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Lou de Peyrac

lyon.
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Petite brindille perdue dans un monde bien trop grand. L'écriture a été pour moi une survie, une thérapie. Aujourd'hui c'est une habitude.
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

Lou de Peyrac


Comme tous les mois, depuis deux ans, je me rends chez elle. 4 rue Staline, cette adresse je la connais par cœur, comme tout ce qui lui appartient d’ailleurs, sa plaque d’immatriculation, sa date de naissance, son parfum, sa radio préférée, la couleur de chaque pièces de ses murs. Son appartement a été un tel refuge pour moi que je le connais dans ses moindres détails. Du plus évident au plus intime, de ses meubles à la plus petite fissure, de la taille de son salon à celle de sa douche. Oui cet appartement me donne l’illusion d’une forteresse dont ses bras sont la muraille. L’espace d’un instant, d’une nuit, rien ne peut m’atteindre. Les douleurs du monde semblent se dissiper pour donné lieu à une parfaite sécurité dont j’ai besoin une fois par mois.
Je me suis laissée envahir sans retenue par cette ivresse de plaisir qui s’empare de moi quand je suis près d’elle. Ne serai ce que l’espace d’un instant, la mélancolie des longues nuits d’hivers ce fait absente, son souffle chaud et régulier qui parcoure ma nuque agit sur mon cœur comme un baume apaisant. Ses caresses dans mon dos, sont souvent miraculeuses sur mes plaies qui n’ont pas appris à cicatriser avec le temps.
L’espace d’un instant elle réussit à les refermer même si des que je rentre chez moi et le voit elles se rouvrent à vif avec fracas. Lui est tellement solennel, violent et tyrannique et elle si douce avec un zeste de folie qui m’a séduite dès le premier contact. Pourtant j’ai besoin de ses deux êtres pour me sentir entière. Comment expliquer ce besoin de souffrir pour être consolée ? Je ne l’explique pas.
J’ai besoin de cette coupure sur ma lèvre pour que son baiser soit un sparadrap. J’ai besoin de cet œil au beurre noir pour que ses murmures me rassurent. J’ai besoin de ces hématomes sur mon ventre pour que son regard emplie d’une infinie compassion soit une pommade. L’espace d’un instant elle est mon infirmière. Lui est et restera toujours mon bourreau. L’un et l’autre sont indissociables dans ma vie, sans l’un l’autre n’existe pas. Alors les cris, les pleurs, les coups, s’enchaînent, s’acharnent, je supporte de souffrir, pour elle, pour cet instant dont je ne peux plus me passer, cet instant que je n’offrirai à personne même si, un jour, ses poings devaient être si forts qu’ils pourraient me tuer car sans ces poings l’instant n’aurait jamais existé.
« Pourquoi tu ne le quittes pas ? » m’avait elle demandé un soir, j’ai souri à sa question, question à laquelle je n’ai pas donné de réponse, question sur laquelle elle n’a pas insisté, question qu’elle ne m’a jamais reposé.
Il est tard, j’arrive en bas de chez elle, elle n’a vu que mon ombre par le fenêtre. Bien sûr, elle n’a pas remarqué mon arcade ensanglantée, mon œil droit mi-clos, mon bras en écharpe. Non tout ça elle le verra quand je serai sur sous palier. Alors elle me prendra dans ses bras et l’espace d’un instant je pourrai m’évader.
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Lou de Peyrac

Je m'appelle Ange et je suis une libellule. Du moins c'est ce qu'ils disent, ce qu'ils pensent en me fixant à travers leur rétroviseur. Mon nom? Ils ne le connaissent pas. Eux, tout ce qu'ils voient : Mes talons, mes cuissardes, mon rouge à lèvres. C'est une marque de fabrique. Comme si ces trois facteurs assemblés criaient à l'unisson "Baise moi Chéri !" Ils sont mon marketing.
Dans la rue, sur mon trottoir, sous mon réverbère, on me remarque. Il est vrai que je ne passe pas inaperçue, sauf aux yeux de la société qui m'a bien vite abandonnée. Une société sur laquelle je ne compte plus.
Au milieu de la nuit, à peine vêtue, je danse en espèrant attirer quelques papillons d'un soir près de ma flamme. Certains mordent, certains piquent, d'autres me survolent sans oser me toucher de peur de se brûler. Pour la plupart, tout commence par un coup de klaxon. Quelques rares, plûtot romantiques m'accordent un sourire au lieu d'un sifflement. Ceux là sont les plus dangereux. Ceux là sont en mal d'amour. Et moi, je ne fais pas l'amour, je baise.
C'est ainsi que je fonctionne. Le papillon arrive, demande, et j'exécute. Pas plus. Pas moins. C'est mon boulot d'étincelle de pénombre : Satisfaire.
Satisfaire un désir, un besoin. Je suis payée pour ça. Je ne peux pas compatir. Je ne peux pas aimer. Si j'étais née Menthe Religieuse, je leur couperais volontiers la tête. Mais voilà, je ne suis qu'une libellule. Je vole sur mon trottoir, sous mon réverbère et butine, ou me fait butiner, tout dépend de ce qu'ils veulent. Tous ces papillons.
Ces maîtres du monde qu'il faudrait abbatre. Le plus terrible est que c'est moi, toujours moi, qu'on blâme. Voyez-vous, les libellules de mon espèce ne sont pas très bien vues. Nous sommes des clandestines du désir. Marquées au fer rouge par les ailes d'un papillon éphémère qui pourtant sera toujours là, quelque part.
Le premier d'une longue liste. Et parce que le papillon est insatiable et qu'il domine tout dans ce monde de petites bêtes que nous sommes. Nous abdiquons sans vraiment avoir le choix. Après tout, le papillon est terrifiant. Le papillon n'est qu'un cafard. Le papillon n'est qu'un homme. Et je ne suis qu'Ange. Je ne suis qu'une pute.
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Lou de Peyrac


Aujourd’hui j’ai cinquante ans, j’ai fais le bilan de ma vie, il est déplorable. Je suis mariée depuis quinze ans, j’ai deux enfants merveilleux mais je ne suis pas heureuse.
Mon mari est gentil, attentionné, patient et pourtant c’est terrible mais je ne l’aime pas, je n’en suis pas amoureuse.
Vous savez ce que c’est que de détester une personne à qui vous n’avez strictement rien à reprocher ?
Je hais ses caresses, ses baisers, il me dégoûte par sa façon de marcher, de manger, par sa façon d’être.
Ma mère était tellement catholique et mon père si traditionnel. Moi tout ce que j’étais c’était une adolescente survoltée, l’interdit m’attirait en permanence. C’est pour cela que je l’ai épousé. J’étais aussi très lâche car quand elle m’a embrassée, j’ai préféré fuir, préféré croire que son baiser ne m’avait pas troublé, que je l’avais détesté alors qu’on fond de moi j’en voulais plus, beaucoup plus. J’ai menti à mon entourage et à moi-même depuis tout ce temps. Je n’ai jamais retrouvé la sensation inégalable de ce baiser même quand il me touche. Les rares fois où j’ai obtenu du plaisir avec lui c’est lorsque je l’imaginais et finissais par la voir au dessus de moi.
Mes enfants sont loin d’être le fruit d’un amour sincère. Avec le recul, je me suis rendu compte qu’ils étaient davantage ses enfants à elle qu’à lui. Moi qui ai toujours recherché l’interdis, au moments où il s’est présenté à moi, je n’en ai plus voulu. J’ai préféré une vie bien rangée sur laquelle personne ne pourrait me reprocher quoi que ce soit. Je comprends maintenant que j’aurais mieux supporté les reproches des autres que les miens.
Aujourd’hui j’ai cinquante ans et j’ai décidé de rendre le bilan de ma vie un peu moins déplorable. Je ne veux plus supporter mes reproches, j’ai repris contact avec elle. Elle est gérante d’un musée à Paris. Ma valise est faite. Un mot est déposé sur la table : « Je ne te demande pas de comprendre, je l’aime ». Mon train entre en gare. Je choisis de vivre.
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Quand les émotions s'entrechoquent, écrire devient un besoin. Sans doute, écrire pour exister.
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