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AnnaJustine

Depuis un an, je me suis lancée dans un projet d'écriture d'un roman épistolaire un peu particulier. Il s'agit d'un roman autobiographique regroupant toutes les lettres que je n'envoie pas.

Il m'arrive souvent, quand je suis énervée contre une personne, que je me sens blessée par son attitude ou au contraire que j'ai envie de lui dire merci, ou je t'aime, de lui écrire une lettre, une lettre que je ne lui enverrai jamais.
Certaines feraient trop mal à leur destinataire, d'autres me feraient trop mal s'ils les lisaient. Certaines déclencheraient une guerre entre nous, d'autres n'ont simplement pas besoin d'être lues.

Ce n'est pas ici une pure autobiographie, ni une transcription graphique de mes pensées. Il s'agit avant tout d'un jeu. Un jeu avec le destinataire supposé, un jeu avec moi-même, un jeu avec vous, les réels destinataires de ces lettres. C'est un jeu littéraire, un jeu de piste en mots qui vous mènera peut-être jusqu'à moi...
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

AnnaJustine



Chère amie, 


Voilà un moment que nous nous côtoyons. Tard dans la nuit, tu apparais alors que je ne t'attendais pas.

Je suis allongée, fatiguée, mais tu es là, tu me surplombes de toute ta hauteur. Tu m'écrases et m'étouffes, de tout ton poids allongée sur moi. Je me débats, me tourne et me retourne, mais tu restes. Dans les draps trop chauds, lourds, humides de mes angoisses, je m'étrangle, mais tu restes. En vain, je cherche l'apaisement, mais malgré mon éreintement, tu restes.
Ta présence fait naître en moi des idées nouvelles, absurdes, insensées, et parfois d'une fraîcheur incroyable. Je m'extrais alors des draps, m'assois à la table, dans la lumière timide d'une lampe que je calfeutre, ou le tremblement d'une bougie, de peur d'éveiller mon amour au sommeil de marbre. Et je laisse des idées couler avec l'encre.



Chère amie, voilà un moment que nous nous côtoyons. Souvent je t'abhorre, mais je ne peux malgré cela te quitter. Tu restes là, partie intégrante de mon être - bien-être ou mal-être, qui saura. Je ne sais si un jour tu me quitteras. Je ne sais si je l'espère ou l'appréhende. En ta présence, une impression naît en moi d'exister, plus fort, plus vrai. Plus forte et plus vraie ?

Peut-être le sommeil et l'oubli m'effraient-ils, et je trouve alors refuge dans tes bras, rassurée par te présence familière. Peut-être aussi préféré-je ta compagnie à celle vide et fausse de Morphée...
Le temps que tu passes à veiller sur moi et mes encres me semble être du temps volé à la vie, un temps en plus, qui n'appartient qu'à nous, qui n'appartient qu'à moi.


La nuit est apaisante. Rien ne bouge, que les ombres sur les murs ; le temps s'arrête ; l'espace se vide ; et je me trouve face à moi-même. Face à mes incertitudes, mes angoisses, mes pensées et mes obsessions, et face à l'encre qui coule sur mes carnets.
Ta présence fait le vide autour de moi, et je me trouve, face à moi-même, face à cette personne dans son entier, dépouillée de l'artificiel, du superflu. Ma propre personne dans le vide et hors du temps, intègre, pure, nue.
Je ne sais si je dois d'attendre ou te redouter. Quoi que je fasse, tu es là, face à moi, et je suis là, face à moi. Au travers de ton regard, je me vois, plus claire dans le noir de la nuit que dans la lumière du jour.
Je vois à travers toi comme au travers d'un miroir. Tu es mon dédoublement, le reflet d'une netteté aveuglante de mon ego le plus pur.




Ma chère amie, mon insomnie, à toi, 

Anna Justine.
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AnnaJustine

 
Salut Dieu,
 
 
    Te souviens-tu de la dernière fois que je t'ai parlé? C'était il y a un moment, vingt ans peut-être. Je devais avoir trois ou quatre ans. C'était dans mes rêves. Je m'étais élevée jusqu'à toi, ton royaume. Tout était blanc et paisible. Je ne me souviens plus de ce à quoi tu ressemblais. Je crois même que tu n'avais pas d'apparence, pas d'enveloppe charnelle. Ça semble logique après tout. Je t'ai dit que tu existais.
 
    C'est beau, non, une toute petite fille qui vient rendre visite au créateur et qui lui dit qu'il existe ? Comme pour le réconforter. Peut-être était-ce cela. Tu m'as faite venir, ou plutôt tu m'as laissée venir jusqu'à toi car tu avais besoin d’être rassuré sur ta propre existence, de la bouche la plus naïve qui soit.
 
    Peut-être était-ce pour me remercier que tu m'as fait vivre toutes ces expériences, douloureuses, certes, mais qui m'ont permis de devenir une jeune femme forte, intelligente et indépendante. Et détruite. Peut-être était-ce une punition pour l'effronterie innocente d'une enfant qui s'est sentie si égale, voire supérieure à Dieu, qu'elle s'est permise d'affirmer son existence, à Lui. Comme si tu avais besoin que cet être insignifiant croie en toi pour que tu existes.
 
    Parce que oui, aujourd'hui je suis dévastée. Je suis un champs de ruine. Les plus petites choses de la vie sont un Himalaya pour moi. Sortir. Seule de surcroît. Manger. Dormir. Avoir une vie intime, et sexuelle. Tout cela me provoque angoisses, questionnements et tourments. Combien de jours je pense ne plus pouvoir, ne plus tenir. Combien de fois me suis-je dit : je n'y arriverai pas, je suis bonne à rien. Combien de fois me suis-je vue passer une jambe après l'autre par la fenêtre pour me laisser tomber ? Avaler chaque cachet croisant mon regard ? Saisir toutes les lames sur mon chemin et les enfoncer dans ma chair? Sans jamais sauter le pas...
 
    Alors oui, aujourd'hui comme il y a vingt ans, je m'adresse à toi, non plus dans un rêve, car mes rêves ne sont plus blancs ni paisibles. Et je ne m'adresse pas à toi pour te faire des reproches ou te demander des explications comme tu pourrais l'attendre, mais encore une fois pour te dire ce que je pense de ton existence.
 
    Je pense que tu es comme une fée, et je pense que c'est ce que je me suis efforcée de te dire il y a vingt ans. Aujourd'hui, cela me semble évident à nouveau. Tu existes parce qu'on te le dit. On ne croit pas en toi parce que tu existes, mais tu existes parce que l'on croit en toi.Tu n'es pas le créateur ou le père, tu es la petite fée, le daemon que chacun trouve en soi pour continuer. Cette force intime qui nous permet de nous mouvoir encore, après tout. Cette entité qui fait qu'on ne se laisse pas tomber dans le vide. Qu'on n'avale pas toutes ces drogues qui nous entourent. Qu'on ne se jette pas sur les lames froides qui nous harcèlent. Voilà ce que tu es.


    Il y a vingt ans, je t'ai dit que tu existais et tu existais.
    Aujourd'hui, je te dis que tu n'existes pas, et tu n'existes pas.
 
    Je ne crois plus en toi, je t'ai perdu au fur et à mesure des années, au gré des expériences, qui m'ont fait perdre l'innocence et la naïveté qui animaient ton existence. Aujourd'hui je crois seulement en moi. En ma force qui m'a permis de traverser tout ça, et qui me permettra encore de continuer malgré tout. Je ne crois plus en toi car je sais que ce daemon que tu es et qui m'anime n'est autre que moi.
 
Adieu,

Anna Justine.

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Défi
AnnaJustine

    Je suis en Bretagne, dans la maison de ma grand-mère, avec mon amie Marie. Ce sont les vacances d'été. Nous avons toutes deux des jobs saisonniers : elle est serveuse dans un bar sur la Pointe de Trévignon, j'anime un atelier culturel. Mais ni l'une ni l'autre n'avons beaucoup de public. Les gens du coin sortent étrangement peu, nous ne voyons que quelques touristes qui se demandent comme nous ce qu'il se passe dans ce bled. L'été est étonnamment froid, même pour la Bretagne, et le temps semble arrêté.
    Le soir, je suis rentrée avant Marie qui a nécessairement des horaires de travail plus tardifs. Elle m'appelle, elle est sur le chemin du retour. Je ne comprends pas bien ce qu'elle me dit au début, puis... "je suis en train de me faire enlever". La ligne grésille, comme si l'atmosphère était saturée d'électricité. 
    Un peu plus tard, les inspecteurs sont là. Ils demandent à voir la chambre de mon amie, et je la leur ouvre. Mais ce n'est plus la même. Les murs sont noirs de suie, de vieilles coupures de journaux aux murs traitent de disparitions et enlèvements mystérieux, et présentent la seule photographie des prétendus responsables : une grande silhouette noire, floue et auréolée d'un halo plus sombre encore, comme si sa présence annihilait la lumière. Autour, des êtres presque anthropomorphiques, courbés, visages lacérés. Des goules peut-être ? 
    Les inspecteurs me disent qu'ils vont faire le trajet de Marie en sens inverse pour y chercher des indices, et je décide de les accompagner. Arrivés au carrefour, probablement là où Marie a disparu si j'en crois les bribes que j'ai pu entendre lors de son dernier appel, nous les voyons. Plutôt, nous les sentons. Les rares éclairages publics s'éteignent. Les communications grésillent. L'atmosphère semble saturée d'électricité, tandis que la lumière semble absorbée par Lui. La silhouette noire, entourée de ses goules. Il est grand, très grand et très fin. Il est vêtu d'une longue tunique noire, couvert d'une grande cape noire, capuche relevée sur la tête. En-dessous, sa peau est d'un blanc d'albâtre sans éclat, sans relief, imberbe. Son visage est sans trait, et ses longs doigts fin se prolongent en griffes de métal acérées. Si le désespoir ne m'habitait pas, je pourrais trouver l'image ridicule. Mais Il ne semble pas seulement absorber la lumière, mais aussi la moindre once de bonheur ou d'espoir. Mais si je le ressens, ce ne semble pas être aussi fort en moi que les deux inspecteurs, qui ne semblent plus tout à fait humains. Ils se recourbent de détresse, et je leur trouve une ressemblance avec les goules qui nous font face. 


Ils nous ont emmenés. Nous sommes dans une sorte d'aire de stockage, mais plus loin, les boxes ont été transformés en cellules. Et nous passons devant. Je ne suis pas sûre de ce qu'ils ont fait des inspecteurs, mais je comprends maintenant pourquoi je leur avais trouvé des similitudes avec les goules. Dans les geôles, des humains torturés. Défigurés. Rendus fous par la douleur. Tous ne sont pas au même stade de déshumanisation. Certains ne semblent pas être là depuis longtemps, n'ont que quelques plaies, d'autres sont déjà méconnaissables, mais encore humains. Les derniers sont semblables à ceux que je pensais être des goules, mais qui sont en fait d'anciennes de Ses victimes, déchues de leur humanité. 
Les inspecteurs doivent être dans l'un de ces cachots, torturés par des non-humains. Mais je n'ai pas vraiment peur de Lui. Je sais que je ne ferai pas partie de ses larbins. Il me parle, nous parlons. Je ne sais plus ce qui se dit, mais je sais qu'il est le Mal. Il me coupe la joue d'un de ses scalpels, ça chauffe, mais ce n'est pas vraiment douloureux. Je saigne pourtant. Il m'enferme dans une de ses petites cages, mais nous savons tous deux très bien qu'il ne pourra m'y garder longtemps si je ne le souhaite. 


Après son départ, je ne m'attarde pas, je sors de ma cabine et pars à la recherche de Marie. Je finis par la trouver, elle n'est pas là depuis douze heures, et n'a donc que quelques plaies au visage et semble encore saine d'esprit, bien que traumatisée. Nous nous enfuyons, dehors il fait jour. Nous avons donc quelques heures de répit. 


De retour au village, nous nous rendons compte que si nous n'avons passé qu'une nuit dans ce repaire, plus de temps s'est écoulé ici. Nous retrouvons des amis dans un QG improvisé à l'église. Elle semble paradoxalement plus protégée qu'aucun autre lieu de Son influence, et représenter comme un centre magnétique de Son pouvoir. Dans la nef, un tourbillon d'énergie : bénéfique, maléfique, c'est là que se déroule la véritable bataille. Et un message résonne. 
Sa voix blanche résonne, on ne saurait dire si c'est dans les airs ou dans nos cœurs. Il avertit que si nous ne lui revenons pas, Marie et moi, Il investira le village. Ironie : nous savons bien qu'Il le fera quoique nous fassions. Nous nous organisons : Marie et moi cherchons un lieu sur la planète où nous serions à l'abri de Lui, fiévreusement car nous savons qu'un tel lieu n'existe pas, pendant que nos amis surveillent son arrivée, la nef et organisent les lieux pour résister le plus longtemps possible, et ils savent que ça ne nous donnera que quelques minutes supplémentaires. 
Nous les retrouvons quelques instants plus tard, mais ils ne sont plus les mêmes. Toute cette énergie maléfique primaire a eu raison de leurs esprits, et ils ont sombré dans une sorte de folie animale, Eros et Thanatos ne faisant plus qu'un. Dans la nef, le tourbillon gagne en intensité. L'énergie primale ne peut plus être contenue. L'atmosphère s'électrise. Les lumières s'enfuient.
Il est là. 
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Alors que j'étais en dépression, ma mère m'a écris "rappelle-toi que ton grand-père était écrivain". Sur le coup, cela m'a paru énigmatique, puis je me suis dit qu'elle ne faisait que projeter sur moi ce qu'elle aurait voulu accomplir dans sa vie. Mais l'idée a fait son chemin. J'avais toujours eu cet attrait pour l'écriture, mais sans jamais savoir qu'écrire. Sans en ressentir le besoin de le faire. Maintenant, j'écris parce que j'en ai besoin. Je me sens perdue si je n'ai pas mon carnet sur moi, déroutée si j'ai oublié mon stylo. Alors j'écris.
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