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Michel Delsarte

Toujours là où l'on ne m'attend pas..

J'ai longtemps été partagé entre deux vocations : serial killer ou éternel rêveur. Homme de compromis, j'optai pour une alternative idiote : serial rêveur.

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Œuvres

Michel Delsarte
En poussant son troupeau par-delà le gué du Yabboq vers les hauteurs de Galaad, Elijah ignorait qu’il ne reverrait jamais Tishbé, le village de ses aïeux. Il ne pouvait se douter qu’au détour d’un bosquet d’arbres à myrrhe, il rencontrerait Mikhaël, archange au service d’un dieu en exil. Et que celui-ci l’entraînerait dans la plus invraisemblable des aventures, depuis le Montmartre du Père Frédé jusqu’à l’extrême nord de l’océan arctique.
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Michel Delsarte
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Michel Delsarte


Edward Aloysius Murphy Jr a été on ne peut plus clair : « Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal. » La Loi de Murphy (L.E.M) devint rapidement le pire des cauchemars des gros pontes de l’aéronautique. Les fêlés de stratégie militaire étant forcément associés à l’aspect conquête du programme spatial, ils apprirent à compter avec la loi d’Aloysius. Mais plus pragmatiques, ils la rebaptisèrent Loi de l’Emmerde Maximale. Seuls les politiciens, et cela avec une remarquable constance, ignoraient superbement le principe même de la L.E.M, invoquant que cela faisait double emploi avec le sacro-saint principe de précaution.
Aussi, lorsqu’en 2013, le météore de Tcheliabinsk se fragmenta au-dessus de la région sud de l’Oural en libérant une énergie trente fois supérieure à celle de la bombe d’Hiroshima, les scientifiques et militaires s’en émurent forcément. De concert, ils tentèrent de conscientiser le monde politique sur les risques réels d’extinction massive. Ces derniers parlèrent opportunité et budget. L’opposition, dans un bel ensemble, alerta la presse, laquelle monta l’affaire en épingle. On parla dinosaures. Enfin, plutôt extinction de dinosaures et de ses causes exactes, l’impact météoritique se disputant la primauté avec une activité volcanique démentielle.
La presse people exhuma de ses cartons l’interview d’un gourou célèbre, aujourd’hui en institution psychiatrique, qui expliquait que toutes ces météorites n’étaient en fait que les billes d’un grand billard cosmique carambole. Et que les dieux s’ingéniaient à lancer leur bille blanche sur notre pauvre planète, petite bille rouge perdue dans le grand Néant. Bref, pour tirer l’affaire au clair, les politiciens créèrent une commission. Un peu effrayés par cette inconstance, les scientifiques retournèrent à leurs chères recherches. Quant aux militaires, écœurés, ils rentrèrent dans leurs bases faire ce pour quoi ils excellaient. Si vis bellum, para bellum. En quelque sorte.
En 2057, les descendants des premiers membres de la commission de 2013 remirent un rapport d’un bon millier de pages. En préambule, il était précisé que cette histoire de billard était une fameuse connerie et qu’on leur avait fait perdre un temps précieux. L’essentiel du volumineux pensum consistait en une accumulation indigeste de statistiques qui se voulaient rassurantes. Enfin, le rapport se terminait par un addendum de dernière minute qui critiquait la valeur scientifique de la Loi de Murphy.
Selon l’expert de la commission, en fait un vulgarisateur renommé ayant consacré la plus grande partie de sa vie à étudier l’organisation sociétale des cafards en milieu urbain, la Loi de Murphy ne serait en fait qu’un vaste canular inventé par un cerveau malade. On classa le rapport parmi d’autres rapports sans avenir et on remercia les derniers membres vivants de la commission. La vie reprit son cours normal.
En 2114, un météore d’un diamètre avoisinant les cinquante mètres et d’une masse estimée à quarante mille tonnes traça une splendide griffe fuligineuse dans l’atmosphère terrestre avant de percuter les eaux de la Méditerranée à hauteur des Colonnes d’Hercule. Aucun télescope spatial ou terrestre n’avait détecté le bolide et le sacro-saint principe de précaution resta dans les cartons de l’ensemble des services de sécurité civile et militaire des nations terrestres.
Un raz-de-marée d’anthologie balaya les côtes du bassin méditerranéen, rayant du planisphère une bonne partie de l’Andalousie, l’ensemble des Îles Baléares, le Golfe du Lion et toutes ses villes côtières, la ville d’Ajaccio en Corse, toute la côte est de l’Italie, les villes de Marsala et de Palerme en Sicile, une bonne moitié de la Sardaigne, Venise et ses gondoles, toutes les îles Ioniennes, les Cyclades et la moitié du Péloponnèse, ainsi que la côte Est de la Crête. Dans une moindre mesure, certains quartiers des villes côtières des nations du Moyen-Orient furent engloutis sous la vague gigantesque. Il en fut de même pour les côtes méditerranéennes des pays du Maghreb.
Un peu plus de deux millions de personnes périrent. Dans les semaines qui suivirent une épidémie de choléra fit cinq cent mille autres victimes. La Russie en profita pour annexer la Pologne, dans l’indifférence la plus totale. Assez curieusement, celle des Polonais également.
Ie Consortium Europe Unie (C.E.U) mit plus de vingt ans à se rebâtir mais ne parvint pas à soigner le traumatisme subi. Elle imposa à la Société des Nations d’intégrer la Loi de Murphy dans toute planification d’urgence, essentiellement lorsqu’il s’agit de détection d’astéroïdes. Le principe de bouclier spatial fut rapidement retenu par l’ensemble des nations. Pour des raisons de budget, on répartit la charge financière du projet entre quatre grandes nations. La voûte céleste de l’hémisphère nord serait surveillée par cinq télescopes spatiaux déployés conjointement par les USA et le CEU. L’Australie et la Chine se voyaient confier la surveillance de l’espace spatial situé au-dessus de l’hémisphère sud.
Personne ne voulant plus s’associer à la Russie depuis l’épisode polonais, celle-ci fut sollicitée pour détecter les astéroïdes et autres météores depuis la base lunaire internationale. Ce qui fit rugir l’ensemble des états-majors militaires lorsqu’ils se rendirent compte que les télescopes lunaires furent pointés vers leurs hangars à missiles.
Selon la Loi de Murphy, les blocs de chaque hémisphère partirent du postulat que le voisin finirait par commettre la faute fatale et chacun développa donc chez lui des systèmes de contrôle qui confinèrent rapidement à la paranoïa. Le bon côté de la chose, c’est que plus aucune poussière cosmique ne sut pénétrer dans l’atmosphère terrestre.
Pendant trois siècles, tout se déroula selon le plan prévu.
Évidemment, c’était sans tenir compte d’une autre Loi de l’Univers, tout aussi importante que celle de Murphy. La Loi du Chaos Déterministe, notamment, qui rend impossible la prédictibilité à long terme dans un système rigoureusement déterministe. Les conditions du long terme étant finalement réunies, les lois de Murphy et du Chaos Déterministe décidèrent de voguer de concert et de profiter de l’occasion pour mettre le bazar dans le Système solaire.
En 2483, USA et CEU s’opposèrent avec virulence à cause du Traité de libre-échange transatlantique. La reconstruction au sein du CEU avait vu l’émergence de nombreux partis écologiques puissants. Ces derniers remirent en cause le traité en raison de la découverte de viande de poulet transgénique dans la nourriture pour chats. On finit par geler le traité et chaque bloc s’isola au sein de ses frontières derrière un protectionnisme forcené.
Du côté hémisphère sud, la situation n’était pas très brillante. Un missile transcontinental fabriqué en Corée du Nord avait été lancé depuis la Chine. Il devait s’agir d’un banal tir d’essai. Le missile dévia de sa trajectoire pour aller s’abîmer dans le bush australien, pulvérisant la seule réserve censée préserver les derniers kangourous de la planète. Chinois et Australiens s’en émurent en chœur puis s’agonirent d’injures avant de s’isoler derrière leurs frontières.
Les conditions étaient réunies pour que deux météores viennent y mettre leur grain de sel. Partis chacun depuis la ceinture principale d’astéroïdes, ils avaient fait leur petit bonhomme de chemin, chacun selon leur trajectoire propre, vers la planète Terre. En raison du froid polaire qui avait frappé les relations entre les grands de ce monde, on n’appliqua pas la Loi de Murphy censée permettre de surveiller les systèmes de contrôle de la nation partenaire. Ce fut donc avec deux mois de retard qu’un astronome amateur belge signala au directeur de l’observatoire astronomique de Cointe, d’inspiration néomédiévale, un écho lui paraissant bizarre.
Le téléphone arabe, dans un premier temps, puis la valse des valises diplomatiques, tout de suite après, réactivèrent les protocoles visant à coordonner les nations des deux hémisphères pour une bonne gestion du bouclier spatial. Le deuxième bolide fut découvert avec effroi. Le premier fut baptisé Armageddon, l’autre Némésis, ce qui traduisait assez bien l’état d’esprit général.
Selon le sacro-saint principe de précaution et la Loi de Murphy, trois tirs de missiles devaient se succéder vers chaque bolide pour être certain de faire mouche et de pulvériser ou dévier la météorite.
La salve tirée depuis les télescopes spatiaux des USA et du CEU toucha Armageddon qu’elle fragmenta en dizaines de plus petits bolides qui se perdirent pour la plupart dans l’espace profond. Mais pas tous, hélas. Le tir effectué par les blocs de l’autre hémisphère rata complètement sa cible. Les Australiens découvrirent avec une ironie teintée de désespoir que les missiles se trouvant dans les silos de leurs télescopes spatiaux avaient été fabriqués en Corée du Nord[1]. Némésis continua donc sa course folle vers la Terre.
Le 27 mai 2484, l’un des débris du bolide Armageddon percuta le parc de Yellowstone, ce que ne digéra pas la gigantesque caldeira longue de plus de soixante kilomètres. Ses deux poches magmatiques s’envolèrent dans l’atmosphère avec un bel ensemble anéantissant toute vie dans un rayon de six cents kilomètres et recouvrant d’une couche épaisse de cendre les deux tiers des États-Unis et une bonne moitié du Canada. Débuta alors la plus grande vague migratoire de toute l’histoire de l’humanité. Puis la température se mit à chuter et le soleil échappa peu à peu au regard des hommes qui durent s’habituer à vivre avec un ciel plombé charriant des cohortes de cumulus chargés de cendres et de poussières de lave. Le nombre de famines augmenta alors de façon exponentielle.
Le 14 juin 2484, Némésis fit une entrée remarquée dans l’atmosphère terrestre. On estima sa taille à un kilomètre et son point d’impact fut exactement situé en plein cœur de l’arctique. Dans un premier temps, on se remit à respirer. À part quelques rares
que l’on avait pu évacuer quelques semaines plus tôt, la région était parfaitement désertique. Puis la formidable onde de choc vint remettre les pendules à l’heure. Ce qui restait de la calotte glaciaire fondit instantanément. L’équivalent en vapeur d’eau, abondamment chargée de sel marin, fut éjecté à plus de cent kilomètres dans l’atmosphère, emportant dans ses bagages des composés chimiques tels que le brome et le chlore, éléments hautement dommageables pour cette pauvre couche d’ozone. Enfin pour ce qu’il en restait. Les conséquences ne se firent pas attendre. Passons sur la flopée de tsunamis dévastateurs pour nous pencher sur leurs effets à long terme : brûlures superficielles, cancers, cataractes, maladies du système immunitaire, réduction de la photosynthèse, appauvrissement des cultures et disparition du plancton, maillon essentiel de la chaîne alimentaire.
Et puis soudain le niveau des océans se mit à monter encore et encore. Les deux impacts météoritiques conjugués rendirent la vie sur terre pour le moins problématique pour ces quelque vingt-cinq milliards d’humains et les rares autres espèces survivantes.
Les politiques, à court d’idées, se tournèrent vers les scientifiques. On ne pouvait plus compter sur les militaires, ceux-ci étant très impliqués dans la répression de l’insurrection mondiale. Et les scientifiques proposèrent le projet « Arches ». Le concept était cyniquement simple. On allait épuiser les dernières ressources de la planète pour construire des arches qui emmèneraient l’humanité vers un ailleurs meilleur. Une arche par milliard d’humains d’une capacité chacune d’un million d’âmes.
Chaque monstrueux vaisseau serait construit à partir de la base lunaire et cela pour deux raisons émanant l’une, de la sphère scientifique et qui estimait impossible de faire décoller de tels mastodontes depuis la Terre en raison de sa trop forte gravité. Quant à l’autre, elle provenait, avant tout, des cogitations très cartésiennes de nos stratèges militaires. Pour éviter que les arches ne soient prises d’assaut par une populace très, très en colère d’avoir été abandonnée sur une planète moribonde, il serait beaucoup plus facile d’expédier par navettes les candidats retenus pour l’exode en organisant une noria terre-lune très sélective.
Le choix des candidats à l’exode fut bien entendu hautement élitiste. Chaque humain sélectionné recevait son Arch Pass et se voyait transféré vers le vaisseau arche qui lui était attribué. En réalité, l’humanité se préparait à essaimer vers vingt-cinq exoplanètes supposées habitables de la galaxie. Dès lors, les laissés pour compte s’organisèrent pour obtenir de la façon la plus frauduleuse et criminelle possible un Arch Pass.
La Russie ne fut pas la dernière à faire remarquer qu’elle disposait d’autant de moyens de persuasions qu’elle avait de silos à missiles, basés sur la lune justement, dans le cadre du défunt programme du bouclier spatial.
Cela en énerva certains. Les laissés-pour-compte justement.
Bizarrement, la mortalité parmi les heureux détenteurs de ce merveilleux sésame vers une nouvelle Terre que l’on promettait meilleure commença à devenir endémique[2]. Le monde politique se sentit concerné à plus d’un titre et créa un département indépendant des forces de police. Les Traqueurs furent recrutés parmi les pires canailles que pouvait compter ce qui restait de civilisation. Des Lettres de Traque furent octroyées à ces individus dévoyés qui se virent ainsi confier la délicate mission de mettre fin aux trafics en tous genres ayant pour objectif de spolier les honnêtes gens de leur Arch Pass, lesquels se retrouvaient proposés sur les étals du marché noir à des prix proprement indécents.
Chaque mission réussie offrait une opportunité à ces traqueurs d’obtenir un crédit partiel pour un Arch Pass.
Fistule Entérite, alors en stage de perfectionnement dans les quartiers de haute sécurité de la prison pour femmes de Fresnes, tenta sa chance et n’eut aucun mal à devenir traqueuse.
Elle en possédait, hélas, toutes les qualités requises.


[1] Qui se révélèrent n’être finalement qu’un assemblage de tonneaux bourrés de déchets nucléaires non recyclés, soudés à la va-vite. Les Australiens comprirent mieux l’émergence soudaine d’une faune atypique autour des silos de lancement.
[2] Entendons-nous bien, la mort est depuis toujours endémique puisqu’elle concerne chacun d’entre nous. Mais cela restait toujours dans des proportions raisonnables même lors de la Grande Peste.
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