messages publicitaires pour me vendre du viagra, soutenir une cause humanitaire ou des conneries de ce genre. Non, c’était plutôt comme si un vieux copain me donnait de ses nouvelles. J’ai quand même soupçonné immédiatement une arnaque. Pour moi c’était un truc pour me mettre en confiance, comme quand une jeune Russe de vingt ans vous demande de l’épouser parce qu’elle vous aime en secret ou qu’un magnat africain vous propose une rémunération hallucinante en échange d’un petit service.
Ce qu’il y avait de bizarre dans ces messages, c’est qu’ils faisaient des allusions à ma vie d’avant. À toute ma vie d’ailleurs. J’y reconnaissais des trucs de mon enfance, des conneries d’adolescents, des allusions plus intimes… J’ai pensé que le mec qui avait rédigé ça faisait des messages dans lesquels tout le monde pouvait se reconnaître. Un peu comme les horoscopes qui sont tellement vagues que chacun y trouve un peu de soi. Tout de même, c’était vachement fortiche.
Tellement fortiche qu’à un moment je me suis dit qu’on avait piraté mon portable. On parle régulièrement de trucs comme ça, au journal télévisé. Des petits génies qui s’infiltrent dans les systèmes informatiques les plus sécurisés et s’y baladent comme sur une aire de jeux, qui hackent n’importe quel site web en dix secondes chrono et qui sont tellement surdoués qu’ils peuvent se servir de n’importe quel logiciel, même s’ils ne l’ont jamais vu de leur vie. Et je m’y connais en hackers : j’ai lu les trois tomes de Millenium. D’affilé. Donc, si j’avais eu une page Facebook, j’aurai immédiatement pensé qu’on avait m’avait piraté et qu’on avait volé toutes mes données personnelles. Mais je n’ai jamais eu de page Facebook. Je n’ai même jamais tenu de journal intime.
Et puis il y avait des trucs si personnels que même le plus fortiche des services de renseignement n’aurait pas pu les trouver. Que de vieux amis d’enfance ou quelqu’un de ma famille se soit amusé à raconter ma vie sur internet, c’était plausible. Mais il y avait aussi des choses que seul moi je pouvais connaître. Et dont je suis sûr de n’avoir jamais parlé à personne. Comme la foi où j’ai volé un disque dans un supermarché. Ou mes premiers fantasmes sexuels... Et d’autres petites choses dont je ne suis pas très fier, et que – j’en suis sûr — je n’ai jamais racontées à personne. Même si le KGB, la CIA, le MI5 et toute la crème des espions s’étaient alliés, ils n’auraient pas pu savoir… Et d’ailleurs quel intérêt y aurait-il à surveiller un vieux schnock comme moi ? Je n’ai jamais trempé des affaires louches, je n’ai jamais été attiré ni par les petites filles ni par les petits garçons, je n’ai aucune envie de partir sur un mulet faire le djihad ni de renverser le gouvernement... Je n’ai même jamais été abonné au « Canard enchaîné ». C’était donc forcément autre chose.
J’ai essayé de prendre ça avec humour. Après, tout, c’était peut-être le fantôme de mon père qui serait revenu tout exprès de l’au-delà pour finir de me pourrir la vie ? Ou bien des extraterrestres qui m’auraient choisi comme cobaye ? Ou bien mon alter ego qui vivrait dans une dimension parallèle ? D’ailleurs, après de longues réflexions, je me dis que la dimension parallèle était la théorie la plus plausible. Après tout, on voit des trucs comme ça tous les jours dans les films ou à la télé. Alors pourquoi ça n’arriverait pas une fois en vrai ? En tout cas, c’était bien plus rigolo que l’idée de perdre la boule.
Car, il me faut vous le confesser, l’idée que je perdais la tête m’a, l’espace d’un court instant, bien effleuré. Je me suis vu, perdu dans une chambre toute blanche, regardant une aide-soignante de vingt ans venue me servir ma petite soupe. Ou participant à un « atelier mémoire » en compagnie d’un tas de vieux débris séniles… Est-ce que l’heure était venue pour moi de passer le reste de ma vie à jouer aux dominos dans une institution spécialisée ? C’était évidemment hors de question. Car mon cerveau fonctionne très bien. Je suis capable de remplir une grille de mots croisés plus vite que n’importe qui. De réciter, comme ça, tout de suite, au moins une cinquantaine de poèmes de Victor Hugo. Parfois, pour m’amuser, j’apprends par cœur des dizaines de numéros de téléphone pris au hasard dans l’annuaire. Je regarde les journaux télévisés en anglais ou en espagnol sans la moindre difficulté de compréhension. Pour tout vous dire, je suis même capable de m’y retrouver dans les grilles tarifaires de la SNCF ! Vous en connaissez, vous, beaucoup de « jeunes » capables d’en faire autant ?
Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement anxieux. Mais cette histoire me flanquait tout de même la frousse. Là où j’ai vraiment commencé à flipper, c’est quand j’ai reçu un lien vers une vidéo Youtube. Ben oui, je sais ce que c’est Youtube et je sais aussi ce que c’est qu’un lien hypertexte. Je vous ai dit que l’informatique ne m’intéressait pas, pas que j’étais complètement débile. Par curiosité j’ai donc cliqué dessus. Et là, il y avait une veille maison, qui ressemblait vraiment à celle de mon enfance. Le commentaire en bas de la vidéo disait : « tu vois, je l’ai rachetée ». C’était bizarre. Pas seulement parce que ce type connaissait l’endroit où j’ai habité, mais surtout parce que cette baraque avait été détruite il y a des années de cela. Ce qui était encore plus bizarre c’est qu’il y avait un type devant la maison et il me faisait des coucous. Et ce type c’était moi.
Ou mon jumeau. Enfin un jumeau qui me ressemblerait, mais qui ne serait pas tout à fait pareil. Il avait le même âge que moi, mais paraissait un peu plus maigre. Et sa coupe de cheveux était différente. Il ne portait pas de lunettes. Et il avait des vêtements que je n’avais jamais vus. Pourtant, son allure générale, sa manière de se tenir, de bouger, de regarder la caméra... C’était moi.
Je suis resté longtemps à regarder mon portable, à me passer et à repasser la vidéo. L’écran était certes petit, mais tout de même étonnamment net. La maison avait été rénovée. Les volets n’étaient plus les mêmes. Le crépi aussi avait changé. Le jardin était mieux entretenu que dans mes souvenirs. Mais c’était bien notre ancienne maison. Il y avait aussi des détails vraiment troublants. Comme ce vieux jouet en forme de botte de père Noël. Je me suis rappelé que j’en avais un tout pareil. C’était un baril de lessive. Le fabricant avait trouvé ça pour écouler sa camelote. Une sorte de cadeau Bonux, mais à l’envers : Le cadeau n’était pas dans la lessive, c’était la lessive qui était dans le cadeau. Et même le cerisier, à l’arrière-plan, je le reconnaissais. Il n’y avait pas de doute possible. C’était celui qui poussait dans notre jardin.
Alors j’ai appelé un taxi. Avec le portable. Faut dire que c’est quand même bien pratique, ces gadgets. J’ai donné au chauffeur mon ancienne adresse et, arrivé devant, j’ai bien vu qu’il ne restait rien de notre ancienne maison. Juste un autre pavillon, très propret, très sympathique. Pas de nain de jardin, mais une assez jolie fontaine. En résine, probablement, imitation pierre. Et aussi un gazon si parfait, même en plein hiver, que je l’ai cru artificiel. Mais pas de cerisier. Ni de jouets qui traînaient.
Je voulus regarder une nouvelle fois la vidéo, mais le message avait disparu. C’est l’autre truc qui était vraiment bizarre. Au fur et à mesure, les messages disparaissaient. Au début je croyais que c’était normal mais mes autres messages restaient dans l’historique. Pas ceux qui étaient bizarres. Alors j’ai demandé au chauffeur de me ramener chez moi. Il n’a fait aucun commentaire. Il devait être habitué aux excentricités des vieilles personnes.
En chemin je me suis ravisé et j’ai demandé qu’il me dépose chez ma fille. J’avais besoin de parler à quelqu’un. Mais quand je lui ai raconté, elle m’a regardé pensivement. Elle m’a demandé de lui montrer les messages, mais bien sûr, ils avaient tous été effacés. J’ai eu l’impression qu’elle se retenait de se tapoter sa tempe avec son index. Et j’ai compris qu’il fallait que je fasse attention si je ne voulais pas me retrouver enfermé dans un asile. Je sais bien qu’elle et son mari seraient enchantés d’être ma tutelle et de gérer l’argent qu’il me reste. Je les ai surpris plusieurs fois discutant à voix basse et s’interrompant dès que j’entrai dans la pièce. Je suis sûr qu’ils manigancent quelque chose. Ce n’est pas que je sois particulièrement avare ou que j’ai des projets, mais bon, je veux pouvoir faire ce que je veux de mes sous. Je n’ai pas voulu non plus aller en parler à la police. Je me méfie de ces types. Une agression de personne âgée, un vol, c’est bon, ils savent gérer. Mais des vidéos en provenance directe du passé : ils iraient au plus simple et téléphoneraient immédiatement aux services sociaux.
Le lendemain, j’ai encore reçu une photo de la maison. Sur celle-ci j’étais, (enfin, le type qui me ressemblait était) avec une femme d’une cinquantaine d’années. Le message disait : « Sylvie, juste avant nos noces d’or ». Sylvie. J’avais connu une Sylvie, il y a longtemps. Je devais avoir, je ne sais pas, 7 ou huit ans. Est-ce que cela se pouvait que ce soit elle, que ce type ait épousé MA Sylvie ? Et probablement en se faisant passer pour moi ? J’enrageais au point de vouloir balancer le portable contre le mur. Mais je me suis retenu. Je sais contenir mes colères. J’ai jugé préférable d’essayer de le faire parler. Il fallait que je le trouve, qu’il me donne des indices. Après, j’irai lui péter sa gueule.
Alors j’ai tapé « Joli couple. Et qu’est ce que vous faites dans la vie ? »
Je suis resté un moment à regarder l’écran et à attendre la réponse. Puis, lassé, j’ai allumé l’ordinateur portable et j’ai commencé à chercher des infos sur Google. Je dois dire que c’est quand même super pratique. J’ai trouvé comment changer son numéro de mobile, comment se débarrasser des messages indésirables… Et aussi d’interminables listes des arnaques les plus courantes, des canulars, hoax et embrouilles qui fleurissent dans l’univers numérique. Mais personne ne semblait avoir été confronté à un problème semblable au mien. Faut dire qu’en tapant « messages en provenance de soi même mais d’un autre monde », on tombe surtout sur des délires d’illuminés.
Et puis, juste avant d’aller me coucher, mon téléphone vibra : « Mais, je suis dessinateur, bien sûr. Et Sylvie prof de sport. Mais tu devais le savoir. » J’eus une brève vision de moi et Sylvie, encore enfants, bavardant assis sur les marches en béton brut de sa maison. On jouait à imaginer notre avenir. Elle voulait être maîtresse et apprendre aux enfants à danser. Et moi, je voulais passer ma vie à faire des dessins. Je n’aurai jamais cru me souvenir de ça. Et ça me revenait, aussi nettement que si c’était arrivé hier. Je sentis quelques larmes me monter aux yeux. Putain, c’est ça devenir vieux ? Passer son temps à pleurnicher sur son passé perdu ? Mais je ne suis pas spécialement du genre à me laisser aller à la nostalgie. Alors j’ai tapé : « Et ça paie bien ? »
Cette fois-ci la réponse arriva instantanément. « Pas aussi bien que la banque. Mais c’est plus rigolo ». Cette foi-ci, j’étais carrément jaloux. C’est vrai que je gagnais bien ma vie, que j’ai maintenant une retraite confortable et un petit capital que je fais fructifier. Que je n’ai jamais eu de problèmes d’argent. Mais c’est vrai aussi que j’ai toujours fait un boulot de merde. Mais je décidais de me vanter : « C’est vrai que j’ai assez bien réussi dans la vie ».
Encore une fois, la réponse arriva tout de suite. Laconique : « Si tu le dis ». Cela me mit en boule. Pour qui il se prenait celui-là ? J’ai toujours travaillé dur, mon salaire, je le mérite largement. Bien sûr que je rêvais de faire autre chose, mais c’est le cas de tout le monde, non ? J’ai balancé le portable dans un coin et je suis allé me coucher.
Pas très longtemps. J’étais trop énervé pour m’endormir. Au bout de quelques minutes, j’ai repris le portable : « Et toi, comment tu t’en es sorti ? »
« J’ai fait d’autres choix. »
Là, ça ma vraiment énervé. Ah, si seulement je l’avais eu sous la main. Je lui aurai expliqué, moi, ce que j’ai dû me battre pour en arriver là. Est-ce qu’il avait seulement la moindre idée de ce que j’avais dû endurer pour faire carrière ? C’est sûr, c’est facile de jouer les artistes, de prendre de grands airs. Est-ce qu’il s’imaginait peut-être que j’avais eu le choix ? Et comment, je l’aurai payée ma maison, et les études de ma fille si j’avais continué à me prendre pour Picasso ? Il n’y a rien qui ne m’énerve autant que ces types qui analysent votre vie en cinq minutes et vous donnent ensuite des leçons. Ah, mais fallait faire comme ci ou comme ça, fallait pas faire ça, y avait qu’à… Ben oui, c’est facile : suffisait de faire d’autres choix. C’est comme pour gagner un marathon, c’est facile : suffit de courir vite et d’accélérer à la fin !
J’avais envie de fracasser le portable contre un mur. Mais en même temps, j’étais quand même curieux. Qui c’était, ce connard ? Et qu’est-ce qu’il me voulait, à la fin ? Il avait rien d’autre à foutre que de m’emmerder ? Sûrement un de ces chômeurs qui passent leur temps à glander ! Putain de parasite, va. Il fallait que j’en sache plus. Alors j’ai écrit : « Et, avec Sylvie, vous avez des enfants ? »
Cette fois-ci, il n’y eut pas de réponse. Enfin pas tout de suite. Le lendemain, j’ai eu droit à un autre message, du genre « alors quoi de neuf ? », puis d’autre dans lesquels il me parlait de ses voyages, de tous les merveilleux pays qu’il avait visités, des gens qu’il avait rencontrés. Mais je compris que je tenais enfin son point faible. Alors, avec un brin de perversion sadique, j’ai insisté. Et finalement, je l’ai eu ma réponse. Il m’a dit simplement : « Ne parle pas de ça, s’il te plaît. Nous aussi, on a eu notre part ».
Je me rappelle que, assez stupidement, la première chose à laquelle j’ai pensé était : « Mais pourquoi n’écrit-il pas STP, comme tout le monde ? ». Et puis, il a commencé à me paraître plus sympathique. Tout d’un coup je me suis senti proche de lui. Ce type, quel qu’il soit, avait eu la même vie que moi. On était comme deux voyageurs qui auraient pris des chemins différents et qui, après bien des aventures, se seraient retrouvés au bout du chemin. Peut-être que la route avait été plus facile pour l’un, plus dangereuse pour l’autre. Mais à la fin ils arrivaient au même endroit et se racontaient leurs aventures.
À partir de ce moment, nous avons passé des journées à converser, comme deux vieux amis. Je lui racontais tout ma vie, et lui la sienne. C’était rigolo le nombre de souvenirs que nous avions en commun, et surtout la manière différente que nous avions de voir les choses. Je ne quittais plus mon portable. Finalement je comprends les ados : ça a un côté addictif, le Smartphone.
Un matin, ma fille est passée. Je revois encore son visage effrayé quand j’ai ouvert la porte. C’est vrai, que je n’avais pas eu le temps de faire le ménage. Et je n’étais pas rasé non plus. Et mes vêtements étaient froissés et un peu tâchés. Mais aussi, pourquoi n’a-t-elle pas prévenu ? Je dois dire, qu’à force de passer mon temps avec mon nouvel ami, à comparer nos souvenirs, j’avais un peu négligé certaines choses. Je ne me rappelle même plus mon dernier repas. Mais bon, en même temps, je n’ai jamais été spécialement gourmand.
Ma fille regardait tout autour d’elle, effarée. « Tu dois te faire aider papa », m’a-t-elle dit. Oui, bon, c’est sûr, qu’une femme de ménage aurait un peu de travail, mais il ne faut pas exagérer non plus. Je pourrai ranger tout ça en quelques heures, nettoyer la cuisine et jeter les trucs moisis qui traînaient ça et là. « Bah, ne t’inquiète pas, lui ai-je répondu, je branche l’aspirateur et dans une heure tout sera propre ». Ca me faisait de la peine de la voir ainsi. Elle avait vraiment l’air catastrophée ! Ah, les jeunes ! Un rien les déstabilise ! Quand elle se décida enfin à partir, je lui ai promis de ranger tout ça et de faire attention à moi. Et de prendre un bain. Et de passer chez mon médecin (pourquoi m’a-t-elle demandé ça?) A peine la porte fermée, je suis retourné sur mon portable.
Elle est revenue le lendemain. Je ne l’attendais pas si tôt. Deux visites si rapprochées, ce n’était pas arrivé depuis… Depuis qu’elle m’avait demandé un prêt pour acheter sa maison. Elle disait qu’il fallait qu’elle augmente le montant de son apport personnel. D’ailleurs, pendant que j’y pense, elle ne m’a jamais remboursé. Bah, ce n’est pas important. Cette fois, elle est entrée comme une furie : « Papa, tu as vu ta facture de téléphone ? » Non, je ne l’avais pas vue. D’ailleurs, je m’en fichais : j’ai un forfait tout compris. La dame de la boutique me l’a dit. « Tout compris, mon cul ! » a-t-elle hurlé. « Tout compris, mais pas les numéros spéciaux ! Regarde celui-ci, tu l’appelles plus de cent fois par jour. Et tu sais ce que c’est ? » Ouais, je me disais bien que la gentille vendeuse m’avait un peu arnaqué. Mais tant pis. J’avais envie de lui répondre qu’on ne facturait pas les messages vers la quatrième dimension mais je me suis abstenu. Elle n’aurait pas compris.
« C’est la messagerie du père Noël », a-t-elle hurlé. « Qu’est-ce qui te prend de l’appeler en boucle ? T’as cinq ans, ou quoi ? ». Je déteste me faire engueuler. C’est un truc que je ne supporte pas, qu’on me crie dessus. Je suis quelqu’un plein de bonne volonté, mais faut pas me crier dessus. Surtout quand c’est ma fille. Et puis, comment elle l’avait eu, ma facture de téléphone ? Elle m’espionnait ou quoi ? Alors je lui ai tourné le dos. J’ai haussé les épaules. « N’importe quoi, ai-je dit. On a sûrement piraté mon portable. Je vais changer de numéro ». Et j’ai balayé d’un revers de la main la toile d’araignée qui encombrait la table de la cuisine.
Bien sûr, ça n’a pas traîné. Ils sont arrivés quelques jours plus tard. Je ne sais plus combien, peut-être deux ou trois jours. Ils étaient très gentils. Pas du tout comme je les imaginais. Très sérieux, très professionnels. Je me suis laissé faire, docilement. Ma fille était avec eux. Je la regardais du coin de l’œil préparer ma valise. Elle était en larmes mais je ne comprenais pas pourquoi. Après tout, elle avait ce qu’elle voulait, non ? Elle pourrait vendre mon appartement et profiter de mes sous.
Non, je suis méchant. Je suis sûr qu’elle a fait ça pour mon bien. Elle m’a cru en perdition, alors que je ne me suis pas senti aussi bien de toute ma vie. Le truc embêtant, c’est qu’ils m’ont enlevé mon portable. Mais ce n’est pas grave : en me concentrant, j’arrive à communiquer en utilisant la télévision ou même en regardant fixement l’ampoule au-dessus de mon lit. Je suis devenu tellement fort que simplement en fermant les yeux, j’arrive à entrer en contact avec un nombre chaque jour croissant de mondes parallèles. 
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Défi
LWH

L’aurore aux doigts de rose venait de paraître quand, timide et frémissante de tout son être, Peach, la douce  princesse aux cheveux dorés, devant son beau palais se laissait admirer. Ignorante des ombres qui sous la terre, avaient résolu de lui faire la guerre, insouciante des dangers qui la menaçaient et sourde aux avertissements, elle voulait danser. Elle n’écoutait aucun des conseils avisés que Papy Champi patiemment  lui professait. Aveugle aux milles signes  de périls extérieurs elle n’avait d’yeux que pour les Toads rieurs. Le matin était joyeux  et ensoleillé et Mario, le visage encore tout ensommeillé arborait une fleur à la boutonnière et sautillait gaiement à sa manière. C’est alors qu’on entendit un bruit effrayant. Comme sorti de l’enfer, apparut un monstre géant.
Le perfotunnel modèle X23-12  émergea de terre, telle une créature ferromagnétale, au milieu du complexe urbanique.  Bien qu’il ne posséda aucun hublot qui permettrait à son pilote de s’orienter, il se dirigea droit vers le château de la princesse. Visiblement, il était là pour détruire la cité apollinienne. Son objectif était de réduire à néant tous les trésors artistiques du royaume, ceux-là même qui avaient permis à la pensée champignonesque de rayonner dans l’univers tout entier. Tout espoir semblait perdu. La police intersidérale ne pourrait jamais intervenir à temps. Peach et Mario voyaient déjà les bras robotisés du perfotunnel se déployer. Le premier portait une redoutable hallebarde laser et le second faisait savamment tournoyer un nunchaku thermonucléaire à énergie compensée. Papy Champi secoua tristement la tête en déclarant : « Au service du mal toute cette science  est ». Mario et Luigi, comme de vieux aventuriers de la galaxie, s’apprêtaient à bondir mais ils s’arrêtèrent en voyant les princesses Peach, Daisy et Harmonie.
Princesse Peach
 Quand nous reverrons nous toutes les trois, en tonnerre, en éclair ou en pluie ?
Princesse Daisy
Quand la bataille sera perdue et gagnée. Quand les champignons seront crus et cuits. Quand le vin sera tiré et bu.
Princesse Harmonie
Ce sera avant le couché du soleil.
Princesse Peach
En quel lieu ?
Princesse Daisy
Au royaume champignon.
Princesse Harmonie
Pour y rencontrer Mario.
Princesse Peach
Mais c’est le rossignol et non l’alouette que j’entends.
Mario
Alors j’ai encore le temps. Ce sont les hommes qui parlent le moins qui sont les plus vaillants. Allons, montons à l’assaut de cette monstruosité.
« Bordel de merde ! Putain de bordel à queue de merde ! » hurla Luigi. Il sortit une flasque de vieux bourbon, s’en envoya une rasade avant d’empoigner son 357 magnum. Depuis des mois, chaque matin, au réveil, il se demandait s’il aurait encore la force de se lever, mais là, devant l’imminence du danger, il ne réfléchissait plus. Tout ce qu’il avait à faire, c’est de massacrer ces putains d’enfoirés de terroristes en série. Cette fois-ci, il n’y aurait pas d’enquête interminable, de conneries de droits de la défense et de justice laxiste, de hiérarchie corrompue ou d’intérêts politiques. Cette-fois ci, il allait rentrer dans le tas et régler le problème à sa manière.
« Dégage de là , hurla-t-il à Mario, je gère. » Il tenait son arme à deux mains, comme il avait appris à le faire quand il faisait partie des forces spéciales de défense du royaume, quand on l’avait envoyé botter le cul de ces niakwé de Goombas et qu’il avait vu son meilleur amis torturé à mort par l’infâme colonel Bowser. Il avança rapidement. Il ne voulait pas à nouveau arriver trop tard, comme quand il avait découvert bébé Peach horriblement violée par une horde de Koopas dégénérés, sa tétine rose leur servant de sex-toy et que l’abjection de cette image lui soit à jamais imprimée dans son esprit. Il enleva le cran de sureté et visa posément, pour ne pas, encore une fois, massacrer d’innocents Toads par un tir un peu trop approximatif et que des foutus associations communistes ne lui reprochent la quantité déraisonnable de bourbon qu’il avait dans les veines. Enfin, la détonation retenti. Au loin, un hélico Maskass prit son envol.
« Stop !  cria princesse Peach, seul Dieu a le droit de tuer son semblable ! »
Mario
Et voilà, c’est reparti ! Nous on collectionne les pièces et elle les scènes !
Luigi
Mais j’ai un destin à accomplir, moi ! Même si je dois le faire un peu par hasard.
Peach
Ne vois-tu pas que c’est mon cousin Bowser qui est venu me faire une petite surprise ?
Mario
Voilà un cousin qui me parait bien tendre avec sa cousine. Est-ce une coutume locale ?
Bowser
(Embrassant Peach dans le coup et lui flattant la croupe de sa patte griffue)
Bon anniversaire, cousine. Mais où est donc ton fiancé, que je lui présente mes respects ?
Peach
C’est le moustachu, là-bas, celui avec la casquette rouge. Oui, celle dont il se sert pour cacher ses…. heuh... ses... boucles.
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