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LS

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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

LS
Quelques courriels égarés. L'étrange vie des sites littéraires.
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LS


Les ombres étaient usées comme un tee-shirt trop souvent lavé, tu revenais entière nous tirer par nos pensées, le soleil déjà trop chaud retombait en plis trop lourds, nous nous tenions crispés abrutis et tout perdus.
Qui viendrait à notre rencontre décidé à nous aimer ?
Les pluies du mois de juillet nous avaient donné l’espoir d’une fissure dans l’impossible.
Il y avait là Alfred, Pedro, Ludwig, Hermann, et Paul-Quichotte arrivé la veille ; Pilu depuis trois jours jouait au disparu et Lise - Lise c’est une autre histoire. Puis Léo passa avec autour de lui la nuée de ses rancunes, nous évitâmes de lui répondre ; Ludwig pour se détendre frappait dans une poubelle et hurlait “je t’aime, je t’aime Adèle... pourquoi tant de mépris ?” ; Hermann avait sorti gouache et pinceaux : sur un carton humide il peignait l’Eldorado ; Pedro, Alfred et moi inventions un nouveau langage fait de signes et de grimaces, mais quand Alfred disait “le temps est une fleur que l’on ne pourra jamais cueillir” Pedro comprenait “tu devrais changer de bretelles les tiennes sont trop vieilles” du coup il se vexait.
Léo bientôt lassé de tout seul parler sur un dernier hoquet de dédain nous laissa.
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Défi
LS


Une belle journée d’automne. Tu sors de la librairie, un lourd recueil de nouvelles de Cortázar lestant ton bras. Attiré par le soleil qui la baigne et peut-être par la jeune femme, plongée dans un bouquin, qui y est attablée, tu t’installes à la terrasse de L’Improviste. Tu y rencontreras Léa.
✽✽✽
Encore quatre cents kilomètres. Tu roules vers Léa. Vous ne vous êtes pas vus depuis un mois, depuis ce jour où elle t’a dit qu’elle souhaitait prendre un peu de recul. Elle est chez Julie, bientôt elle partira en tournée en Europe de l’Est pour plusieurs semaines. Il faut que tu la voies.
Te voilà arrivé. D’une cabine téléphonique tu appelles. Léa est irritée, finalement elle accepte de te retrouver au café jouxtant l’église Saint Amand.
Le Café de la Paix, ce nom te paraît de bon augure ; il l’est : bientôt vous souriez à ce café de la paix au Café de la Paix.
Tu souhaiterais suivre la tournée de Léa, elle préfère que tu t’en abstiennes. Elle part.
Sans trop savoir pourquoi tu restes là, dans cette petite ville qui a vu vos retrouvailles. Tu passes l’essentiel de ton temps au Café de la Paix. Tu lis, tu écris. Puis, peu à peu tu découvres les autochtones. Ces piliers de bars, les Mailland, Frédo, ou Philou, qu’habituellement tu aurais soigneusement évités, tu les apprécies maintenant, tu leur trouves des qualités insoupçonnables, une humanité touchante… tu les aimes. Ils te font une place parmi eux.
Lors d’une soirée particulièrement imbibée, tu confies à Philou que c’est grâce à ce bar que, Léa et toi, vous vous êtes réconciliés… Philou acquiesce gravement à ces propos d’ivrogne : « Tu sais, je pense vraiment que ce lieu est magique… et sa magie, c’est nous : tant que nous serons là, nous vous porterons bonheur… ».
✽✽✽
Le matin tôt. Tu ouvres les yeux : Léa est là, endormie à tes côtés. Ce miracle tous les jours renouvelé t’émerveille. Cinq années d’amour limpide.
✽✽✽
Pendant deux mois tu as réussi à tenir loin d’elle, mais aujourd’hui tu es là, dans sa rue, sa nouvelle rue, à attendre tu ne sais pas bien quoi. Elle sort de l’immeuble, t’aperçoit, semble hésiter, et retourne à l’intérieur. Tu te précipites. Trop tard. Porte fermée. Léa ne répondra pas à tes appels. Ce soir-là en traversant le pont, le fleuve noir t’attirera.
✽✽✽
Tu es entré en solitude. Ceux qui connaissent Léa, tu ne veux plus les voir, ceux qui ne la connaissent pas, tu ne veux pas les connaître.
✽✽✽
Tu retrouves le chemin des cafés. Tu observes les gens autour de toi, les écoutes — qu’ont-ils donc à se dire — prends des notes.
Puis, pas à pas, tu t’approches.

Une étudiante (tu la supposes étudiante) lit un de tes romans préférés, souriant tu t’apprêtes à le lui dire ; l’image de Léa, de votre rencontre placée sous l’auspice des livres, s’interpose entre vous, tu te détournes.

En soirée tu t’amarres au comptoir. Ce soir, tu ne sais comment, une conversation s’engage avec l’inconnue venue chercher un verre, elle te sourit et s’attarde, tu écoutes plus que tu ne parles, bien vite tu reçois ses confidences : désir, sexe, amour, couple et déception… tu la comprends, tu la connais depuis toujours, son sourire t’émeut, son regard te bouleverse, tu es amoureux… elle doit partir, vous vous serrez dans les bras longuement. Elle n’est plus là.

Corps parmi d’autres corps qui te frôlent, te touchent ou te cognent, tu danses frénétiquement, le bar est bondé, enfumé, sur la petite scène les musiciens se déchaînent, la sueur dégouline, les cheveux sentent la cigarette, on te tend un verre, elle est jeune, menue, ses yeux sont verts, au creux de sa clavicule brille une goutte de sueur, pour te parler à l’oreille elle se colle à toi, ses cheveux sont courts, ta main est sur sa nuque, c’est doux.

Tu es devenu un habitué matinal de L’Entre-Nous, il ouvre très tôt, on y côtoie des ouvriers venus se réchauffer autour d’un café et quelques fêtards qui y finissent leur nuit blanche. Tu aimes son atmosphère tranquille et populaire, tu lis un des nombreux journaux qui sont là à ta disposition : Libération, Canard enchaîné, Charlie hebdo, Monde diplomatique, Politis ; le patron affiche avec force ses convictions de gauche, et sa voix de stentor vibre d’indignation ou de passion. Tu l’apprécies, mais tu préfères quand il laisse la place aux serveuses. Tu t’attaches particulièrement à l’une d’elles, elle s’appelle aussi Léa, et irradie.

Un matin L’Entre-nous prend feu : un mégot tombé par un soupirail dans la cave emplie de vieux journaux. Pas de victimes mais le bar et l’appartement du patron au-dessus sont entièrement ravagés. Fermeture définitive, disparition de la jeune Léa, celle que tu appelais ta petite sœur, et à qui tu n’avais jamais demandé son numéro de téléphone.
✽✽✽
Tu es attablé à L’Improviste, même jour, même heure, même table qu’il y a neuf ans lorsque tu y as rencontré Léa. Pendant cinq années, vous n’avez pas raté cet anniversaire, vous vous retrouviez là comme par hasard chacun à une table, chacun plongé dans un livre. Puis Léa se levait, et venait vers toi…
Depuis qu’elle t’a quitté, tu y viens seul.
Tu as commandé deux cafés. L’un est devant toi, le deuxième sur l’autre table — aujourd’hui elle était occupée, mais tu as convaincu son locataire de changer de place —, celle réservée à Léa.
Les cafés refroidissent.
Léa ne viendra pas.
✽✽✽
Dix ans après, même route, même véhicule, même destination : tu roules vers le Café de la Paix. Tu roules vers les souvenirs et vers les promesses que tu veux enfin tenir : « Compte sur moi Philou, je reviendrai ».
Tu roules. Tu penses à la réponse de Philou que tu avais si longtemps égarée : « Nous restons là, nous t’attendons, à distance nous veillerons sur vous, mais ne nous oublie pas, notre magie a besoin de foi pour fonctionner ».
Tu roules. Tu te vois déjà franchissant la porte du bar, ils seront tous là, à peine changés, les rides un peu plus marquées, les nez un peu plus rouges. Ils ne se jetteront pas dans tes bras, ils ne te souriront pas, comme des chats abandonnés ils t’ignoreront. Mais tu ne te décourageras pas, au bout de quelques jours et de nombreuses tournées, ils te feront à nouveau une place parmi eux… Et qui sait, peut-être, la magie reviendra… Un matin ensoleillé, en terrasse du Café de la Paix. Avant même de la voir, tu auras senti son parfum. Léa.

Tu es arrivé. Voiture garée. Tu marches lentement pour apprivoiser la ville. Te voila sur la place de l’église. Enseigne à moitié détachée, volets à la peinture écaillée, murs lézardés, le Café de la Paix est fermé. Depuis des années. À jamais.

À terre. Atterré. Dos au mur, mur décrépi du café de la paix, quelle paix ? Paix écaillée, fissurée, meurtrie, à l’agonie. Tête dans les mains, tête vide, tête creuse, creusée par le chagrin, mains inutiles, mains absurdes. Que faire ? Que faire désormais ?

Tête doucement se relève, regard encore vague, visage s’entrouvre, ton visage, ton visage se dénoue, se retrouve, éclaircie d’un sourire. Tu sais. Tu vois. Le Café de la Paix revivra. Grâce à toi il revivra. Un peu d’argent, l’argent ce n’est rien. Courage, sueur, patience ou impatience apprivoisée, effort, peine et douleur, espoir, désir, vie qui à nouveau te tend la main. Un jour, bientôt peut-être, le Café de la Paix à nouveau ouvrira. Attirés, aimantés, amantés, les habitués reviendront, doucement, peu à peu. Mailland, Frédo, Philou. Puis des nouveaux, bientôt habitués eux aussi — en journée coin lectures, en soirée concert parfois, aux premiers rayons de soleil terrasse accueillante. Et un jour, peut-être. Ton regard attiré par une silhouette familière. Léa.
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